‹ Les congregations religieuses dans le diocese de Nevers: Congregations de femmesChapitre 66 sur 83 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

SUITE DES SUPÉRIEURES GÉNÉRALES

DR t852 A 1863.

8CEUR PHILIPPINE JDIN-LAMIRAUDIE, 15« SUPÉRIEURE

GÉNÉRALE

Pendant sa dernière maladie, la vénérable Mère Eléonore parlait souvent de la sœur Philippine Juin dont elle avait pu à plusieurs reprises, soit à Seignelay, soit à Tulle, apprécier la prudence et la fermeté, jointes à des talents remarquables sous le rapport de l'administration. Trois jours avant sa mort, sans se laisser effrayer par la responsabilité qu'elle allait assumer, elle la désigna à Mgr Dufétre comme la plus capable de la remplacer. Le prélat fut étonné de l'ouverture qui lui était faite, car sœur Philippine était peu connue dans la Congrégation; elle avait su se tenir toujours à Técart. Cependant il avait une telle conGance dans la Mère Eléonore, qu'il ne balança pas à favoriser ce choix et à mettre la supérieure de Tulle au premier rang parmi les sœurs qu'il aurait à proposer aux suffrages de la Congrégation. Cette nomination ne rencontra aucune difficulté.

La nouvelle supérieure était née le 2 août 180i, dans le petit village de Vialard, dépendant de la paroisse d'Albignac, au diocèse de Tulle. Le lendemain elle fut baptisée par son oncle paternel , curé de cette paroisse, et elle reçut sur les fonts sacrés les prénoms de Marie- Anne-Ângèle. Ce dernier nom lui fut imposé par sa digne mère, parce que l'Eglise célébrait ce jour-là la fête de Notre-Dame

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des Anges. C*élait une pieuse habitude dans cette famille, comme dans beaucoup d'autres familles chrétiennes, de faire porter à chaque enfant nouveau-né le nom du saint honoré au jour où il venait au monde et de lui procurer ainsi un modèle et un protecteur spécial.

ÂTigèle était la troisième des huit enfants de M. Juin-Lamiraudie, homme aussi remarquable par ses talents que par la considération dont il jouissait. Son épouse, femme d'une haute piété, voulut nourrir elle-même ses nombreux enfants. On assure que dans celte maison jamais Taumône ne fut refusée au pauvre qui se présentait. L'amour de Dieu et des pauvres, c'est-à-dire la piété et la charité, furent les premières vertus que ces excellents parents avaient su inspirera leurs enfants. Â Tâge de six ans la jeune Angèle fut confiée aux soins de son oncle le curé d'Albignac. Â douze ans elle rentra dans la maison paternelle, où Dieu lui ménagea sa première épreuve par la mort de sa bpnne mère. Le soin.de la jeune famille fut alors confié à Mme Montet, leur aïeule maternelle, qui continua Téducation de ces chers enfants.

Peu de temps après, Angèle fut placée au pensionnat de Tulle, poitr se préparer à sa première communion ; elle sut gagner, par son excellent caractère, Testime et raiïection de ses maîtresses et de ses compagnes, qui reconnaissaient la supérionité de ses talents. Dieu lui fit de bonne heure entendre sa voix ; elle avait alors seize ans; elle fit pari à ses maîtresses et à ses parents de son intention. Son respectable père ne voulut pas s*oppo$er aux désirs de sa chère fille, mais il exigea qu'elle demeurât encore deux ans pour éprouver sa vocation. C'est en effet ce qui eut lieu. Quand ces deux années de postulat furent écoulées, elle partit pour Nevers , accompagnée de son frère aîné.

La lecture de la vie de saint Philippe de Néri avait fait sur la jeune postulante une telle impression , qu'elle forma la résolution de le prendre pour patron et de l'imiter dans son amour pour Dieu et pour le prochain; à cet effet, elle demanda et obtint à sa prise d'habit le nom de Philippine. Dès-lors, la nouvelle novice donna l'espoir de devenir un sujet hors ligne en tout genre. Elle avait à un haut degré toutes les qualités de l'esprit et 4}i cœtir, jointes aux dons précieux de la grâce; aussi elle était considérée comme le modèle du noviciat.

Admise à la profession en 1823, elle reçut son obédience pour !a maison de Seignelay ; elle était âgé de dix-neuf ans. Déjà nous avons eu occasion de parler de cet établissement , qui laissait à désirer

sous le rapport de la direction , surtout pour la classe des pensionnaires ; les supérieures comptaient sur sœur Phili(Spine pour remonter cette classe; mais elle devait rencontrer bien des épreuves dans les fonctions qui lui étaient confiées; pendant trois ans elle dut déposer ses peines dans le sein de Dieu et y chercher les consolations dont elle avait besoin.

Elle s*était dévouée corps et âme à Tavancement spirituel et intellectuel de ses chères élèves ; mais sa santé ne pouvait résister plus longtemps à un travail aussi opiniâtre ; elle s*altéra sensiblement- Une maladie du larynx lut fil presque totalement perdre la voix; elle s'en ressentit jusqu'à la fin de ses jours. Sa supérieure, elTrayée du progrès du mal, consulta plusieurs médecins, qui prescrivirent un traitement peut-être trop énergique. Cependant la bonne sœur continuait à remplir ses fonctions avec le même dévouement que par le passé.

En 1828, une nouvelle supérieure fut nommée à Seignelay, et huit ans plus tard elle y fut remplacée pur sœur Philippine, qui fit de respectueuses mais inutiles observations pour être déchargée d'un emploi que son humilité lui faisait envisager comme étant au-dessus de ses forces. Pendant son administration, on vit rétablissement changer de face et reprendre une vie nouvelle.

Pendant le choléra, qui sévissait à Sens avec intensité, les sœurs, se voyant dans la nécessité de congédier leurs élèves, se dévouèrent avec leur digne supérieure au soin des malades, et furent assez heureuses pour échapper à la cruelle épidémie.

En 1843, rétablissement de Tulle, par suite de la mort de la supérieure, sœur Basile Tixier, et de la maladie de plusieurs sœurs, se trouvait fortement ébranlé ; les supérieurs généraux , qui avaient pu apprécier l'habileté de la supérieure de Seignelay et qui voyaient cette maison sur un si bon pied, conçurent le projet d'envoyer à Tulle, un des plus anciens établissements de la Congrégation , la Mère Philippine Juin. Malgré la peine qu'elle éprouvait en s'éloignant de sa chère maison de Seignelay, la bonne supérieure accepta avec résignation ce nouveau saciifice.

Quand elle arriva à Tulle, le pensionnat n'était composé que d'une cinquantaine d'élèves internes ou surveillées, et d'une classe d'externes qui comptait vingt-six enfants. La miséricorde avait cessé ; le premier soin de la bonne supérieure fut de la rétablir à l'aide des économies des sœurs et avec les secours que la charité mettait à sa disposition. Elle ouvrit aussi un ouvroir, comme elle avait fait à

Seignelay, pour former les jeunes filles à la couture, assurer leur avenir et les garantir de bien des dangers : c'était en 1844 ; la même année, le 8 décembre, Mgr Berthaud bénissait , sous le vocable de rimmaculée Conception, la chapelle élevée par la Mère Philippine. Les années suivantes virent doubler le nombre des élèves au point qu*il fallut penser à agrandir rétablissement; en dehors de Touvroir, Texternat comptait cinquante-huit élèves et le pensionnat cent dix , nombre qui s*éleva jusqu'à cent quarante et plus en 1851.

Le mardi 16 mars 1852, la Congrégation était dans le deuil par suite de la mort de la vénérable Mère Eléonore ; bientôt les sulTrages des sœurs votantes désignèrent celle qui devait lui succéder : c'était la supérieure de Tulle. £n vain elle fît valoir auprès de Mgr Dufètre « toute son impuissance physique et morale : Je ne puis^ disaitelle, ni parler ni écrire. Mais bientôt sa foi vive lui fit entrevoir le secours du ciel. En effet, peu après sa santé s'améliora, le tremblement nerveux s'affaiblit, et lui laissa la facilitjé de tenir en main sa correspondance confidentielle (1). ]»

La Mère Philippine, malgré ses répugnances, dut se soumettre à la volonté de Dieu et abandonner cette chère maison de Tulle qu'elle avait élevée à un état si prospère. Sa maladie de larynx, sa voix voilée occasionnaient parfois dans le commandement quelque chose de saccadé et de sec qui aurait pu diminuer l'affection de ses sœurs, mais on ne tardait pas à reconnaître toiit ce que renfermait d'affectueux et de maternel cette âme d'élite.

ft A son arrivée à la Maison-Mère, le 3 avril 1852, tous les cœurs lui furent ouverts ; les justes regrets que l'on donnait à la Mère Eléonore furent adoucis par la sympathie de la nouvelle Mère qui venait les partager. Sa vénération profonde pour son incomparable devancière lui gagna l'affection de toutes les sœurs de la communauté qui l'avaient déjà accueillie avec une soumission pleine de foi (2). »

La Mère Philippine Juin était à peine installée dans ses importantes fonctions , quand Mgr Dufétre-lui fit part de la nécessité où on était de construire une communauté; car la maison de Sainte- Marie était devenue insuffisante, vu le nombre toujours croissant

(1 ) Archives de la Congrégation.

(2) Idem,

des postulantes. Sa Grandeur lui désigna divers terrains sur lesquels on devait iixer nn choix ; le plateau de Saint-Gildard fut préféré : la beauté du site , la proximité de la ville et plus encore le bon air, tout faisait entrevoir que cet emplacement était parfait pour une maison de noviciat. La Mère Philippine eut à vaincre bien des préventions : l'avis de la communauté était presque unanimement contraire au sien ; les sœurs anciennes furent attristées de cette décision, mais elle les rassura, et bientôt toutes furent heureuses d*avoir incliné leur volonté.

Cette vénérée Mère, que le Seigneur avait destinée pour lui édiQer une demeure, reçut, comme Salomon, Tesprit de sagesse pour tout coordonner. Elle étudia avec soin le plan dressé par Tarchitecte du département, et le résultat de ses observations fut si précis, démontré avec tant d'à propos et de justesse, qu'elle obtint de notables changements dont on n'eut qu'à se féliciter.

Le 3 avril 1853, on se mit à l'œuvre ; la Mère Philippine surveilla l'exécution du plan avec autant d'intelligence que de goût. Elle mon* tait chaque jour à Saint-Gildard, et n'en descendait jamais sans avoir paré à quelque fausse manœuvre. Les constructions durèrent quatre ans;, la dernière année on compléta les distributions intérieures qu'elle traça elle-même en rapport avec les besoins des différents offices, et cela avec tant de sagacité, qu'on n'a jamais senti depuis la nécessité d'aucun changement pour cause de plus grande commodité, ce qui atteste qu'aucune partie de la gestion domestique ne lui était étrangère. Cette magnifique communauté sera un monument durable de la sagesse d'une Mère grande par «es œuvres, plus grande encore par sa modestie et son incomparable dévouement.

Mgr Dufètre, de son côté, était journellement au milieu des chantiers, encourageant, excitant, pressant les ouvriers. Il avait abandonné à la supérieure générale toutes les distributions intérieures, se réservant l'église dont il s'occupa particulièrement et avec le plus grand soin, en 1855 et 1856.

Durant ces deux années, cette courageuse Mère monta deux fois par jour à Saint-Gildard ; elle parcourait les salles , suivait les divers travaux , restait debout pendant deux et trois heures, surveillant tout avec une activité incroyable.

Au mois de juillet 1856, les chères sœurs supérieures des divers établissements, invitées par les supérieurs généraux, se rendirent à Nevers pour la bénédiction des bâtiments, la consécration de l'église

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et la translation de la communauté à Saint-Gildard, ce qui eut lieu les 15 et 16 juillet.

À la suite de tant de travaux et de tant de sollicitudes , la santé de la Mère Philippine fut sensiblement allérée : une bronchite aiguë se déclara; elle se sentit alors si souffrante qu'elle crut sa mission finie.

Cependant, ellese remit plus promptement qu'on n'eût osé l'espérer pour porter une croix à laquelle on était loin de s'attendre.

A peine installées dans la nouvelle Maison-Mère, l'on s'aperçut que toutes les poutres en sapin du Nord qui avaient été posées commençaient à se pourrir. Cette découverte fâcheuse causa à la bonne supérieure une peine bien vive ; elle la porta près de deux ans sans avoir le courage d'en parler à la communauté. En celte occasion , on eut surtout à admirer sa patience et sa douceur. Elle eût pu si légitimement se plaindre, mais elle ne (it aucun reproche et se contenta d'offrir à Dieu cette nouvelle affliction. Elle avait coutume de dire qu'une peine n'est rien quand elle n'est pas accompagnée de remords.

Il serait difQcile d'exprimer toutes les contrariétés et les sollicitudes qu'elle éprouva pendant ces difQciles travaux qiii, cependant, s'achevèrent sans accident.

Ce fut encore sur ces entrefaites qu'elle eut la douleur de perdre en même temps la digne chère sœur assistante Julie Fouilloux , et l'une des secrétaires, sœur Euphrasie Capval, pour lesquelles elle avait autant d'affection que d'estime. C'est à la suite de cette double perte, qu'elle sentit si vivement, qu'elle tomba elle-même forl malade jusqu'à donner de sérieuses inquiétudes. Dieu voulut bien encore cette fois se montrer favorable aux ardentes supplications qui lui furent adressées ; la Mère Philippine se rétablit, mais le mal avait jeté de profondes racines qui ne devaient plus se détruire.

Pendant son généralat, elle fit, à différentes reprises, de longs et pénibles voyages pour prendre connaissance des établissements, et porter à celles qui les dirigeaient ses conseils et ses consolations. Elle a visité ainsi presque toutes les maisons desservies par la Congrégation, et plusieurs fois même, les plus considérables. Partout elle se montrait digne sans fierté, indulgente sans faiblesse, intelligente et capable au point d'étonner les administrateurs par sa présence d'esprit et la sagesse de ses réponses. Elle raisonnait sur tout avec tant de justesse qu'on disait : Cette Mère est universelle.

Elle connaissait toutes ses filles, les aimait avec tendresse ; parfois son abord était froid et sérieux, on s'éloignait alors instinctivement ;

mais si , faisant la part de ses préoccupations , on revenait frapper à son cœur, on le retrouvait toujours et plus compatissant et plus affectueux. On admirait sa pénétration d'esprit, qui ne lui permettait jamais de s'arrêter aux apparences , quelque spécieuses qu'elles pussent être ; elle trouvait avec calme et spontanéité une raison si convaincante qu'elle faisait incliner les volontés les plus raides et les oppositions les mieux concertées.

Une des qualités qui frappait le plus chez elle était son exactitude à tous les exercices de piété. Elle y assistait avec un calme , un recueillement qui montrait que tout son cœur était à la prière, et que le Seigneur était tout à la fois l'objet unique de son amour, de sa conûance, et le conducteur du troupeau dont elle avait la garde. Son attitude à l'église était celle d'une personne qui écoute Dieu , qui l'entend, et qui lui répond : Vous êtes mon appui, je ne crains rien sous votre protection. Toute sa conduite pleine d'abandon à la Providence était l'expression du Prophète, quand il disait : c Le Seigneur me conduit, je ne manquerai de rien. » p Elle s'appliquait à connaître et à accomplir la volonté de Dieu; elle la voyait dans une circonstance fortuite, dans un événement imprévu qui venait contrarier ses plans, c Le bon Dieu s'explique, disait-elle alors ; il ne nous permet pas de faire autrement, • et elle conservait la paix intérieure. Elle ne craignait qu'une chose : c'était de mettre son propre esprit dans la conduite des affaires ; et elle a avoué peu de temps avant sa mort que son soin le plus constant avait été de s'effacer pour ne pas entraver les desseins de Dieu.

Une des maximes dont elle ne s'écartait jamais, était celle du Sage : Faites ce que vous faites. Elle n'envisageait toutes cho:ies qu'une à une, aûn de les mieux juger et de les traiter avec plus de mesure.

Elle apporta dans sa charge l'esprit d'ordre et d'économie qui avait rendu les maisons de Tulle et de Seignelay si prospères; elle avait le sentiment du bien et du convenable, et savait donner du lustre à tout ce qu'elle faisait. Son amour pour la sainte pauvreté la détachait de tout ; elle savait être grande dans les occasions , et la Providence lui a fourni abondamment les moyens de satisfaire son cœur généreux.

Son amour pour les statuts de la Congrégation lui mettait sans cesse entre les mains ce livre vénérable ; elle en avait un exemplaire à son bureau et un autre à l'église. C'était là qu'elle s'éclairait et nourrissait, en même temps, sa piété si sincère et si profonde. Elle

aurait désiré que chacune des sœurs de la Congrégation en fit un miroir de sa vie. Elle écoulait avec un respect mêlé de reconnaissance et de joie les explications de la Rè^le , que donnait si souvent Mgr Dufétre. Elle estimait aussi singulièrement les écrits de dom de Laveyne, et les relisait toujours avec la même admiration.

La divine Providence, qui mène toujours les saints dans la voie du calvaire, préparait à cette bonne Mère la croix la plus douloureuse qu'elle eût encore portée : son attachement filial , sa profonde vénération pour Mgr Dufétre, allaient élre mis à une rude épreuve ; elle voyait, avec effroi, la santé de ce digne prélat, jusque-là si brillante, s'altérer peu à peu : elle pressentait avec une douleur inexprimable rissue des crises violentes qui, après deux ans, enlevèrent ce père vénéré. Elle comprenait , et pour elle, et pour la Congrégation, rimmensité de cette perte ; elle en fut atterrée, et sa santé, déjà affaiblie, ne se releva plus.

Le mois de décembre approchait, il fallait procéder à une nouvelle élection. Cette affaire importante avait vivement préoccupé Monseigneur pendant les derniers mois de sa maladie ; il s'en était ouvert à son premier vicaire général, qu'il honorait de son affection, et lui avait parlé de l'urgence de réélire une quatrième fois sœur Philippine, vu les circonstances si exceptionnelles. En même temps, des lettres des sœurs supérieures arrivaient de tous côtés, exprimant le même vœu, et suppliant la Mère Philippine de vouloir bien se sacrifier encore. En effet, malgré son état d'épuisement, elle fut reélue le 12 janvier 1861, et se dévoua de nouveau, avec un courage qui sembla raviver ses forces. Son cœur s'ouvrit de plus en plus à la confiance lorsqu'elle apprit la nomination de Mgr Forcade. Toute malade qu'elle était, elle s*empressa de lui écrire à la Guadeloupe, et Sa Grandeur l'honora d'une réponse qui porta la consolation dans son cœur.

Quoiqu'elle se sentit bien affaiblie, elle n'en continua pas moins tout l'hiver à suivre les exercices de la communauté avec sa ponctualité ordinaire. Elle s'efforçait de dissimuler ses souffrances pour ne pas inquiéter ses sœurs.

Elle fut forcée de s'aliter au commencement de la semaine sainte; elle put néanmoins, le jeudi saint, asslter à TofQce et communier. Le saint jour de Pâques, réunissant toutes les forces qui lui restaient, elle descendit à la chapelle pour la dernière fois, et y fit la sainte communion.

Le 8 mai, on lui annonça que son état de faiblesse inspirait des craintes sérieuses pour sa vie. Elle reçut cette nouvelle avec émotion, mais avec la foi vive qui la caractérisait. Elle n'eut besoin que de quelques instants pour terminer ses dernières dispositions, puis elle se confessa , et chargea la sœur assistante de demander pardon à la communauté des fautes qu'elle avait pu commettre, soit à l'égard des sœurs , soit dans son administration ; puis elle resta dans un calme parfait, et attendit la visite du bon Maître qui lui était promise pour le lendemain , fête de l'Ascension.

Ce jour-là, elle reçut le saint-viatique avec une piété et des consolations indicibles, elle entra dans une soumission plus entière, un abandon plus filial à la volonté du bon Dieu.

.Elle fut profondément émue en recevant le 16 mai, jour même de son installation, la visite de Mgr Forcade. Elle lui offrit la congrégation, le pria d'en être le protecteur et le père, l'assurant qu'il trouverait en chacune des sœurs une respectueuse et filiale soumission- Monseigneur, attendri , l'assura de son dévouement d'une manière toute paternelle ; et pendant les jours suivants. Sa Grandeur daigna venir plusieurs fois voir cette Mère mourante, et la fortiQer par des paroles pleines de foi et de piété.

Le 27 mai, elle reçut le saint* viatique pour la dernière fois. La nuit fut très mauvaise; le 28, à quatre heures du matin, on lui fit les prières de la recommandation de l'âme.

Pendant que son confesseur lui renouvelait l'absolution et lui suggérait (les actes d'amour, elle rendit sa belle âme à Dieu vers les huit heures du matin.

L'entreprise de la construction du nouveau monastère des sœurs de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers eût suffi pour illustrer l'administration de la Mère Philippine Juin et lui mériter la reconnaissance de la Congrégation. En effet, tous ceux qui visitent cet établissement sont émerveillés de l'ensemble et de la disposition de ces vastes constructions, dont une partie est consacrée au noviciat, indépendant du reste de la communauté; l'autre partie est principalement réservée à l'administration générale. Jusque-là la Maison-Mère était obligée de refuser bon nombre d'établissements qui lui étaient offerts sur différents points de la France; mais douée tout-à-coup d'une fécondité merveilleuse, il lui fut permis de répondre aux demandes multipliées qu'on lui adressait de toutes parts. Heureux de ce mouvement qu'il avait préparé, Mgr Dufétre ne balança pas à recon-

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naître Taction de la Providence, et, dans les visites annuelles qu*il faisait dans les maisons de la Congrégation, il préparait les nouvelles fondations, tout en travaillant à l'amélioration et au développement des anciennes.

c La Mère Philippine fonda plus de soixante établissements. A sa mort, la Congrégation en comptait plus de deux cent cinquante, dont cent quatre-vingts avaient pris naissance depuis la réorganisation de l'Institut (1). »

Nous devons indiquer ici les principales maisons dont nous venons de parler.

1852, Bordeaux, orphelinat de la Mission.

— Ândré-deCuzac (Gironde), pensionnat.

— Troyes, orphelinat.

1853, Bourdeilles (Dordogne) , miséricorde et classes.

— Azille (Aude) , pensionnat et classes.

— Blaye (Gironde) , pensionnat et classes.

— Paris , asile Sainte-Anne, pour la vieillesse.

— La Croîx-en-Brie (Seine-et-Marne), miséricorde, classes.

1854, Chartrettes (Seine-et-Marne), miséricorde, asile.

— Ersé (Ariége) , hôpital, classes.

— Gai 1 lac (Tarn), miséricorde, ouvroir.

— Troyes , hôtel -Dieu.

— Troyes, hôpital.

— Mornac (Charente-Inférieure), miséricorde, classes, asile.

— Neuvic-d'Ussel (Corrèze), miséricorde, classes.

1855, Jouy-le-Châtel (Seine et-Marne).

— Vayrac (Lot), miséricorde, ^classes.

— Villa-Savary (Aude), miséricorde, classes.

— Castillon (Gironde), hospice, clas.<!^es, asile.

— Nogent- les- Vierges (Oise), miséricorde, classes.

1856, Gabarret (Landes), miséricorde , classes.

— Gaillac-Toulza (Haute-Garonne), miséricorde, classes

1857, Mirepoix (Ariége), pensionnat, classes.

(1) Archives de Congrégation.

DANS LE DIOCÈSE DE NETETtS. 411

1857, Sauveferre (Gironde), miséricorde , classes , asile.

— Valbenoîfe (Loire), asile, pensionnat, exlernat.

— Rive-de-Gier (Loire), orphelinat.

1858, Paris , hospice des Quinze- Vingts , retiré aux sœurs ^en 1879.

— Corrèze (Corrèze), miséricorde, classes.

— Pau (Basses-Pyrénées) , asile.

— Pomerols (Hérault), classes.

— Jarnnc (Charente), classes.

— Salles-la-Source (Aveyron), hôtel-Dieu, classes.

— Bourbon>rArchàmbault (Allier), classes, supprimées en 1866.

1859, Limoges, pensionnat.

— Bouchy-le-Repos (Marne), miséricorde, classes.

1860, Puéchabon (Hérault), miséricorde, classes.

— Agen (Lot-et-Garonne), asile , pensionnat. )

Le nombre des maisons confiées à la Congrégation des sœurs de Nevers augmentait en même temps dans le diocèse.

1853, Prémery, miséricorde, classes, pensionnat.

1854, Planchez, miséricorde, classes, asile.

1855, Irophy, miséricorde, classes, asile.

— Oulon, miséricorde, classes.

1856, Saint- Amand, miséricorde, classes, asile.

— Tornant, miséricorde, classes, asile.

1858, Pazy, miséricorde, classes.

— Rony, miséricorde, classes.

— Trois- Vévres, miséricorde, classes.

1860; Guérigny, miséricorde, classes.

Malgré la vénération profonde qu'elle éprouvait pour Mgr Dufétre et la soumission dont elle lui avait souvent donné la preuve, la Mère Phih'ppine savait au besoin invoquer son titre de supérieure générale et défendre avec énergie les intérêts de sa Congrégation, quand elle les croyait compromis. Outre les nouvelles fondations entreprises par elle, elle ne pouvait oublier que Tlnstitut était redevable au prélat de certaines sommes importantes qu*il lui avait avancées pour l'agrandissement et le développement de plusieurs établissements, tels que Beaumont-sur-Oise,Varennes-les-Nevers, etc., et qL*d la Maison-Mère était encore grevée par suite de sa construc-

lion. Ces considérations la déterminaient à se restreindre dans les nouvelles dépenses, d'autant plus qu'elle connaissait la propension du prélat à se rendre trop facilement aux sollicitations que lui adressaient les supérieures locales, les administrations et même les prélats des diocèses étrangers, sans se préoccuper des voies et moyens pour faire face aux dépenses, remettant à plus tard la régularisation des acquisitions.

Cependant la santé de Mgr Dufétre était gravement compromise et venait justifier les préoccupations et les déterminations de la Mère Philippine.

Ce fut dans ces circonstances que Mgr de Vesins , évèque d*Agen, conçut le projet d'établir à Marmande (Lot-et-Garonne) un pensionnat qu'il désirait confier aux sœurs de Nevers. Un ancien couvent de Carmes était en vente ; dans un de ses voyages dans le Midi , Mgr Dufétre avait été frappé de Tétat de conservation de la chapelle et de rétendue de l'enclos ; il fit part à la Congrégation du désir de Tévèque d'Âgen et des avantages qu'offrirait l'établissement projeté; le conseil de l'Institut repoussa la proposition , par les raisons exposées plus haut; mais Mgr de Vesins, sans vouloir s'imposer des sacrifices personnels , ne renonçait pas à son projet ; comptant sur l'initiative de l'évèque de Nevers et sur les ressources de son esprit entreprenant , il insista de nouveau. Placé entre les sollicitations de son vieil ami et le refus énergique de la Congrégation, lilgr Dufétre se décida à faire les démarches nécessaires , espérant qu'une fois l'acquisition faite, les sœurs accepteraient le fait accompli. Le 10 octobre 1859 , le prélat délivra à son vicaire général une procuration à l'effet d'acquérir en son nom la propriété des Carmes, dans ladite ville de Marmande ; l'acquisition eut lieu , mais les sœurs persistèrent dans leur résolution, et après la mort de Mgr Dufétre, le grand vicaire , devenu son légataire universel , se vit forcé de revendre avec perte ledit immeuble.

Nous avons pensé que ces détails étaient nécessaires pour compléter la notice consacrée à la Mère Philippine Juin-Lamiraudie , et faire connaître en même temps la position Onancière de la Congrégation au moment de la mort de Mgr Dufétre.

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