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ÉTUDES SUR L'ORIGINE DES CONGRÉGATIONS DE FEMMES

En terminant notre travail sur les congrégations religieuses ! d'hommes dans le diocèse de Nevers, nous faisions observer que les

i congrégations de femmes n'avaient pas eu la même influence sur la

société; on ne peut pas dire d'elles comme des premières que les ' communes, pour la plupart, leur doivent leur origine ; au contraire,

I on les aperçoit se groupant autour des oppida et des murs des cités

i qui les couvraient de leur protection. C'est ainsi que nous voyons

j s'établir, dans le principe, aux pieds des murs de Ne vers, les reli-

I gieuses de Saint- Vincent et celles de Notre-Dame.

L'action de ces monastères, quoique plus lente et plus douce, n'a cependant pas été sans effet ; ils ont occupé aussi leur place dans l'histoire de notre province.

Avant tout, cherchons à découvrir, comme nous l'avons fait pour les congrégations d'hommes, les premières traces de leur origine.' Les auteurs qui ont abordé ces matières sont sobres de renseigne- I ments ; à leur exemple nous serons forcé de glaner d'abord dans les

écrivains juifs et païens, puis dans les œuvres des Pères et des auteurs ecclésiastiques, pour offrir quelques données aussi précises que

2 LES G0NGRËGATI0N8 RELIGIEU8E8

possible. Nous nous garderons bien d'inventer ;maiSy à l'aide de documents incontestables, nous établirons Thistoire ; nous y ajouterons au besoin des suppositions suffisamment justifiées quand elle demandera à être complétée.

Nous avons vu que, avant l'arrivée du Sauveur, les Juifs avaient leurs congrégations religieuses d'hommes, unis par les mêmes engagements, liés parles mêmes promesses. Nous avons rappelé le collège des prophètes^ grex prophetarum^ et les écoles qu'Elie réunissait sur le Carmel.

Cette nation avait aussi ses prophétesses et ses jeunes filles temporairement consacrées au service du temple. Nous sommes autorisé à penser qu'une vocation spéciale les y attachait, et qu'elles étaient soumises à des règlements particuliers.

Nous ne voulons pas rappeler ici la mission des sibylles, les prophétesses de la genlilité, proclamant leurs oracles dans des contrées diverses et à des époques différentes ; nous laissons à d'autres le soin de décider si elles n'étaient pas rattachées entre elles par certains liens qui les mettaient en rapport ; nous ne saurions toutefois oublier les vestales que les Romains environnaient d'honneurs, et les druidesses qui jouaient un si grand rôle chez les Celtes, nos aïeux. Ces dernières étaient divisées par catégories, se vouant à une virginité perpétuelle ou à une continence temporaire, selon les engagements qu'elles avaient primitivement contractés.

Nous n'avons pas à examiner si les diverses catégories dont nous venons de parler vivaient en communauté ou étaient dispersées, quoiqu'astreintes à une règle spéciale; mais il paraît évident qu'elles étaient comme le préambule et la figure, ou si l'on veut Tavantgarde des congrégations que l'Eglise devait enfanter.

Nous voyons se grouper autour du berceau du christianisme et pendant l'ère des martyrs des vierges et des veuves qui se consacraient au service de Dieu. Saint Paul, dans son épltre aux Romains 16, i, leur recommande Phœben, à laquelle il donne le nom de sœur, et rappelle qu'elle a un ministère à remplir dans l'Église : Commendo autem vobis Phœben sororem nostram^ qux esi in ministerio Ecclesiae.

Les apAtres avaient reconnu la nécessité d'établir des diacres; mais, en même temps, surgissent les diaconesses, chargées auprès des personnes de leur sexe des services que les bienséances ne permettaient pas aux hommes de leur rendre. D'après les consti-

DANS L6 DI0GË8E DB NBYBR8. 3

totions apostoliques, eHes avaient mission de présider les réunions des vierges et des veuves consacrées à Dieu, de garder la porte par laquelle les femmes entraient dans l'église, d'instruire les catéchumènes de leur sexe, de remplir dans le baptême des femmes certaines fonctions indiquées par les saintes règles de la décence, de prendre soin des femmes pauvres et malades. Nous devons ajouter que, dans les temps de persécution, lesévéqaes les déléguaient au besoin pour porter des secours aux martyrs dans les prisons. Elles étaient de véritables sœurs de charité.

On lit dans un ancien manuscrit conservé dans la bibliothèque du Vatican que sainte Martine, vierge et martyre, avait été diaconesse.

Quand la paix fut rendue à TÉglise, ces religieuses continuèrent à remplir leurs fonctions, soit en Occident, soit en Orient. • On sait que saint Grégoire de Nysse était engagé dans le mariage, quand, de concert avec son épouse Théosébie, ils se séparèrent pour se consacrer à Dieu ; saint Grégoire reçut les ordres sacrés, et Théosébie fut admise parmi les diaconesses.

Sainte Marthe, à son arrivée dans les Gaules, ne se contenta pas de grouper autour d'elle un certain nombre de personnes de son sexe pour les former à la pratique de la vertu, elle les conduisit dans la solitude, loin du regard des hommes, in locum a vins remotvm cum aliquot honestis feminis se recepit (1). C'était bien déjà un commencement de clôture. On ajoute qu'elle y vécut longtemps, laissant une grande réputation de sagesse et de piété.

Nous aurions pu nous contenter de rappeler les deux faits suivants consignés dans les écrits de nos auteurs ecclésiastiques : Saint Mathieu admit Iphigénie, fille de Hirtacus, roi d'Ethiopie, parmi les vierges consacrées au Seigneur ; et, au second siècle de l'Eglise, le pape saint Soter (168-177) défendit aux religieuses de toucËer aux linges sacrés et de présenter l'encens à l'autel. Il ne saurait donc y avoir aucun doute sur l'existence des congrégations religieuses de femmes dès les premiers siècles de l'Eglise, et c'est avec raison que l'abbé Craisson a avancé cette assertion dans son excellent traité intitulé : Les Congrégations religieibses à vœux simples :

€ Des monuments de la plus haute antiquité ne nous permettent pas de révoquer en doute l'existence de l'état religieux dans le pre-

(1) Brev, rom,, die 29 julii.

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mier âge du christianisme et du temps même des persécutions ; outre la tradition, qui nous apprend que sainte Madeleine et même sainte Marthe embrassèrent la vie religieuse, < saint Ignace, disciple » des apôtres, écrivant aux Philippiens : Je salue, dit-il, rassemblée » des vierges et la congrégation des veuves; et ailleurs il recommande » à ceux de Tarse d'honorer les vierges comme consacrées à Dieu^ T^ et les veuves comme Vautel et le sanctuaire de Dieu, Et en Tépître D aux Ànliochiens : que les vierges^ dit-il, reconnaisserit à qui elles » sont consacrées , et finalement , à Héron : Conserve les vierges 9 comme les joyaux de Jésus-Christ (1). »

» Dans son traité De Habita virginum^ saint Cyprien, qui souffrit le martyre avant 238, parle d'un établissement de vierges consacrées à Dieu. On lit dans les actes authentiques de saint Boniface, martyr sous Dioclétien, que la bienheureuse Aglaé, ayant renoncé au monde et à ses vanités et distribué tout son bien aux pauvres, s'associa avec d'autres jeunes filles qui, à son exemple, avaient également dit adieu au monde, et vécut ainsi treize ans avec elles, servant Dieu sous l'habit monastique.

» Les actes de sainte Fébronie, vierge, couronnée du martyre à Nisibe, en Mésopotamie, vers l'an 304, ont été écrits par Thomaïde, Tune de ses compagnes, qui avait été témoin oculaire de ce qu'elle raconte : Il y est dit qu'il existait dans Tendroit un monastère de femmes composé de cinquante communautés distinctes, vivant sous clôture et toutes soumises à une supérieure générale nommée Bryenne, qui avait été disciple de Platonide (2). »

Pourquoi ne pas rappeler ce que nous avons dit dans notre étude sur les Congrégations religieutses d'hommes dans le diocèse de Nevers (3) ?

d La vie religieuse, telle que nous la considérons ici, devint dèslors la vie habituelle des chrétiens ; et il est à croire qu'en se dispersant, les apôtres eurent à cœur de l'établir dans les différentes contrées où ils prêchèrent l'Ëvangile. Eusèbe l'assure formellement;

(1) Préface de saint François de Sales, en tôte des règles des sœurs de Visitation.

(2) Les Gommunauiés religieuses à vœux simples, introduction, p. 3.

(3) Pages 8 et 9.

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d'après lui, saint Marc établit en Egypte la vie ascétique et eut un grand nombre d'adeptes. Le même historien raconte que les détails de leur vie avaient tellement frappé Philon, qu'il éprouva le besoin de les faire connaître. Après avoir parlé des congrégations d'hommes, Philon ajoute que des vierges avaient embrassé le même genre de vie, eï qu'on en rencontrait beaucoup, parvenues déjà à un âge avancé, qui avaient conservé une chasteté inviolable, non forcément, comme il s*en trouvait parmi les païens, mais en suivant le mouvement de leur propre volonté : Qux castitatem, non necessitate ut nonnulUs apvd gentiles sacerdotes, sed libéra potius iwluntate, servor verunt (1).

> Ne nous étonnons plus d'entepdre Tertullien établir une distinc" tione ntre les vierges des hommes et les vierges de Dieu : Ambiunt virgines hominum adverms virgines Z)et, et flétrir du nom de sacrilèges ceux qui tentent de leur enlever le voile sacré qui indique que Dieu seul a des droits sur leurs cœurs : sacrilegx manus qux dicalum Deo habitum detrahere potuerunt (2).

1 C'était aux vierges consacrées au Seigneur que saint Cyprien adressait ces paroles : c Vous êtes déjà comme nous serons tous un i> jour: en persévérant dans la chasteté, en conservant la virginité, » vous vous élevez au niveau des anges : :» Cum casue perseveratis et virgineSy angeiis Dei œqitales estis. Evidemment la vie commune existait parmi elles: c Que les anciennes, ajoutait-il, forment les 9 autres à la vertu par leurs exemples,- qu'elles les excitent par leurs » bons conseils, qu'elles les rendent dignes de la gloire éternelle par > lenrs saints entretiens (3). >

M. Ravélet fait observer avec raison que c les congrégations de femmes se développèrent parallèlement aux congrégations d'hommes, et leurs règles, à quelques siècles de distance, passèrent peu à peu par les mêmes phases.

> L'affection fraternelle fut, à l'origine surtout, l'occasion de ces fondations. Les saints qui embrassaient la vie parfaite déterminaient leurs sœurs à l'embrasser comme eux et les y dirigeaient. La sœur

(1) Euseb., lib. II, cap. 16 et 17.

(2) De Virginibus velandis.

(3) De Habitu virginum.

6 LES GONQRËGâTIONS RELIGIEUSES

de saint Antoine était supérieure d'un monastère de filles. La sœur de saint Pacôme dirigeait un monastère que son frère avait fait construire par ses propres religieux et où se rendirent un grand nombre de dames attirées par Téclat de ses vertus. Saint Augustin écrivit une règle pour sa sœur ; saint Basile en écrivit une pour sainte Macrine ; saint Cé&aire, archevêque d'Arles, rédigea également pour sainte Césarie, supérieure d'un célèbre monastère de femmes, une règle qui jouit à cette époque d'une grande autorité et que sainte Radegonde vint chercher pour l'appliquer à Poitiers ; saint Léandre, archevêque de Séville, donnait à sainte Florentine des instructions qui respirent l'affection la plus dévouée. Sainte Scolastique dirigeait un monastère de femmes au mont Cassin, non loin du monastère de son frère, saint Benoît, et Thistoire a conservé le touchant souvenir de cette nuit qu'ils passèrent ensemble, s'entretenant du ciel où ils allaient se rendre (1). »

On voit que les religieuses n'étaient pas soumises à une clôture absolue comme il arriva plus tard, surtout depuis le concile de Trente, qui imposa aux évêques le devoir rigoureux d'établir la clôture dans les monastères qui n'y étaient pas encore soumis, et de la rétablir dans ceux qui, après l'avoir observée, s'en étaient dispensés. A cet effet, le saint concile veut que les nouveaux couvents de femmes soient construits dans l'enceinte des murs des villes ou des gros bourgs et que les anciens y soient transférés (2). On comprend qu'il s'agit ici des moniales et non des sœurs hospitalières et enseignantes qui devaient plus tard offrir à l'Eglise le concours de leur dévouement et dont les fonctions rendaient habituellement la clôture impossible.

On a pu remarquer que les monastères de femmes avaient peu de rapports entre eux; ils n'étaient pas construits dans le voisinage les uns des autres, et chacun avait sa supérieure locale; mais il arrivait souvent qu'un monastère d'hommes était élevé dans les environs : c'était le moyen de procurer aux religieuses la direction nécessaire et les secours de la religion. Nous verrons bientôt que, dans le diocèse de Nevers, il dut y avoir un monastère de femmes dans la contrée concédée aux moines de Saint-Martin d'Autun, qui

(1) Armand Rwelet^ Traité des congrégations religieuses, introduct., xn.

(2) Sessio IIV, cap, V,

possédaient déjà le Moûtier de Saint-Pierre. Quelquefois mémey le monastère était double et construit sur le même emplacement : les hommes occupaient une partie de rétablissement, l'autre partie était réservée aux femmes. Nous pensons que le monastère de La Fermeté, dans les Amognes, avait cette disposition. Inutile de faire observer que l'Eglise, dans ces circonstances, prenait toutes les mesures exigées par la prudence chrétienne ; la clôture la plus rigoureuse séparait les deux quartiers, et cependant elle voyait avec peine ce voisinage qui pouvait prêter à la critique. Dans sa sollicitude maternelle, elle travailla à faire disparaître ces monastères doubles. Le saint concile de Trente exigea qu*aucun monastère nouveau ne fût érigé sans le consentement de Tévêque (1); il défendit aussi qu'aucune abbesse ou prieure eût la direction de deux monastères (2).

Avant d'aborder l'histoire des congrég«itions religieuses de femmes dans le diocèse de Nevers, nous avons cru nécessaire d'entrer dans ces détails préliminaires sans lesquels cette histoire eût été comme un édifice élevé sans fondations.

(1) Sessio F, cap. IIL

(2) Idenh cap. VIL

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