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CHAPITRE VIL

LES GLARISSES A DECIZE.

L'histoire des Glarisses dans le Nivernais se rattache à celle de sainte Colette, ^ande réformatrice de Tordre de Sainie-Claire.

Colette naquit à Corbie, en Picardie, en 1380. Dès l'âge le plus tendre, elle se fit remarquer par sa piété, par son attrait pour la belle vertu de pureté et son amour de la mortification. A la mort de ses parents, elle distribua aux pauvres le peu de biens qu'ils lui laissèrent et se retira dans un couvent ; mais, n'y trouvant pas la régularité qu'elle désirait, elle entra dans les Urbanistes (1) de Sainte- Claire, puis passa dans le tiers-ordre de Saint-François. En 1406, après s'être préparée, par des mortifications et des macérations incroyables , à la mission qu'elle croyait avoir reçue de Dieu , c'est-à-dire la réforme des religieuses de Sainte-Claire, elle avait demandé au Souverain Pontife la permission d'observer la règle sans aucune modification et d'entreprendre, sous son autorité, la réforme générale de toutes les maisons de Clarisses de l'ordre de Saint-François. Après bien des difficultés, elle obtint ce qu'elle sollicitait et se mit immédiatement en route pour commencer son œuvre ; tout en rappelant les anciennes communautés aux obser-

(1) Les constitutions établies par sainte Glûre étaient très-sévères ; le pape Urbain IV les mitigea en faveur des religieuses qui ne croyaient pas pouvoir les suivre, et qu*on nomma Urbanistes.

vances primitives^ elle fondait de nouveaux monastères. Ce fut dans cette circonstance que sainte (Colette vint à Decize. C'était en 1419 (1). Déjà, dès Tannée précédente, Robert Dangeul, évêque de Nevers, avait jeté les fondations du monastère qu*il destinait aux fîlles de sainte Colette; Bonne d* Artois, comtesse de Nevers, avait concédé remplacement dans Tenceinte de son château et, en outre, avait consenti à supporter le tiers des frais de construction. Le 9 octobre 1419, sainte Colette prit possession du couvent. L'auteur de sa vie rapporte un fait miraculeux qui arriva à Decize, pendant que la sainte y séjournait.

€ La guerre civile s'étant allumée en France plus fort que jamais, depuis la mort du duc de Bourgogne, tué à Montereau^ deux grands corps d'armée ennemie qui se suivaient entrèrent dans le Nivernais. Lorsque Colette alla visiter ce petit couvent, quelques mois après sa fondation, la ville était en armes jour et nuit, parce que les ennemis s'en étaient approchés. La sacristine de Sainte-Claire, ne sachant quelle heure il était, sonna matines entre neuf et dix heures, croyant qu'il était plus tard. Le son des cloches, à cette heurç indue, mit l'alarme dans la ville; on crut que c'était le signal donné aux ennemis pour l'assaillir. Les bourgeois, la nuit, en tumulte et en armes, accusèrent ces religieuses d'ôtre d'intelligence avec les ennemis et de trahir la ville. Au milieu du tumulte et de la fureur, ils prennent la résolution d'aller au couvent et d'y mettre le feu. La comtesse de Nevers était absente. Comme ce peuple furieux était en chemin, rhorloge de la ville et celle du monastère sonnèrent une heure après minuit; toutes les horloges de la ville avancèrent aussi de trois heures.

:» Les ofQciers qui étaient en ville arrêtèrent alors la multitude en fureur, en lui représentant que les religieuses de Sainte-Claire avaient sonné leurs matines, comme elles faisaient d'ordinaire, à minuit, et que ces ûlles pensaient plutôt à servir Dieu qu'à se mêler de guerre; que leur abbesse générale, qui était une sainte, une fille de miracles, était arrivée.

> Le peuple, voyant qu'il avait été trompé, s'en retourna tout

(1) On lit dans la Vie de sainte Colette, page ^80, édition da 1835, que la sainte, se rendant de Moulins à Decize, rencontra la puoelle d^Orléans, qui allait assiéger La Charité- sur-Loire.

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confus; il comprit que Taffront retomberait sur la comtesse de Nevers, qui était la fondatrice de cette maison. Mais ce qu'il y eut de plus surprenant, c'est que le jour suivit les horloges et avança, comme les horloges avaient fait, de trois heures dans la ville. A une lieue aux environs, les villages voisins, se trouvant dans les ténèbres de la nuit, et voyant un grand jour sur la ville et aux environs, accoururent au prodige, sans savoir ce que c'était, fort surpris de ce qu'ils jouissaient du jour à mesure qu'ils avançaient vers la ville, tandis que ceux qui s'en éloignaient s'avançaient dans les ténèbres. Mais quand la ville fut bien instruite de la réalité du fait, que le prodige fut bien constaté, et qu'on sut que la sainte était arrivée, les gens de guerre, les magistrats et tout le peuple allèrent lui demander pardon. Elle les reçut avec sa douceur ordinaire et sa bonté charmante ; ils la prièrent d'oublier cet affront, de protéger leur ville, et lui promirent d'honorer sa maison et ses filles. Sainte Colette y resta deux mois, et s'en retourna à Aigueperse, où la duchesse de Bourbon l'attendait (1) »

Après une vie de dévouement et de sacrifices, sainte Colette mourut à Gand, à l'âge de soixante-sept ans, en 1447.

Les habitants de Dccize n'oublièrent pas les promesses qu'ils avaient faites à sainte Colette et à ses pieuses filles ; ils considérèrent sainte Claire comme leur seconde patronne, et son culte se développa dans cette ville presqu*à l'égal de celui de saint Are. Les bourgeois de Nevers éprouvaient les mêmes sentiments de dévotion, car, en 1456, ils eurent recours à la sainte pour obtenir par son intercession la cessation de la peste qui décimait la population ; le 26 juillet ils vinrent à Decize pour offrir à saint Are et à sainte Claire des torches et des bougies enroulées sur des roues (2).

Au mois d'avril 1525, Decize devait être soumis à une terrible épreuve. Une troupe d'aventuriers italiens, au nombre de 3,000, se rendant en Picardie sous la conduite du comte Ludovic de Bellejoyeuse, passa par cette ville. La comtesse de Nevers, prévenue à temps, défendit aux échevins d'ouvrir les portes à cette bande indisciplinée qui ne vivait que de pillage. En vain Guillaume Coquille et

(1) Vie de sainte Coleile. ! (2) AnnaUs de Decize, par M. Tresvaux de Berteux, p. 41.

Guillaume Coppin allèrent à leur rencontre pour parlementer et leur faire part des ordres qu'ils avaient reçus de la comtesse ; en vain JeanrPierre de La Roche, seigneur du voisinage, qui avait connu à Milan le comte de Bellejoyeuse, alla porter à ce chef impuissant les doléances de la population, tout fut inutile. L'assaut fut donné, les Italiens escaladèrent les murs du côté du couvent de Sainte- Claire, se rendirent maîtres de la ville et la mirent au pillage, faisant un horrible massacre des habitants. Bellejoyeuse s'était établi dans le monastère des Clarisses, sans doute pour protéger ces saintes religieuses; les principaux habitants s'y réfugièrent aussi et échappèrent par ce moyen au massacre général. Le dimanche 14 avril, le comte put rallier les pillards , qu'il passa en revue sur le pont de Loire, et les détermina à continuer leur route. Le lundi on enterra environ 300 morts , victimes de leur fureur.

Le couvent avait été épargné, mais ce ne fut pas sans frais, car il

avait bien fallu pourvoir aux besoins de ceux qui s'y étaient réfugiés.

L'année suivante, 1526, la comtesse Marie d'Albret accorda aux

religieuses d'abondants secours pour les indemniser, et les dota de

nouveau (1).

Louis de Gonzague et Henriette de Clèves, son épouse, n'oublièrent pas dans leurs largesses les Clarisses de Decize ; ils les dotèrent en 1582 de 350 livres tournois (2).

Jusque-là ces pieuses Glles s'étaient fait remarquer par leur amour pour la discipline et par la régularité la plus exemplaire, quand une de leurs sœurs converses, Guillemette-Pierrette , les força , par son inconduite, à l'expulser du couvent. Quand on a abandonné la voie du devoir, et surtout quand on a abusé des grâces de Dieu, on peut aller loin; cette malheureuse fille se rendit à Corbigny et abjura sa religion entre les mains du ministre protestant : c'était en 1664 (3). Ce fait isolé ne nuisit en rien à la réputation de régularité et de sainteté dont jouissaient à juste titre les Clarisses de Decize ; les habitants continuaient à les entourer de leur vénération et à leur venir en aide, c Par un arrêté du conseil du 1«<r août 1715, la ville fait une rente de 300 livres, assise sur les octrois, au couvent de

(1) Loco citaio, p. 63 et suivantes.

(2) Idem, p. 73.

(3) Idem, p. 96.

Sainte-Claire. Ce couvent possédait en outre le fief du* Colombier, situé à Saint-Privéy avec plusieurs œuvres de vigne^ et le produit des aumônes avec lesquelles il entretenait trente-sept religieuses et quatre domestiques (1). >

Inutile de dire que ces saintes religieuses ne trouvèrent pas grâce devant la révolution, qui les dispersa.

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