‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 57 sur 83 · SOEUR ANNE- MARIE DE LA MARTINIÈRE, 3- SUPÉRIEURE · texte numérisé non relu

SOEUR ANNE- MARIE DE LA MARTINIÈRE, 3- SUPÉRIEURE

GÉNÉRALE

Sœur Ânne-Marie de La Martiniëre, qui avait rempli les fonctions d'assistante sous Tadministration de la première supérieure générale, fut appelée vers la fin de 1729 à remplacer la Mère Charlotte Moreau dans ce poste important. Le 7 janvier 1730 elle adressait à toutes les maisons de la Congrégation une circulaire à l'occasion de la mort de la vénérable Mère Scholastique Marchangy ; plus que toute autre, ayant vécu dans son intimité , elle pouvait rappeler la haute intelligence que Dieu lui avait départie, et les riches et abondantes qualités dont il s'était plu à orner son cœur, comme aussi sa correspondance aux effusions de la grâce. Celte circulaire est un modèle de style épistolaire dans ce genre et donne une haute idée des talents de la nouvelle supérieure.

La Mère de La Martinière avait choisi pour son assistante sœur Marianne Roy, et plus tard sœur Catherine Arnault, qui avait été précédemment maîtresse des novices. Elle gouverna la Congrégation jusqu'en 1736; on ignore si cette année fut celle de sa mort.

Les établissements de Moulins-Engilbert , Figeac, Chevilly et Nogent-sur-Seine sont les seuls ((ont on connaisse la date de fondation sous le gouvernement de la Mère de La Martinière.

Moulins-Engilbert. — Ce fut en 1732 que les sœurs de la Charité de Nevers furent appelées à diriger rétablissement fondé dans cette localité par M. Sane et Mme Marie Coquille, son épouse. Ils abandonnèrent un immeuble dont le produit devait servir à entretenir les sœurs chargées de Thospice. Elles ne devaient rendre compte qu'à leurs supérieurs du revenu de l'immeuble qui leur avait été concédé. Après la Révolution , les sœurs reprirent à Moulins- Engilbert leurs fonctions, mais dans un nouveau local. On leur abandonna l'ancien monastère des Ursulines, dans lequel on a trouvé le moyen d'établir l'hospice, des classes gratuites et payantes, un asile et un petit pensionnat.

FiGEÂG. — Les sœurs de Nevers furent appelées à desservir l'hospice de cette localité par Mgr de La Luzerne, évéque de Gabors.

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La première supérieure de cette maison fut sœur Pétronille Vavoque, religieuse d'une rare capacité qui devint plus tard supérieure gêné-. raie. Au moment de la Révolution, les sœurs furent un sujet d'admiration pour les révolutionnaires eux-mômesy par leur conduite aussi énergique que dévouée.

Il y avait quarante ans et plus que sœur du Tréjet avait débuté dans cet hospice comme inférieure , et en 1779 elle avait été chargée de la direction de cet établissement. Obligée comme ses compagnes de déposer le costume religieux , elle continua avec elles à remplir ses fonctions de charité sans être par trop inquiétée. Parmi elles se trouvait la vertueuse sœur Julie Yayre y qui dirigea depuis l'hôpital général de Nevers avec une habileté si remarquable , et l'énergique sœur Thérèse Pelras , qui , dans différentes occasions difGciles , fit preuve d'un courage surhumain. Un trait suffira pour donner une idée de son dévouement et en même temps de sa force physique.

c Un soir, un prêtre qu'elle connaissait très-bien arrive à l'hospice sous un déguisement et lui dit à voix basse : Sœur Thérèse, sauvezmoi^ je suis découvert. — Venez , dit-elle ; et marchant devant lui , elle le conduit dans une salle où un homme venait de mourir, le fait mettre dans le lit voisin de celui du défunt qu'elle allait ensevelir ; puis , avec une adresse et une présence d'esprit qui n'appartenaient qu*à elle, elle fait passer ce dernier sous la paillasse , et enveloppant le prêtre d'un linceul , elle le met sur ses épaules et descend de la salle comme pour porter le soi-disant mort à la chambre destinée à recevoir les défunts de l'hospice en attendant l'heure de la sépulture. On était habitué à lui voir remplir cet office quand il mourait quelqu'un dans les salles , depuis qu'il n'y avait plus d'infirmier. Au bas de l'escalier elle rencontre une troupe de forcenés qui lui crient en vociférant : Citoyenne , nous savons qu'il y a un prêtre ici , et , coûte que caûte^ nous l'aurons. — S'il vous faut celui-là, dit sœur Thérèse sans se déconcerter et en montrant son fardeau , vous pouvez le prendre; pour d'autre , je n'en connais pas ; cherchez tant qu'il vous plaira, — La mort a toujours quelque chose d'imposant ; les bandits se rangèrent pour donner passage à sœur Thérèse , et s'élancèrent ensuite dans l'escalier à la recherche de celui qui venait de leur échapper d'une manière si providentielle.

» Sœur Thérèse, en bénissant le Seigneur, dans l'intime de son ftme, se hâte de déposer le prétendu mort dans la chambre susdite

et s'empresse de remonter dans les salles, où commençaient les perquisitions. Elle tremblait qu'on ne découvrît le mort qu'elle avait caché sous la paillasse; mais, par une protection encore providentielle, les bandits, voyant sœur Thérèse si pleine d*assurance, en augurèrent qu'il n'y avait personne de caché dans Thospice et se retirèrent, Sœur Thérèse profite avec empressement du calme qui suit leur départ pour faire évader le bon prêtre, qui échappe ainsi à une mort presque certaine

» Les jours étant devenus plus mauvais, sœur Thérèse fut dénoncée comme coupable d'avoir secouru des prêtres traîtres à la 7iation, et ses compagnes furent accusées de l'avoir secondée. Les municipaux se rendirent à l'hospice et la force armée reçut l'ordre de copduire toutes les sœurs à la maison de réclusion, où se trouvaient déjà plusieurs prêtres et les personnes les plus recommandables de la ville.....

:» Le jour de l'arrestation des sœurs, comme on se disposait à les emmener, sœur Ladet dit à ses compagnes : Qui sait si Con ne profanera pas la boîte comacrèe ? Je vais la prendre pour V emporter avec nous. Elle courut la chercher en toute hâte, car il n'y avait pas de temps à perdre pour n'être pas surprise: on n avait accordé que quelques instants aux sœurs pour prendre ce qui leur était indispensable; sœur Ladet enveloppa bien vite la précieuse botte dans un linge blanc qu'elle trouva sous sa main, la mit dans sa poche et vint, tout heureuse, rejoindre ses compagnes.

» Toutes ayant offert à Dieu le sacriGce de leur vie , sortirent de l'hospice animées d*un généreux courage , et se dirigèrent escortées de la force armée, qui n'eut jamais moins besoin de son prestige, vers la maison de réclusion. La bonne Mère Gertrude seule fut épargnée ; soit qu'on eût égard à son âge avancé, soit que l'on conservât un reste de vénération pour les services qu'elle avait rendus , on \ feignit de l'oublier, et jamais elle ne quitta l'hospice. Les femmes

qu'elle y soignait se disputaient le bonheur de lui rendre les services qu'elles en recevaient. Celte digne Mère avait alors près de soixantedix ans.

]» Les nouvelles prisonnières, au nombre desquelles se trouvaient sœur Thérèse Pelras, sœur Joséphine Ladet et sœur Victoire Vialat (on ne mentionne pas les autres), furent mises ensemble dans une chambre contiguê à celle où se trouvaient les prêtres et les notables de la ville. D'abord, elle ne furent point trop resserrées, puisqu'elles

pouvaient sortir pour prendre Tair dans un corridor qui longeait les deux appartements, ce qui était aussi permis aux autres prisonniers. La surveillance était peu active dans l'intérieur ; on veillait seulement à ce que personne ne pût s'évader.

» Dès que les sœurs se virent seules , leur premier soin fut de se jeter à genoux pour implorer la force d'en haut. Leur prière était si confiante et leur courage si grand , qu'elles en étaient émerveillées. Dans leur transport, elles répandaient leurs âmes en vives actions de grâces devant le Seigneur. Tout-à-coup, la bonne sœur Joséphine sort de sa poche la boite qu'elle avait emportée , voulant se procurer et procurer à ses sœurs la consolation de la vénérer. Quel n'est pas son saisissement quand elle s'aperçoit, en la découvrant, qu'elle renferme la sainte Hostie I... Pénétrées d'émotion, de joie , de reconnaissance et d'amour, toutes les sœurs tombent à genoux et s'abîment dans le sentiment d'une adoration profonde , pouvant à peine croire à leur bonheur!...

> Après avoir longtemps prié, elles se demandèrent où elles pourraient placer leur précieux trésor. La Providence permit qu'un trou pratiqué dans le mur, et qu'il leur était facile de dissimuler, pût leur servir de tabernacle. Elles le disposèrent de leur mieux, en le recouvrant d'un linge blanc et bien propre , et y déposèrent la précieuse boite , devant laquelle une d'entre elles se tenait en oraison pendant les moments où elles n'étaient point vues.

1 Peu de temps après, craignant d'être surprises et redoutant une profanation , elles conûèrent leur secret à un saint prêtre, détenu comme elles, et il fut convenu qu'au premier signe de quelque changement dans l'ordre du jour^ il consommerait les saintes espèces; ce qui eut lieu, en effet, quelques jours après, au grand regret et, tout à la fois, à la grande consolation de la pieuse communauté. Les pieuses sœurs sont demeurées intimement convaincues qu'elles furent redevables à la présence sensible de Notre-Seigneur de la force extraordinaire dont elles se sentirent animées pendant tout le temps de leur incarcération.

> La présence d'esprit et Ténergie de sœur Thérèse furent encore très-utiles aux sœurs pendant leur réclusion ; rien ne troublait, rien n'effrayait cette âme intrépide. Elle trouvait le moyen d'imposer un certain respect aux persécuteurs eux-mêmes, et de les faire revenir sur leurs projets quand ils inventaient quelque nouveau genre de tracasserie.

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» Après un certain temps de détention à Figeac, sœur Thérèse et sœur Victoire furent envoyées à Cahors, où devait s'instruire leur procès. On ne parle plus des autres sœurs, ce qui fait supposer que, jugées moins œupabUSj elles furent élargies, puisqu'on retrouve plus tard sœur Ladet auprès de la Mère Gertrude. Quant à sœur Thérèse et à sœur Victoire , elles furent condamnées à mort par le tribunal révolutionnaire de Cahors, et il fut convenu qu'on les conduirait à Paris pour subir leurs sentences. Sœur Victoire fut envoyée la première avec d'autres détenus. Gomme la charrette qui les transportait entrait dans Paris, un des frères de sœur Victoire, qui se trouvait dans cette ville, la rencontra et reconnut sa sœur. Il court à elle aussitôt en s'écriant : Descends^ descends viu^ tu es sauvée, le tyran n^ est plus! On venait, en effet, d'annoncer la chute de Robespierre, ce qui valut la conservation de la vie à sœur Victoire et aux antres condamnés (1). >

Bientôt les anciennes sœurs de Figeac, rendues à la liberté, vinrent rejoindre leur cher hospice, qui avait été dilapidé, et se mirent à quêter dans la ville et aux environs pour procurer à leurs pauvres le strict nécessaire.

c La vénérable Mère Gertrude s'était dépouillée de tout pendant l'absence de ses compagnes pour soulager les misères qu'elle avait journellement sous les yeux. Tout ce qu'elle pouvait obtenir de sa noble et pieuse famille qui, elle aussi, eut bien à soufirir du malheur des temps, elle l'employait à secourir ses pauvres. Une fois, n'ayant plus rien à leur) donner, elle prit une écuelle en argent qui lui venait de son père et à laquelle elle tenait autant qu'une religieuse peut tenir à quelque chose, et elle se rendit à la mairie : Citoyens, dit-elle aux municipaux, les larmes aux yeux , mes pauvres nW plus de pain; voici tout ce qui me reste; c'est une écuelle qui me vimt de mon père^ voulez-vous m'en donner la valeu/rl Les municipaux, touchés d'un tel acte, lui répondirent: Citoyenne^ dépose cet objet sur le bureau^ il sera ta caution; et prends cette somme, quand elle sera épuisée tu reviendras chercher d'autres secours. La bonne Mère se retira tout heureuse : Dieu avait béni son sacrifice au-delà de ses

(1) Archives de la Congrégation.

espérances!... Quand le calme fut rétabli, une députation des principaux magistrats de la ville vint rapporter à la digne Mère l'écuelle qui avait été.ûdèlement gardée en dépôt ; mille bénédictions furent données à son généreux dévouement.

> Cette excellente Mère conserva la direction de Thospice jusqu'à sa mort. Elle venait d'accomplir sa quatre-vingt-douzième année quand elle rendit sa belle âme à Dieu» le 25 décembre 1816. Le plus magnifique éloge qu'on puisse faire de sa vie se trouve renfermé dans l'inscription, aussi simple que touchante, qui fut gravée sur sa tombe par l'ordre des administrateurs de l'hospice :

c l'administration reconnaissante

» A LA SŒUR GERTRUDE DELORD DU TRÉJET , 1 SERVANTE DES PAUVRES , » PENDANT SOIXANTE-SEIZE ANS! > (1)

Les autres sœurs dont nous avons parlé continuèrent à Figeac leur vie de dévouement et y moururent environnées de l'estime et de la vénération de tous.

Outre le service de l'hospice , les sœurs de Nevers étaient encore chargées dans cette ville d'un autre établissement , fondé en 1775 , comprenant une miséricorde , un orphelinat , des classes et un asile. En 1804, elles y établirent un pensionnat et un externat (2).

Chevilly, Nogent-sur-Seine. — Les établissements de Chevilly, au diocèse d'Orléans, et de Nogent-sur-Seine, au diocèse de Troyes, ont cessé depuis la Révolution d'être desservis par les sœurs de Nevers. L'hôpital de Nogent avait été fondé par Adrien- Maurice de Noailles, qui se distingua dans la guerre de la succession d'Autriche et au siège de Philipsbourg , où il reçut le bâton de maréchal. Il avait obtenu trois sœurs pour le service de son hôpital.

(1) Archives de la Congrégation.

(2) Nous n'avons pas la pensée de consigner tous les actes de courage et de dévouement dont les. soeurs ont fait preuve, pendant ces temps de triste mémoire, dans les différentes localités qu'elles occupaient; nous dépasserions le but que nous nous sommes proposé; mais nous avons cru qu*on nous saurait gré d'avoir rappelé ici les incidents si émouvants de Figeac.

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