‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 20 sur 83 · SŒURS DONNÉES OU RENDUES · texte numérisé non relu

SŒURS DONNÉES OU RENDUES

Le plus souvent les deux fonctions de sœurs hospitalières et enseignantes se sont trouvées réunies ; les œuvres de miséricorde spirituelle sont comme les sœurs aînées des œuvres de miséricorde corporelle ; il ne faut donc pas s'étonner de voir ces belles fleurs s* épanouir simultanément au souffle de la charité chrétienne. Dans les congrégations qui se consacrent d'une manière plus spéciale au soulagement des maladies et des infirmités du corps^ on ne néglige pas de venir en aide aux misères de Tâme, et on sait profiter de toutes les circonstances pour développer les principes de la morale chrétienne, souvent bien oblitérés.

On comprend, d'après ce que nous venons de dire, que nos études vont avoir pour but de faire connaître les congrégations religieuses qui se livrent aux œuvres de la charité corporelle, celles qui sont vouées à l'enseignement et celles dont les constitutions admettent cette double mission; toutefois, nous n'avons pas la pensée de les présenter par cafëgories; nous leur donnerons rang d'après la chronologie de la fondation de leur institut.

A quelle époque devons-nous faire remonter l'établissement des congrégations hospitalières ? Nous avons déjà fait observer que dans la primitive Eglise on rencontrait des vierges réunies en communauté,

76 LES CONGRÉGATIONS REUGIEUSËS

et que sainte Marthe était une de leurs premières supérieures. Nous lisons dans VHistoire des ordres religieux que la plupart des ordres hospitaliers, môme d'hommes, reconnaissent cette sainte pour leur fondatrice (1).

Nous sortirions du cadre que nous nous sommes tracé si nous suivions le développement des congrégations hospitalières pendant le cours du moyen-âgé ; nous devons cependant dire quelques mots sur les personnes séculières qui, sans faire de vœux, se consacraient soit temporairement, soit pour leur vie, au service des infirmes et des malades. Telles étaient les sœurs rendikes et données qui desservaient à Nevers l'hôpital Saint- Didier. Nous rencontrons encore dans quelques villes ces sœurs séculières; c'est le nom qu'on leur donna dans VHistoire des ordres religieux ; on en voit encore à Lyon et aussi à Auxerre, où dlles sont chargées de l'asile des aliénés ; dans cette dernière ville on leur donne le nom de demoiselles.

Tantôt ces hospitalières s'adjoignaient à de véritables religieuses qu'elles aidaient, sans prendre leur costume ; elles avaient un costume différent ; telles étaient celles qui, au nombre de cinquante, se voyaient encore au commencement du dix huitième siècle dans l'hôtel-Dieu de Paris, consacrant leur zèle et leur dévouement au soin des malades sous la direction des sœurs.

Les frères et sœurs rendus ou donnés existaient à Nevers à l'hôpital Saint-Didier au commencement du treizième siècle et sans doute avant cette époque ; il en est fait mention dans un titre de l'année 1242. Le soin des hommes était confié aux frères et celui des femmes appartenait aux sœurs ; à leur tète était un directeur ayant le titre de maître. Un acte de 1399 nous donne l'idée d'un bureau qui administrait le personnel , sans négliger ce qui concernait les dépenses. Les échevins de la ville et le doyen du chapitre de l'église cathédrale faisaient partie de ce bureau. En 1404, le 14 novembre, un nouveau règlement vint régler les fonctions de chacun. Il est probable qu'à Nevers les sœurs rendues ont fini par avoir une maîtresse et que le maître n'étendait son autorité que sur les hommes ; c'est ce qui se pratiquait dans l'hôtel-Dieu de Paris.

L'hôpital Saint-Didier était bien doté.. Nous n'entrerons pas dans d'autres détails, ce serait sortir de notre cadre. Cependant nous ne

(1) Préface, p. xxiii.

pouvons nousdispenser de rappeler que la régularité qu'on remarquait dans cette maison était due en partie à un saint prêtre , qui avait refusé par humilité tous les postes honorables qu'on lui offrait pour accepter Thumble cure de Thôpital de Saint-Didier; nous voulons parler du vénérable abbé Litaud , originaire de Saint-Pierre-le-Moûtier. Ce fut lui qui avait établi dans la communauté une salutaire réforme et avait travaillé au règlement destiné à la direction des sœurs. Il était heureux de passer sa vie au milieu des pauvres et de les encourager à supporter avec patience leurs souffrances. Obligé lui-même , par suite de ses infirmités, de céder à un autre les fonctions qu'il ne pouvait plus remplir avec l'exactitude qu'il aurait désirée, il se détermina à vivre dans son particulier ; mais sentant sa fin approcher, il se fit transporter à l'hôpital pour achever sa vie en la compagnie de ses chers pauvres. Ce fut là qu'il mourut en odeur de sainteté, le 26 mars 1684, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans. Le P. Maillard, jésuite, qui fît imprimer la vie du vénérable abbé Litaud, sous le titre de Modèle des ecclésiastiques et de père des pauvres^ rapporte plusieurs faits miraculeux par lesquels Dieu a voulu glorifier son serviteur pendant sa vie et après sa mort (1). Ses obsèques furent un véritable triomphe.

Cette corporation, car c'est le nom qui lui convient, était encore chargée de la desserte de V hôpital neuf de la rue des Merciers, de l'hôpital des Enfants de saint Louis et de l'hôpital général, alors établi dans la rue Creuse. Il est probable qu'elle rendait le même service aux maladreries de Saint-Antoine et de Saint-Lazare.

En 1660, les administrateurs traitent avec une sœur Eugénie Camuzat, ursuline professe, qui devait venir s'installer à l'hospice Saint-Didier. Ce traité fait avec une religieuse soumise à des statuts, ne comprenant pas les fonctions d'hospitalière, prouve le malaise qui régnait alors parmi les frères et les sœurs rendus et explique le tâtonnement qu'on remarque dans les règlements dressés pour leur direction. On retrouve encore cette institution en 1712 ; mais les frères disparurent insensiblement et les sœurs seules continuèrent leurs fonctions. En 1770, époque à laquelle Parmentier recueillait les chroniques de Nevers, il n'était plus question que d'une supé-

(t) Il serait à désirer que ce livre , devenu excessivement rare , fût édité de nouveau.

Heure et de treize sœurs, sous une règle particulière donnée originairement par M. le doyen Bogne, et depuis rectifiée et réformée par Mgr Tinseau et le doyen de Villedieu (1).

On comprend les efforts faits au siècle précédent par M. l'abbé Bolacre et par D. de Laveyne pour fonder une congrégation stable avec des règlements sérieusement étudiés. Nous en parlerons bientôt.

Parmentier nous a conservé le règlement réformé, imposé aux sœurs rendues, car il n'est plus question des frères.

« Lorsqu'une fille veut se sacrifier dans cette maison au service des pauvres et des malades, elle commence par faire un noviciat

de (2) ans, pendant lesquels elle paye sa pension ; après quoi,

ayant demandé son admission, le bureau nomme deux recteurs pour aller dans la maison s'informer secrètement de chaque sœur quels sont la conduite, le caractère, l'aptitude, les talents de l'aspirante. Ce fait, le bureau assemblé , après une conférence particulière avec la supérieure , appelle chacune des sœurs Tune après l'autre , et les interroge par la voix du président sur les mêmes choses. Si les témoignages sont favorables, le bureau conclut à l'admission. Le secrétaire dresse le contrat entre les administrateurs et la récipiendaire, et l'on écrit sur le registre un acte par lequel la direction la présente à M. le Doyen, qui l'accepte, et fait ensuite, au jour par lui indiqué, la cérémonie de la prise d'habit en l'église de Saint-Didier.

» Les sœurs peuvent quitter lorsque des causes indispensables, telles que le dérangement absolu de leur santé, l'exigent. Le bureau pourrait aussi les renvoyer si elles se mettaient dans ce cas. Elles ne perdent par leurs vœux aucun des effets civils.

» Elles partagent leurs services de la manière suivante: deux sont attachées à la cuisine, deux aux salles des hommes, deux aux salles des femmes, deux sont auprès des grands enfants, deux avec les petits, deux à l'apothicairerie, la treizièine tient les registres et supplée à l'absence ou à l'indisposition des autres. La supérieure a l'inspection générale.

» Il y a à l'hôtel-Dieu trois salles d'hommes, contenant 96 lits ;

(1) Archives de Nevers, tome II, p. 32.

(2) Parmentier n'indique pas le nombre des années de noviciat; nous avons vu quelque part qu*on le prolongeait pendant sept ans et plus.

deux salies de femmes et 25 lits; à l'égard des enfants, ils ont 19 grands lits, sans comprendre les routières et les berceaux, dont le nombre est sujet à varier.

>II règne aujourd'hui beaucoup d'ordre dans cette maison. Les malades de l'un et de l'autre sexe y sont très-bien soignés; ils entrent sur le billet de l'un des recteurs. Le médecin et le chirurgien, nommés par le bureau et gagés, y vont deux fois par jour, et le registre des salles, sur lequel ils signent chaque fois, fait la preuve de leur exactitude. Les secours spirituels sont administrés nuit et jour par le curé et le vicaire avec tout le zèle possible.

ib Les enfants, quoiqu'en grand nombre, sont bien nourris, bien soignés et bien vêtus. Ou leur enseigne à prier Dieu, le catéchisme, à lire et à travailler. La propreté qui se remarque dans leur chambre en écarte le mauvais air, et nous avons vu la petite vérole ravager la ville sans les atteindre (1). »

(1} Parmentier, tome II, pages 32 et suivantes.

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