LES CARMÉLITES
Déjà nous avons eu occasion de faire observer que, de temps à antre, les ordres les plus réguliers avaient besoin de réforme pour se retremper dans l'observation des saintes règles que leurs fondateurs leur avaient laissées. Impossible de traverser les chemins de la vie sans que les pieds qui ioulent cette terre ne soient plus ou moins souillés par la boue ou par la poussière. Il en est des congrégations comme des individus. L'ordre du Carmel n'a pas été complètement exempt de ces misères, il a eu aussi ses réformes ; la plus importante a été celle que sainte Thérèse avait entreprise. En 1535, elle était entrée dans le couvent des Carmélites d'Avila, où, elle prit le saint habit le 2 décembre de Tannée suivante. Après des épreuves de toutes sortes, elle conçut le projet de réformer Tordre et obtint à cet effet un bref de Rome en 1562. Le premier monastère fut placé sous le patronage de saint Joseph ; les religieuses prirent Tengagement solennel de garder inviolablement jusqu'à la mort la règle primitive de saint Albert, patriarche de Jérusalem. Dieu bénit les généreux efforts de la sainte réformatrice ; elle dressa des constitutions qui reçurent l'approbation du pape Pie IV, en date du 11 juillet 1562. Avant sa mort, elle eut la consolation de compter quinze monastères soumis à la réforme ; d'autres devaient après elle suivre la même voie.
Le Carmel de Nevers, le vingt-qaatrième fondé, fut établi sous le titre de V Assomption de la sainte Vierge, grâce à la pieuse initiative d'une dame de Nevers, Jacquette Leroux, veuve de M. Gascoing; elle donna à cet effet une somme de seize mille livres.
La Mère Isabelle de Jésus-Christ, professe du premier monastère de Paris, fut choisie pour commencer cet établissement; elle était alors prieure à Amiens; elle en partit avec la Mère Madelaine de la Croix, qui fut nommée sous-prieure, et avec les sœurs Françoise de la Mère-de-Dieu, et Marie de la Croix, Tune et l'autre professes d'Orléans. La pieuse colonie arriva à Nevers le 7 décembre 1619. Elle occupa dès son arrivée une maison vis-&-vis la prison, servant aujourd'hui de classes à l'institution Saint- Cyr. Les Carmélites y demeurèrent deux ans (l), pendant lesquels on disposa pour les recevoir, le mieux qu'il fut possible, quelques modestes maisons près la porte des Arditliers. Mgr Dulys, qui avait donné son assentiment à cette fondation, voulut choisir lui-même la chambre qui devait leur servir de chapelle provisoire et la bénit à cet effet. Le lendemain, fête de l'Immaculée- Conception, le Saint-Sacrement fut exposé dans cet oratoire. La fondatrice eut soin de fournir aux Mères ce qui leur était nécessaire pour les meubler et les nourrir, et leur fît des libéralités considérables pour la sacristie, en linge, ornements et argenterie. Cela n'empêcha pas cependant que ces saintes filles ne souffrissent bien des incommodités, surtout pour le logement. Elles ne furent en état de jeter les fondements d*un monastère que plus de seize ans plus tard. La plus grande partie des fonds donnés par M. Gascoing avait été employée à acheter l'humble habitation provisoire de la rue des Ardilliers. Avant d'aller plus loin, nous devons consacrer quelques mots à la mémoire de la pieuse fondatrice.
Mme Gascoing avait formé le projet de passer le reste de ses jours au nouveau Carmel ; elle y prit même l'habit ; mais ses grandes infirmités l'obligèrent à en sortir. Depuis ce moment jusqu à sa mort elle a toujours vécu dans un grand éloignement du monde, ne s'occupant que de sa sanctification. Elle mourut le l^i* juin 1650.
La Mère Isabelle ne demeura que deux mois à Nevers ; en quittant cette ville elle se rendit au monastère de Bourges.
(i) Parmeutibb, Archives de Nevers, tome I, page 375.
60 LES G0N6RËGATI0N8 RELIGIEUSES
Le cardinal de Bérulle fit choix pour lui succéder à Nevers de la R. Mère Marguerite de Saint- Joseph , professe, comme la Mère Isabelle , du premier monastère de Paris. Peu de temps après son arrivée , elle réunit en chapitre les dix religieuses qui composaient alors cette petite communauté, et, du consentement de ses sœurs, elle dressa un acte par lequel elle déclara que leur intention était de demeurer sous l'obéissance promise aux visiteurs et supérieurs ecclésiastiques. Cette déclaration était motivée par les prétentions des Pères Carmes, qui auraient voulu se charger de la direction des filles du Carmel.
La Mère Marguerite ne demeura que trois ans prieure du monastère, qu'elle gouverna avec une sagesse remarquable. Pendant son administration elle reçut douze novices , dont neuf firent leurs vœux entre ses mains. Douée de talents extraordinaires pour le gouvernement d'une maison et d'un jugement exquis, elle sut se faire aimer et respecter. Ses grandes qualités étaient connues des visiteurs, qui jetèrent les yeux sur elle en 1623, pour aller établir à Bourges une communauté, afin de remplacer les Carmélites, qui avaient quitté cette ville pour se rendre à Ypres, en Flandre.
Dans cette circonstance, le Carmel de Nevers fit une double perte, car la prieure emmena avec elle la première professe du monastère, sœur Louise de la Passion, qui lui servit de sous-prieure. Elle n'avait que vingt-deux ans, mais ses vertus et ses aptitudes justifiaient le choix fait par la Mère Marguerite. Elle devint prieure dans plusieurs maisons du Carmel , et entre autres à Riom, où elle mourut en 1653. Sœur Thérèse de la Passion , autre professe de Nevers , l'accompagna aussi à Bourges ; elle est morte à Mâcon en odeur de sainteté , le 18 avril
La troisième prieure du monastère de Nevers fut la Mère Madelaine du Saint-Esprit , professe d'Amiens ; elle succéda à la Mère Marguerite de Saint-Joseph ; mais elle ne put se rendre immédiatement au poste qui lui avait été assigné ; elle n'arriva à Nevers que six mois après sa nomination. Pendant cette vacance , sœur Barbe de Tous-les-Saints fut établie|supérieure, et fit faire profession à deux novices.
On a pu remarquer que jusqu'ici il n'est pas question d'élections ; les visiteurs et supérieurs ecclésiastiques faisaient les nominations, plaçaient et déplaçaient selon les besoins des anciennes et des nouvelles fondations , et les sœurs se soumettaient avec une abnégation
admirable. Cependant arriva le moment de faire exécuter ce point de la règle.
Les trois premières années du priorat de la Mère Madelaine étant expirées, les supérieurs envoyèrent pour la première fois des ordres pour procédera une élection. La Mère Madelaine fut réélue prieure, et «œur Louise de la Passion, sous-prieure à Bourges , comme nous l^avons dit, fut élue sous-prieure. Il est évident que les sœurs de la communauté de Nevers avaient à cœur de la voir rentrer au milieu d'elles.
Les supérieurs crurent qu'elle devait rester à Bourges, ce qui fut admis sans observation de la part des sœurs de Nevers. La Mère Madelaine de la Croix , qui occupait la charge de sous-prieure depuis la fondation, continua à remplir ses fonctions jusqu'en 1629, époque à laquelle la Mère Marie de Tlncarnation , professe du Carmel de Nevers, fut appelée à la remplacer. Cette dernière n'était âgée que de vingt-trois ans quand elle fut élue; mais elle s'acquitta de son emploi avec tant de prudence , de zèle et de tact, que déjà ses compagnes semblaient la désigner comme devant plus tard être à leur tète. Quand la Mère Madelaine du Saint-Esprit eut terminé son triennat, en 1632, on la choisit pour la remplacer.
La Mère Marie de l'Incarnation devint donc la quatrième prieure ; elle justifia le choix de ses compagnes et gouverna avec sagesse cette communauté, .qui n'était pas encore sortie de son humble berceau. Le local qu'elle occupait ne permettait pas d'y établir une régularité parfaite, car, dans un monastère, la disposition des lieux n'est pas un détail indifférent. La nouvelle prieure , tout en travaillant à perfectionner les édifices spirituels, ne perdait pas de vue la construction définitive du monastère qui devait remplacer l'habitation provisoire occupée par les sœurs.
Le moment fixé par la Providence semblait être arrivé pour mettre la main à cette œuvre capitale. Les princesses de Nevers, Catherine et Marie de Gonzague, portaient aux Carmélites le plus vif intérêt et voulaient leur venir en aide pour un établissement définitif ; d'un autre côté, la pieuse mère de la nouvelle prieure était disposée à employer une partie de la fortune que Dieu lui avait départie pour seconder les vœux de sa chère fille. Elle fournit tout le bois nécessaire à la construction du bâtiment. Catherine de Gonzague, duchesse de Longueville, remit aux filles du Carmel les fonds pour les travaux projetés. Cette insigne bienfaitrice mourut en 1629, sans
&i LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES
pouvoir jouir de la vue du monastère , dû en partie à ses libéralités ; mais, selon son désir , son corps fut plus tard transporté de Paris à Nevers , pour être inhumé au milieu des dignes filles de sainte Thérèse, qu'elle avait honorées de son estime et de son affection. On lisait dans leur cloître son épitaphe conçue en ces termes :
c Cy-gist très-haute et très-puissante princesse madame Catherine de Gonzague de Glèves , duchesse douairière de LonguevlUe , veuve de très-haut et très-puissant prince messire Henri d'Orléans , duc de Longueville et de Touteville , pair de France , prince souverain de Neufchâtel et Yalangin , en Suisse , comte de Dunois et de Tancarville, gouverneur et lieutenant-général pour le roi en Picardie, Boulonnois, Artois et pays reconquis , fondatrice de cette maison, avec très-haut et très-puissant prince messire Henri d'Orléans, leur fils unique , gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté en ses pays et duché de Normandie, laquelle décéda en son hôtel, à Paris , le 2 décembre 1629. y>
Grâce aux libéralités de cette princesse , la prieure Marie avait pu acquérir près l'église de Saint-Trohé un vaste terrain destiné aux constructions du monastère. On lit dans les chroniques de l'ordre qu'on renversa de fond en comble l'humble habitation qu'elles occupaient provisoirement pour la nouvelle construction. Celte assertion donnerait à penser qu'on- aurait construit à la même place , ce qui serait une 'erreur, puisque, comme nous venons de l'exposer , les terrains nouvellement acquis étaient placés près Saint-Trohé , dans l'immeuble occupé actuellement par le pensionnat de Notre-Damedes-Ânges et par les maisons voisines. Peut-être a-t-on démoli la première maison pour se servir des matériaux. Quoi qu'il en soit , à peine Tacquisition des terrains était-elle effectuée que les Carmes tentèrent de s'établir dans le voisinage. Les Carmélites, ayant i craindre que ces religieux ne voulussent se mêler de leur administration , s'y opposèrent , ainsi que le curé et les fidèles de la paroisse de Saint-Trohé ; mais comme ils avaient obtenu le consentement des autorités municipales , la Mère prieure s'adressa à la reine, mère de Louis Xni , qui écrivit en conséquence aux écbevins. Les Carmes durent donc renoncer à leur projet. Cependant , en 1632 , toutes les difQeultés furent aplanies, et les Carmélites, qui avaient sans doute
DÂN8 h^ DI0C£8£ DB NBVEA8. 63
obtenu des Carmes des engagements formels , consentirent à leur établissement dans le lieu qu'ils avaient choisi.
Le 14 août 1636, la princesse Marie de Gonzague posa la première pierre du monastère. Ce fut évidemment pour rappeler cette date qu'on lui donna le titre de l'Assomption-de^la-Très-Sainte-Vierge. La dot des religieuses contribua beaucoup à la dépense de la construction des bâtiments et vint grossir les dons de généreuses bienfaitrices. Les travaux, conduits avec activité et habileté, permirent aux sœurs d'occuper le monastère dans le cours de la môme année. Cependant les ressources n'avaient pas fait comprendre l'église dans les constructions; il fallut se borner jusqu'à ce qu'on fût en mesure; en attendant, une des salles de la communauté fut disposée pour servir de chapelle provisoire.
On lit dans les chroniques de Tordre : c La maison est petite et peut contenir en tout vingt-cinq personnes. Elle est en tout conforme à ce que notre sainte Mère prescrit dans nos constitutions. On prétend qu'il n'y en a point de plus commode dans Tordre. Elle est en bon air, et est située dans un quartier retiré, afin d'éviter les visites inutiles. Les infirmeries sont agréables, le jardin est assez étendu.
» La Mère Marie de TIncarnation reçut six filles pendant le cours de sa première charge, qui dura huit années. On rapporte qu'un jour une personne lui parlant de six demoiselles dont on croyait la vocation solide : c Âssurez-vous, répondit-elle, qu'aucune n'entrera, mais une telle sera des nôtres. > Ce qui surprit d'autant plus que la personne qu'elle désignait en paraissait éloignée ; mais l'événement justifia la prédiction de la vénérable Mère, i
La Mère Thérèse de Jésus lui succéda par élection en 1640; professe du monastère de Nevers, elle appartenait à une famille distinguée et jouissait d'une brillante fortune ; mais ces avantages temporels n'avaient pu la retenir dans le monde ; Dieu avait parlé à son cœur et elle avait suivi la sainte vocation qu'il lui avait inspirée. Elle est décédée en 1663, dans le monastère de Tours , à l'âge de soixante ans.
c Quelque désir que les religieuses du monastère de Nevers eussent eu de revoir à leur tète la Mère Marie de TIncarnation, elles ne purent se procurer cette satisfaction. Cette sainte religieuse ^^ regardée & juste titre co^ime la vraie Mère du couvent , obtint , à cause de ses infirmités , d*ôtre mise hors d'élection ; mais la divine Providenœi qui voulait lui réserver l'honneur d'élever un temple au
Seigneur comme elle avait déjà construit une maison à ses épouses, permit qu*après vingt-deux ans de repos on lui fit reprendre le gouvernement lorsqu'elle s'en croyait le plus éloignée et lorsque la communauté même s'attendait le moins à cette consolation. »
Une des sœurs, aussi distinguée par sa vertu que par la droiture de son jugement, fit part à la Mère prieure d'une révélation dans laquelle Dieu lui aurait manifesté sa volonté à l'égard de sa remplaçante ; la communauté ajouta foi à son récit et la Mère Marie de l'Incarnation réunit l'unanimité des suffrages.
Il fut facile de comprendre qu'on avait fait la volonté de Dieu, car la prieure recouvra la santé qui lui était nécessaire, non-seulement pour gouverner sa communauté, mais encore pour entreprendre la construction de l'église.
Pleine de reconnaissance pour celui de qui vient tout don pariait, cette vénérable Mère éprouvait le besoin d'épancher son âme en sa divine présence et de lui faire hommage des vertus qu'elle admirait dans ses sœurs. D'un autre côté , elle bénissait cette bonne Providence qui se plaisait à venir en aide à cette chère communauté dans ses besoins matériels.
Outre les donations faites par Mme Gascoing, par les princesses de Gonzague , par sa pieuse mère, Mme de La Chasseigne, de Nevers , les sœurs Anne de la Mère de Dieu et Anne de Saint -Joseph étaient venues , en 1646, du couvent de Paris dans celui de Nevers, apportant l'une 6,000 fr. et l'autre 4,000 fr. Un peu plus tard, en 1659, une autre professe du Carmel de Paris, sœur Anne de l'Assomption , connue dans le monde sous le nom de Anne do La Planche , venait rejoindre les deux religieuses dont nous venons de parler et versait une somme de 4,000 fr. dans la bourse commune.
Grâce à ces libéralités , le monastère de Nevers était devenu un des plus complets de l'ordre ; mais il n'avait qu'une modeste salle servant d'église provisoire. Il est facile de comprendre combien la vénérable Mère Marie de l'Incarnation devait souffrir de cet état de choses; elle attendait avec une sainte impatience le moment où elle pourrait élever à Dieu un temple digne de sa divine majesté. Cette consolation lui fut accordée.
Ce fut, en effet, sous la sage administration de cette pieuse Mère que furent ménagées les ressources nécessaires à cette œuvre importante. Mlle Anne-Claude-Romarine de RofBgnac d'Apremont,
sollicita la faveur d'être admise parmi les filles de sainte Thérèse de Nevers. Elle avait été placée dès son bas âge sous la direction des chanoinesses de Remiremont. Sa première pensée avait été d'entrer dans le monastère de Dijon ; mais ayant eu des rapports particuliers avec celui de Nevers, dont elle avait pu admirer la régularité et les éminentes vertus des sœurs qui le composaient , elle crut qu'elle ne devait pas aller chercher ailleurs la sainte solitude qu'elle trouvait Ans son pays natal. La riche dot apportée par elle à la communauté devait suffire aux frais de construction de l'église projetée par la Mère Marie de l'Incarnation.
Mlle de Roffignac d'Apremont prit le saint habit. Connue dans Tordre sous le nom de Ânne-Thérèse de l'Incarnation , elle fut prieure à plusieurs reprises.
La chapelle dont on avait été contraint de se servir jusqu'alors , c'est-à-dire jusqu'en 1664 , outre sa petitesse y était encore trèsincommode y car on ne pouvait s'exempter de traverser une cour, quelque temps qu'il fît, pour passer les ornements aux prêtres.
La nouvelle église devait être grande, éclairée et disposée de manière à présenter un ensemble satisfaisant. Au mois d'avril 1665, Mme la comtesse d'Apremont posa la première pierre ; mais elle ne fut consacrée par Mgr Edouard Vallot qu'en 1686, le 15 octobre , fête de sainte Thérèse (1).
La Mère Anne-Thérèse de l'Incarnation a laissé le récit des impressions qu'elle éprouva en entrant dans le Carmel de Nevers. « On ne voyait, dit-elle , parmi ces saintes filles , qu'un cœur et qu'une âme ; chacune allait au-devant de ce qui pouvait faire plaisir aux autres ; Tamour de la retraite , du silence , de l'oraison , du travail le plus humble et de la mortification était leur passion dominante. Loin de se plaindre de leur pauvreté , elles faisaient des prières pour ne jamais devenir riches, de peur que la ferveur ne diminuât chez elles à mesure que l'argent y entrerait,. et que les désirs inutiles d^élégance et d'ajustement ne s'y glissalsent par la facilité qu'on aurait à les contenter. L'éloignement des charges était extrême , et les offices de l'extérieur étaient si fort redoutés, que celles que l'obéissance y destinait ne pouvaient retenir leurs larmes. Les prieures étaient les maîtresses absolues de ces saintes filles ; elles possédaient leurs
(1) Chronique de tordre des Carméliies, tome III, p. 358.
cœurs et avaient la clé de leurs consciences ; elles auraient cru se déguiser à Jésus-Christ même et mériter d'être punies si elles avaient caché la moindre chose à celle qui leur tenait la place de Dieu. Un clin d'œil , un signe , la plus petite démonstration de sa volonté, suffisait pour les faire voler partout et surmonter toutes les répugnances du vieil homme (1). »
Depuis la construction de leur église, les Carmélites vécurent dans la retraite et le silence. Aussi, jusqu'en 1792, l'histoire de cetff sainte communauté demeura-t-elle inconnue, sauf quelques faits peu importants conservés par Parmentier (2). Nous croyons devoir les consigner ici. Elles avaient acheté un terrain placé entre leur clôture et le mur de la ville, soit pour agrandir leur enclos qu'elles trouvaient trop resserré, soit pour se garantir de voisins qui auraient pu avoir jour sur leur jardin. En attendant qu'elles fussent autorisées à renfermer ce terrain dans l'enclos et à utiliser les remparts, elles louaient cet immeuble moyennant 10 livres de rente. Elles adres^ seront «lu roi une requête à Teffet de pouvoir mettre leur projet à exécution. Cette requête, après avoir suivi la filière administrative de l'époque, fut soumise en dernier lieu à l'examen des échevins qui réunirent le corps de ville pour en délibérer. Le 18 juillet 1746, ces Messieurs décidèrent à la pluralité de dix-sept voix contre cinq que la permission demandée pouvait être accordée.
Vers 1765 ou 1766, elles demandèrent à la chambre des comptes de Nevers la concession de tout le terrain qui se trouvait entre leur clôture et celle des Ursulines, sauf le grand chemin qui conduit de la porte de la Barre à la rivière de Nièvre, lequel devait toujours subsister et séparerait les deux monastères. Elles allaient ainsi renfermer chez elles la partie de la plate-forme qui les couvre, le chemin qui conduisait de la porte de la Barre à la tour de Saint- Trohé et le grand fossé de la Barre. Ce fossé faisait partie des fortifications de Tenceinte de Nevers établie sous Pierre de Courtenay*
Cette demande, accueillie par la chambre des comptes, fut aussi admise par le bureau de la ville, mais elle n'eut pas son effet. Les religieuses avaient projeté de nouvelles constructions sur ces terrains, et croyaient, en s'adressant aux différentes maisons de leur ordre,
(1) Chronique de V ordre des Carmélites ^ loco cilaio. (t) Archives de NeverSy tome !•% p. 397.
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pouvoir se procurer les fonds nécessaires pour conduire leur projet à exécution; leurs démarches demeurèrent sans résultat. D'un autre côté, les habitants de la Barre et de Saint-Trohé firent opposition^ prétextant que la concession sollicitée les priverait d'une rue. dont ils ne pouvaient se passer et de l'usage de la fontaine qui se trouvait au fond des fossés (1)
Depuis sa fondation jusqu'à sa suppression, qui eut lieu le 1^' octobre 1792, le Carmel de Nevers a duré cent soixante-quinze ans et six mois. Il a reçu successivement cent neuf sujets provenant pour la plupart de familles nivernaises. Au moment de leur disper* sion^ les religieuses étaient au nombre de dix-neuf professes et de trois novices, ajant alors pour prieure la mère Sopie de Jésus, qui avait été élue en 1790.
En sortant de leur chère solitude , ces saintes filles trouvèrent un asile dans une maison de la rue du Rivage que leur ouvrit M. Languinier, mais elles n'y demeurèrent pas longtemps ; elles eurent à essuyer les tracasseries et les persécutions d'un pouvoir tyrannique qui leur signiBa l'ordre de se séparer. Celles qui avaient encore leurs parents se réfugièrent dans leurs familles, en attendant l'heure de celui qui commande aux vents et aux tempêtes.
Des jours moins sombres s'étaient levés sur la France. Les nouveaux législateurs avaient compris qu'un peuple sans religion était une monstruosité au milieu des nations civilisées; et avant même que le concordat fût passé entre Pie VII et le gouvernement français, les églises avaient été ouvertes aux applaudissements de la population tout entière. Déjà les membres des congrégations religieuses de femmes, qui avaient survécu aux persécutions et aux privations de toutes espèces, commençaient à se grouper pour reprendre, avec l'aide de Dieu, leurs saints exercices dans des établissements provisoires.
Dès 1802 y quelques-unes des anciennes Carmélites de Nevers, auxquelles s'é'taient réunies plusieurs sœurs de l'ancien Carmel de Moulins, vivaient en communauté dans l'hôtel de Poiseux, sous la direction de la Mère Sophie de Jésus , prieure élue , comme nous l'avons dît, en 1790. Elles avaient alors pour supérieur M. l'abbé de Montrichard, qui avait consacré aux besoins spirituels de ces saintes
(1) Archives de Nevers , loco dtato.
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filles tout le dévouement dont son cœur était animé. II partageait entre elles et les pauvres de la ville de Nevers tous les instants de son existence ; il a laissé dans notre cité un nom qu'on ne prononce qu'avec reconnaissance et vénération.
D'un autre côté^ M. Tabbé Groult, qui avait reçu du cardinallégal le titre d'administrateur apostolique du nouveau diocèse d'Autun, avait organisé ce diocèse pendant la vacance du siège. Il fut nommé, en 1803, par Mgr de Fontange, vicaire général d'Autun , chargé spécialement de l'administration ecclésiastique dans le département de la Nièvre. Il vint se fixer à Nevers, où il travailla avec ardeur à y rétablir les congrégations religieuses. De concert avec M. l'abbé de Montrichard , il porta le plus vif intérêt aux pieuses filles de sainte Thérèse, et était heureux de leur donner en toute circonstance des témoignages de son dévouement ; il voulut même, après la mort de leur premier supérieur, lui succéder dans ces fonctions, et travailla activement à procurer à ces saintes filles un local plus en rapport avec leurs pieuses constitutions. En effet, elles étaient dans l'impossibilité de se soumettre à une clôture rigoureuse et» malgré leur ardent désir de vivre dans la retraite , leur maison ne pouvait leur offrir tous les avantages du cloître.
La Providence leur ménageait le moment où leurs vœux allaient être satisfaits. En 1816 vivait retirée dans sa campagne, située dans le Berry, une des dernières professes du Carmel de Moulins ; elle avait renoncé à un grand nom qu'elle portait dans le monde pour
prendre un nom plus modeste, celui de sœur Anne-Joseph-Séraphine de Jésus, et si la révolution ne l'eût pas forcée à s'éloigner de son humble asile , Mme de Beaucaire ne serait jamais rentrée dans le château de ses nobles ancêtres.
Les vœux et les besoins de sa famille , dont elle était Tainéè , l'avaient déterminée jusque-là à ne point se joindre à ses sœurs en religion, et à demeurer encore parmi les siens, qu'elle édifiait par sa charité et par sa piété. Elle eût vouFu, d'ailleurs, rencontrer un monastère établi conformément aux saintes règles du Carmel et soumis à la clôture. C'était elle que la Providence avait choisie pour fonder sur ces bases le nouveau couvent de Nevers. Elle arriva dans cette ville pour les fêtes de Noël, demandant l'hospitalité aux hum* blés sœurs de la rue Creuse, qui Taccueillirent avec le plus affectueux empressement, la considérant déjà comme celle que Dieu leur envoyait pour être leur mère et en quelque sorte la seconde fonda-
trice de leur monastère. Depuis la mort de la Hère Sophie de Jésus, elles étaient demeurées orphelines; à l'arrivée de Mme de Beaucaire, elles se sentirent pressées , comme par une inspiration divine , de la choisir pour leur prieure; mais il fallut lutter contre son humilité, qui se refusait à accepter la proposition qui lui était faite. Cependant, craignant de résister à la volonté divine, elle se soumit.
La position de fortune dont jouissait Mme de Beaucaire la mettait à même de travailler à procurer à la communauté qui l'avait élue un monastère plus régulier. On ne pouvait plus compter sur celui dans lequel une partie de ces saintes filles avaient coulé les heureux jours de leur jeunesse; il était presque détruit, et si on eût pu en faire l'acquisition , les dépenses nécessaires pour le rétablir n'eussent pas été en rapport avec leurs ressources. Le vénérable abbé Groult, de concert avec la Mère Anne* Joseph-Séraphine de Jésus, travaillait à procurer un autre asile aux filles de sainte Thérèse ; Dieu bénit leurs démarches et accorda à leurs ardentes prières une maison plus convenable que celle de la rue Creuse. L'ancienne maison des Carmes, transformée par M. de Neufchaise, qui en était devenu l'acquéreur, en hôtel particulier, forma, grâce aux dons généreux de la prieure, le nouveau Carmel organisé par les soins de M. l'abbé Groult et de la Mère de Beaucaire.
Après deux ans d'efforts persévérants, une circulaire conviait les habitants de la ville de Nevers à une fête inaccoutumée : il s'agissait de la translation des religieuses carmélites dans la nouvelle maison. Elles étaient alors au nombre de onze : sœur Séraphine de Jésus, prieure, professe de la maison de Moulins; sœur Gabrielle de Saint- Joseph, sous-prieure et maltresse des novices ; sœur Victoire, sœur du Cœur de Jésus, sœur Rose, sœur Louise-Marie, de l'ancienne maison de Nevers; sœur Saint- Joseph, ancienne postulante de Saint- Denis; les deux sœurs Admirai, Thérèse de Jésus et Marie*Thérèse du Cœur de Marie, anciennes professes de Nevers; sœur Marie- Cécile de la Providence, sœur Nathalie du Voile-Blanc.
Derrière ce groupe vénérable se pressaient quatre postulantes pour le chœur: sœur Marie du Mont-Garmel (Jeanne-Victoire Senlyj, sœur Camille des Séraphins (Henriette Durand), sœur Saint-EIie (Marie-Anne Chollet), sœur Hélène du Cœur de Jésus, à laquelle sa santé ne permit pas d'arriver à la profession ; toutes les quatre de Nevers.
Ce fut un lundi, dès le grand matin, que ces saintes religieuses se
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transportèrent dans la nouvelle maison. A la première messe Je Saint-Sacrement fut exposé; à une heure plus avancée de la matinée^ M. le Vicaire général chanta la grand'messe, après laquelle il entonna le Te Dewn. Ne pouvant contenir la joie dont son cœur débordait, il répéta jusqu'à trois fois le verset : Per singulos dies benedicimut te.
On dut se contenter d'une modeste cloche, vu les dépenses que devaient nécessiter les dispositions du monastère; elle fut bénite solennellement par M. l'abbé Groult et eut pour parrain M. le vicomte de Bouille, alors maire de Nevers, et pour marraine Mme Devaines, épouse du préfet de la Nièvre. Gomme on le voit, l'administration était heureuse de donner aux bonnes Garmélites un témoignage de ses sentiments sympathiques.
Pendant longtemps on se contenta d'une partie de l'ancienne église des Garmes et d'une salle voisine qui devait servir de chœur pour les religieuses; mais plus tard on adopta d'autres dispositions et on fit construire une nouvelle chapelle, dans le style du treizième siècle, à laquelle on adjoignit un nouveau chœur, plus en rapport avec les besoins de la communauté et les règles de l'ordre.
Nous ne saurions oublier de relater ici un fait qui doit trouver sa place dans la chronique du Carmel de Nevers. G'était le 29 septembre 1820 ; Mgr de Vichy, évéque d'Autun, était venu à Nevers pour y donner la confirmation. La cérémonie eut lieu le matin dans l'église de Saint-Cyr. Dans la soirée , le vénéré prélat se rendit au Garmel pour y présider une prise d'habit. Tout-à-coup, un exprès traverse l'assemblée pour remettre à M. l'abbé Groult une dépêche qui annonçait la naissance du duc de Bordeaux. Monseigneur fit annoncer qu'au sortir du Garmel il se rendrait à la cathédrale pour y chanter le Te Deurrij suivi d'un salut solennel.
A l'arrivée des Garmélites à Nevers, ad commencement du dix-septième siècle, malgré certaines. idées philosophiques qui corn-* mençaient à se répandre dans la société , on n'était pas encore arrivé au point de mettre en doute la nécessité de la prière, et on avait accuelli avec bonheur dans notre ville les pieuses filles de sainte Thérèse, dont la vie est consacrée à la prière et à l'expiation. Au dix-neuvième siècle était réservé de poser une question jusqu^alors inconnue dans le monde. A quoi servent les ordres contemplatifs? Quels services les Garmélites rendent-elles à la société ? Nous terminerons notre notice sur le Garmel de Nevers par la réponse à oes questions.
En faisant le récit de la mort du Sauveur, Chateaubriand , après avoir porté ses regards sur le Calvaire » les détourne un instant pour filer une petite ile de la Méditerranée , puis il s'écrie : Deux mondes étrangeynent divers se présentent ici à la fois: Jésus-Christ sur le Calvaire et Tibère à Caprée (1). Tibère ! ta cruauté a épouvanté le monde , tes débauches ont été poussées si loin , qu*en écrivant ta vie ton historien est obligé de demander pardon à ses lecteurs ; il avait à consigner des monstruosités qu'on ne peut dire ni entendre et que Tesprit répugne à croire : Vix ut refern audinve, nedum credi fas sit (2). Et cependant nous sommes tenté sur un point de te préférer à certains hommes de nos jours ; toi, du moins, au milieu de tes crimes , tu as compris la grande loi de Texpiation ; à travers les humiliations du Golgof ha , tu as reconnu la grande victime dont le sang effaçait les péchés du monde , et tu as demandé au Sénat de lui dresser des autels (3).
On vient nous demander à quoi bon des Carmélites? quels services elles rendent à la société? Habitants de Nevers (nous nous adressons aux intelligences élevées), ce n'est pas vous qui faites de semblables questions; souvent vous vous êtes écriés avec Chateaubriand : Deux mondes étrangement divers se présentent ici à la fois : Jésus-Christ swr le Calvaire et Tibère à Caprée, A quelque distance de ce pieux asile de l'expiation, vous n'ignorez pas qu'il y a une rue qu'on ne peut nommer sans rougir? et tandis que la volupté immole nombre de victimes, tandis que nos jeunes gens vont chaque jour sacrifier à cette cruelle divinité leur innocence, leur honneur, leur santé, le fruit des sueurs de leurs parents, là, tout près, d'innocentes victimes se soumettent aux exercices d'une rude pénitence , déchargeant sur elles les coups réservés à des coupables qui peut-être ne ressentent plus les remords. En face des orgies de Caprée, qu'on ne nous demande plus pourquoi les douleurs de Golgotha.
Pourquoi des Carmélites?. Parce que la prière est de l'essence même du culte de Dieu; la prière est une dette de la société et des individus. Point de peuple sans religion, et, par suite, point de peuple
(t) Étxides historiques, 1*' discours, 1" partie.
(2) StléTONE.
(3) EusBB. CM3.y Ckron. an Dom. XXXVIII.
72 LES œNGRÉGATIONS RELIGIEUSES
sans prière. La prière, c*esl l'encens qui s'élève vers le ciel et qui retombe sur la terre en bénédictions; la prière, c'est ce qui fortifie le soldat dans les combats et assure la victoire; ta prière, c'est ce qui éclaire l'esprit du magistrat et dirige ses démarches. Au grand jour des révélations, on sera peut-être étonné de voir tomber les lauriers de la tête des guerriers auxquels on attribuait la victoire, et d'apprendre qu'elle était due à la prière bien humble d'une pauvre Carmélite qui s'est élevée jusqu'au trône du Dieu des armées; cédant à ses instances, le Tout-Puissant a ordonné à l'ange ex terminateurd^étendre
son glaive au-dessus des ennemis de la patrie.
Tibère qui, malgré ses débauches, adorait Jésus-Christ comme une victime d'expiation, était encore mu sans doute par un autre motif. Il savait peut-être que du haut de sa croix il avait prié pour tous, même pour ses bourreaux ; il voyait encore une dette que le Sauveur payait en son nom à la divinité, car il avait la conscience de son indifférenee pour les dieux et pour toute pratique religieuse. C'est ce que nous dit Suétone : Circa deos ac religiones negligentior.
Ici encore le despote romain aurait le dessus sur certains hommes de nos jours qui ne prient plus, qui ne savent plus ce qu'est la prière; et ce sont ceux-là qui s'étonnent que d'autres veulent prier pour eux. Membres de la grande famille des chrétiens, ils ne rendent plus à leur père qui est dans les cieux aucun tribut d'h9mmage et d'adoration; leur indifférence pour lui va si loin qu'ils ne veulent pas même que leurs frères et leurs sœurs dans la foi réparent cet incroyable outrage, et obtiennent par leurs supplications que ce père méprisé conserve à ces enfants dénaturés toute sa tendresse.
On ne prie plus, voilà pourquoi il y a des Carmélites. Non, on ne prie plus. Combien d'hommes ne connaissent plus que les prières officielles, et Dieu sait ce qu'elles valent. Le gouvernement, il est vrai, s'empresse dans toutes les circonstances de recourir à celui par qui les chefs des Etats gouvernent : per me principes imperant. Une guerre vient-elle à éclater, on met les étendards de la patrie sous la sauvegarde du Dieu des armées ; car on n'a pas oublié que Moïse élevait vers le ciel ses mains suppliantes pendant que Josùé poursuivait les Amalécites. A-t-on obtenu la victoire , on fait hommage au Très-Haut des lauriers cueillis sur les champs de bataille, et les échos des temples saints répètent le cantique de la reconnaissance. Ne voyons-nous pas au commencement de l'année judiciaire nos magistrats venir implorer les lumières de
Celui qui juge les justices? Nos législateurs n'ont-ils pas consigné dans la Conslitution la nécessité de la prière ? Nos agriculteurs ne viennent-ils pas chaque année réclamer les bénédictions de Celui qui donne à la terre la fertilité et Tabondance? Quand un des puissants du monde a payé son tribut à la mort, quand il a paru devant le Monarque suprême qui ne fait acception de personne, n'offre-t-on pas en sa faveur des sacrifices d'expiation? Ah ! puisqu'on reconnaît la nécessité de la prière, qu'on ne vienne plus nous demander à quoi servent Us Carmélites. Les Romains prodiguaient aux vestales leurs respectueuses sympathies , parce que leur mission était de veiller à la conservation du feu sacré.
Qu'on environne de protection et de respect ces saintes filles qui font vœu de prier et se prosternent constamment devant le Dieu qui protège la France, pour obtenir en faveur de cette chère patrie les bénédictions les plus abondantes. On accorde à la débauche une existence légale, pourquoi refuserait-on cette existence à la prière et à l'expiation?