CHAPITRE V
ORDRE DE LIMMACULÉE CONCEPllON.
Quoique cet ordre ne présente aucune similitude a^ec ceux dont nous venons de parler, puisque ses membres n'étaient pas tenus au célibat, il n'en est pas moins considéré comme religieux et militaire, puisque TEglise Ta reconnu comme tel, et qu*il devait aussi la défendre et precibus et gladio. Ne soyons donc pas étonnés si l'auteur de VHntoire désordres monastiques religieux et militaires lui a consacré plusieurs chapitres; nous ne pouvons moins faire, puisque c'est dans notre Nivernais qu'il a pris naissance et qu'il s'est développé; n'est-ce pas d'ailleurs un de nos ducs qui en a été le fondateur et déclaré le grand-maître? II est vrai que cette institution a eu une existence bien éphémère, n'ayant duré que quelques années ; mais, pendant cette modeste période, elle a jeté sur notre province quelques rayons de gloire.
Nous n'avons pas la pensée de reproduire ici la notice assez étendue que nous avons fait paraître autrefois dans le Bulletin de la Société nivernaise sur VOrdre de la Milice^Chrétienne de Vlmma^ culée-Conception (1). Nous nous contenterons d'en présenter le résumé.
La victoire remportée par les puissances chrétiennes dans le' combat naval de Lépante contre les Turcs, le 7 septembre 1571, n'avait
(1) Première série, tome II, page 225.
LB8 G0N6RË6ÂTI0N8 RELIG. DANS LE DI0GË8E DE NEVERB 473
pas dompté l'orgueil de ces ennemis de la croix ; ils cherchaient tontes lés occasions pour reprendre leur revanche, et quelques années plus'tard ils avaient pénétré jusqu'au cœur de la Hongrie.
Par la mort de sa mère , veuve de Louis de Gonzague , Charles devint héritier du duché de Nevers et de ses dépendances; c'était en 1601 ; il n'avait que vingt-un ans. L'année suivante, n'écoutant que son ardeur guerrière, il s'empressa d'offrir son épée à l'empereur Rodolphe, et alla rejoindre l'archiduc Mathias, qui dirigeait en Hongrie les opérations de la campagne. Le jeune duc de Gonzague se couvrit de gloire par sa bravoure; mais, grièvement blessé au siège de Bade, il se vit dans la nécessité de reprendre le chemin de Nevers, où il arriva le 17 février 1603.
L'année suivante il épousait Catherine de Lorraine, petite-fille par sa mère d'Anne Lascaris, dont les ancêtres avaient occupé pendant plusieurs années le trône de Constantinople ; lui-même, descendant des Paléologue et des Courtenay, croyait avoir des droits à l'empire d'Orient à bien des titres. Celte pensée , jointe c^ l'animadversion qu'il éprouvait contre les Turcs, lui fit concevoir le projet de porter la guerre en Orient et de travailler ainsi dans l'intérêt des puissances chrétiennes, tout en soutenant ses prétentions. Le jeune prince fut nommé en 1605 ambassadeur extraordinaire pour aller complimenter à Rome le pap« Léon XI qui venait d'être appelé à succéder à Clément VIIL On prétend qu'il profita de la circonstance pour communiquer son projet au nouveau pontife et obtenir son assentiment.
Le moyen le plus efficace pour arriver à ses fins était de soulever les contrées soumises à l'empire turc, ce qui lui paraissait facile, car les populations chrétiennes étaient lasses d'un joug qui leur devenait intolérable. Dès l'année 1612, le mouvement était imprimé dans l'Herzégovine, le Magne, la Macédoine, l'Albanie, la Bosnie, le Monténégro, etc.; les hommes les plus influents et les mieux posés de ces contrées saluaient déjà le duc de Nevers comme leur souverain et lui écrivaient avec cette suscription : A V empereur Constantin et à toute la famille impériale; d'autres lui adressaient l'état des Groupes sur lesquelles il pouvait compter; le chiffre était de 160,000 hommes.
Charles de Gonzague, de son côté, avait organisé une véritable croisade et avait obtenu l'assentiment et le concours d'un certain nombre de souverains.
474 LES GONGRtGATIONS fiJBLIOXfiUSBS
Jusqu'ici, nous ne voyons rien qui présente les bases d'un ordre religieux et militaire, et cependant nous pouvons être assurés que les éléments d'une nouvelle institution se trouvaient préparés. Les historiens ne sont pas d'accord sur l'époque précise de la fondation de cet ordre. Mais Tincertitude cesse si on veut remarquer que VOrdrede la Miliee^Chrétienne de V Immaculée'ConcepHon présente trois phases bien distinctes ; nous allons les suivre d'une manière succincte.
En 1617, projet des frères Pétrignan de fonder cet ordre.
En 1619, le duc de Nevers, qui avait favorisé ce projet dès son origine, mais qui le voyait sur le point d'avorter, s'en empare et constitue les premiers chevaliers.
En 1623, cet ordre, tout à la fois religieux et militaire, reçoit la sanction du Souverain Pontife et .se trouve seulement alors définitivement constitué.
•Suivons ces trois phases dans leurs intéressants détails.
En 1617, trois frères gentilshommes de Spello, en Italie, de la famille des Pétrignan, avaient conçu le projet de fonder un ordre militaire sous le nom de la bienheureuse vierge Marie, mère de Dieu, et la règle de saint François d'Assises, pour la défense de la foi, l'exaltation de la sainte Église et aussi pour s'opposer aux incursions des Turcs. Ils en dressèrent les statuts, qu'ils traduisirent en diverses langues pour les répandre partout, et attirer ainsi de toutes parts, dans le nouvel ordre, le plus de membres possible.
c II devait y avoir trois sortes de chevaliers: des gentilshommes laïques, nommés chevaliers de justice;' des gentilshommes ecclésiastiques et des chevaliers chapelains et servants d'armes. Ceux de la première et de la seconde classe devaient porter au cou une croix d^or émaillée d'azur,'en mémoire de la robe de la sainte \^erge, et sur le côté gauche de leur manteau, qui devait être blanc, une autre oroix de satin bleu bordée d'argent, au milieu de laquelle serait un tnrale dans lequel il y 'aurait un chiffre composé d'un S et d'un M (1) couronnés de ces paroles à l'entour : In hoc signo
(I) L*S et 1*M signiflaient sans doute Sancia Maria,
OiLNÊT liB DiOGfidB DE MVVBR8. 475
vMeés. Autour de Tovftle, entre les quatre brancbes^de la croix, il dèVai! y avoir dou2à rayons d'argent, trois de chaque c6té, pour représenter les douze ap(ytres ; sur chaque branche de cette croix, il devait y avoir aussi neuf autres rayons d'argent, pour marquer les neuf dhteors des anges. Les branches devaient se terminer en flsfors de lys, pour signifier que cet ordre était institué en l'honneur de -la stiinte Vierge, le vrai tys'dès vallées; et au bout des quatre fleurs de lys, on y devait mettre quatre étoiles entourées de rayons, en mémoire des quïitre éiratigélistes. Les chevaliers de la troisième classe, qui étaient les chbpélains et servants d'armes, devaient porter seuiiement la crdx surle'tiiatfteftu et nbn au cou (1). »
Les Souveifaitis Pontifes étaient les' protecteurs de l'ordre; la nodiîriatiôn du général de rarmée de 'terre, portant te titre de mare- 'khàlâe rt>rdre, lear appartenait. Quant au gfrand-maitre, c'était au Pape â le choisir, mais séirïement 'pour la première fois.
Chaque grand-mattre,^près son élection, était tenu de prêter sérmeht de fidélité au Pape et^u Saint^Sié^e. C'était devant le grandmsQtré qtie devaient être portées les causes des eftifevaliers tant civiles que crïmihelles.
It étiit établi ^ifon recevrait dans cet ordre des perscnises de toutes les nations ; chaque province avait Un chevalier grand-croix.
Il' était libre aux chevaliers laïques d'épofttser des veuves ou -des
filles indistinctement, -et de passer à'de ^secondes noces après la mort
de ièur' pl^èmière femme; quoique mariés ^ du -biffâmes (2), ils
'pouvaient fouir de petiriôns établies sur des 'bénéfices ecdlésias-
fi'ques.
Enfin le Pape, cfomme chef et protecteur de Tordre, avait promis * son* palais de Lalran pour leur servir de maison conventuelle et le port de Civita-Vecchia pour y établir un arsenal de 'galères. On devait réunir dans le palais de Latran des maîtres de toute ^espèce, afin de former les nouveaux chevaliers aux sciences et aux exercices qui conviennent à la noblesse.
(1) HéLTOT, Histoire des ordres religieux ^ V* partie, chap. XLIX. •
(2) Nous avons conservé le mot de bigame, parce qu'il se trouve dans la constitution de l'ordre ; il ne signifie pas ici un homme qui aurait deux fommes à la fois, mais un homme qui aurait convolé à de secondes noces après la mort de sa première femme.
476 LE8 G0N6RÉGATI0NB RELIGIEUSES
Chaque chevalier, au jour de sa réception, était tenu de verser une certaine somme i la caisse commune, et une partie de cette somme était consacrée & fonder des commanderies.
Tels étaient en substance les statuts de Tordre de la Milice-Chrétienne, qui demeura à Tétat de projet quoique agréé du Saint* Siège (1).
Si ce projet ne reçut pas son exécution, il servit du moins de baae à l'ordre de Tlmmaculée-Conception de la bienheureuse vierge Marie. En effet, les frères Pétrignan qui, comme nous l'avons dit, avaient traduit leurs statuts en diverses langues, songèrent sérieusement à se procurer des adeptes, et se transportèrent dans les principaux Etats de l'Europe, pour proclamer le nouvel ordre. Jean- Baptiste Pétrignan, l'un des trois frères, se rendit en France au commencement de 1618, d'où il passa à la cour de l'empereur. U avait eu, soit en France, soit en Allemagne, des entretiens particuliers avec le duc de Nevers, et lui avait communiqué ses projets et les statuts de l'ordre de la Milice^Chrétienne. Cet ordre devait merveilleusement seconder la chevaleresque entreprise de Charles de Gonzague; et, sans doute, il encouragea fortement Jean-Baptiste Pétrignan. Mais quel crédit pouvaient avoir sur les seigneurs de France, d'Allemagne et même d'Italie, trois gentilshommes dont le nom n'avait pas un grand retentissement, et dont la fortune n'était pas à la hauteur d'une semblable entreprise ? Forcés par la nécessité, ou peut-être à l'instigation du duc Charles, ils renoncèrent à leurs projets ; et le duc de Nevers» avec leur concours, fonda, grâce aux éléments déjà préparés, un nouvel ordre, dont le nom allait perpétuer le souvenir des démarches faites par les frères Pétrignan, en même temps que les pieux efforts de celui qui devait compléter cette œuvre; on l'appela V Ordre de la Milice-Chrétienne de V Immaculée- Conception de Marie.
Au commencement de 1019, le duc de Nevers, Jean-Baptiste Pétrignan et Adolphe, comte d'Athlan, se trouvaient en Autriche, au couvent des capucins d'Olmûtz. Déjà ils avaient enrôlé un certain
(13 HÉLYOT.
nombre de seigneurs qui s'adjoignirent à euï, après avoir pris connaissance des statuts ; c'étaient le prince polonais Ratziwil, le duc de Saxe-Lawembourgy les comtes de Bucheim et de Dampierre, et d'autres seigneurs, au nombre de dix-huit en tout. On se rendit ensuite en rase campagne. C'était le 8 mars de la môme année; les trois fondateurs avaient fait disposer un parc environné de pieux de distance en distance, unis ensemble par des cordons de soie. Quand les dix-huit seigneurs s'y furent rendus, on lut de nouveau les statuts, et aussitôt le comte d'Athlan, comme doyen d'âge, donna au duc de Nevers la croix et le collier de l'ordre, après lui avoir fait prêter serment sur le livre des évangiles ; le duc de Nevers fit ensuite prêter aux autres le môme serment, et leur conféra les insignes, qu*il reçut aussi de nouveau pour le duc de Rethelois, son fils. Quand cette cérémonie fut terminée, tous les nouveaux chevaliers tirèrent leurs épées et allèrent couper les cordons de soie du parc, comme pour indiquer qu'ils étaient résolus de surmonter tous les obstacles, afin de remplir la promesse qu'ils venaient de faire à Dieu (1).
Parmi les grands-croix qui furent créés à Vienne, on compte le marquis de Villars et le marquis de Royllac. M. de Saint-Etienne fut nommé commandeur.
Depuis cette époque plusieurs promotions eurent lieu :
A Nevers, le 20 octobre 1619.
 Paris, le 2 février, le 11 février, le 14 mars, le 31 mai, le 9 juillet 1620.
A Saint-Hubert-aux-Ardennes, en 1620.
A Charleville, le 4 novembre 1620.
A Mézières, en avril ou mai 1621.
A Paris, le 28 février 1621.
A Paris, en avril 1622 (2).
De retour d'Allemagne, le duc de Nevers se trouva de nouveau mêlé aux intrigues de la cour, tandis que ses agents poursuivaient toujours le projet de croisade en Morée. Bientôt il eut à déplorer la mort du due de Mayenne, son beau-frère.
(l) HéLTOT.
(2) Le manuscrit ne dit rien de la promotion qui aurait été faite à Nevers, le !«* novembre 1619, d*aprôs M. Gougny.
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Di^u lui r^nryait unedoul^pi; byàn, plus sçAsibledai^ lapeiie du djnc de Reth^kvs, prince, doué des pjUi^ rares qualiJt^; la mortt l'enleva le 13 octobre 1632, à. l'âge de seize ans (1).
Les voyages, dit M. de Saintemarie, étai^ptla resi^ource ordinaire, du duc Charles dan^ ses chagrins (3).
c M. de Nevers, d'après Tabbéde MaroJJ^, ût un voyage eo ItaUe pour visiter le duc de Mantoue, chef de sa maisoQ, et le duc Sforcc^, son beau-frère ; et comme il se trpuvait tout porté sur les lieux, il reçut ordre du roi de s'en aller à Romei ci^mme son amb^t^sadeur extraordinaire, pour complimenter de sa pari le pape Urbain VII| sur son avènement au Saint-Siège (3). :»
Urbain VIII^ en eftei^ était monté sur le trène pontifical au mois d*août 1623 ; il accueillit le duc de Nevers avec toute la bienveillance possible ; aussi, ce prince s'empressa de lui demander la confirmation de son Ordre de la MUice-^Chràiienne de V Immaculée-Conception, Le Souverain Pontife voulut bien en approuver les statuts, qui avaient beaucoup de rapports avec ceux qu'avaient rédigés les frèces Pètrignan.
Cet ordre fut mis sous la règle de saint François et sous la protection de saint Michel archange et de saint Basile. Les statuts portaient qu'avant d'être admis, chacun ferait un noviciat dans quelque maison régulière de l'ordre, et qu'en outre des vœux de chasteté conjugale et de pauvreté, conformément aux statuts, le novice ferait profession de foi et serment de fidélité au Saint-Siège, avec promesse d'obéir, toutes les fois qu'on lui ordonnerait de combattre les infidèles ou les hérétiques.
En attendant la convocation du chapitre général qui, pour de justes causes, ne pouvait se tenir qu'à la Pentecôte 1625, le Pape nomma le duc de Nevers grand-maltre de l'ordre, avec pouvoir d'établir un conseil de douze chevaliers dans les districts d'Orient, du Midi, de TOcci-
(1) Mémoires de Vahhé de Marolles, 1'* partie, 1621.
(2) Hecherchei historiques sur Nevers^ p. 1^29,
(3) Mémoires de Vabhé de MaroUes, %'• partie, lfi2^.
DANS Lfi mOGËSE DE NBVBRS. 479
dent et du Septentrion, pour gouverner Tordre et faire les règlement» qu'ils jugeraient convenables. Le grand-maître et le chapitre général avaient aussi le pouvoir de compléter les statuts et les constitutions, avec obligation pour les chevaliers et les religieux de Tordre de s'y soumettre .en tout.
Enfin y il exempta cet ordre de la juridiction de tous primats , patriarches, archevêques, évéques et ordinaires des lieux, et le soumit immédiatement au Saint-Siège.
Il avait de plus éitabli à Rome un conseil suprême qui résidait dans le palais de Latran.
Cependant, le duc de Nevers avait quitté Rome pour revenir dans son duché, heureux du résultat de ses démarches. Le 1^ novembre de la même année , la cathédrale de Nevers était témoin d'une cérémonie bien imposante ; toute la jeunesse de la noblesse du pays se pressait autour de la chaire de la vieille basilique. Un capucin y prêchait la croisade au nom du Souverain Pontife, et appelait sous la bannière de la Vierge immaculée, dès les premiers instants de sa Conception, les jeunes seigneurs nivernais ; c'était le R. P. Joseph du Tremblay. Au milieu de Tassemblée, on voyait Charles de Gonzague avec le magnifique costume de Tordre, et auprès de lui, sans doute, Tétendard général.
Cet étendard, d'après les constitutions, devait être blanc. Au milieu, le mont du Calvaire avec Timage de Jésus en croix ; au côté droit, on voyait Marie compatissant aux douleurs de son fils ; au c6té gauche, Tarchange saint Michel perçait d'une lance crucifère le dragon renversé sous ses pieds, et tenait en la main droite une épée sur laquelle on lisait : Quis ut Deus, L'autre côté de Tétendard était timbré d'une grande croix bleue, au centre de laquelle la Vierge immaculée, entourée des rayons lumineux du soleil, avait la lune sous les pieds et une couronne d'étoiles sur la tête ; au cdlé droit de cette croix était Timage de saint François avec ses stigmates, et au côté gauche saint Basile, habillé à la façon des patriarches. d'Orient.
Le duc, revêtu d'un magnifique manteau d'azur, portait au cou une croix dans la forme de celle de Malte ; cette croix, émaillée d'azur à orles d'or, renfermait dans son médaillon, d'.un côté, Timage de la Vierge immaculée, et de l'autre celle de saint Michel, telles que nous les avons décrites plus haut ; ce médaillon était entouré du cordon blanc de saint François. Au rapport du P. Hélyot, auquel nous empruntons ces détails^ en essayant de les classer a^ec plii6<d^oklre, les
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chevaliers, qui avaient le môme costume que le grand-maître, à la différence seule de la dimension de la croii, portaient encore une autre croix sur leurs manteaux, dans le genre de celle que nous venons de décrire ; mais cette croix devait être brodée. Il est dit « qu'entre les angles de la croix, il y avait comme de petites langues de feu d'où sortait un foudre ou une pointe de dard. > Les compagnons d'armes portaient une croix de velours, au milieu de laquelle était l'image de Marie avec une bordure d'or (1).
Des éperons d'or et une riche épée compléjiaient le costume du duc de Nevers.
Malgré l'éloquence chaleureuse de l'habile capucin, le résultat de son discours ne répondit pas à son attente ; l'abbé de Marolles se contente de dire, en parlant du duc de Nevers : « Il avait institué cet ordre quelques années auparavant, et comme il en portait l'habit, il trouva bon aussi de le faire porter à messieurs ses enfants. Quelques seigneurs et gentilshommes s'en trouvèrent pareillement honorés ; mais cela ne dura pas longtemps, ce que d'autres ayant bien prévu ne jugèrent pas à propos de s'y engager, sans un exprès commandement du roi... (2). »
Cependant, le pape Urbain VIII, qui avait pris sous sa protection l'ordre de la Milice- Chrétienne de l'Immaculée-Conceplion, n'avait pas encore donné sa bulle de confirmation des statuts ; il s'était contenté de les approuver de vive voix et d'encourager le duc de Nevers dans son entreprise. Ce fut le 12 février 1624 (3) qu'il confirma les premiers statuts dont nous avons parlé plus haut. Le 14 novembre de la même année, par une nouvelle bulle, il permit au grand-maître de recevoir dans cet ordre les patriarches, archevêques, évèques, auditeurs de rote, clercs de la chambre apostolique, protonotaires, référendaires et autres prélats de la cour romaine, pourvu qu'ils eussent exercé leurs offices pendant deux ans, les dispensant, en ce cas, de l'année de noviciat ; il voulut qu'ils eussent voix active et passive dans les chapitres généraux et qu'ils jouissent des autres privilèges accordés aux autres chevaliers. Le 10 mai de l'année suivante, 1625, par une autre bulle, il prorogea pour un an, à compter