‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 2 sur 83 · BÉNÉDICTINES. — ABBAYE DE NOTRE-DAME DE NEVERS · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTINES. — ABBAYE DE NOTRE-DAME DE NEVERS

Nous ignorons si la Nivernie possédait des congrégations de femmes avant l'établissement du siège de Nevers, mais nous savons qu'un de nos évèques, saint Angle, qui occupa ce siège de 581 à 594, fonda sous les murs de sa ville épiscopale Téglise de Saint- Vincent, à l'ombre de laquelle il établit un monastère de filles. Nos chroniques sont muettes sur l'histoire de ces religieuses et ne nous disent pas à quelle règle elles étaient soumises. Nous présumons qu'on leur avait imposé celle de saint Benoit qui déjà était en faveur dans les Gaules.

Coquille et Michel de Cotignon parlent aussi de religieuses établies à Saint-Trohé et à Saint-Laurent qui furent réunies à l'abbaye de Notre-Dame au douzième [siècle par l'évèque Fromond ; ce prélat occupa le siège de Nevers de 4121 à 1143.

On n'a pas oublié qu'à la fin du sixième siècle la reine Brunehaut avait fondé l'abbaye de Saint-Martin d'Autun et lui avait fait don de tenes considérables qu'elle possédait dans le Nivernais, dans la contrée connue sous le nom de PagiLS ^enti^tci^;. telle fut l'origine de Saint-Pierre-le-Moûtier (1). En même temps, elle avait fait construire, dans la môme ville d'Autun, un monastère de filles, Tabbaye de Saint-

(1) GoDgrégations d'hommes, p. 222.

ÂDdoche, à laquelle elle concéda plusieurs domaines situés dans la contrée des Gentils. Nous ne saurions mettre ce fait en doute, car un ancien pouillé du diocèse de Nevers, déposé à Tévèché et dressé à la fin du quinzième siècle, fait mention de Dômes, de La Celle, de Saint-Parize-en-Viry, comme bénéfices à la collation des religieuses de Saint-Andocbe. 11 est probable que la reine Brunebaut, qui avait fait construire dans les environs de son château de Buy un monastère d'hommes, occupé par des religieux de Saint-Martin d'Âutun, aura voulu aui^si fonder dans la même contrée un couvent de femmes sous la dépendance de Tabbaye de Saint-Andocbe ; nous pouvons penser que tel était le but de ses donations.

Jusqu'ici, comme on le voit, un certain nuage, difficile à dissiper, enveloppe le berceau des premières congrégations de femmes dans notre Nivernais; mais au commencement du septième siècle la lumière se fait; nous ne sommes plus dans la nécessité de traiter ces matières par induction ; les chroniqueurs deviennent plus précis et nous fournissent des documents certains. Nous avons des renseignements incontestables sur l'action de saint Golomban dans le diocèse de Nevers.

Saint Golomban, originaire d'Irlande, naquit vers le milieu du sixième siècle ; il entra bien jeune encore dans le monastère de Bencor, le plus célèbre d'Irlande, où il fit de rapides progrès dans la science et la piété. En 589, il quitta son couvent, croyant obéir aux inspirations divines, et passa avec douze religieux d'abord en Angleterre, puis en France, où il fonda un certain nombre de monastères; il y établit une règle qu'il avait formulée lui-même et qui n'était autre que celle de saint Benoit, modifiée par lui et mise en rapport avec les besoins de l'époque et les localités. Deux fois il vint dans la ville de Nevers, et on pense que ce fut dans son premier voyage qu'il fonda le monastère de Saint-Etienne, où il établit des religieuses. On fiTe à l'an 600 la date de cet établissement. La charte de cette nouvelle fondation, datée de 1097, porte que saint Golomban en tut le premier fondateur, que Téglise avait été élevée au-dessous des murs de Nevers en l'honneur de la Nativité de Notre- Seigneur Jésus-Ghrist, notre Sauveur; de la bienheureuse Marie, toujours vierge; du glorieux saint Etienne, premier martyr; de saint Jean l'Evangéliste et des Innocents. Dans le même acte, on lit que depuis longtemps ce monastère avait été renversé de fond en comble ; mais on n'indique pas la date précise, et il n'y est pas fait

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mention des religieuses que le saint fondateur y avait placées. On retrouve saint Colomban à Nevers en 610; il y fut embarqué sur un bateau qui devait le conduire^ à Nantes. À sa mort^ le saint avait laissé des imitateurs de son zèle« et les saintes règles qu'il avait établies étaient adoptées dans les nouvelles fondations.

Théodulphe Baboleîne, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, était un de ces hommes de Dieu ; il venait de foncier trois monastères dans le Berry. Rauracus, évéque de Nevers, avait reçu le dernier soupir de saint Âustregisile, archevêque de Bourges ; il se rencontra dans cette douloureuse circonstance avec Théodulphe, et lui parla des monastères qu*il avait é^blis^ l'engageant à venir à Nevers pour rendre le même service à son diocèse. L'abbé y consentit, et, en 624, il fonda au pied des murs de Nevers une congrégation de religieuses auxquelles il donna les constitutions de saint Colomban. Telle fut l'origine de la célèbre abbaye de Notre-Dame : Itemque alivd Chrisli virginumjuxta Nivernense oppidum sub eadem régula {nempe Colvmbani) construxit (1).

Le lieu choisi pour cet établissement avait été sanctifié par le martyre de saint Révérien et de ses compagnons, qui avaient scellé de leur sang la foi qu'ils avaient prèchée dans cette contrée, en 274.

Nous n'avons rien découvert relativement à cette abbaye jusqu'à l'épiscopat de Hériman. Une charte de cet évéque, datée de 849, porte qu'il avait établi des religieuses dans le monastère de Saint- Genès ou abbaye de Notre-Dame (2). Nous devons en conclure que les religieuses avaient été dispersées, probablement par les Sarrasins, au siècle précédent, et que leur établissement avait été ruiné comme tous ceux qui environnaient Nevers.

Hériman était considéré comme le nouveau fondateur de cette maison ; ce fut sans doute pour cela qu'il fut inhumé dans l'église des Bénédictines, quoiqu'il eût choisi l'abbatiale de Saint-Martin pour sa sépulture (3).

Nous avons fait mention de la station faite dans Téglise de Notre* Dame par les moines d'Estrée, reportant à leur premier monastère le corps de saint Genoul que l'abbé Ménard avait transporté à Saint-

(1) Jonas in vila ahbaL Columbani.

(2) Pabmbmtibr, Histoire manmcriie des é\i>iqws de Nevers,

(3) Idem,

Dans* le diocèse de nbysrs. 1 1

Pierre-lé-Moûlier, pour ne pas l'exposer & la profanation des Normands. Ces religieux s'étaient déjà arrêtés à l'abbaye de Notre- Dame en quittant Estrée. C'était donc la seconde fois que, vers 870, les Bénédictines de Nevers leur offraient l'hospitalité ainsi qu'à leur précieux dépôt. L'accueil avait été des plus généreux. Aussi Âêric et ses moines éprouvèrent les sentiments de la plus vive reconnaissance pour ces bonnes sœurs qui, outre la portion de côte du saint dont nous avons parlé ailleurs (1), avaient encore au dix-huitième siècle la prétention de posséder son chef vénéré.

Parmentier ajoute : c Les Bénédictines sont persuadées que c'était lui (saint Genoul) qui leur a donné la terre de Sardolles ; mais la chronologie s'y oppose, car il est mort dans le troisième siècle, près de quatre cents ans avant le premier 'moment de leur existence (2). »

Il y a, en effet, un double problème à résoudre : 1<> Comment saint Genoul ét&it-il propriétaire de Sardolles? 2^ Sur quoi serait basée l'assertion des Bénédictines ^ Nevers? Nous n'osons pas nier le fait, comme notre vieux chroniqueur, qui était dans l'usage de rejeter Iput ce qui n'était pas appuyé sur une charte ; nous exposerons simplement une explication qui n'est pas sans valeur.

Les moines d'Estrée, ruinés, se réfugient dans le Nivernais et viennent à Saint-Pierre-le-Moûtier. On peut supposer raisonnablement que leur détresse leur aura procuré quelques donations, entre autres la terre de Sardolles. Or, les personnes habituées à l'étude des chartes du moyen -âge savent que ces actes renfermaient une formule attribuant au saint protecteur d'un monastère les dons faits au monastère lui-même. Je donne à saint Pierre^ pour dire: Je donne au Pontife romain.

Je lègue à saint Beno% à saint Hugues, etc., pour dire: Je lègue aux enfants de saint Benotty de saint Hugues. Il ne serait donc pas étonnant que la charte de donation de Sardolles portât : Je donne à saint Genouly c'est-à-dire aux religieux de saint GePMuL Cette première supposition peut aider à expliquer les prétentions des religieuses de Notre-Dame de Nevers ; elles avaient reçu avec dévouement les moines d'Estrée-Saint-Genoul, qui devaient avoir à cœur de leur témoigner toute leur reconnaissance. Ils rentraient dans leur monas-

(1) Congrégations religieuses dUhommes, p. 226.

(2) Histoire manuscrite des évêques de Nevers.

tère primitif) loin du Nivernais, où ils laissaient la terre de SardoUes qui devait, par son éloignement, devenir pour eux une charge; nous pensons qu'ils l'auront abandonnée aux religieuses auxquelles ils étaient redevables d'une si cordiale hospitalité. Les Bénédictines pouvaient donc assurer qu'elles avaient reçu cette terre de saint Genoul) c'est-à-dire des religieux de saint Genoul.

Ce que nous avons dit relativement à la destruction du premier monastère des Bénédictines de Nevers se trouve confirmé par Parmentier. Cet écrivain attribue ce désastre aux guerres civiles, pendant lesquelles les établissements de cette nature ont été dévastés en France et surtout dans notre Nivernais. Nous croyons que les Sarrasins ont aussi exercé autour de Nevers leur œuvre de destruction.

c Nous ne savons rien de positif, dit notre chroniqueur, sur l'abbaye de Notre-Dame depuis sa fondation jusqu'à l'épiscopat d'Hériman. Nous lisons dans un diplôme de cet évèque, de l'année 849, que ce monastère n'avait pas plus été épargné que les autres églises du royaume pendant les troubles de la première race et du commencement de la seconde; que ce prélat le regarnit de moniales; qu'il leur rendit les mêmes biens dont elles avaient joui avant les guerres; qu'il leur accorda le privilège de choisir elles-mêmes leurs supérieures, à la charge de les faire confirmer par l'évèque, et que s'il ne se trouvait point parmi elles de sujets capables, elles s'adresseraient à lui et qu'il y pourvoirait (1). »

Eumène, un des successeurs d'Hériman, fit confirmer les biens de l'abbaye par un diplême de Charles-le-Gros^ en date du 18 décembre

La précieuse relique de saint Genoul, les restes vénérés de saint Révérien, de saint Paul et de leurs compagnons, la pierre sur laquelle le saint évèque avait été décapité (2), réunis dans l'enclos du monastère, en avaient fart un sanctuaire vénérable à l'ombre duquel les évèques désiraient que leurs restes mortels fussent déposés.

(1) Archives de Nevers^ tome I*', p. 386.

(2) Parmentier, qui n'admettait rien sans preuves, s'étonne que quelques auteurs aient mis en doute le martyre de saint Révérien à Nevers, prétendant qu'il aurait été martyrisé au lieu qu porte son nom. {Archives de Nevers, p. 385.)

DANS LE mOGËSB DE NBVraS. 13

L'évéque Natran, qui mourut le 24 février 986, fut enterré dans l'église de l'abbaye. Geofifroy, un de ses successeurs, dont le décès est indiqué au 14 février 1159, fut aussi inhumé dans ladite église, devant l'autel de Saint- Pierre.

Il y avait encore union de prières et de bons procédés entre les religieuses de l'abbaye et le chapitre de la cathédrale; quand une abbesse venait à mourir, le chapitre en corps devait se rendre processionnellement au monastère et procéder gratuitement, et avec tous les honneurs convenables, à l'inhumation de ladite abbesse; en revanche, à la mort d'un chanoine, en vertu d'une ancienne coutume, admise comme un droit, la fabrique de la cathédrale percevait pendant quarante jours les fruits de la prébende d'une des religieuses (1).

On voit encore que les sept-prètres étaient en droit de célébrer à l'autel majeur de l'église du monastère (2).

C'est ici le lieu de rappeler un fait qui doit nous paraître extraordinaire, rapporté par Parmentier :

c Le rétablissement de la discipline monastique dans l'abbaye de Saint-Sauveur de Nevers (3), consommé au synode diocésain tenu en 1045 par Hugues II, dit de Champallement , quarantième évèque de Nevers, nous apprend que les religieuses de l'abbaye tenaient rang dans les assemblées ecclésiastiques. On sait en général que les filles n'étaient pas encore étroitement clottrées, malgré la disposition du concile d'Epaone en 517, qui avait fait un précepte de la clôture; que le pape Boniface VIII fut le premier pape qui, par une constitution, en établit la nécessité, et que ce règlement a été renouvelé par le concile de Trente, session 25, chapitre 5, et par l'ordonnance de Blois. Ce synode, qui est conservé dans le cartulaire de Cluny, fait

(1) Livre noir, — Parmentier, dans les Archives de Nevers^ tome I*% p. 388, dit qu'une charte d*Hervé, évoque de Nevers, datée de 1100, attribue au chapitre, pendant trente jours, la prébende d'une religieuse & la mort de chaque chanoine, droit qui fut abandonné par le même acte aux chanoines réguliers de Saint-Gildard.

(2) Livre noir,

(3) Nous ne savons pourquoi Parmentier donne le titre d'abbaye à Saint- Sauveur de Nevers ; nos anciens titres ne reconnaissent cet établissement (pie comme prieuré.

14 LBB C0N6R£GATI0N8 RBLIGIEUBEB

mmiticn des signatares d'Agnès, abbesse^ et de Ricbeldis, Gindel- RiodiB et Anne, religieuses (1). »

Nous verrons plus tard que ces religieuses s'attribuaient une sorte de juridiction et luttaient parfois contre le chapitre et contre l'évèque lui-môme.

Les seigneurs temporels n'avaient pas peu contribué par leurs donations à accroître cette prépondérance. Ces religieuses possédaient des terres considérables et jouissaient des droits attribués aux seigneuries. Outre la terre de SardoUes dont nous avons parlé, elles avaient des droits sur Plagny, sur la terre de Chavigny, proche Germigny-sur- Loire, sur Parigny-les-Vaux et Moussy, dépendances de cette paroisse, etc. (2).

Leurs propriétés ne s'étendaient pas seulement dans les Amognes et autour de Nevers ; nous lisons que, t en 1180, Etienne de Sancerre certifia par une charte scellée de son sceau que Florence de Cour* celle, se faisant religieuse, avait donné en aumône à l'église de Notre-Dame de Nevers la vigne de Saint-Satur, nommée Pont-Dom.

» En l'année 1229, le comte Guy et la comtesse Mahaut de Courtenay, sa femme, accordèrent à l'abbesse et aux religieuses de Notre- Dame le privilège de prendre tous les jours dans les bois de Faye, pour leur chauffage, une voiture de bois vif et mort, de l'attelage de deux chevaux, à condition qu'on ferait à l'abbaye leur anniversaire et celui du feu comte Hervé.

1» Simon de Bernay, chapelain de Notre-Dame, fonda en 1251 la chapelle de Sainte-Catherine, dans .l'église de Saint-Genès, et lui donna en dot deux pièces de vigne aux Fonderaux, acquises de Pierre des Ardilliers; une vigne en Montapin, appelée la vigne de la Pointe^ et un champ sur Brundicias, près le champ de l'hôpital Saint- Didier de Nevers ; la moitié de la dîme de Séjan, en la paroisse de Saint-Jean-de-Lichy. Il ordonna qu'après sa mort la collation de cette chapelle appartînt à l'abbesse ; qu'il y fût dit au moins trois ou quatre messes des morts par semaine, et que ce ne soit pas pendant la messe paroissiale. Le chapelain prêtera serment entre les mains de M. le curé de Saint-Genès d'acquitter fidèlement cette charge, et la moitié des offirandes sera pour lui. Béatrix de La GoUancelle,

(1) Archives de Nevers^ tome I", page 388.

(2) Livre noir.

DANS LE DI0GË8E DE NEYERS. 15

abbesse, que l'évêque Robert Cornu venait de bénir» concourut à cette fondation, en abandonnant aux titulaires de la chapelle de Sainte-Catherine certaines places désignées dans Facte, sous la redevance de 20 sous, payables moitié à elle et l'autre moitié à son couvent le jour anniversaire du fondateur, et l'évêque conGrma cette fondation en y apposant son sceau.

» Hugues, seigneur de Meaulce, et Isabelle de Sully, sa femme, accordèrent, par une charte du mois de septembre 1254, à l'abbaye de Notre-Dame, l'amortissement des bordelages que le monastère possédait dans leur seigneurie, la justice à eux spécialement réservée, et je crois que c*est le premier acte d'amortissement accordé dans cette province par des seigneurs particuliers. » — Ici nous continuerons le récit du chroniqueur qui proOte de la circonstance pour faire en peu de mots la biographie du seigneur Hugues. — c Cet Hugues de Meaulce mérite quelque attention. Il avait accompagné le roi saint Louis h son premier voyage de la Terre-Sainte et avait été fait prisonnier. Les Sarrasins lui avaient crevé les yeux, parce qu'il était homme de sorte de qui ils pouvaient avoir du déplaisir à l^avenir (1 j. Le roi paya sa rançon et le ramena avec lui. Il lui fit beaucoup de bien et entre autres il lui fit bâtir la maison de Rochefort, près Meaulce, qui fut commencée en 1256, et c'est ce qu'on appelle aujourd'huLle château de Meaulce (2). »

(t) Nous avons lu quelque pari qu'il était d'une taille gigantesque et bien proportionné; il aurait eu sept pieds de hauteur. (2) Archives de Nevers^ pages 389 et 390.

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