‹ Les congregations religieuses dans le diocèse de NeversChapitre 72 sur 95 · H6LT0T · texte numérisé non relu

H6LT0T

(2) Mémoires, Impartie, 1623.

(3) Et non 1523, comme l'indiquent le P. Hèlyot et M. de Saintemàrie} Urbain VIII n^était pas encore pape.

du jour de la Pentecôte, la convocation du chapitre général, qui ne pouvait se tenir cette année-là à Rome, à cause des guerres qui désolaient l'Europe. En attendant, le conseil suprême, établi au palais de Latran, avait dressé des constitutions que le Pape confirma, à la prière du duc de Nevers, par une nouvelle bulle du 24 mai de ladite année 1625. Ces constitutions venaient compléter les statuts dont nous avons parlé plus haut. Elles furent éditées à Rome la même année, et, ayant été traduites en français par Tabbé de Marolles, elles furent imprimées à Paris Tannée suivante (1).

c Le duc de Nevers, dit Tabbé de Marolles, désira que je misse en français la bulle de Sa Sainteté touchant cette nouvelle milice, avec ses constitutions contenues en dis chapitres, lesquelles il trouva bon ensuite de faire imprimer sous la direction du P. Joseph, capucin, qui en fut le grand promoteur (2).»

On ne pouvait être admis dans Tordre qu'après un an de probation. Cette année étant écoulée, si le novice avait atteint Tâge requis, il faisait une retraite de quinze jours, ou au moins de huit, pour se préparer à recevoir plus dignement les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; il faisait ensuite profession entre les mains du supérieur du monastère, en présence du chevalier qui en avait reçu commission. Telle était la formule des vœux :

€ Moi N..., je voue et promets à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse vierge Marie, à saint Michel, archange, à saint François, à saint Basile, à tous les saints et au grand-maître, qu'avec Taide de Dieu (en tontes les choses qui concernent notre ordre, suivant les statuts), je rendrai tout le temps de ma vie obéissance au supérieur qui me sera donné par la religion de la Milice-Chrétienne, érigée sous le titre de la bienheureuse vierge Marie immaculée, et que je garderai la chasteté conjugale et le vœu de pauvreté aux choses qui sont du même ordre. Je jure et promets de combattre par terre et par mer contre les infidèles et ennemis de la sainte Eglise romaine, lorsqu'il me sera commandé par le grand-maître, pourvu que je n'en

(1) HÉLYOT.

(2) MémoireSy 1. 1«% p. 107. L'abbé de Marolles ne dit pas en quelle année il fut chargé de cette traduction ; mais comme Téditeur indique en note qu'elle fut imprimée en 1626, on peut en conclure, avec le P. Hélyot, que la traduction fut faite en 1625.

sois point empêché par des causes légitimes de quelque notable intérêt, pour le sujet d'une charge publique ou de maladie, lesquelles causes je déclarerai au grand-maître; je promets aussi qu'en tant qu'il me sera possible, et que j'en aurai les moyens, je m'emploierai à la propagation de la foi catholique, au recouvrement de la Terre-Sainte, à une juste paix entre les princes et les peuples chrétiens, à leur délivrance du joug des infidèles et à la défense et augmentation de cette sainte Milice, et que je maintiendrai toujours la vérité de la Conception Immaculée de la vierge Marie, et en cela et en toute chose je procurerai la gloire de la très-sainte Mère de Dieu, selon l'opinion de l'Eglise romaine. »

Après avoir prononcé ses vœux, il était revêtu du manteau bleu, avea le ruban de même couleur tissu d'or, auquel était attachée la croix qu'il devait porter au col. On lui mettait l'épée au côté et on lui attachait les éperons.

Les chevaliers ecclésiastiques prononçaient les mêmes vœux, mais avec les modifications imposées par la sainteté plus grande de leur eut.

Les chevaliers devaient communier aux fêtes de la Nativité de Notre-Seigneur, de la Pentecôte , de TAssomption de la sainte Vierge, de Tlnvention et Exaltation de la sainte Croix, de saint Michel, archange, au mois de septembre, de saint François et de saint Basile, comme aussi toutes les fois qu'ils devaient aller à la guerre. Ils récitaient tous les jours cinq fois VOraison dominicale^ en l'honneur et en mémoire des cinq plaies de Notre Seigneur, et cinq fois la Salutation angéliquey pour rendre l'honneur qui est dû à la sainte Vierge. Ils devaient aussi réciter chaque jour, ou pour le moins les dimanches et les fêtes, les litanies et l'office de la sainte Vierge, et quand ils avaient dit cinq fois le Pater , ils disaient pour les défunts le psaume De profundis et le Salve regina ; quant à ceux qui ne les savaient pas, ils récitaient trois Pater et trois Ave, Lorsqu'ils n'étaient point occupés à la guerre, ils devaient s'exercer aux œuvres de charité, comme visiter les malades, secourir les prisonniers, racheter les captifs, défendre les veuves et les orphelins, donner l'aumône aux pauvres, accompagner le Saint-Sacrement lorsqu'on le portait aux malades et qu'ils le rencontraient dans leur chemin, entendre tous les jours la messe, assister aux sermons et à d'autres semblables exercices.

Le moment semblait être arrivé pour ]e départ de la croisade, et la flotte était à l'ancre dans le port de Celte, car, dit l'abbé de Marelles, c le P. Joseph avait suggéré au prince généreux (Charles de Gonzdgue) de faire équiper des vaisseaux pour embarquer des chevaliers de sa milice et aller au secours des chrétiens opprimés sous la domination du Turc, et particulièrement de ceux qui sont en Morée, qu'il espérait attirer dans les intérêts de son entreprise par une révolte considérable. Son zèle et son grand cœur lui ôtaient l'appréhension de toutes sortes de périls et ne lui permettaient pas de désespérer d'une entreprise si hardie, ajoutant d'ailleurs beaucoup de créance aux révélations du Père capucin, qui l'assurait qu'il fallait se promettre toutes choses d'un si grand et si pieux dessein, et que Dieu ferait des miracles, s'il en était besoin, pour le faire réussir. Cinq vaisseaux furent bâtis et frétés de tout point aux dépens de M. de Nevers, qui n'y voulut rien épargner, et ils reçurent en la cérémonie de leur baptême, s'il faut user de ce terme, les noms de saint Michel, de saint Basile, de la Vierge, de saint François et de saint Charles. Mais enfin le malheur voulut qu'ils fussent brûlés, et que toute cette grande entreprise fût abîmée dans les eaux ou dévorée par les flammes (1). i»

En écrivant ces lignes, il nous venait à la pensée que la même main qui avait brûlé les vaisseaux du duc Charles avait aussi brisé les plumes des historiens de la province. Nous n'avons pu trouver aucun renseignement à cet égard. Cette pensée, qui nous était propre, nous l'avons retrouvée depuis exprimée, d'une manière plus formelle, dans un de nos chroniqueurs nivernais ; aucun ne l'avait émise avant lui. c Soit mystifîcation, dit-il, venue de plus haut, soit trahison ou hasard, le feu prit à cette flotte dans le port de Cette ; toute la dépense du duc Charles fut perdue et l'on n'entendit plus parler de l'ordre de la Milice-Chrétienne ; rêve politique d'un homme ébloui par sa puissance et ses richesses. Comment le duc de Nevers pouvait-il croire que le roi, son maître, souffrirait qu'un de ses sujets osât se livrer à de telles entreprises sans sa permission ; qu'il laisserait se renouveler sous ses yeux le fanatisme des croisades, attaquer un allié qui lui était utile pour arrêter en Asie et en Afrique les projets de certaines puissances de l'Europe ? On le laissa donc se

(1) Mémoires de Vabbé de Marolks, 1. 1", p. 107 et 108.

48i LES CONGREGATIONS RELIG. DANS LE DIOCÈSE DE NEVERS.

ruiner en frais, et quand on vit qu'il était temps de l'arrêter, le roi ou ses ministres envoyèrent des ordres secrets pour brûler cette flotte (1). »

En quelle année eut lieu l'incendie des vaisseaux du duc Charles? L'ordre de la Milice-Chrétienne de l'Immaculée-Conceplion survécutil à cet incendie ? Fut-il encore question de projets de croisades? Autant de questions qu'il est impossible de résoudre, tant il est ditïîcile de se procurer des documents précis. Cependant le désastre ne dut avoir lieu qu'après 1626, époque de l'impression des statuts de l'ordre, car on n'eût pas manqué d'en faire mention, au moins dans quelque note jointe à ce recueil.

Huit ans plus tard il était encore question de croisades, et sans doute de croisades qui devaient être entreprises par les chevaliers de rimmaculée-Conception. En effet, Urbain VIII, protecteur, et pourquoi ne pas dire fondateur de cet ordre, semble recommander le succès de ses entreprises à une sainte vierge et martyre de Rome, pour laquelle il avait une dévotion toute spéciale.

 l'occasion de la translation solennelle des reliques de sainte Martine, en 1634, ce pape voulut composer lui-même les hymnes du nouvel office de cette sainte (2). C'est dans ces hymnes que nous voyons que les projets de croisades étaient loin d'être abandonnés.

I Protège le sol qui t*a donné le jour, assure aux empires chrétiens le repos d'une honorable paix; que lé cliquetis des armes, que les horreurs des combats soient le partage des frontières thraces.

]» Réunis sous l'étendard de la croix les armées des rois, délivre Jérusalem des fers qui l'enchaînent; vengeresse d'un sang innocent, brise pour toujours les forces de nos ennemis (3). ]»

II est évident que ces deux strophes font allusion aux efforts tentés par l'ordre de la Milice- Chrétienne de V Immaculée-Conception.

(1) Jean-François Née de La Rochelle, t. !•', p. 133.

(2) GoDBscARD et Brev. romain^ au 30 janvier.

(3) Hymnes de laudes de Toffice de sainte Martine.

Page 1