II. — SŒURS DE l'espérance
La congrégation des sœurs de l'Espérance ou gardes-malades est une des sept branches de Tarbre de la Sainte-Famille, association fondée en 1820 par M. l'abbé Noailles, missionnaire apostolique, chanoine de Bordeaux et de Montpellier.
Heureuses de se dévouer, selon les circonstances, au soulagement des pauvres, comme elles le font dans beaucoup de localités, soit par elles-mêmes, soit par des personnes associées à leur œuvre, les sœurs de l'Espérance, il faut bien le remarquer, ont cependant été instituées tout spécialement en vue des familles riches (1). Que de malades dans les classes aisées, encore plus peut-être que dans les classes pauvres , meurent misérablement , parce qu'ils sont abandonnés aux soins de mercenaires inintelligents ou sans conscience 1 Combien qui, pour comble de maux, descendent dans la tombe sans consolations, parce qu'ils n'ont personne autour d'eux qui les rappelle à Dieu et à eux-mêmes et qui ait soin de leur procurer les secours de la religion ! Il n'est donc pas étonnant que les sœurs de l'Espérance se soient promptement répandues, nonseulement en France, où elles ont plus de soixante établissements, mais en Espagne, en Belgique, en Italie et en Allemagne.
Mgr Dufêtre, qui , dans ses pérégrinations apostoliques, avait pu apprécier les grands services rendus par les sœurs de l'Espérance, s'empressa, dès qu'il put en trouver le moyen, de travailler à doter sa ville épiscopale de ce nouveau bienfait.
M. le comte de Maumigny voulut bien céder la mafson qu'il avait offerte précédemment aux clercs de Saint- Viateur, derrière l'évèché.
(Ij Notice sur l*associalion de la Sainle-FamiUe. — Bordeaux, 1876.
Puis, à Taide de souscriptions et de dons particuliers, les soeurs purent faire construire une gracieuse petite chapelle ogivale, dont la bénédiction solennelle se fit quelques semaines après la mort de Mgr Dufétre, dans le mois de décembre 1860. Les personnes pieuses de la ville aiment à s'y réunir, le premier samedi de chaque mois, pour les exercices de l'archiconfrérie de Notrc-Dame-des-Malades.
Les sœurs de l'Espérance , au nombre de douze , outre les soins donnés aux malades à domicile, ont aussi dans leur maison quelques dames pensionnaires.
m. — SŒURS DE MARIE-JOSEPH.
Appelée par la Providence à une vie d'humilité, de dévouement et de sacrifice, la congrégation de Marie- Joseph prit naissance de l'obscurité. Une prison fut son berceau, à Lyon, en 4805. Mlle Elisabeth Duplex avait coutume de faire des visites régulières et de porter des secours aux pauvres détenus, alors si abandonnés dans des prisons sales et humides. Quelques pieuses compagnes s'étant jointes à elle, peu à peu il se forma une petite société qui prit le nom de sœurs des Prisons ^ et s'affilia, en 1819, à la congrégation des sœurs de Saint- Joseph déjà établie à Lyon. Cependant, comme le but des sœurs de Saint-Joseph était de préparer exclusivement des sujets pour l'éducation , deux noviciats distincts durent être créés; puis, en 1841, Mgr le cardinal de Bonald rendit une ordonnance autorisant les sœurs de la section des prisons à fonder une nouvelle congrégation sous le nom de sœurs de Marie-Joseph^ et leur maison-mère fut installée au Dorât (Haute- Vienne), petite ville du diocèse de Limoges (1).
Les sœurs de Marie- Joseph étaient venues à Nevers, en 1860, dans la nouvelle prison construite près de l'ancienne église des Minimes, aujourd'hui dépendance des casernes; elles en sont reparties il y a quelques mois. C'est donc pour mémoire seulement que nous avons rappelé leur origine, et que nous voulons, en ter-
(1) Dictionnaire des ordres religieux, t. IV. Encyclopédie de Tabbô Migne.
minant , reproduire ces lignes touchantes insérées dans la Semaine religieuse du diocèse, à la date du 6 août 1881 :
c Nous avons la douleur d'annoncer le départ de Nevers des sœurs de Marie-Joseph, chargées spécialement du quartier correctionnel des jeunes détenues (1) et du quartier des femmes de la prison de notre ville.
9 Déjà, depuis quelques mois, le quartier correctionnel avait été supprimé el transféré ailleurs, mais nous gardions l'espoir de conserver, pour le quartier des femmes, les sœurs de Marie-Joseph en nombre réduit.
» Aujourd'hui nous n'avons qu'à exprimer nos regrets bien profonds : les sœurs sont parties. Dieu seul connaît tout le bien qu'elles ont accompli dans cette œuvre si obscure, si cruelle pour la nature» hérissée de difficultés si persévérantes et si délicates. Nous n'avons pas vu de spectacle plus édifiant que relui de ces religieuses toujours affables, toujours calmes, portant sur leur front Texpression de la joie qui remplissait leur âme : joie de s'oublier et de se donner pour Dieu. Tous ceux, prêtres et laïques, que leurs fonctions avaient mis en rapport avec les sœurs de Marie-Joseph ont admiré les effets de leur autorité ferme et maternelle. Elles possédaient à merveille l'art de retrouver le chemin du cœur dans ces pauvres créatures qui leur étaient confiées: la vénération, l'estime, l'affection qu'elles leur inspiraient étaient, mille fois plus que la crainte, la base et le nerf de la discipline. C'est un foyer de puissants mérites qui s'éteint parmi nous. A l'heure où il nous faut tant de grâces du ciel , nous ne pouvons que souffrir de la mesure qui prive notre ville de tels exemples et d'une telle protection. »
(1) On peut lire dans la Semaine religieuse de Nevers, t. VI, p. 170, un article relatif à la bénédiction de la chapelle du quartier correctionnel des jeunes détenues, par Mgr Forcade, le 15 juin 1869.