HOPITAUX
Ce n'est pas sans raison' que nous réunissons les ordres militaires et hospitaliers; nous verrons bientôt que la charité les avait confondus; ils venaient au secours des pèlerins^ des voyageurs, des malades et des pauvres, après avoir réchauffé leurs cœurs par la pratique des pieuses règles de saint Augustin.
L'Eglise, dans sa tendre sollicitude, ne pouvait oublier ceux qui souffraient et devait venir au secours des faibles et des délaissés ; aussi on la voit, dès le principe, former ses enfants à la pratique de la charité, d'abord en les réunissant comme une môme famille, ou en leur faisant distribuer des secours à domicile, et, plus tard, en les accueillant dans des hospices, maisons-Dieu, maladreries, orphelinats et asiles de vieillards.
Nous trouvons à Nevers, dès le neuvième siècle, les deux maladreries de Saint- Lazare et de Saint- Antoine, dans les faubourgs de la cité, et, à ses portes mômes, l'hospice de Saint-Didier. Ces établissements étaient généralement placés sous le vocable de saint Lazare, de saint Antoine, de saint Pantaléon et plus tard de saint Roch; inutile d'en donner les motifs. Clamecy, Château-Chinon, Cosne, Donzy, La Charité-sur-Loire, Varzy, Decize, Saint-Pierre-le-Moûtier, etc., avaient leurs maisons-Dieu et leurs maladreries. Souvent des localités bien moins considérables étaient dotées de ces charitables éta-
LES GONGRâGA^TIONB RBLI6. DANB LB DlOCfiSH DE NEVER8 463
blifleements; nous les rencontrons souvent au pied des chftteauz-forts du moyen«*âge. Huban avait sa maladrerie, Saint-Péraville, dans les Âinognes, et Gain, dans la petite paroisse de Saincaize, avaient leurs hospices, et nous voyons que Mahaut*la -Grande, comtesse deNevers, fait mention, dans son testament, des léproseries de Donzy, de Decize et du Bochet*sous-Montenoison; dans la crainte d'oublier quelquesuns de ces pieux établissements, elle laisse une somme destinée aux maisons-Dieu, aux pauvres hospices de son comté de Nevers, et une autre somme à distribuer aux indigents ; confiant Texécution de ses dernières volontés à Tarchevéque de Sens , aux évèques de Neveiis et d'Auxerre et au roi de France.
Il est évident que les établissements dont nous venons de parler devaient être desservis par des religieux, ou au moins par des chrétiens charitables qui consacraient, pour un temps ou pour leur vie entière, ce que Dieu leur avait donné de forces et de dévouement ; mais il faut avouer que, sur ce point, nos chroniques locales nous ont laissé peu de détails. Malgré les recherches que nous avons faites, nous n'avons trouvé, pour les hommes, que les religieux de Montjou (Grand-Saint-Bernard) qui desservaient l'hospice de Varzy(l), et, à une époque plus rapprochée, les Capucins, comme nous le dirons en parlant de cet ordre; puis i Nevers, à l'hôtel-Dieu de Saint-Didier, les Frères rendus ou donnés. Une charte de 1074, par laquelle Hugues III, évêque de Nevers, donne à cet établissement le quart de ses biens meubles, nous fait connaître le personnel de gens qui y étaient soulagés : peregrinis et viduis in domo Dei infirmmntihiMj les pèlerins et les veuves malades. Nous n'entrerons pas ici dans le détail des legs et donatims faits à cette maison, nous sortirions du plan que nous nous sommes tracé ; nous nous bornerons à exposer la position des frères chargés du service de cet hôpital*
c L'hôtel-Dieu, dès Tannée. 4242, était desservi par un maitre des frères et des sœurs, c'est-à-dire par un chef de famille auquel plusieurs personnes s'associaient par le sacrifice efifectif de leur personne et de leurs biens; ce qui leur fit donner le nom de rendus et donnés. Les biens composaient une masse totale destinée aux besoins de la maison et au service des pauvres malades. L'origine de cette association n'est pas bien connue (2). »
(1) C'était vers 1200, d'après la Notice des monastères du diooèfs d'A'Merre.
(2) PARMEirriBR, Archives de Nevers, chap. 25.
Gomme on le voit, ce ne sont pas des religieux proprement dits, mais une association charitable ; ils étaient dépendants de Tautorité ecclésiastique et de Tautorité civile. Un acte du 27 août 1399 porte que t les échevins auront la nomination et la présentation des maître, curé, frères et sœurs, rendus et donnés, de l'hôpital, et qu*au doyen seul appartiendront Tinslitution et collation des dessus dits; que les échevins, toutes les fois qu'il leur plaira, pourront demander au maître le compte de son administration ; qu'il ne pourra le leur refuser ; qu'il leur sera rendu, le doyen et ses commis appelés, et que tous ensemble Tentendront et le cloront d'accord; que les échevins ordonneront du fait et gouvernement desdits maî.tre et frères, le doyen appelé comme dessus, et que les échevins pourront destituer le maître, le cas échéant, aussi le doyen ou ses commis appelés (1) ».
Par un autre acte du mois de mars 1402, Philippe-le-Hardi déclare « que l'hôpital est de la fondation des comtes de Nevers et de leur ancienne garde ; que les guerres en ont mis les biens dans un si grand désordre que les pauvres n'y ont plus qu'un peu de pain bis et de l'eau; que depuis vingt ans en çà plusieurs habitants de Nevers lui ont donné leurs biens, ce qui a servi à le remettre sur pied; que les maître, frères et sœurs ont réuni plusieurs héritages de leur ancienne censive, tels que la maison où sont leur pressoir et leur grenier à bled, vis-à-vis l'hôtel-Dieu, etc. (2). »
Un nouveau règlement ou compromis fut dressé de concert entre le doyen Nicolas de Vitry et les échevins, le 14 novembre 1404. D'après ce compromis: l*' les quatre échevins devaient avoir à perpétuité le droit de nomination et de présentation des maître, frères et sœurs, rendus et donnés, dudit hôpital, pourvu que ledit maître fût lui-même rendu et donné ; 2® au doyen et à ses successeurs à perpétuité appartiendrait le droit d'institution et de collation desdits maître, frères et sœurs; 3» ledit doyen aurait le même droit relativement à la nomination du curé, pourvu que le candidat à cette cure fût lui-même rendu et donné ; 6p le maître dudit hôpital devait rendre ses comptes chaque année, le mardi de la Pentecôte et les jours suivants, dans l'établissement de Saint-Didier, en présence
(1) Paumbntibr, loco citaio.
(2) Jdm,
du doyen et des quatre échevins ou de leurs mandataires ; 5® si son administration était reconnue irrégulière, le doyen, sur les instances des échevins, était tenu à le destituer ; mais lesdits échevins devaient prêter serment que leur demande était basée sur des motifs légitimes ; 6° il y est dit encore que le doyen et ses successeurs ne pourront à l'avenir exiger, pour le droit de sceau apposé aux lettres d'institution, que la somme de cinq 80us tournois, si on en excepte celles du curé, duquel il pourra percevoir, si bon lui semble, vingt sous tournois. Le reste est de peu d'importance.
Depuis ce moment, le règlement a été modifié à différentes époques. Il est à présumer que les frères et les sœurs rendus de Thôtel- Dieu n'étaient pas seulement chargés de cet établissement, mais encore des autres maisons de ce genre existant dans les faubourgs et même dans la ville, spécialement de Vhôpital neuf de la rue des Merciers, de l'hôpital des enfants de Saint-Louis et de l'hôpital général, occupant l'hôtel de Maumigny avant sa tran&lation , route de Paris, sur le terrain qui lui demeura acquis depuis cette époque (1).
Cependant on voit encore de nouvelles modifications. En 1660, les administrateurs traitent avec une sœur Eugénie Camuzat, ursuline professe, qui devait venir s^installer à l'hospice Saint-Didier. Toutefois, les frères et sœurs rendus continuent leurs fonctions; on les retrouve en 1712; mais il est facile de comprendre, par les modifications qu'on fut souvent forcé d'admettre dans les règlements qui les régissaient, combien ces règlements laissaient à désirer.
Parroentier, exposant l'état de l'hôtel-Dieu à l'époque à laquelle il écrivait (1770), nous a laissé un renseignement qui porte à penser que les frères rendus avaient disparu. insensibleAient et qu'il ne restait plus que les sœurs, soumises à des statuts particuliers.
c L'hôtel-Dieu, dit notre chroniqueur, est desservi par' une supérieure et treize sœurs, sous une règle particulière donnée originairement par M. le doyen Bogne (décédé en 1693) et depuis rectifiée et réformée par Mgr l'évèque Tinseau et le doyen de Villedieu (2). »
Nous en parlerons quand nous traiterons des congrégations religieuses de femmes.
(1) Il est certain que des frères et sœurs rendus desservaient ces établissements ; étaient-ils foamis par l'hôtel-Dieu de Saint-Didier ou bien étaient-ils indépendants? c'est ce qu'on ignore.
(2) Archives de Nevers^ i. II, p. 32.
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