‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 62 sur 95 · NOTRE-DAME DE DONZT-LE-PRÉ · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE DONZT-LE-PRÉ

Le prieuré de Donzy-le-Pré doit trouver ici son article à part, comme dépendant directementde Cluny; il complétera, avec Château- Chinon, La Fermeté et Luzy, les monastères du diocèse soumis à cette célèbre abbaye.

Sur le plateau qui fait face aux ruines du vieux château de Donzy, on aperçoit sur la rive droite du Nohain des ruines imposantes : ce sont celles de l'ancienne égliFO prieurale de Notre-Dame-du-Pré, surmontée d'une tour accusant une époque un peu plus récente. Là était autrefois Donzy avant que les guerres du treizième et du quatorzième siècle n'eussent forcé les habitants à se réfugier au pied da château. Nous avons parlé plus haut (1) de l'antiquité et de l'importance de cette ville dont il est fait mention dans les statuts de saint Aunaireet dans ceux de saint Tétrice.

S'il faut en croire l'auteur de la Notice sur les anciens monastères du diocèse d*Auxerre (2), un prieuré de l'ordre de Saint-Benoit fut fondé en cet endroit vers l'année 1109 par Hervé, baron de Donzy; il en est fait mention dans la charte par laquelle Louis-le-Gros prend sous sa protection l'abbaye de Cluny, dans la bulle d'Adrien IV en 1155, rappelant celle du pape Anastase IV, datée de Saint-Pierre de

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LES GONGRËGâTIONB RELIG. DANS LE DI0GË8E DE NEVBR8 423

Rome, avec les signatures de vingt cardinaux. Il (allait que les religieux de Notre-Dame-du-Pré fussent alors solidement établis pour solliciter de la bienveillance du Saint-Père confirmation des propriétés déjà nombreuses qui leur avaient été accordées.

Hugues de Montaigu était monté sur le siège épiscopal d*Auxerre peu de temps après la fondation de ce monastère (lil4). Comme il appartenait à la famille de saint Benoît, on lui attribue les premières largesses qui furent faites à Notre-Dame-du-Pré. Une charte d'Alain, évéque d'Auxerre, datée de 1164, ne laisse aucun doute sur la munificence de Hugues de Montaigu, dont il confirme les dons faits à ce monastère. Au nombre des paroisses qui en dépendaient, on remarque l'église de Saint- Vincent de Pougny et celle de Saint-Pélerin de Bouhy, avec droit de présentation des curés qui devaient les desservir. La bulle d'Adrien IV, dont nous avons parlé plus haut, ne se contente pas de relater Bouhy et Pougny, elle fait encore mention de toute l'étendue du bourg au milieu duquel le prieuré est situé, de la montagne du Coui Monte Cti8«to, de la chapelle de la Brosse et de toutes les dépendances de ces propriétés, ainsi que du droit paroissial sur Donzy-le»Châtel (1). Il n'est pas question de Saint-Martin-du- Pré, qui dépendait aussi du prieuré.

On lit dans les mémoires de D. Viole un fait qu'il croit avoir eu lieu à Donzy ; il en est parlé dans la vie de saint Mayeul , abbé de Cluny. Le saint, après avoir traité quelques affaires avec Henry, duc de Bourgogne, avait quitté Auxerre pour retourner dans son monastère ; < il fut humainement reçu daiis un château dont le seigneur, nommé Geoffroy, envoya incontinent pescher en la rivière voisine pour avoir de quoi traiter un si grand personnage , et que le premier poisson qui tomba dans les filets fut un saumon , ce qu'on attribue à miracle, d'autant qu'on n'avait jamais vu de celte espèce de poisson dans la rivière du lieu. » Le même chroniqueur fait observer que le revenu de ce monastère devait être considérable, puisque, < selon les statuts de Cluny, le prieur est obligé d'avoir avec lui douze religieux et d'y faire chanter deux grandes messes par jour, et même trois les

(1) Cette buUe ne se trouve pas dans la Gallia christiana, A la suite d'une contestatioi} qui eut lieu eu 1789 entre le prieur du Prô et les babitauts de Donzy, ces derniers avaient demandé à prendre connaissance de Toriginal; le prieur y conseptit, et les fabriciens firent transcrire cette pièce sur leur registre, qui se trouve déposé aux archives de la flabrique.

samedis et dimanches , et payer vingt-cinq livres de pension à Tabbé de Cluny. :» Les prieurs commendataires en retiraient 4,000 livres.

Plus tard , le nombre avait bien diminué ; il ne restait plus que quatre prêtres , compris le prieur claustral, et trois novices, sept religieux en tout. Nous verrons bientôt de nouvelles réductions dans le personnel.

L'église prieurale avait été construite sur de vastes proportions, d'après le style clunisien ; elle était à trois nefs et s'étendait jusqu'à l'extrémité du cimetière actuel. Une crypte existe encore sous la partie jadis occupée par le sanctuaire; elle doit être comblée par les décombres ; mais au versant de la colline qui s'étend jusqu'au Nohain on remarque encore dans les muis du cimetière les baies qui éclairaient la crypte. Au-dessus de la porte d'entrée régnait une tribune, comme à Saint-Ëtienne de Nevers, disposition assez générale dans les églises de Cluny.

A l'époque de la prise du château de Donzy, en 1170, par Louis VII et par Guy, comte de Nevers, cette église fut réduite à on état déplorable. Se trouvait-on en position de réparer les désastres, ou bien dut-on attendre de longues années avant de penser à une restauration complète ? Nous l'ignorons, les chroniques locales sont muettes sur ce point. Nous savons seulement que, en 1364, une bulle du pape Urbain V accorde des indulgences à ceux qui visiteraient Notre-Dame-du-Pré à. certaines fêtes et y feraient des aumônes pour aider à la rétablir.

Lors de la prise de Donzy, en 15G9, le prieuré du Pré fut presque entièrement ruiné. Quand des jours plus calmes eurent succédé à ces temps orageux, les religieux se trouvèrent dans l'impossibilité de remédier au mal, car les titres avaient été brûlés, et ils ne pouvaient rentrer en possession des terres importantes qu'ils possédaient jadis. Par une ordonnance de 1628, l'abbé de Cluny fut obligé de réduire le couvent au seul prieur et au sacristain. L'ordonnance portait que cette disposition subsisterait pendant seize ans, que le prieur s'occuperait à réédifîer le prieuré et qu'il ferait rétablir une petite chapelle en attendant la reconstruction de l'église.

Malgré tant de désastres, cette église était encore presqu'en entier après la Révolution, quand le conseil municipal de l'époque conçut le projet de la vendre, dans le seul but de se procurer quelques fonds. Ce projet fut mis à exécution, malgré les protestations de M. Lamiral, alors curé de Donzy, et l'adjudicataire s'empressa de la démolir.

Cependant on invoqua les lois et on fit valoir les droits de la fabrique sur cet ancien monument. C'est à ces démarches qu'on doit la conservation des magnifiques ruines qui existent encore. Le portail est un des plus beaux restes du roman fleuri. Les archivoltes, d'une richesse admirable, encadrent un splendide tympan représentant la Vierge-Mère assise, tenant sur ses genoux son divin Enfant. D'un côté est un ange balançant l'encensoir, de l'autre un personnage à la coiffure orientale, tenant d'une main un philactère et de l'autre une branche d'arbre ou une tige de fleurs. Rien de particulier n'autorise à le désigner d'une manière certaine.

Une riche frise règne horizontalement au-dessus de l'encadrement du tympan; c'est une suite de rosaces aux formes variées.

La tour qui flanque le portail au nord doit remonter, sauf la base, aux restaurations exécutées au quatorzième siècle; elle devint un des points de triangulation choisis par Cassini pour sa carte de France.

Le prieuré du Pré était en commende comme bien d'autres quand la Révolution éclata. Le commendataire était un M. Sol. Un des premiers prieurs réguliers se nommait Maurice: il signa en 11641a charte de confirmation dressée par l'évéque Alain.

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