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ABBAYES DE BOURAS ET DE ROCHES

Nous devons compléter l'histoire des enfants dé saint Benoit dans le Nivernais par la notice relative à cette autre branche qui s'est détachée de Gluny pour former une famille à part, tout en reconnaissant le même père.

Dans Tétude un peu rapide que nous avons faite des fondations^ dans le diocèse de Nevers, des maisons de Bénédictins» on a pu remarquer que, de bonne heure, Cluny avait travaillé à réunir sous sa direction ces divers monastères, et était arrivé à les voir presque tous placés sous ses lois. La haute réputation de science et de sainteté de cette célèbre abbaye, la protection dont Pentouraient les Souverains Pontifes, l'estime que lui portaient le? princes de la terre, tout venait contribuer à justifier ses démarches pour diriger la nombreuse famille de saint Benoit.

Cependant, malgré le degré de perfection auquel il est donné à une société d'atteindre, on sait que cette société tend continuellement à s'atTaiblir, si on ne travaille constamment à resserrer les liens d'une austère discipline. Nous avons pu, dans le précis historique que nous avons présenté, nous convaincre de cette vérité, et nous avons constaté de temps à autre bien des défaillances. L'élément humain ne saurait être complètement annihilé, et il porte avec lui dés germes de corruption.

m LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES

On ne comptait pas encore deux cents ans depuis la fondation de Cluny, et déjà plusieurs de ses religieux éprouvaient le besoin d*une réforme; ils auraient voulu que Tamour de la discipline, de Tabnégation et de la pénitence fût plus vif et plus généreux ; ils désiraient en un mot que les saintes règles imposées par saint Benoît fussent observées dans toute leur rigueur; ils se séparèrent de Gluny et fondèrent Citeaux.

La nouvelle réforme marchait lentement, le personnel n'augmentait pas, quand Dieu voulut mettre fin aux angoisses et aux inquiétudes des réformateurs. Unjour, trente jeunes seigneurs, appartenant aux premières familles de la Bourgogne, frappent à la porte du couvent; ils avaient à leur tète Bernard. Dès ce moment, l'enceinte du monastère devint trop étroite et il fallut songer à de nouvelles fondations. La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimond furent les quatre premières filles de Citeaux.

Ce fut en 1114 que Pontigny, seconde fille de Citeaux, fut fondé, et cinq ans plus tard un premier essaim s'en échappait pour venir s'établir dans le Donziais, en 1119, Tannée même où fut tenu le chapitre général auquel assistait saint Bernard. Hugues de Tilio, seigneur de Champlemy, de concert avec Alix de Montenoison, son épouse, avait abandonné à cet effet un lieu nommé Bouras, Bonuê radiusy près de la source d'une des branches de la Nièvre, en y ajoutant les bois et terres du voisinage qui lui appartenaient et des droits dans toute la seigneurie de Champlemy. En peu de temps, le nouveau monastère devint assez florissant pour que, vers l'année 1145, il pût fonder dans le Berry une nouvelle maison, dans un lieu nommé ChaUowus. Le premier abbé de Bouras fut Godefroy, un des religieux de Pontigny.

La charte de fondation de Bouras est signée par Hugues de Montaigu, évéque d'Auxerre; Hugues de Mâcon, abbé de Pontigny; Godefroy, abbé de Bouras; Guillaume, comte de Nevers, Auxerre et Tonnerre ; Gilbert l'Universel , chanoine d'Auxerre , qui devint plus tard écolfttre de l'église de Nevers , puis évéque de Londres -, Hervé de Toucy, etc.

Sous son administration, l'abbaye de Notre-Dame de Bouras n'eut qu*à bénir la Providence des dons abondants qui lui arrivaient de toute part. Parmi ses insignes bienfaiteurs on remarque Hugues de Montaigu, évéque d'Auxerre ; Hugues le Manceau, les barons de Donzy, Gibaud de Saint-Yerain, les comtes de Nevers. D'un autre

côté, Alix de Bourbon, épouse de Guillaume, seigneur de Champlemy; Alix de Champlemy, épouse de Hérard de Bois-Jardin; Elisabeth, veuve de Richard d'Huban; Pétronille de Marmaigne, Guy de Thianges et son ûls, Odard de Thianges, Jeanne de Châtillon, veuve de Jean de Thianges, et grand nombre d'autres personnes de distinction choisirent Notre-Dame de Bouras pour le lieu de leur sépulture.

En 1176, Mahaut de Bourgogne, comtesse de Nevers, veuve de Guy, fit remise aux religieux de Bouras des redevances qu'ils étaient obligés de lui payer à cause de sa châtellenie de Châteauneuf-au-valde-Bargis.

D. Viole compte Godefroy de Donzy parmi les principaux bien£siiteurs de cette abbaye. Pierre de Courtenay, Hervé de Donzy, la comtesse Mahaut-la- Grande, le comte Guy de Forest, qu'elle avait épousé en secondes noces, Louis de Flandre, doivent de même prendre rang parmi les bienfaiteurs de Bouras.

Les Souverains Pontifes avaient aussi placé sous la protection du Saint-Siège le nouveau monastère. Les papes Eugène III, Alexandre III, Luce III, avaient, par leurs bulles, conûrmé ses possessions. On compte depuis la fondation quarante-deux abbés qui se sont succédé jusqu'à la Révolution française. Noël Bourgoin fut, en 1536, le dernier abbé régulier ; il eut pour successeur, en 1549, François de Mailly, qui obtint cette abbaye en commende.

Bouras éprouva le sort de la plupart des monastères de l'ancien diocèse d'Auxerre ; pendant les guerres de religion (l'incendie a été de tout temps l'arme favorite des ennemis de Dieu et de la société), les protestants réduisirent cette abbaye à un état de ruines tel qu'on fut dans la nécessité de restreindre le nombre des religieux.

Le dernier abbé commendataire nommé en 1782 fut M" de Granderats, chanoine de Maux et chapelain du roi ; on le retrouve encore en 1790.

Il ne reste plus de la vieille abbaye que quelques pans de murailles et de rares débris épars qui remontent à l'époque de sa fondation.

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