‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 61 sur 95 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

A. DUPLESSIS DE RICHELIEU. — PAYEN DES LANDES. — J. MARTINEAU. — N. COLBERT. — J.-N. COLBERT. — F.-C. DE LA TOUR D'AUVERGNE. — F.-J. DE ROYE. — D. DE LA ROCHEFOUCAULD. — F.-J. DE LA PIERRE DE BERNIS.

Alphonse Duplessis de Richelieu , cardinal -archevêque de Lyon y XLIX® prieur, VIIIo commendataire. On a pu juger par les luttes dont nous venons de parler des déplorables abus qui résultaient des commendes, et cependant nous ne sommes pas encore à la fin des débats relatifs à la succession prieurale du duc de Novers. Le ^ cardinal de Lyon, il est vrai, avait pris po.<%session, il percevait les fruits du prieuré de La Charité, mais M» Payen des Landes n'avait pas renoncé à ses prétentions, quoiqu'une mission qui lui avait été confiée par la reine^mère, Marie de Médicis, Tempéchât momenta* nément de poursuivre cette affaire.

Parmi les commendataires^ Dieu le permettait ainsi, il s'en trouvait qui devenaient des instruments de la Providence : tel fut le cardinal de Lyon. Dès 1631 il établit la réforme à La Charité, à l'exemple de son frère le cardinal de Richelieu, abbé de Cluny, qui l'avait établie dans son abbaye l'année précédente; il fit venir à La Charité plusieurs religieux de Saint- Vanne, puis il éloigna et dispersa dans quelques momastères de^sa dépendance les jeunes profès,au nombre de huit ou dix, qui avaient abandonné la réforme depuis la mort de D. Mauvielle.

LES GONGRËGÂTIONS RELIGIEUSES

Le cardinal fit son entrée solennelle dans son prieuré au mois d'août 1632 ; dix jours après, le roi et la reine, accompagnés du duc de Richelieu, arrivèrent à La Charité.

Les prieurs claustraux n'étaient point inamovibles, les chapitres généraux les changeaient à leur gré, quand ilç avaient à se plaindre d'eux. Nous voyons sous l'administration du cardinal de Lyon se succéder rapidement dans cette charge importante : D. Joseph Braconnier, D. Placide Roussel, D. Philibert Nitot, D. Philibert Rymon ; après lui on voit reparaître D. Joseph Braconnier, qui eut pour successeur D. Hugues Bataille.

Pierre Payen des Landes , L' prieur , IX^ gommendataire. En dehors des agissements des commendataires , le projet de réforme avait occasionné une certaine agitation dans la famille de saint Benoît. Les prieurs claustraux dont nous avons parlé étaient tirés, selon les besoins, soit de (Uuny, soit de la congrégation de Saint- Maur, soit encore de celle de Saint- Vanne. La règle de ces maisons était bien la même dans le fond, mais sur certains points elle admettait quelques modiGcations qui la rapprochaient plus ou moins de la réforme ; de là les noms de petite réforme et de stricte observance. Cependant on travaillait à fondre ces trois congrégations et à les réunir en une ; déjà, en 1636, l'union fut établie entre Cluny et la congrégation de Saint-Maur, mais elle fut rompue en 1644.

Le prince de Conti avait succédé, comme abbé de Cluny, au duc de Richelieu, décédé le 4 décembre 1642. Le nouveau commendataire obtint deux arrêts, l'un au conseil privé, l'autre au grand conseil, par lesquels il fut décidé que Cluny et la congrégation de Saint- Maur seraient désunis et séparés, comme ils Tétaient avant l'union, et que les religieux se retireraient chacun dans sa congrégation.

En 1645, au mois de mars, le chapitre général du monastère de la stricte observance fut célébré à La Charité. Ce fut dans ce chapitre que D. Joseph Braconnier fut élu prieur claustral de ce monastère.

La mort du duc de Richelieu eut lieu vers le temps où la mission de M® Payen des Landes se terminait; il pensa qu'il devait profiter de la circonstance pour renouveler ses démarches contre la posses* sion, selon lui irrégulière, du prieuré de La Charité par le cardinal de Lyon ; il avait, en eifet, obtenu contre lui un arrêt qui l'évinçait après une administration de dix-sept ans, et il prit possession de son prieuré au mois de juillet 1646.

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L'année suivante, au mois d'avril, le duc d'Orléans, frère du roi, et Madame, se rendant à Bourbon, habitèrent le logis prieural.

Au mois de mai de la même année, le chapitre général, mécontent de la conduite de D. Bataille, élut à sa place pour prieur claustral D. Victorin Rymon, qui eut pour successeur en 1648 D. Alphonse Belin. Ce (l^rnier, nprès s'être montré attaché à la réforme, s'en éloigna complètement et jeta le trouble dans les maisons de l'ordre, car il avait été nommé visiteur en 1649. Il avait entrepris de rendre les prieurs claustraux inamovibles et les religieux stables; il voulait entraîner dans ses projets le chapitre général tenu à Cluny en 1650; mais il ne put réussir. A la prière du sieur des Landes, il fut cependant continué comme prieur claustral de La Charité. De retour dans son monastère, il protesta par main de notaire contre tout ce qui avait été fait en chapitre, objectant la nullité des actes. Il fit signifîer sa protestation aux supérieurs; depuis ce moment il cessa d'assister aux chapitres généraux et ne voulut plus permettre de visites dans son prieuré.

En 1651 le chapitre fut convoqué au prieuré de Saint-Martin-des- Champs; il refusa de s'y rendre et envoya un religieux avec sa procu* ration pour s'y opposer et protester. D. Belin fut déposé par le chapitre qui élut pour lui succéder D. Odille de Bussière. Malheureusement ces deux religieux entretenaient ensemble de funestes intelligences. D. Belin continua ses fonctions l'année entière, leva le masque et se constitua prieur perpétuel, déclarant ses religieux tenus à la stabilité. Ayant entraîné dans sa révolte un certain nombre de moines, il fit sortir du monastère ceux qui avaient refusé de souscrire à son projet, sans même leur donner le moindre secours pour faire leur route. Cependant la division ne tarda pas à s'établir entre lui et les religieux ses adhérents; ils vinrent pour la plupart se jeter aux genoux des supérieurs, reconnaissant leur faute et gémissant de la faiblesse qui en était la cause; ils furent reçus avec bienveillance.

Lui-même, revenu à de meilleurs sentiments, reconnut qu'il avait congédié les meilleurs religieux; il les réclama d'après une injonction du prieur commendataire, et les supérieurs, considérant que c'était le seul moyen de conserver la réforme à La Charité, s'empressèrent de les y renvoyer au nombre de six, en leur recommandant de reconnaître comme leur supérieur légitime D. Belin jusqu'au prochain chapitre. Us furent reçus à bras ouverts.

Le chapitre général fut tenu à Cluny en 1653. D. François Le

Page y fut nommé prieur claustral de La Charité ; mais D. Belin eut la prétention de se maintenir dans sa dignité, ce qui occasionna une grande division parmi les religieux qui formèrent deux partis. Ceux qui étaient attachés à François Le Page eurent beaucoup à souffrir ; on leur donnait à peine ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance. Ils en écrivirent aux supérieurs majeurs qui les exhortèrent à la patience, tandis que de leur côté ils travailleraient à remédier à tout ; toutefois ils leur recommandèrent de ne rien signer de contraire à Tobservance, quelques instances qu*on leur fît, et cependant ils pouvaient obéir à D. Belin quant au for extérieur.

Le sieur Payen des Landes n'était pas étranger à tous ces désordres. En 1654, il reçut un ordre du cardinal Mazarin de ne plus faire opposition aux religieux de la réforme ; il s*y soumit et travailla, en effet, à réunir son prieuré au corps de l'observance. Il écrivit aux supérieurs majeurs qu*ils pouvaient nommer un prieur clautral pour La Charité, assurant qu'il y serait bienvenu. D. Placide des Prés fut nommé ; le sieur Payen des Landes le reçut et tous les religieux le reconnurent, sauf D. Belin, qui se retira en son particulier et vécut séparé de la réforme. Il avait été six ans prieur claustral.

D. Placide des Prés fut continué deux ans dans cette charge.

c L'an 1656, le cardinal Mazarin, abbé de Cluny, résolut de réunir la congrégation de Saint-Maur à Cluny. Le chapitre général se tenait à Saint-Martin-des-Champs. Quand on en fut venu à la nomination des supérieurs, Tabbé de Rières, de Fordre de Citeaux, chargé de présider rassemblée à la place du cardinal, avec M<* Lescot, évoque de Chartres, et Tabbé de Sainte-Geneviève de Paris, leur déclara que le cardinal, pour cette fois seulement^ et sans tirer à conséquence, prétendait nommer les supérieurs des trois principales maisons de Tordre, savoir : D. Placide Roussel, prieur claustral de Cluny; D. Timothée Bourgeois, prieur claustral de La Charité, et D. Philibert, prieur claustral de Saint-Martin-des-Champs, tous les trois de la congrégation de Saint-Maur. Tous les capitulants s'opposèrent à la publication de ces supérieurs et en nommèrent d'autres qui furent reçus de tous les monastères, tandis que les premiers furent refusés. Le cardinal employa Tautorité du roi, et alors les supérieurs qu'il avait nommés furent reçus dans les trois monastères, et il fut convenu que Tacceptation de ces prieurs ne préjudicierait en rien à l'ordre de Cluny en général et à Tobservance en particulier. Ces trois Pères demeurèrent trois ans dans l'ordre, et durant ce

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temps on ne fit point de chapitre ni de visite dans les monastères et on ne reçut point de novice ; c'était le moyen de perdre entièrement l'observance et d'absorber, comme, en avait le dessein, tous nos monastères dans la congrégation de Saint-Maur (1). »

Le cardinal Mazarin, voyant que son projet d'unir Cluny à la coch grégation de Saint-Maur avait échoué par suite des continuelles oppositions des religieux de Cluny, conçut un projet d'union avec la congrégation de Saint- Vanne et Saint-Hydulfe, A cet effet, il manda aux religieux de l'abbaye d'envoyer leurs députés à Lyon, où il allait accompagner le roi qui s'y rendait. Là il devait leur signifier sa volonté bien arrêtée. Les députés partirent pour Lyon et firent au cardinal leurs remontrances, sans pouvoir le déterminer à abandonner son sentiment. C'était au mois de novembre 1658.

De retour à Paris, le cardinal manda aux supérieurs de la congrégation de Saint- Vanne, de lui envoyer leurs députés pour conclure avec eux les articles d'union; le concordat fut fait et signé le 7 avril 1659, sans que les religieux de Cluny y aient même été appelés ; il est facile de comprendre que ce n'était pas le moyen de donner un caractère de perpétuité à son œuvre; elle n*a en effet duré que jusqu'à la mort du cardinal.

Mazarin nomma tous les supérieurs des monastères de Tétroite observance, pour cette fois seulement, comme il le déclara. Sur ces entrefaites, les PP. D. Henri Henneson et D. Robert des Gabets, députés de Saint- Vanne, parcoururent les monastères de Cluny à Teffet de leur faire accepter l'union; les religieux l'acceptèrent forcément tout en protestant.

Le 7 septembre 1659, D. Alexis d'Aras, de la congrégation de Saint- Vanne, se présenta à La Charité pour en être prieur claustral, en vertu de l'institution qui lui avait été délivrée par le cardinal, ayant avec lui trois ou quatre religieux de la même congrégation. li leur confia tous les emplois du monastère, au préjudice des religieux de la maison. Le 20 du même mois, le concordat qui réglait l'union fut approuvé par le roi.

En 1660, le chapitre général des deux corps de Cluny et de Saint- Vanne fut célébré à Saint-Michel en Lorraine. D. Romuald Abraham y fut élu prieur claustral de La Charité à la place de D. Alexis d'Aras et

(1) Manuscrit de La Charité.

fut continué l'année suivante au chapitre tenu dans l'abbaye de Saint- Vanne. Dans ce chapitre tous les religieux de Gluny protestèrent contre l'union.

Enfin, en 1661, après la mort du cardinal Mazarin, les religieux firent casser, par arrêt du grand conseil, en date du 16 décembre, ladite union. On signifia, en vertu dudit arrêt, aux religieux de Saint- Vanne, d'avoir à se retirer dans les monastères de leur congrégation, et il fut ordonné à ceux de Cluny d'envoyer leurs députés à rassemblée de Saint-Martin-des-Champs pour aviser aux besoins de leur ordre.

En 1662 ils se réunirent donc à Saint-Martin-des-Champs, le 20 janvier, y firent quelques règlements et nommèrent de nouveaux supérieurs pour les monastères de l'étroite observance. D. Pierre Symon y fut élu prieur claustral de La Charité, et fut continué l'année suivante par le chapitre général, qui se tint à Cluny le troisième dimanche après Pâques.

Le 15 janvier 1664 mourut M« Pierre Payen des Landes, doyen des conseillers de la grande chambre du parlement de Paris et prieur commendataire de La Charité. Son corps fut déposé dans le caveau du chœur auprès de Jean et de Louis de Clèves.

Jacques Martineàu, sieur d'Hornoir, LP prieur, X« commendataire, était neveu de Pierre Payen des Landes. Ce dernier, quelques mois avant sa mort, avait résigné son prieuré en faveur de son neveu, qui en prit possession du vivant de son oncle, en 1653, par suite de bulles obtenues de Rome. Cependant M^* Nicolas Colbert, évêque de Luçon, s'en fit pourvoir en vertu d'un induit et prétendit s'y maintenir ; mais comme le sieur Martineau en était pourvu sur la résignation de son oncle et était en possession, l'évêque de Luçon, craignant qu'on attaquât ses prétentions, fit parler d'accommodements au sieur Martineau, qui s'empressa d'entrer dans cette voie, car il savait qu'il y avait un cas de nullité dans ses pièces ; le sieur des Landes, en effet, avait révoqué la procuration, et le sieur Martineau avait accepté la révocation ; de plus, les bulles l'obligeaient à se faire religieux, ce à quoi il avait peine à se résoudre. Il résigna donc le prieuré de La Charité à M« Nicolas Colbert, qui sut le dédommager.

La même année, D. Hugues Donnadieu fut élu prieur claustral de La Charité au chapitre général de l'observance célébré à Gluny.

Nicolas Colbert, LII« prieur, Xl^ commendataire. Le sieur Martineau ne fut que six mois prieur de La Charité ; il résigna, comme nous l'avons dit, en faveur de M* Nicolas Colbert, évêque de Luçon, et plus tard évêque d*Âuxerre. Le nouveau commendataire était frère de Jean* Baptiste Colbert, ministre d'Etat. Il eut bien de la peine à obtenir ses bulles, car le Pape voulait que ce prieuré fût remis en règle, conformément aux décrets du concile de Trente. Il exposa au Souverain Pontife que les bâtiments du monastère étaient en ruine et qu'il fallait de grandes sommes d'argent pour les rétablir, ce que n'aurait pu faire un simple religieux. Cette considération détermina le Pape à le lui accorder à condition qu'il se chargerait des réparations.

Le 15 juin 1664, le cardinal Flavius Chigy, légat du Pape en France, arriva à La Charité, où il fut reçu, avec le dais, à la porte de la ville et harangué par D. Hugues Donnadieu, prieur claustral. On le conduisit ensuite à l'église du prieuré ; il logea dans le monastère et voulut manger avec les religieux.

Jacques-Nicolas Colbert, LIIP prieur, XIP commendataire, succéda à son oncle comme prieur de La Charité. Il était fils du ministre d'Etat, contrôleur général des finances, et n'avait que dix à douze ans quand il obtint ses bulles, datées du 2 janvier 1665; ce fut à la condition de faire rétablir les bâtiments du prieuré. Pour assurer l'exécution de cet engagement, on l'obligea ji donner caution au greffe de la cour ecclésiastique d'Auxerre. Il fut convenu qu'il recevrait les ordres sacrés aussitôt qu'il serait en âge, qu'il ferait acquitter toutes les charges du monastère et qu'il entretiendrait autant de religieux que si le monastère n'était pas en commende. Les bulles déclaraient que la violation de ces conditions mettrait le bénéûce en vacance, que le titulaire serait tenu à la restitution des fruits et revenus si les réparations n'étaient pas exécutées, et que , si le bénéfice venait à vaquer, il ne serait plus mis en commende.

Les conditions imposées par le Souverain Pontife furent rigou* reusement suivies ; mais nous n'oserions pas affirmer qu'on y apporta toute l'intelligence désirable. II est facile, en effet, de remarquer que les travaux, commencés en 1667, auraient pu être exécutés avec plus de soin ; pourquoi n'avoir pas conservé dans toute leur pureté les dispositions primitives, surtout dans les restaurations de l'église ? A l'époque dont nous parlons, on procéda aux réparations du grand et

du petit cloitre, et on fit reprendre par le pied deux piliers de l'église proche la chaire ; en 1668, on fit rétablir le clocher de pierre appelé le clocher de Sainte-Croix, qui avait été renversé par la foudre en 1666 ; en 1670, Jacques-Nicolas Colbert entreprit de refaire à neuf la Voûte d'un des collatéraux de Téglise ; il eut la malheureuse idée de faire disparaître les piliers du collatéral qui le divisaient en deux basses nefs (1). La voûte aurait eu alors une portée exagérée ; il fallut donc adopter cette espèce de plafond qu*on y voit encore et qui est sujet à des réparations multipliées. Plus tard on suivit les mêmes errements pour Tautre collatéral.

Le jeune abbé commendataire n'oublia pas qu'il était aussi seigneur temporel de La Charité et que son père, contrôleur général des finances, pouvait lui venir en aide ; il fît refaire à neuf une des arches du pont de pierre qui conduit de la ville au faubourg ; elle avait été ruinée parles grandes eaux et les glaces; il fit encore exécuter le pont de pierre établissant communication entre le faubourg et le Berry, moyennant la somme de 73,000 livres. C'était au mois d'août 1673. En 1695 il fit réparer toute la nef et reprendre les quatre piliers de la coupole, moyennant 30,100 livres.

Le 22 novembre 1685, M« André Colbert, évéque d'Auxerre, fit sa première entrée à La Charité ; quant à M^ Jacques-Nicolas Colbert, prieur commendataire depuis vingt-un ans, il ne connaissait même pas son prieuré. Ce fut le 24 octobre 1686 qu'il y fit son entrée pour la première fois. Conformément à ses bulles d'institution, il était entré dans les ordres sacrés, et, le 4 août 1680, il fut nommé coadjuteur de Rouen et sacré archevêque et primat de Carthage. Il mourut à Paris le 10 décembre 1707, après avoir été pendant quarante-deux ans commendataire de La Charité.

Quant aux prieurs claustraux qui, pendant son administration, régissaient le monastère, nous trouvons en 1667 D. Henri de Beuvron, qui fut remplacé en 1668 par D. Charles de La Motte, chambrier, élu par le chapitre général.

En 1678, D. Mathieu Melin fut élu visiteur et prieur claustral de La Charité, au chapitre général tenu à Saint-Martin-des-Champs;

(1) Nous avons dit plus haut que Tégllse de La CSharité était composée dt cinq nefs Jusqu'au transept ; par l'enlôvement des piliers dont nous parlons, elle n*eut plus que trois nefis.

il demeura sept ans prieur claustral et fit beaucoup de bien au monastère.

En 1685, on voit reparaître D. Charles de La Motte comme visiteur de rëtroîte observance et prieur claustral de La Charité; il avait été élu au chapitre général tenu à Cluny le 21 octobre.

Frédéric- Constantin de La Tour d'Auvergne, LIV* prieur, XIII® GOMMENDATAiRE, était chanoino de Strasbourg quand il fut nommé, par le cardinal de Bouillon, son oncle, au prieuré de La Charité, le 12 décembre 1707. Le 19 du même mois, D. Gilbert Coucion, prieur claustral du monastère, en prit possession en son nom. Nous n'avons découvert aucun fait remarquable pendant Tadministration du prince Frédéric-Constantin de La Tour d'Auvergne; il mourut à Strasbourg au mois d'avril 1732.

Frédéric-Jérôme de Roye, LV» prieur, XIV® commendataire, était archevêque de Bourges quand il fut pourvu du prieuré de La Charité par Mgr l'archevêque de Vienne, abbé de Cluny. Il en prit possession le 1^ mars 1732, par M® François-Joseph Jacquomet, chanoine de Bourges, qu'il avait chargé de procuration.

Dominique de La Rochefoucauld, LVP prieur, XV« commendataire, fut appelé à succéder à Mgr Frédéric-Jérôme de Roye comme prieur de La Charité ; il était déjà archevêque d'Albi quand le cardinal de La Rochefoucauld, abbé de Cluny, alors ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, le pourvut par lettres de provision de plein droit, datées de Rome le 15 mai 1747. Il prit possession de son bénéûce le 11 août suivant par M* Jean Thomas, prêtre , curé de la paroisse de Saint-Jean de Neuvy-les-deux-Clochers, qu'il avait constitué son procureur. L'archevêque d'Albi ayant été élu abbé de Cluny après la mort du cardinal de La Rochefoucauld, résigna son prieuré de La Charité au suivant.

f RANÇOIS-JOACHIM DE La PiERRE DE BeRNIS, LVII« PRIEUR, XVI" ET

dernier commendataire, était sous-diacre du diocèse de Viviers, comte de Lyon, abbé commendataire de Saint-Médard de Poitiers. Entré dans l'état ecclésiastique sans vocation, il se laissa entraîner au milieu des plaisirs mondains et abusa de la facilité qu'il avait pour la poésie, en produisant grand nombre de pièces légères qui

lui valurent une place à l'Académie. Sa fortune politique data de 1751, lorsque Louis XV l'envoya comme ambassadeur auprès deU république de Venise. Il réussit dans cette mission et dans plusieurs autres. En 1757, il devint ministre des affaires étrangères, et, U même année, il obtint en commende le prieuré de La Charité. Il fit prendre possession de ce bénéGce le 23 novembre 1757 par procureur. La procuration fut adressée en blanc au prieur claustral, et, en son absence, le sous-prieur prit possession au nom dudit seigneur de Bernis.

L'année suivante il profita de son titre de ministre pour obtenir le chapeau de cardinal ; puis, tombé en disgrâce, il se retira dans son abbaye de Saint-Médard; cinq ans plus tard, le roi lui rendit ses bonnes grâces et le nomma archevêque d'Albi.

La vie retirée et exemplaire qu'il avait menée durant son exil lui avait acquis le respect universel ; mais, à peine revenu aux afiisdres, il perdit dans Tesprit public, par suite de son caractère indécis et équivoque. Il estimait les Jésuites, et cependant il agissait contre eux. Nommé ambassadeur près le Sainf-Siége, il contribua à l'abolition momentanée de l'ordre. Il demeura à Rome jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 2 novembre 1794.

Gomme ses prédécesseurs immédiats, et malgré sa longue possession du prieuré, il ne se distingua par aucune amélioration opérée dans le monastère ; peut-être même il ne le visita jamais.

La fille aînée de Cluny devait subir le sort des autres ordres religieux; la Révolution dispersa ses moines. Il ne reste plus que les débris de sa splendide basilique et les souvenirs de sa gloire antique.

Il n'entre pas dans notre plan de faire l'histoire des cellœ et des petits prieurés dépendant de La Charité que ces moines agriculteurs avaient fondés dans les Amognes et le Bazois, à mesure qu'ils défrichaient le pays. Dans la construction de ces églises, on reconnaît Thabileté des architectes et le cachet que Cluny savait imprimera ses œuvres. Rouy, Semelay, Montambert, Jailly, etc., présentent des types qu'on rencontre rarement dans les églises de campagne. La petite église de Jailly surtout, avec ses trois nefs et ses trois absides adossées à la colline, qui l'encadre de ses arbres touffus, a souvent attiré l'attention du touriste et de l'artiste. Quoique la triple nef soit en ruine et qu'il ne reste plus debout que la région absidale elle transept couronné par le vieux clocher en partie caché par le lierre qui l'enveloppe, on s'arrête volontiers à considérer le portail, enrichi

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des scalptures que Tépoque romane y a déposées et de quelques peintures postérieures, et on ne peut s'empêcher d'admirer la disposition adoptée par les moines qui ont construit ce curieux monument ; ils ne se sont pas préoccupés de l'inclinaison de la colline. A partir du chœur, ils ont établi en cascades jusqu'au portail les travées de la nef, en sorte que, à chaque travée, trois à quatre degrés con* duîsent à la suivante et donnent ainsi à cette église un aspect tout à fait insolite mais gracieux.

Adoptant la chronique manuscrite de La. Charité, nous n'avons tait mention que de LVII prieurs, tandis que les auteurs de la Gallia chrUtiana en portent le nombre jusqu'à LXII; mais il est facile de remarquer de leur part une certaine indécision. C'est ainsi que dans l'article consacré à Alphonse- Louis du Plessis de Riche* lieu, ils parlent de Charles-Louis de Lorraine dont ils ne savent que faire. Cui certum non possumus assignare locum.

En terminant l'histoire du célèbre monastère de La Charité, nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher son origine de sa décadence. Saint Gérard et le cardinal de Bernis — le pieux disciple de saint Hugues et le protégé de Mme de Pompadour ! ! !

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