SA CONSÉCRATION
La nouvelle église devait être tout à la fois simple et majestueuse. Mgr Dufêtre, qui déjà avait présidé aux constructions du monastère, voulut diriger d'une manière plus spéciale les travaux de l'église. Il avait choisi l'architecture du douzième siècle par un double motif: 1® le genre roman parait mieux approprié, par ses formes un peu sévères, aux besoins et à l'esprit d'une communauté cloîtrée ; S» il laisse une plus grande liberté pour l'ornementation, qui peut être plus ou moins riche, selon les ressources du moment, sanspréjudicier cependant aux projets de l'avenir. Le plein-cintre donc a été adopté partout.
Elevée à l'entrée de la ville, sur un plateau qui domine la grande route de Paris à Lyon, elle laisse apercevoir du dehors sa façade, au moins dans sa partie supérieure. Après avoir parcouru une rampe douce, qui, à partir du grand portail extérieur, circule autour d'un tertre formant comme le parvis de l'église, on arrive devant la porte. Quatre colonnes, surmontées de riches chapiteaux fleuris et animés, soutiennent de gracieuses moulures qui décrivent le plein-cintre.
Au-dessus, une fenêtre géminée, dont les piédroits sont aussi garnis de colonnettes à chapiteaux fleuris, vient faire disparaître la monotonie de la façade; comme à Saint-Etienne de Nevers, le cordon billetté qui orne les rampants du fronton, après avoir pris une direction horizontale à la base du triangle, circonscrit les cintres des
deux baies de la fenêtre. Au sommet du fronton est placée la statue de la Vierge immaculée^ qui semble répandre ses grâces à pleines mains.
Pourquoi ne raconterions-nous pas ici Thistoire de cette statue ? C'est une des gloires de Marie.
Pendant le cours des travaux, un voyageur se promenait sur la route en face du monastère ; c'était un pèlerin qui revenait de visiter les Lieux-Saints» Dieu, dans ses impénétrables décrets, avait voulu que ce pieux voyageur, au moment où il se trouvait si heureux de parcourir la contrée que le Sauveur avait arrosée de ses sueurs et de son sang, participât à ses souffrances: ayant eu une jambe brisée, il fut retenu longtemps sur un lit de douleur. Il eut recours à Marie immaculée, et obtint par son secours la résignation et une guérison plus prompte qu'on n'osait l'espérer. A la vue de ces constructions, il entre, par une curiosité bien légitime, au milieu du chantier, et rencontre des sœurs auxquelles il fait quelques questions. — C'est une église qui est élevée en l'honneur de l'Immaculée Conception, lui disent les bonnes sœurs. — Que de grâces je dois à Marie immaculée, s'écrie l'étranger avec un accent de profonde reconnaissance ! Je lui dois surtout ma prompte guérison dans l'accident qui m'est arrivé il y a quelques mois. Je vous enverrai une statue pour couronner le fronton de son temple. Le voyageur s'éloigna, et peu de temps après arrivait aux portes de la Visitation une caisse renfermant une trèsbelle statue et une offrande en argent pour concourir aux autres dépenses.
L'église n'a qu'une seule nef, divisée en trois travées, jusqu'au chœur. Sa longueur totale est de 26 m. 66 c, sa largeur de 7 m. 60 c, sa hauteur de 10 m. 75 c. sous voûte. Elle se termine par une abside en hémicycle. La disposition des lieux n'a pas permis de l'orienter selon les règles traditionnelles ; elle est disposée en sens inverse , c'est-à-dire que l'abside est à l'occident.
Le chœur des religieuses se projette au nord et forme comme un croisillon prolongé du transept ; cependant le transept est tronqué, car il ne présente dans la partie méridionale , en face du chœur des sœurs, qu'une absidiole semi*circulaire que le défaut d'espace n'a pas permis d'étendre davantage.
Otitre la fenêtre géminée du portail, deux fenêtres à chaque travée éclairent la nef, et chaque abside a sa baie au plein-cintre. On s'est contenté de garnir les fenêtres de la nef de grisailles romanes rele-
vées par une bordure formée de feuillages de Tépoque ; quant aux deux baies des absides, elles sont ornées de vitraux historiques, sortis des ateliers des Carmélites du Mans.
Tout en conservant pour ces vitraux l'ornementation et les détails du douzième siècle , on a traité les personnages avec un soin qui rappelle une époque plus avancée; la perfection du dessin et les teintes ne laissent rien à désirer. Au reste , un grand maître s'était chargé de mettre la dernière main aux cartons : deux artistes allemands, de l'école d'Overbeck , employés par les bonnes Carmélites, se trouvant à Rome , furent chargés des projets proposés, et ils travaillèrent, sous les yeux et avec le concours de leur premier maître, à l'exécution des dessins en grandeur d'exécution.
Le sujet du vitrail de l'abside principale devait représenter naturellement le triomphe de Celle qui a écrasé la tète du serpent. On a choisi à dessein la femme de l'Apocalypse avant son enfantement ; elle a sur la télé une couronne de douze étoiles , le soleil l'environne de ses rayons comme d'un vêtement , et la lune est sous ses pieds. Au-dessous des nuages qui la portent , le dragon à sept tètes fait de vains efforts pour l'atteindre ; son pouvoir souverain est indiqué par les diadèmes qui ornent ses tètes infernales ; mais son impuissance absolue, à l'égard de cette femme privilégiée, est constatée par la chaîne qui le retient et qu'il ne saurait rompre.
Le vitrail de Tabsidiole, chapelle dédiée au Sacré-Cœur, reproduit l'apparition de Notre-Seigneur à la bienheureuse Uarguerite-Uarie: Jésus-Christ montre son cœur à cette Gdèle amante, qui le contemple avec ravissement.
Toutes les colonnes de l'église sont ornées, comme celles de la façade, de chapiteaux fleuris ou animés. L'artiste nivernais, qui avait à cœur de ne point s'éloigner des types traditionnels, a reproduit les plus beaux modèles de l'école de Cluny. Il n'a pas oublié surtout de représenter, à l'entrée du sanctuaire, au-dessus de la table de communion, les symboles qui rappellent TEucharistie et ses merveilleux effets. Nous voyons, du côté de Tévangile, la lutte incessante de l'homme sur la terre; ce combat de tous les jours dont parle Job, combat dont personne n'est exempt, pas même les âmes privilégiées, qui, comme l'aigle, veulent s'élever dans les hauteurs des cieux. C'est ce que nous indiquent ces aigles aux ailesdéployées , luttant contre des serpents qui les enlacent et cherchent à les arrêter dans leur vol. Du côté opposé, deux colombes à queue 4^ serpent
boivent dans un calice ; elles portent une aigrette sur la tête et un œii à Textrémité de la queue. Déjà^ ailleurs, nous avons donné Texplication de ce symbole : « Dans la colombe , qui se termine par une queue de serpent, sujet souvent reproduit au douzième siècle, nous voyons un emblème de l*âme fidèle ornée des deux vertus que le Sauveur recommandait à ses disciples avec tant d'instance : la simplicité et la prudence; soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes. Quelquefois un œil est placé à Textrémité de cette queue de serpent, pour rappeler une autre vertu gardienne des deux premières, la vigilance, qui semble se confondre avec la prudence chrétienne , ou plutôt qui est la fille atnée de sa nombreuse famille. Lorsque ces mystérieux oiseaux s*abreuvent dans un calice, leur tète est ornée d'une riche aigrette. H est impossible de ne pas reconnaître ici les dispositions nécessaires pour approcher dignement du banquet eucharistique et les fruits précieux qu'en retire Tâme fidèle. C'est, en effet, dans la communion que le chrétien trouve le germe de l'immortalité et qu'il s'assure la couronne de gloire indiquée par l'aigrette déployée qui surmonte, comme d'an magnifique diadème, la tète de ces colombes (1). »
Ainsi, d'un côté, la lutte ; de l'autre, le principe de la force et du courage.
La corniche des chapiteaux est ornée de billettes et se détache pour continuer à la naissance des voûtes, dans le pourtour des murs.
Les travaux étaient enfin terminés ; une main invisible semblait les avoir dirigés, Marie les avait bénis. Pendant le cours des importantes constructions du monastère et de l'église, on n'avait pas eu à regretter le plus léger accident. Pourquoi ne dirions-nous pas que tous les jours, pour obtenir cette faveur, les pieuses filles de saint François de Sales faisaient monter vers le ciel de ferventes prières, et que Dieu les avait exaucées ?
Il ne s'agissait plus que de fixer le jour de la fête et d'y convier le clergé et le peuple; c'est ce que fit avec bonheur le pontife vénéré au zèle éclairé duquel notre pays est redevable de si beaux établissements.
Le saint jour de Pâques, 12 avril 1857, il adressait au clergé et aux fidèles du diocèse le mandement suivant :
(1) Iconographie chrétienne, chap. xxxix, nouvelle édition.
c II y aura bientôt huit ans, N. T. C. F., que le clergé de notre diocèse, réuni dans un synode à jamais mémorable, exprimait avec ardeur le désir de voir définir solennellement la vérité de VImma' culée Conception* Cinq ans après, le Vicaire de Jésus-Christ, entouré de plus de deux cents évèques, accourus de toutes les parties da monde, proclamait, du haut de la chaire apostolique, ce dogme sacré*
3 Vous n'avez pas oublié, N. T. C. F., avec quel enthousiasme fu^ partout accueillie cette consolante nouvelle. Le diocèse de Nevers fut un des premiers à faire éclater sa joie par d'unanimes manifestations.
» Pour perpétuer ce doux souvenir et nous associer à ce pieux élan, nous avons voulu ériger un temple à la gloire de Marie imma^ culée^ afin de rappeler sans cesse aux générations futures, et l'oracle de la vérité en l'honneur de la Mère de Dieu, et le religieux empres. sèment avec lequel vous avez répondu à la voix de l'Eglise.
» Ce temple, nous lui avons donné le nom d'une des basiliques les plus célèbres de Rome : nous l'avons appelé Sainte-Marie-dvrPeupU^ parce que nous désirions que le peuple nivernais tout entier fût placé sous la protection de cette Vierge immaculée.
» La première pierre de ce monument a été posée, il y a moins de deux ans, au milieu d'une affluence immense de fidèles. Aujourd'hui, l'édifice est achevé, et nous savons que vous attendez avec impatience le moment de son inauguration.
3 Pour répondre à votre filiale tendresse envers la Hère de Dieu, nous avons résolu de faire cette cérémonie avec la plus grande pompe, et nous avons choisi le jour même où s'ouvrent ordinairement les exercices du mois de Marie.
1 Ce jour-là, nous ferons tout à la fois la dédicace solennelle de l'église Sainte-Marie-du-Peuple et la consécration de notre diocèse à la très-sainte Vierge.
3 Notre cœur est plein de joie et notre langue est dans l'allégresse de ce qu'il nous est accordé de décerner ce double hommage à la Mère de notre Dieu. Nous avons la plus ferme confiance' que Marie immaculée couvrira notre diocèse de sa toute-puissante protection ; qu'elle obtiendra aux faibles la force, aux afBigés la consolation, aux pécheurs leur pardon, à tous, les grâces qu'ils solliciteront par son entremise.
3 Nous avons exprimé le vœu que ce monument fût l'œuvre exclusive de notre diocèse, et que chacun fût invité à donner son offrande. Nous renouvelons ce désir de notre cœur,' afin que les noms
de tous nos diocésains soient déposés aux pieds du trône de celle que nous saluons comme notre reine et comme la distributrice des grâces.
» Â CES CAUSES^ le saint nom de Dieu invoqué » après en avoir conféré avec nos vénérables frères les chanoines et chapitre de notre église cathédrale,
3 Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
9 Art. 1^. — La dédicace solennelle de l'église Sainte^Marie-dvr Peuple est fixée au jeudi 30 aVril.
» La c^émonie commencera à huit heures précises.
» Â deux heures et demie de Taprès-midi, le clergé et les confréries des trois paroisses de la ville de Nevers se rendront processionnellement de la cathédrale à la nouvelle église.
1 Art. 2. — Nous invitons tous les ecclésiastiques de notre diocèse à cette cérémonie ; mais nous exprimons surtout le désir que MM. les Doyens y assistent ou soient représentés par un de MM. les Curés de leur doyenné. Nous verrions avec plaisir que chaque paroisse y déléguât quelqu'un de ses habitants.
» Immédiatement après l'arrivée de la procession , nous ferons la consécration de notre diocèse à Marie immaculée^
1 Art. 3. — Les reliques précieuses du monastère de la Visitation demeureront exposées dans l'église Sainte-Marie-durPeuple depuis le jeudi 20 avril jusqu'au dimanche soir 3 mai.
» Art. 4. — Un triduo de prières pour le diocèse de Nevers aura lieu, dans cette même église, les trois premiers jours du mois de mai.
1 Pendant ces trois jours, la messe sera célébrée à huit heures précises. Le soir, à quatre heures , il y aura sermon et salut du
Très-Saint-Sacrement.
» Art. 5. — Dans toutes les paroisses du diocèse, MM. les Curés choisiront un jour du mois de Marie pour faii'e la consécration de leur paroisse à la sainte Vierge. Ils pourront se servir de Tacte de consécration que nous plaçons à la suite de ce mandement.
3 Art. 6. — Nous invitons expressément MM. les Curés à recueillir dans leurs paroisses les offirandes des fidèles, pour achever
118 LES GONGHËGATIONS RELIGIEUSES
de solder la construction de Téglise. Les quêtes et les souscriptions précédentes (1) sont encore loin d*en couvrir la dépense.
» Nous pu})lierons plus tard l'état exact des dépenses et des recettes relatives à ce monument.
» Art. 7. — Et sera notre présent mandement lu et publié dans toutes les églises et chapelles publiques de notre diocèse, le dimanche
de Quasimodo.
> Donné à Nevers, en notre palais épiscopal, sous notre seing, le sceau de nos armes et le contre-seing de notre secrétaire général, le jour de Pâques 1857.
» f Dominique-Augustin,
Èvêque de Nevers, »
Le 29 au soir, conformément aux prescriptions du Pontifical, étaient exposées, dans une chapelle ardente, les saintes reliques des martyrs qui devaient, le lendemain, être placées dans l'autel principal de la nouvelle église. Ces reliques furent renfermées dans une boite de plomb, avec l'acte authentique en latin, sur parchemin, signé par le prélat consécrateur. Nous en donnons la traduction :
c L'an mil huit cent cinquante-sept, le trente du mois d'avril, nous, Dominique-Augustin Dufétre, évéque de Nevers, avons consacré cette église et cet autel en l'honneur de Marie immaculée dès les premiers moments de sa conception, et nous y avons déposé les reliques des saints martyrs Exupère, Clément et Fortunat. Nous avons accordé un an d'indulgences à toutes les personnes présentes à la cérémonie, comme aussi nous accordons quarante jours d'indulgences, dans la forme usitée, à tous les fidèles qui visiteront cette église le jour anniversaire de sa dédicace.
» f Dominique- Augustin ,
» Èvêque de Nevers. »
A huit heures du soir, toutes les cloches des paroisses et des communautés de la ville, sonnées à grande volée, annoncèrent la fête du lendemain ; la même sonnerie fut répétée, le 30, à VAngelus du matin et de midi.
(1) Y compris la nôtre, qui est de 5,000 fr.
Le 90, à huit heures précises, Monseigneur, revêtu de ses ornements pontificaux, entouré d*un clergé nombreux accouru de tous les points du diocèse, commença les prières et les cérémonies de la consécration de Téglise.
On sait que pendant le cours de cette cérémonie il y a deux entrées solennelles dans l'église: la première, après les aspersions extérieures, la seconde, quand on y transporte processionnellement les reliques des saints. Dans la première entrée, l'évèque seul, accom* pagné d'une partie de son clergé/pénètre dans l'intérieur de l'édifice; mais, avant tout, il fait une croix sur le seuil de la porte, pour nous rappeler que c'est par la croix que le Sauveur nous a rétablis dans le céleste héritage dont nous avions été privés par le péché. L'Eglise est un nouveau Thabor; or, dit Guillaume Durand, expliquant pourquoi le pontife consécrateur n'est d'abord accompagné que de quelques personneé, c Jésus-Christ, dans sa transfiguration, n'avait admis que quelques témoins (1). » Outre cette raison mystique, il en est une autre toute naturelle : l'évèque doit écrire sur une grande croix de cendres, tracée dans toute l'étendue de la nef; on comprend que si l'entrée de l'église était libre avant cette cérémonie, il serait impossible de l'exécuter. Dans la seconde entrée, tout le peuple marche à la suite des reliques des saints, comme pour nous apprendre que nous ne pouvons arriver au ciel qu'en suivant les traces des saints; mais l'évèque imprime de nouveau sur la porte le signe de la croix, afin de nous rappeler l'étendard sous lequel les saints ont combattu, et qui a été le gage de leur victoire.
Quand tout fut terminé, Monseigneur officia pontificalement et ofErit le saint sacrifice sur l'autel nouvellement consacré.
Après la cérémonie , le prélat épancha son ftme en actions de grâces.
c Notre cœur surabonde de joie, dit-il, nos vœux sont accomplis. Depuis longtemps nous désirions élever un sanctuaire à Marie : déjà nous en avions consacré un, à Saint-Gildard, en l'honneur du Sacré- Cœur de Jésus; combien nous sommes heureux d'en ériger un au Cœur immaculé de sa divine Mère, et d'en Étire en ce Jour la dédicace solennelle!
(1) Rai. div. off., lib. I.
» Il convenait d'unir ces deux Cœurs dans une église placée sous la garde d'un institut quia donné à l'Eglise cette vierge privilégiée à qui Jésus- Christ a dévoilé les trésors inestimables de son Cœur adorable.
> Ici Jésus et Marie recevront les hommages de la piété la plus pure comme la plus fervente. Ce temple sera vraiment une maison de prière et de sacrifice, domus orationis et domus sacrificiù Les vierges du Seigneur lui offriront perpétuellement une hostie de louanges; elles feront monter au ciel le parfum de leurs oraisons, l'encens de leurs prières et de leurs supplications. Victimes spirituelles armées du glaive de la pénitence, elle sacrifieront leurs affections, leurs goûts, leurs volontés; elles s'immoleront, sans réserve et sans partage, dans les flammes jalouses du divin amour, i
Le prélat termina en appelant sur cette maison et sur son diocèse toutes les bénédictions de Marie immaculée. •
Dès le matin du jour indiqué pour la consécration de l'église de Notre-Dame-du-Peuple, un grand mouvement s'était manifesté dans la ville, principalement dans les rues que devait parcourir la procession. Le ciel, si sombre les jours précédents, semblait s'éclaircir; quelques rayons de soleil venaient ranimer la joie et l'espérance. Déjà le vent violent qui régnait la veille avait fait place à une brise légère, qui allait se jouer à travers les bannières et les oriflammes.
Le soir, à deux heures, la procession générale s'organisa à la cathédrale, de manière à pouvoir se mettre en mouvement à deux heures et demie. Les paroisses de Saint-Père et de Saint-Etienne, ainsi que les comnuinautés, se trouvèrent disposées dans les basses nefs, selon l'ordre qu'elles devaient occuper, tandis que la paroisse de Saint-Cyr et ses congrégations étaient rangées dans le chœur, dans la grande nef et dans la chapelle de Sainte-Julitte.
Cependant, Mgr l'Evèque, le chapitre, le grand séminaire et les députations du clergé du diocèse, environnant la statue de la Vierge immaculée, qui devait être bénite, attendaient dans la cour du couvent de Sainte-Marie que la procession eût défilé devant eux.
 deux heures, et demie, on se mit en marche, en sortant de la cathédrale par la porte du nord, pour suivre les rues du Doyenné et Saint-Martin, la place Saint-Sébastien, la rue du Commerce et la place du Collège, et se rendre, par la grande route, au monastère de la Visitation. La procession était divisée en cinq parties :
DANS LB DI0GË8B DE NEVËR8. 121
lo ÉTABLISSEMENTS CHARITABLES.
En tête de la procession, à la suite de la bannière de Saint-Cyr, marchaient les enfants de l'hospice, avec des oriflammes ornées de l'image de Marie, sous la conduite des sœurs de la Charité, chargées de cet établissement. Yeuaient ensuite les orphelines de Nevers et de Varennes, tenant aussi des oriflammes à la main; au milieu d'elles était|portée la Maison dorée, commençant cette longue suite d'emblèmes, en llionnenr de Marie, qui devaient se succéder à chaque instant.
2o ÉCOLES DES GARÇONS.
Les écoles de la Barre et du Château, portant aussi des oriflammes, précédaient les écoles des frères, au milieu desquelles on voyait briller la Porte du Ciel et la Tour de David.
La Porte du dei^ travail d'un goût exquis, avait été exécutée par les frères eux-mêmes, aidés de leurs enfants. Un portail d'or, orné de fleurs gracieusement disposées, et simulant les pierres précieuses dont parle saint Jean dans son Apocalypse, laissait entrevoir dans rintérieur une croix à rayons étincelants; elle était surmontée d'une gloire, rappelant les paroles de nos saintes Écritures : La majesté du Seigneur remplit tout le Temple, Au milieu de cette gloire, ce n'était pas le nom redouté de Jéhovah qu'on lisait, c'était le chiffre béni du Sauveur.
La Tour de David était entourée de boucliers, avec ces inscriptions en lettres d'or :
Elle renferme l'armure du guerrier.
Elle a confondu les erreurs.
Elle est forte comme une armée rangée en bataille.
Elle a brisé la tête du serpent.
Quatre jeunes gens accompagnaient cet emblème, portant au bras gauche un bouclier au chiffre de Marie, et tenant de la main droite des lances surmontées de flammes roses. Une troupe de jeunes guerriers armés de lances les suivaient.