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SUPÉRIEURES GÉNÉRALES DE LA CONGRÉGATION

MARIE-SCH0LA8TIQUE MARCHANGY, l" SUPÉRIEURE GÉNÉRALE.

En dehors des maisons dont nous venons de parler, il y en eut bon nombre d'autres fondées vers la fin du dix- septième siècle, que nous nommons la période d'essafs; mais comme les pièces qui leis concernent ont été perdues , nous ne pouvons entrer dans aucuns détails à leur égard. Les fondateurs de l'Institut, dom de Laveyne et M. Bolacre , ou les directeurs désignés par eux et agréés par Tévèque de Nevers, les Pères de l'Oratoire, députaient pour ces fondations les sœurs qu'ils reconnaissaient capables.

Déjà nous avons fait observer que pendant cette période il n'y avait pas encore de supérieure générale, les sœurs de Nevers n'étant pas encore érigées en congrégation et demeurant attachées à la maison de Montoire , comme le prouve l'acte passé entre elles et l'administration de l'hospice de Nevers en 1691 , dans lequel on voit paraître M. l'abbé Moreau , supérieur des sœurs de Montoire. Les statuts de ce dernier établissement régissaient toutes les sœurs qui en dépendaient ; et quand Mgr Yallot conçut la pensée de rendre les sœurs de Nevers indépendantes et de les ériger en congrégation particulière, il chargea les Pères de l'Oratoire d'étudier ces statuts et d'y apporter les modifications qui leur paraîtraient nécessaires pour être ensuite soumis à son approbation.

On comprend qae ce ne put être qu'après l'ordonnance épiscopale rendue à cet effet que la congrégation fut constituée ; l'acte était du 16 février 1698; mais il ne pouvait encore avoir son effet, il fallait qu'il fût accepté par les sœurs, ce qui eut lieu le 6 janvier 1700. Un autre acte était nécessaire ; il concernait la désignation des Pères de l'Oratoire pour supérieurs et visiteurs de toutes les maisons de la Congrégation. Cet acte fut signé par les fondateurs et par les Pères composant la communauté de TOratoire de Nevers, le 11 mai

En 1701 y dom de Laveyne et l'abbé Bolacre firent entre eux un compromis , par lequel le premier se contenta du titre de supérieur de la Communauté de Saint Saulge, tandis qu'il reconnaissait l'abbé Bolacre comme supérieur de la Congrégation; de concert, ils promulguèrent par cet acte les statuts approuvés par l'évéque ; ils établirent une fusion complète entre les maisons de Nevers et de Saint-Saulge, et se chaînèrent de faire accepter définitivement toutes les dispositions ci-dessus indiquées par les sœurs qui se trouvaient sous leur dépendance respective.

Ces sœurs> au nombre de vingt-trois, représentaient leurs autres compagnes dispersées dans différents diocèses. Parmi elles on rencontre trois supérieures locales : deux de Nevers et une de Saint- Saulge. On comprend que s'il y eût eu une supérieure générale , on n'eût pas accepté sans elle des actes aussi importants; et que, dans le cas où elle eût déjà été en fonctions, elle n'eût pas négligé de joindre 8on titre à sa signature. Notre sentiment sur ce point important nous parait incontestable et se trouve confirmé par les documents laissés par sœur Marcelline Pauper.

En 1702 elle était supérieure de Bourg-Saint- Andéol, quand elle reçut la mission de se rendre à Saint-Etienne pour une nouvelle fondation. En parlant de cette mission elle dit : c J'ai eu à essuyer, de temps en temps, de petites épreuves dans les débuts de cet établissement , de la part de Monsieur mon supérieur et de ma sœur supérieure (1). » Elle supérieure ne devait dépendre que d'une supérieure générale. C'est la première fois qu'il en est question, ce qui nous donne Tépoque approximative de sa nomination; elle dut avoir été effectuée dans le cours de 1701 ou au com-

(1) Vie de Marcelline Pauper, chap. xiv.

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mencement de 1702 , au plus lard. Nous sommes portas à croire i qu'on aura voulu sans doute profiter, pour y procéder, de la réunion

de i70i, sous les auspices des deux fondateurs; mais on ignore le mode qui a été employé. Â-t-elle été soumise à Télection? A*t-elle été opérée directement par lesdits fondateurs? A-telle eu lieu par acclamation? Nous n'avons sur ce point aucun document; nous croyons que la première supérieure générale aura été nommée par acclamation. Quoi qu'il en soit il est incontestable qu'elle était en fonctions en 1702. Déjà dans le cours de cette notice nous avons dit quelques mots à ce sujet ; il nous a paru important, avant de nous occuper des supérieures générales et des faits principaux qoi ont eu lieu sous leur administration , d'entrer dans ces nouveaux détails.

Nous devons h l'auteur de la Chronique majiuscrite de Saint-Saulge, qui écrivait en 1715, des renseignements sur la famille Marchangy. Jean Marchangy, notaire à Saint-Saulge, avait épousé une demoiselle Ëdmée Bourdier, de Prémery ; de ce mariage étaient issus un fils: Louis-Etienne Marchangy, lieutenant de la chàtellenie et du prieuré, notaire royal, et fort renommé par sa science et par son habileté; deux filles, auxquelles on donna sur les fonts sacrés les prénoms de Catherine et de Marie. Catherine s'engagea dans les liens du mariage. <( Marie est la célèbre Mère Scholastique, première supérieure générale des sœurs de Charité, fille d*une rare prudence et d'une mer* veilleuse conduite, qui gouvernn admirablement cette congrégation, déjà répandue en plusieurs endroits du royaume. » Elle était née en 1663. Sa mère, d'une piété solide et adonnée au soulagement des . pauvres et des malades, avait de bonne heure formé ses filles à la pratique des œuvres de charité. Marie surtout était heureuse d'accompagner sa mère dans ses visites auprès des malheureux ; elle faisait, sans s'en douter, l'apprentissage des fonctions qu'elle devait remplir le reste de sa vie.

Elle avait onze ans quand elle fut admise à faire sa première communion, cette grande action à laquelle elle se disposa avec tout le soin possible et qu'elle accomplit avec une piété angélique. c Dès ce moment, elle se sentit portée à se consacrer entièrement à Dieu. Elle fit part de ce désir ù sa mère qui, loin de s'y opposer, s'appliqua à parer et à enrichir ce cœur déjà pourvu de tant de grâces. Une pénétration d'esprit prématurée, un jugement droit et solide, firent comprendre à la jeune Marie qu'elle ne devait rien négliger pour

connaître la volonté de Dieu et ses desseins sur elle ; à cette intention, elle profita du séjour de quelques missionnaires à Saint-Saulge pour les consulter sur ses dispositions. Le bon Père auquel elle s'adressa lui donna d'excellents avis, et, admirant dans sa jeune pénitente les grâces particulières dont elle était comblée, il lui prédit qu'elle serait mère d'une nombreuse famille. Cette parole causa une vive peine à la jeune Marie, qui courut raconter à sa bonne mère le sujet de son chagrin; celle-ci la consola en lui disant qu'elle aimait les pauvres, et qu'elle en serait un jour la mère, â ce trait de lumière, sa joie éclata, et cette double prédiction, qui s'accordait si bien avec 6es désirs, l'attacha sans réserve aux œuvres de charité, vers lesquelles eihe se portait déjà avec tant d'ardeur.

» Elle redoubla de soins auprès des malades, se fit un devoir d'instruire les petits enfants pauvres; en un mot, elle était. déjà sœur de charité par les œuvres et par le cœur. C'est ainsi que Dieu se plaisait à préparer sa servante, à seconder les pieuses inspirations que luimême avait mises dans le cœur de M. de Laveyne (1). »

Ce saint religieux n'avait donc plus qu'à dissiper certaines hésitations qui pouvaient s'élever dans l'esprit de Mlle Marchangy et de son amie, Mlle Anne Legeai, et à les former insensiblement aux œuvres que la Providence lui avait inspirées. Quand, en 1680, il commença à mettre son projet à exécution , Marie Marchangy n'avait encore que dix-sept ans. Nous ne reviendrons pas sur les premiers essais qu'elle fit de la vie religieuse sous la sage direction de dom de Laveyne; nous en avons parlé en exposant ce qui se rattache à la fondation de l'Institut des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne. Nous avons vu Mlle Marchangy en 1683 prendre le saint habit et ajouter à son prénom de Marie celui de Scholastique qui sans doute lui a été imposé ou inspiré par le pieux fondateur, membre de la famille de saint Benoît; nous l'avons vue ensuite prononcer ses vœux et devenir, bien jeune encore, elle n'avait que vingt deux ans, supérieure de la communauté de Saint Saulge, fonction qu'elle remplissait encore quand, en 1701, elle signa avec ses compagnes l'acte définitif qui constituait la Congrégation.

Appelée bientôt à la direction générale de l'Institut, elle se distingua par une activité tempérée par la prudence et par une grande

(1) Vie de sœur Marchand.

habileté dans le maniemect des affaires. Sous son administration les fondations se multiplièrent d'une manière incroyable , et tout en s*occupant des nouvelles maisons , elle visitait les anciennes , leur imprimant le mouvement qu'elle désirait leur voir suivre pour arriver à une régularité uniforme. Une des premières succursales établies sous son administration fut la miséricorde de Clermont* Ferrand , dont elle s'était déjà occupée en 1701 , avant sa nomination comme supérieure générale.

Clermont-Ferrand. — M. Tabbé Fréhel , curé de la paroisse de Notre-Dame du Port, qui avait appris tout le bien qu'opéraient tes sœurs de Nevers à Riom , à Ennezat et dans les autres localités- de l'Auvergne où elles avaient été appelées, conçut le projet de les avoir dans sa paroisse; à cet effet, il s'adressa à M. Faure, supérieur des prêtres de l'Oratoire de Riom, exerçant à ce titre les fonctions de supérieur local sur les sœurs de cette ville, et ayant reçu en outre de M. Tabbé Bolacre un mandat spécial pour traiter avec M. le Curé de Notre-Dame du Port. Il écrivait à M. Fréhel à la date du 21 février 1702 :

<c La grilce de Jésus-Christ soit avec vous pour jamais.

» Voilà, Monsieur, nos chères sœurs; c'est ce que nous avons de meilleur. Elles vous portent un esprit et un cœur dociles, animés d'un saint zèle que vous réglerez et mettrez en œuvre, selon les besoins de votre paroisse. J'espère, Monsieur, que vous serez content^ et que non-seulement vous les honorerez de votre protection, mais encore de vos bontés particulières. Je me suis fait des affaires à Ennezat et ici pour dégager la parole que je vous avais donnée. Souvenez- vous aussi, je vous prie, de la promesse que vous m'avez faite de nous prêter la chère sœur Scholastique quand il faudra faire l'établissement de Gerzat.

» Daignez agréer, etc. »

L'établissement de Gerzat eut lieu en effet Tannée suivante; il subsista jusqu'à la Révolution, ainsi que les maisons de Riom et d'Ennezat ; mais ces trois succursales de la congrégation n ont pas

été rétablies depuis cette époque.

On conserve dans les archives de la miséricorde de €lermont*

Ferrand un fragment de la réponse faite par M. de Saintemarie ,

lieutenant-général de Nevers, à M. Chabre, conseiller du roi et

lieutenant au bailliage deRiom, qui avait demandé des renseignements relativement aux sœurs, avant leur arrivée à Riom ; cette réponse de M. de Sainlemarîe doit trouver ici sa place :

c Ces sœurs s'appliquent , dans les lieux où elles sont en assez grand nombre^ à instruire les petites filles, particulièrement les pauvres , à les élever dans la piété chrétienne , et à leur apprendre à travailler. Elles ont ici pour supérieur et directeur le supérieur du séminaire de ce diocèce ; et , partout où elles sont établies , elles ont les supérieurs de ces séminaires (1] ou le curé de la paroisse où elles sont , sans se soustraire à la dépendance qu'elles doivent à leur supérieur principal , qui est à présent M. Bolacre. C'est un ecclésiastique d'une piété et d'une vertu consommées , qui ne sait ce que c'est que parti en matière de religion , et qui ne cherche uniquement que le bien et la gloire de Dieu.

» Voilà, Monsieur, à peu près, ce que vous avez désiré de moi. J'ajouterai seulement, qu'il y en a encore plus que je ne saurais vous en dire, et que Monsieur votre Curé n'a rien à craindre de la conduite de ces bonnes filles. Elles lui seront soumises, et il ne peut pas en avoir qui soient plus capables de le satisfaire.

1 Je suis avec, etc.

» De Saintemarie, lieutenant «général. »

En 1705 furent fondés les établissements de Brioude, au diocèse du Puy, et de Beaucaire, au diocèse de Nîmes. Une seconde maison fut établie dans cette dernière localité en 1802.

Au commencement de Tannée 1705, au mois de janvier, sœur Harcelline Pauper reçut mission pour se rendre à Tulle à l'effet de fonder un nouvel établissement; elle était accompagnée de sœur Marie-Âlexis Valeton ; il s'agissait de visiter les malades à domicile et de tenir une école gratuite de petites filles. Les sœurs de Ne vers avaient été appelées par M. Dubaï, curé de la paroisse de Saint-Pierre, avec l'assentiment de Mgr l'évoque de Tulle. Le contrat, passé devant les notaires royaux de Saint- Pierre-le-Moûtier, faisait mention de trois sœurs; il fut signé par la mère Scholastique

(i) Il aurait fallu ajouter: « Quand ces séminaires sont dirigés par les Pères de TOratoire. <»

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Marchangy, supérieure générale, et par sœur Marcelline Pauper, qui devait être chargée de la direction de la maison. Cependant quelques difûcultés s'élevèrent quand il fallut en venir à Texécution; les fondateurs pensaient que deux sœurs suffiraient pour le but qu'on se proposait ; mais les supérieurs généraux maintenaient les trois sœurs, comme le contrat le portait. On finit par résilier cet acte.

Mgr André-Daniel de Beaupoii de Saint-Âulaire, évoque de Tulle et seigneur vicomte de cette localité, avait à cœur de voir se réaliser cette fondation et d'en confier la direction aux sœurs de la Charité de Nevers ; il avait su les apprécier, et il savait qu'il trouverait en elles toutes les qualités désirables. Il voulut avant tout prendre l'avis du cardinal de Noailles, archevêque de Paris, qui l'encouragea i exécuter son projet d'une manière définitive. Il consulta aussi à cet effet Mgr Gilles de La Baume Le Blanc, ancien évéque de Nantes, le chapitre de sa cathédrale, MM. le Curés de la ville et autres da diocèse, sans oublier les principaux personnages de Tulle. Nonseulement ils approuvèrent la fondation projetée, mais, pour la plupart, ils s'empressèrent d'offrir leur concours au pieux prélat.

Le contrat de fondation fut passé le 9 avril 1706, au palais épiscopal , en présence des deux évéques que nous venons de nommer, qui le signèrent, ainsi que M. Louis de Brossard, vicaire général et doyen du chapitre, et les autres bienfaiteurs de l'œuvre. L'acte fut accepté par sœur Marcelline Pauper, agissant en vertu d'une procuration qui lui avait été adressée par la supérieure générale , sœur Schôlastique Marchangy. Toutefois, ce n'était qu'à regret que la mandataire avait admis qu'on se bornerait à deux sœurs seulement j ce qui s'écartait des règlements de l'Institut ; mais elle ne voulait pas renouveler les difficultés ; elle avait d'ailleurs la ferme espérance de gagner les fondateurs.- Son espoir ne fut pas trompé ; deux jours après , le 11 du même mois , un second traité , tout en confirmant le premier, établit qu'on acceptait une troisième sœur, deux étant considérées comme insuffisantes. Cet acte fut signé par Marcelline Pauper et par sa compagne Marie-Alexis Yaleton.

Parmi les fondateurs et bienfaiteurs on compte M. Jean Dubaï, dont nous avons parlé ; M. Jean Melon , curé de Saint-Julien ; M. Deprés , vicaire général de Perpignan , originaire de Tulle ; M. Martin de Fénis, commandeur de Saint-Jean de Jérusalem; M. Jean de Barrât, seigneur de Condamines ; M. Jean-Baptiste Trecb, trésorier de la cathédrale ; M. Léonard Darlue, etc.

Les sœurs furent installées avec une pompe extraordinaire ;A'était pour la ville comme un jour de fête. Au mois de novembre de la même année, après avoir fait Texpérience des services qu'elles rendaient à la population , les protecteurs de l'œuvre demandèrent la convocation d'une assemblée extraordinaire des notables à l'effet de faire ratiûer les contrats des 9 et 11 avril, et de solliciter de Sa Majesté des lettres-patentes en faveur de l'établissement.

Le dévouement des sœurs de la Chanté de Nevers leur avait gagné tous les cœurs; au mois de février 1707, on leur proposa de se charger du service de l'hôpital général de Tulle, qui jusqu'alors avait été confié à des dames ou demoiselles données ou rendues, comme on les nommait alors. Le 11 avril, les administrateurs de l'hôpital firent un traité avec lesdites sœurs pour régler les conditions qui déjà avaient été discutées; il fut convenu que sœur Marcelline Pauper, supérieure, aurait sœur Julie Bernard pour économe. Cependant on ne pouvait pas éloigner celles des anciennes données ou rendues qui avaient consenti à demeurer dans rétablissement ; elles y restèrent au nombre de trois; mais on leur imposa la condition de ne troubler en rien les religieuses et de leur obéir en tout. On comprend qu'il devait bien y avoir quelques tiraillements dans ce mode d'administration , mais la prudence des sœurs sut tout concilier.

La santé de Marcelline Pauper s'était gravement altérée à la suite de ses nombreux et pénibles travaux ; les administrateurs euxmêmes l'engagèrent à prendre du repos à la campagne , mais sans renoncer à son titre de supérieure, car ils avaient à cœur de la conserver.

De retour à Tulle, l'habile supérieure, au lieu de se fixer à l'hôpital, dont la direction était sans doute au-deçsus de ses forces , rentra à la miséricorde. Ce fut là qu'elle rendit son âme à Dieu, le 25 juin 1708, après avoir édifié la Congrégation tout entière et la ville de Tulle en particulier , par ses éminentes vertus. Mgr de Beaupoil de Saint-Aulaire , les administrateurs de l'hôpital , les représentants et les habitants de la cité déclarèrent hautement qu'elle était morte en odeur de sainteté, d'accord sur ce point avec le chroniqueur de Saint-Saulge. Le convoi de la sainte religieuse fut un véritable triomphe auquel toute la population s'empressa de prendre part. Du haut de la chaire , le pieux prélat voulut lui-même proclamer les vertus éminentes de Marcelline Pauper, et, de son côté, dom de Laveyne, devenu supérieur de la Congrégation, par la mort de l'abbé

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Bola(#e , aflressa à toutes les maisons de l'Institut une circulaire spéciale.

L'administration eut encore recours dans la circonstance à la mère Scholastîque Marchangy pour obtenir la nomination d'une autre supérieure. Â cette occasion un nouveau traité fut passé avec la congrégation; il modifiait en quelques points ceux de 1706.

Les sœurs occupèrent primitivement, près le monastère des rêvérends pères Bernardins, dit les Feuillants, une maison dont elles payèrent le loyer jusqu'en 1736. Â cette époque , sœur Françoise- Marcelline Langlée, supérieure, en fît l'acquisition moyennant 2,000 livres. En 1793, cette maison fut vendue comme bien national et rachetée par deux membres de la Congrégation. C'est ainsi qu elle a été conservée propriété de l'Institut. Les autres immeubles qui en dépendaient^ et qui étaient la seule ressource de la petite communauté, furent perdus. Les sœurs, qui donnaient précédemment l'instruc* tion gratuite aux jeunes filles de la ville, se virent dans la nécessité de réclamer des familles une modeste indemnité pour vivre, et plus fard elles organisèrent des classes payantes et reçurent des pensionnaires Outre les* classes gratuites et payantes, les sœurs, depuis la Révolution , demeurèrent chargées de la miséricorde et de la desserte de l'hospice.

Les fondations de Clermont-Ferrand et de Tulle, qui se rattachaient à la mission toute providentielle de Marcelline Pauper, nous ont mis dans la nécessité de ne pas suivre rigoureusement le plan chronologique que nous avions adopté; nous reprenons ce plan, qui nous parait le plus naturel. ,

Belleoarde et Damville. — En 1703, le marquis d'Antin, duc de Bellegarde, établissait les sœurs de Nevers dans la seigneurie de ce nom, au diocèse d'Orléans, et le comte de Toulouse, duc de Penthièvre y leur confiait l'hôpital de Damville , au diocèse d'Evreux.

Le Chàrmel et Courtenat. — En 1704, le comte Louis de Ligny, seigneur du Charmel, les appelait dans le bourg de ce nom, et vers la môme époque à Gourtenay, où se trouvait situé un de ses châteaux.

MoNTON. — En 1707, de pieuses filles s'étaient consacrées depuis plusieurs années aux œuvres de charité dans la paroisse de Ifontoo,

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aa diocèse de Glermont, en Auvei^ne ; on a conservé les noms des premières fondatrices de cet établissement : Mlles Catherine et Jeanne Durand et Mlle Cauchat. Elles s'étaient mises en rapport avec les sœurs de Nevers, déjà employées dans plusieurs localités des environs; ayant exprimé le désir d'être affiliées à cet Institut , elles obtinrent cette faveur, et firent une donation pour l'entretien de deux sœurs qui devaient continuer^ avec elles , les œuvres qu'elles avaient commencées. Telle fut l'origine de la maison de Monton.

Beaumont-sur-Oise. — Le bailli de cette ville et les administrateurs de l'hospice demandèrent des sœurs de Nevers pour desservir cet établissement, et dès Tannée 1706 les supérieurs généraux envoyèrent sœur Charlotte de Richement et sœur Rosalie Rousset pour s'assurer de la réussite de cette œuvre. Avec l'agrément du prince de Conti, qui l'avait prise sous sa protection , l'acte de fondation fut dressé le 13 juillet 1707.

La Mère Scholastique Marchangy s'était transportée à Beaumont, accompagnée de sœur Claire Perruche , supérieure de Thospice de Clermont-en-Beauvoisis , et de sœur Jeanne de la Groix-Sohier, supérieure de la maison de Saint-Maur; elles venaient installer sœur Charlotte de Richement^ supérieure du nouvel établissement , et sa compagne , sœur Rosalie Rousset.

Il y avait quarante ans et plus que la Mère Amable SoufiJron desservait l'hospice de Be^umont-sur-Oise quand la révolution éclata ; elle avait un tel ascendant sur la population et en était tellement aimée que les habitants firent la garde jour et nuit autour dé l'hospice pour s'opposer à son départ, dans le cas où les révolutionnaires viendraient à le décréter^ On alla plus loin : romme on avait entrepris de lui faire quitter son costume religieux , le peuple et les mariniers de l'Oise s'y opposèrent énergiquement.

Après sa mort, sœur Anastasie Rey continua son œuvre, mais elle fut obligée de déposer son costume ; elle prit celui des veuves de la campagne. Ayant été dénoncée au tribunal révolutionnaire, elle fut condamnée à périr sur Téchafaud; mais celui qui l'avait dénoncée se tua dans une chute; sa mort fut considérée comme une punition du ciel, et sœur Anastasie fut rendue à la liberté. Elle continua ses œuvres de charité et mourut en 1822, regrettée de la population tout entière.

Les sœurs avaient donc repris leurs fonctions à l'hospice, et grâce

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à leur dévouement cet établissement était des plus propères quand, en 1844, Mgr Dufétre, qui venait d'être nommé évéque de Nevers, visitant les sœurs de Beaumont et voyant Tafifection dont elles étaient entourées, conçut le projet d*établir dans la ville une seconde maison pour l'éducation des jeunes filles; il s'agissait de fonder on pensionnat, un externat, une classe gratuite et un asile. Ce nouvel établissement renferme actuellement plus de trois cents enfants. Le prélat avait acquis à cet effet divers immeubles, avançant les fonds que la congrégation devait lui rembourser plus tard et se chargeant de diriger les travaux. Cette maison est actuellement dans l'état le plus prospère.

Cependant la Providence lui avait ménagé de grandes épreuves. Nous avons déjà parlé du procès qu'un neveu de Mgr Dufétre avait suscité à son légataire universel et à la Congrégation relativement aux dispositions testamentaires du prélat. Il prétendait que c'était avec ses fonds personnels que l'éminent évêque avait fait exécuter tant de travaux , et avant même d'attaquer le tftre du légataire universel , il émettait la prétention d'hériter de tout ce que son oncle avait laissé. Parmi les immeubles par lui visés se trouvait le pensionnat de Beaumont-sur-Oise. Dieu ne permit pas que l'injustice fût couronnée de succès; la Congrégation fut maintenue dans sa Intime possession.

Saint-Pierre-le-Moutier. — Les fondations continuèrent à se multiplier; les chroniques de la Congrégation le constatent. Elles indiquent la fondation d'un établissement à Saint-Pierre-)e-Moûtier comme antérieure à l'année 1710; nous avons vu quelque part qu'elle remonte à 1706. Les sœurs y étaient au nombre de trois et elles s'y occupaient du soin des malades et de l'instruction des enfants, concurremment avec les Ursulines, qui y avaient été précédemment établies pour l'éducation des jeunes filles. Nous n'avons pu savoir où se trouvait alors la maison occupée par les sœurs de Nevers.

Au moment de la Révolution, les radicaux de l'époque, qui trouvaient par trop clérical le nom donné à leur cité de temps immémorial, le changèrent pour un nouveau plus en rapport avec les souvenirs républicains; Brutus-le- Magnanime prit la place de Saint-Pierre-h' Moûtier. Cependant les administrateurs de Brutos-le-Magnanime, tout en forçant les sœurs à déposer leur costume religieux, ne voulurent pas priver de leurs soins les malades et les pauvres; la supé-

rieurOy sœur Bonne Gashc, prit un costume noir et continua, aidée de quelques domestiques, à remplir sa mission de charité ; ils lui donnèrent le titre de directrice.

Lorsqu'on 1800 la Congrégation commença à se réorganiser, un d'eux fit lui-même le voyage de Nevers pour obtenir qu'une autre sœur vint partager les travaux de sœur Gashc ; ce qui fut accordé. L'ancien couvent des Ursulines fut converti en hospice; on put même y établir des classes qui ne laissent rien à désirer; c'est dans ce local que les sœurs ont été définitivement installées.

Saint-Affrique. — En 1710, les sœurs de Nevers furent appelées à desservir l'hospice de Saint-Affrique ; elles y fondèrent un pensionnat qui devint florissant, un externat et un orphelinat. Elles étaient au nombre de trois quand la Révolution éclata. L'hospice fut réduit à un tel point de dénûment que les pauvres furent obligés de l'abandonner, n'y trouvant plus de quoi vivre ; deux des sœurs se retirèrent; mais la troisième, sœur Marguerite Devic, ne voulut point abandonner son poste; elle trouva le moyen de venir en aide aux pauvres qui recouraient à elle. Telle fut sa conduite pendant les jours les plus orageux. Quand le calme eut succédé à la tempête, lès administrateurs s'empressèrent de charger de nouveau les bonnes sœurs de la direction de l'établissement, et sœur Marguerite eut la consolation de le voir bientôt aussi prospère que par le passé. Le Seigneur avait voulu récompenser ainsi sa constance et son dévouement.

Saint-Pourçain , AuBiÈRE. — £nl711, Thôtel-Dieu de Saint- Pourçain, au diocèse de Moulins (1), leur fut confié ; elles ne tardèrent pas à y joindre un pensionnat et un externat. La même année, elles eurent la direction de la miséricorde d'Aubière, au diocèse de Clermont.

AuRiLLAG , AiGUEPERSE. — - En 1713 , les sœurs de Nevers furent chargées de l'hospice d'Aurillac, au diocèse de Saint-Fiour, comme on le voit par un acte du 5 mars de ladite année. Elles y furent dans le principe au nombre de quatre, puis de six ; aujourd'hui on en compte quinze, par suite du développement de cet établissement.

(1) Autrefois de Clermont.

L'année suivante elles furent demandées par les administrateurs de l'hospice d'Aigueperse , au diocèse de Glermont ; Mgr l'évèque de Nevers régla lui-même les conditions du traité. Parmi les supérieures de cette maison on compte sœur Charlotte de Richement, sœur Thérèse Courtry, sœur Marguerite Brunel et Mère Victoire Albouys, qui devint supérieure générale de l'Institut. Au moment de la Révolution , cette vénérable Mère et ses sœurs durent se retirer, ayant refusé de prêter le serment schismatique qu'on exigeait d'elles; mais le souvenir de leur dévouement ne s'effaça pas, et, dès les premiers jours de calme, elles furent réintégrées dans leurs fonctions ; le 19 juin 1800, elles reprirent leur mission de charité.

La Mère Scholastique Marchangy, tout en s'occupant des maisons nouvelles, ne négligeait pas de visiter le$ anciennes pour maintenir ses filles dans l'esprit de leur vocation. C'est dans une de ces visites à l'établissement de Saint-Maur qu'elle eut occasion de voir Mgr André-Hercule de Fleury, évéque de Fréjus. L'éminent prélat était retenu par un mal de jambe qui préoccupait sérieusement les médecins les plus habiles, réunis pour prendre une décision déGnitive ; il ne s'agissait de rien moins que d'opérer l'amputation. Sur ces entrefaites arriva Mère Scholastique, à laquelle l'évèque de Fréjus demanda avec empressement si elle avait eu quelquefois à soigner des plaies. La charitable religieuse lui répondit avec simplicité qu'elle avait été assez heureuse pour réussir en traitant grand nombre de plaies. Alors le prélat lui montra la sienne. Après l'avoir examinée, la bonne Mère lui dit qu'elle ne la croyait pas incurable, mais que Sa Grandeur ayant à sa disposition la plus célèbre faculté, elle n'oserait pas entreprendre une semblable cure.

Une nouvelle réunion des médecins eut lieu , et ils déclarèrent , de la manière la plus positive, que l'amputation était indispensable; le malade s'y refusa énergiquement et congédia les médecins. Alors, faisant appeler les sœurs, il dit à la Mère Scholastique qu'après Dieu il mettait tout son espoir en elle et qu'il ne voulait plus que ses soins. L'humilité de la sainte religieuse fut effrayée de la responsabilité qui allait lui incomber ; mais, se coDÛant à la bonté de Dieu, elle se mit à genoux, implora son secours, baisa la plaie (pratique qu'elle observait ordinairement, disent les annales de la Congrégation), et, après l'avoir examinée, elle prépara les remèdes qu'elle crut les plus efGcaces, et en fît l'application. L'évèque de Fréjus la pria de rester chez lui avec sa compagne; elle y consentit

et passa la nuit en prières. Le lendemain elle leva l'appareil et on put constater un mieux évident : les chairs se trouvaient rafraîchies et la plaie était vermeille. La confiance du prélat augmenta, et Mère Scholastique, qui rapportait tout à Dieu, ne vit en cela que l'effet de la toute-puissance de celui qui est toujours riche en miséricorde.

La cour, à laquelle on envoyait chaque jour un bulletin de la santé de Tévèque de Fréjus, fut agréablement surprise en apprenant le mieux sensible qui s'était opéré et qui se soutint jusqu'à parfaite guérison. Cette cure valut à la Mère Scholastique toute la reconnaissance, l'estime et la protection du prélat. Ce fut sans doute à cette occasion qu'il voulut que les sœurs de Nevers fussent chargées de desservir l'hospice de Fréjus, où elles furent appelées en 1715. Cet hospice, qui avait été créé de temps immémorial pour le soulagement des malades de la ville et de la contrée et aussi des militaires de passage, fut augmenté à la même époque par le prélat , qui voulut qu'on y accueillit les pauvres voyageurs qu'on trouvait souvent morts dans les bois , malheur qui ne s'est pas renouvelé depuis cette bienfaisante institution. Mgr de Fleury (1) ne cessa de témoigner aux sœurs, jusqu'à sa mort, le plus bienveillant intérêt. Il les appela dans plusieurs localités placées sous sa juridiction ou son patronage. On présume que ce fut à l'époque dont nous parlons qu'il les établit à Saint-Tropez, non loin de Fréjus; mais on n'a pu trouver aucune indication précise de la date de cette fondation.

Devenu cardinal en 1726, Mgr de Fleury continua à porter aux sœurs de Nevers le même intérêt et à leur prodiguer les témoignages de son estime ; il voulut même que la maison où il était né, à Lodève, devint leur propriété ; ce fut sans doute par son testament qu'il leur en assura la jouissance, car elles n'en prirent possession que. trois ans après sa mort, c'est-à-dire en 1746. Cet établissement, qui s'est grandement développé, s'est maintenu jusqu'ici dans un état prospère.

 la même époque fut fondée la maison de Luzarches, près Pontoise, au diocèsedeVersailles;lessœurs y avaient acquis l'affection des

(1) On a pu remarquer que nous nous sommes bien gardé de donner à Mgr de Fleury le titre de cardinal que les chroniqueurs lui attribuaient déjà à cette époque. Il ne fut élevé au cardinalat qu'en 1726, Tannée qui suivit l'attaque à la suite de laquelle la Mère Marchangy dut abandonner ses fonctions de supérieure générale.

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habitants à un tel point que, pendant la Révolution, non-seulement elles purent y continuer leurs œuvres eu toute liberté, mais l'admi* nistration voulut, pendant ces moments de trouble, augmenter leur nombre en demandant aux citoyennes hospitalières de Nevers une nouvelle sœur pour lui conGer l'instruction des jeunes filles.

On porte à la même année 1715 la fondation de la miséricorde de Blandy, et en 1717 celle de Plessis-Placy, au diocèse de Meaux.

On croit qu'on peut placer à Tannée suivante les établissements de Mousson, de Celles, dé Maintenon, de Faremoutiers et de Bonnebûche.

La Providence, qui jusque-là avait accordé à la Mère Marchangy la faveur de voir sa chère Congrégation se développer d'une manière si prompte, devait la faire passer par une douloureuse épreuve en la privant du pieux religieux qui avait été son père et son guide. Dom de Laveyne, le fondateur de l'Institut des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne, fut atteint, à l'âge de près de soixante-six ans, d'une fièvre maligne qui l'enleva à l'affection de ses filles déjà nombreuses et à la vénération d'une population qui le considérait comme un saint.

Dès l'année 1705, la Congrégation avait accepté la direction de l'hospice de Brioude , mais l'acte de fondation ne fut dressé que le 20 août 1720; il porte une clause que nous avons déjà remarquée dans d'autres actes de ce genre (1); nous voulons parler de la stabilité des sœurs dans l'établissement. Cette clause était absolument contraire à l'esprit de la Congrégation et rendait pour les supérieurs le gouvernement impossible, puisqu'ils ne pouvaient, dans ce cas, choisir les sujets dont ils avaient besoin pour des postes plus importants.

Mgr Charles Fontaine des Montées, évéque de Nevers, comprit la nécessité de fixer d'une manière définitive un point si important dans les constitutions ; à cet effet , il réunit , le 11 janvier 1721 , les sœurs en chapitre au palais épiscopal, et, après avoir pris leur avis, il décida qu'à l'avenir une semblable clause ne serait plus admise, et que les supérieurs généraux demeureraient toujours libres de dépla-

(1) Nous pouvons citer entre autres le compromis passé en 1691 entre les administrateurs de l*h6pital général de Nevers et les supérieurs des sœurs; il y est dit que les sœurs y demeureront à perpétuité.

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cer les sœurs quand le bien de la Congrégation l'exigerait. L'ordonnance épiscopale est conservée aux archives de la maison-mère , revêtue de la signature de la Mère Marchangy et de plusieurs autres sœurs. L'établissement de Brioude rentra plus tard dans les conditions ordinaires de l'Institut. •

Lurcy-Léyy, Mirepoix. — La môme année 1721, Charles- Pierre- Gaston-François de Lévy, marquis, puis duc de Mirepoix, maréchal de France et ambassadeur à la cour d'Autriche, fonda la miséricorde de Lurcy-Lévy et en confia la direction aux sœurs de la Charité de Nevers, qui devaient s'y consacrer à la visite des malades et à l'instruction des jeunes filles. La famille du fondateur de cet établissement les appela plus tard à Mirepoix.

Chelles. — La princesse Louise-Adelaîde d'Orléans, fille de Philippe d'Orléans, régent de France, avait été élevée au monastère de Chelles, où elle se consacra à Dieu et devint plus tard abbesse. Elle fonda dans cette localité une miséricorde et y appela les sœurs de Nevers pour le soin des malades à domicile et Tinstruction des enfants. Elles y arrivèrent à la iit\ de décembre 1722. La princesse avait eu soin de fournir la maison de tout ce qui était nécessaire aux sœurs, sans oublier les malades qu'elles devaient soulager, et leur assura une pension de 800 fr. La supérieure de cet établissement était sœur Scholastique Paillard, nièce de la Mère Marchangy ; elle ne le dirigea que quatre ans ; elle mourut le 14 septembre 1726, victime de son dévouement , en soignant les malades dans une épidémie qui s'était déclarée à Chelles.

La noble abbesse avait une telle vénération pour sœur Scholastique Paillard qu'elle voulut conserver sa dépouille mortelle dans l'église de son monastère , où elle fut inhumée avec solennité , en présence de Marie Paillard, sa sœur, des supérieures de Paris et de Saint- Maur, et d'autres membres de la Congrégation.

Ecouis. — C'est la seule maison dont les archives de l'Institut aient consigné la fondation pendant les années 1723, 1724 et 1725. Ecouis appartient au diocèse d'Evreux ; led sœurs furent appelées dans cette localité par les échevins et les administrateurs de l'hôpital.

La Providence ménageait une nouvelle et bien cruelle épreuve à la Congrégation. II y avait quarante ans que la Mère Scholastique

Marchangy remplissait les fonctions de supérieure , soit à Saint- Saulge comme supérieure locale , soit à Nevers comme supérieure générale , depuis la constitution déOnitive de l'Institut , quand une attaque d'apoplexie vint, en 1725, la frapper soudainement. Elle comprit bien qu'elle 'devait céder la place à une autre ; mais, ayant conservé toute la lucidité de son intelligence, elle put encore, par ses conseils et son expérience, venir en aide à celle qui lui succédait, en devenant son assistante.

Dans la période qui s'écoula à partir de la fondation de l'Institut jusqu'à la fin de l'administration de la Mère Scholastique Marchangy, € on ne trouve que quarante et quelques maisons régulièrement établies ; mais on sait, par des notes certaines, providentiellement échappées aux flammes, qu'en l'année 1725 la Congrégation comptait soixante-dix établissements en activité sur tous les points de la France, mais plus particulièrement dans les provinces du nord, et qu'elle en possédait soixante-quinze à l'époque de la mort de la vénérable Mère Marchangy (1). »

Dieu l'appela à lui le 30 septembre 1729, à l'âge de soixante-six ans. La vénération qu'elle avait su inspirer par sa sainteté à toutes les classes de la société était si grande qu'il fallut mettre des gardes aux portes de l'église de Saint-Père de Nevers (2) pour éviter les accidents, tant le concours du peuple était prodigieux.

(1) Calendrier religieux à Vusage des sœurs de la ChariUy année 1873.

(2) On sait que cette église occupait la place Guy-Goquilie.

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