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con. Le choix seul était significatif. Eu effet, sous l'influence d'un militant particulièrement actif, Dormoy, les groupes de Montluçon s'étaient depuis longtemps agrégés au Parti ouvrier. C'est sous la présidence de Dormoy que le Congrès s'ouvrit, le 23 octobre. Il siégea jusqu'au 28 de ce même mois. Les délégués n'étaient pas nombreux, environ une cinquantaine. Beaucoup d'entre eux appartenaient également au Parti ouvrier.
Le Congrès de Montluçon remania le règlement de la Fédération et supprima les conseils régionaux, rouage compliqué et inutile. Le Conseil national devait être désigné désormais par les syndicats de la ville où aurait siégé le Congrès. Ce système était emprunté au règlement du Parti ouvrier. Il pouvait conduire aisément à la fusion des deux organisations désormais alliées, ou tout au moins leur assurer une direction commune.
3 e CONGRÈS DE L'UNION FEDERATIVE DU CENTRE "
(Fédération des travailleurs socialistes), pajus, 1888. — L'année 1888 marque la crise aiguë du mouvement boulangiste, qui ne fut pas sans apporter quelque trouble dans les groupements ouvriers. Mais, dans son ensemble, la Fédération des travailleurs socialistes s'était résolument mêlée à la lutte de la République contre la Dictature. Joiïrin, membre du Comité national, aida à constituer la société des Droits de l'Homme (dite de la rue Cadet) qui tenta de concentrer, contre l'entreprise com-
mime des réactions, toules les forces démocratiques.
L'année 1888 ne vit pourtant qu'un congrès politique, et ce fut un congrès de région. Cette ibis encore, malgré la gravité des circonstances, le Comité possibiliste devait manquer à la règle annuelle des congrès nationaux j . Cette fois encore, l'Union fédérative du Centre affirmait son activité distincte, continue, respectueuse de la constitution du Parti.
Le récent Congrès national de Charleville n'avait réuni que 76 groupes ; le 9 e Congrès régional comprit 143 groupements, dont 95 corporations ouvrières. Il se tint à Paris du 17 au 26 juin 1888. Il discuta trois questions (que Ton retrouve à l'ordre du jour de presque tous les congrès possibilistes) : les services publics, la réglementation du travail et renseignement professionnel. Sur ces trois questions, particulièrement sur la dernière, les groupes présentèrent 90 rapports, presque tous brefs, sensés, pratiques. « L'ère des discussions théoriques est passée, dit le préambule. Aujourd'hui on sait ce qu'on veut, et vouloir c'est presque avoir. »
1. A la vérité, la Fédération des travailleurs socialistes avait, conformément à une décision du Congrès de Charleville, convoqué à Troyes son Congrès national. Mais, la plupart des groupements de Troyes appartenant au Parti Duvrier ou à la Fédération des syndicats, et le Comité national possibiliste n'ayant, à ce qu'il semble, apporté que peu d'activité à l'organisation de oe Congrès, il se trouva être, en réalité, un Congrès guesdiste. Il siégea du 23 au 30 décembre 1888, et ne prit place dans aucune série.
Le Congrès s'était ouvert par une allocution, chaleureusement applaudie, du citoyen Jean Allemane. Àllemane définit la tactique politique de l'Union fédéralive. Il insista sur la nécessité, pour les socialistes, d'agir en parti de classe, distinct de tous les autres partis politiques, afin d'obliger, « par leurs mises en demeure, la bourgeoisie à s'avouer vaincue, et à abandonner ses privilèges de caste pour marcher avec lui à l'affranchissement intégral des peuples ». — « La bourgeoisie, disait-il, en est arrivée à sa dernière nuance, à sa dernière espérance. Elle n'a plus qu'une chose à faire : où reconnaître qu'elle est impuissante et se laisser convaincre qu'elle est réfractaire à tout progrès, ou marcher avec le peuple. »
Le Congrès vota, à l'issue de ses débats, un grand nombre de résolutions précises et motivées, portant sur les sujets les plus divers (impôts, halles et marchés, assistance publique, services publics gratuits et onéreux, etc.) Il adopta, à l'unanimité moins six voix, un amendement tendant à la suppression totale de l'héritage, aussi bien en ligne directe qu'en ligne j collatérale ; sur la question de tactique, aucune j résolution explicite n'intervint.
3 e CONGRÈS DE LA FEDERATION NATIONALE DES ' SYNDICATS, BORDEALX-LE BOUSCAT, 1888. Quel- j
ques mois plus tard, le 28 octobre, s'ouvrait à Bordeaux le troisième congrès de la Fédération des syndicats. 272 syndicats y étaient repré- | sentes. La plupart des délégués et les princi-
paux orateurs du Congrès furent encore des guesdistes. L'action continue du Parti ouvrier français acquérait sur l'organisation nouvelle une prise de plus en plus forte. Un rapport de la commission entretint longuement les délégués d'une subvention promise, puis refusée par le ministère, et du rôle déplaisant qu'avait tenu dans cette affaire le député Edouard Lockroy. Puis l'Assemblée ouvrit ses débats. Le citoyen Boulé, président, proposa d'arborer préalablement le drapeau rouge. A l'unanimité, l'assemblée adopta cette motion, et aussitôt le drapeau révolutionnaire vint flotter sur la tribune. Intervint alors la police, qui, malgré les protestations du bureau et après une courte échauffourée, déclara la réunion dissoute.
Le maire du Bouscat (petite ville près de Bordeaux) offrit alors au Congrès l'hospitalité de sa mairie. Le Congrès y vint tenir sa session.
Il prit deux décisions importantes : il vota la grève générale; il décida de convoquer à Paris, pour' l'année suivante, un Congrès international.
Les débats sur la grève générale furent rapides, et sans ampleur. Cette idée si grave, et qui devait diviser plus tard si profondément les organisations corporatives et politiques, saisit d'une sorte d'enthousiasme les délégués du Jouscat. Ils décidèrent que c'était par la grève 'énérale, non parla conquête des pouvoirs pulics, que devait se réaliser la Révolution. Assuément cette idée n'était point conforme à la
doctrine marxiste, moins encore à la doctrine guesdiste, et Ton pouvait prévoir déjà qu'une telle notion, jetée dans le mouvement révolutionnaire, ne pouvait quV provoquer des dissensions et de nouveaux schismes. Dès ce jour, l'alliance entre le Parti ouvrier et les svndicats fédérés devait apparaître comme précaire. Mais, au Bouscat, en l'absence des chefs politiques du Parti ouvrier, nul ne posa la question, qu'on put croire ensuite oubliée.
La résolution du Congrès était ainsi conçue:
« Considérant :
» Que la monopolisation des instruments de travail et des capitaux entre les mains patronales donne aux patrons une puissance qui diminue d'autant celle que la grève partielle mettait entre les mains des ouvriers;
» Que le capital n'est rien s'il n'est mis en mouvement par le travail;
» Qu'alors, en refusant le travail, les ouvriers anéantiraient d'un seul coup la puissance de leurs maîtres;
» Considérant :
» Que la grève partielle ne peut être qu'un moyen d'agitation et d'organisation;
~» Le Congrès déclare :
» Que, seule, la grève générale, c'est-à-diFe la cessation complète de tout travail, ou la Révolution, peut entraîner les travailleurs vers leur émancipation. »
Nous avons vu que le Congrès de Bordeaux
avait donné mandat au Comité fédéral d'organiser à Paris, pendant l'Exposition universelle, un congrès international ouvrier. La Fédération des syndicats, pour la préparation de ce Congrès, agit de concert avec le Parti ouvrier français, — auquel se joignit également le Parti Manquiste (Comité révolutionnaire central). Le dernier Congrès international, tenu à Londres en 1888, avait en effet décidé que sa session suivante siégerait à Paris, en 1889. Mais il avail donné mandat d'organiser ce congrès à la Fédération des travailleurs socialistes. Une question grave se posa pour les socialistes français, et même pour tous les socialistes d'Europe. Y aurait-il à Paris un congrès unique, deux congrès distincts ?
Lrebkneeht provoqua une conférence de conciliation qui se tint à La Haye, en février 1889. Fort de son droit, le Comité national possibiliste refusa de s'y faire représenter. La conférence de La Haye maintint pourtant à la Fédération des travailleurs socialistes le mandat qu'elle avait reçu du Congrès de Londres, mais en lui demandant d'organiser le Congrès « d'accord avec les organisations ouvrières et socialistes de France ». Le Comité national s'y refusa. Deux Congrès s'ouvrirent donc simultanément au mois de juillet 1889, l'un rue de Lancry, organisé par la Fédération des travailleurs socialistes ; l'autre salle Pétrelle, organisé par le Parti ouvrier, le Comité révolutionnaire central, et la Fédération des syndicats.
A chacune de ces réunions, des motions de
conciliation, des propositions de fusion f ^ent présentées. Elles échouèrent devant l'attr"- j , du Congrès de la rue de Lancry, qui e que les mandats des délégués français .
salle Pétrelle fussent validés à nouveau »"**• . * Congrès unifié.
En même temps apparaissait un dés tactique, que la rapidité des événements vrit bientôt, mais qui, par lui-mèmi t »^
grave. Tandis que la Fédération des t. ^
leurs socialistes acceptait, pour les élçv.
générales de 1889, l'alliance provisoire : ,".
républicains contre la formidable attaqir ^
langiste, les représentants du Parti o: . . ^
du Comité révolutionnaire central et de .- •* !
dération des syndicats lançaient, au" <-J
d'août 1889, un manifeste d'une inspiration i
différente. Tout en déclarant que « la Réj:« que est la forme politique nécessaire de : a
franchissement prolétarien; qu'à tout prix c;ile doit élre conservée», ils conseillaient aux socialistes de « laisser les divers partis bourgeois aux prises, sans se mêler autrement de c . "f lutte que pour les frapper l'un et l'autre >> î^*
« Rappelons-nous, disait le manifeste, que si opportunistes, radicaux, cléricaux et boulangistes se disputent aujourd'hui à qui nous régira et nous pillera, ils ne faisaient qu'un en 1871 pour mitrailler, comme ils ne seront qu'un pour nous mitrailler nous-mêmes dès que nous tenterons de briser le joug des capitalistes. »
[ission entre la Fédération des travail-
>cialistes et le Parti ouvrier devenait
jec le temps, plus profonde. Cependant
ion possibiliste elle-même enlrait dans
I JS8. dangereuse à laquelle ne devait pas
\ i-jô son unité. Dès longtemps des signes
f pension intérieure s'étaient manifestés
> v £ parti. Il était visible que, depuis plu-
■ jinnées, l'ensemble de la Fédération
^>art, la majorité de l'Union fédérative de
/ n'étaient plus animés du même esprit.
r Jiaclion politique vigoureuse qui avait uni*
i 1 parti contre le boulangisme, il est vrai-
JJble que la division se fût déclarée plus
| tôt. Mais la victoire de la République aux élec-
f. tions générales de 1889 rendit le prolétariat à
luj-jg&ême, et dès lors on vit se précipiter les
\ ' x ^ents. On put comprendre alors quelle
*u*u? avait commise le Comité national en inter-
t rompant la pratique régulière des Congrès gé-
^ néraux qui seuls eussent assuré au parti la force
et l'unité de sa vie collective.
C'est en 1890 qu'éclata, par des acles graves et publics, la mésintelligence qui. régnait entre la majorité du Comité national : Brousse, Lavy, Prudent-Dervillers,Paulard, et les membres les plus influents de l'Union fédérative : Allemane,
oc il.,
Faillet, J.-B. Clément, c'est-à-dire entre les éléments modérés et politiques, et les éléments plus activement révolutionnaires du Parti.
Il nous faut rappeler brièvement les causes, tactiques et théoriques, de ce différend. C'était tout d'abord l'attitude des élus. Les élections de 1887 avaient fait entreràl'Hôtel-de-Ville Brousse, Joffrin, Paillard, Chabert, Lavy, en tout neuf conseillers possibilistes. Mais, selon Allemane et ses amis, « au lieu de faire profiter de l'autorité morale conquise la propagande révolutionnaire, les élus jugèrent plus efficace de s'accommoder avec les fractions bourgeoises. Ils n'entendirent pas les griefs de plus en plus accentués de certains groupes puissants, qui veulent moins de prépondérance dans la maison commune et plus de souci des revendications prolétariennes. » D'ailleurs, par une habile modification au règlement du Parti (abrogation de l'art. 21 au Congrès de Paris, 1883), les élus avaient envahi le Comité national « devenu un instrument de dictature tortueuse ayant pour objectif d'assurer la toute-puissance, à Paris, de certaines personnalités ».
En second lieu, on accusait le Comité national, satisfait de ses succès personnels à Paris, de n'apporter qu'une activité trop ralentie au développement et à l'activité intérieure du parti, « Le mouvement propagandiste est plus que négligé, les fédérations sont volontairement aban3onnées, malgré les efforts opiniâtres des vrais militants, et finissent par disparaître une à une. »
On reprochait enfin au Comité de traiter avec quelque dédain les manifestations proprement ouvrières, de ne pas encourager, ou même de craindre l'efficacité révolutionnaire de l'agitation économique. Il avait méprisé « le bénéfice moral de la manifestation du 1 er mai 1890 ». Une décision prise à cet égard par l'Union fédérative « avait été acceptée par le Comité national ostensiblement, puis repoussée par le Comité en délibération occulte ». C'était « le mépris des délibérations en commun, le commencement de la rupture ».
A ces désaccords d'ordre général étaient venus se mêler des froissements individuels qui les aggravèrent :
1° Allemane ayant fondé, au mois d'avril 1888, un journal quotidien, Le Parti ouvrier, alors que l'organe officiel du parti (Le Prolétariat, ancien Prolétaire) était hebdomadaire, Brousse avait refusé de collaborer au journal d'Allemane.
2° A la mort de Chabert, conseiller municipal du XIX e arrondissement, un désaccord s'était produit pour la désignation du candidat entre différents groupes du Parti. Les uns avaient désigné André Gély, soutenu par le Comité national, les autres Allemane, soutenu par l'Union fédérative.
8° Paul Brousse, vice-président du Conseil municipal, avait signé une proposition qui tendait à organiser une réception en l'honneur des officiers de deux bataillons d'infanterie de marine qui venaient prendre garnison à Paris. Or,
les bataillons portant ces numéros avaient pris part, en mai 1871, à la répression de la Commune. Brousse avait été déféré de ce chef à l'Union fédérative et n'avait évité un blâme qu'à grand peine.
Ces questions de discipline devaient être soumises au Congrès national dont l'Union fédérative réclama, dès le commencement de 1890, la convocation. Depuis 1887, le Congrès n'avait pas été réuni. Le Comité national décida brusquement de le convoquer à Chàtellerault pour le 3 octobre, sans le faire précéder, selon la coutume du parti, par un Congrès régional. Mais aussitôt l'Union fédérative lança: un appel d'urgence, et, huit jours avant le Congrès de Chàtellerault, le 1 er octobre, s'ouvrit le Congrès régional.
10 e CONGRÈS DE L'UNION FEDERATIVE DU CENTRE,
paris, 1890. — Le Congrès régional ne voulut statuer d'abord * que sur les affaires de discipline et sur le règlement du parti. Il affirma sa souveraineté, reconnue par les Congrès nationaux, et qui n'était limitée « que par l'obligation de respecter les titres et les considérants du programme ». Puis, par trois résolutions décisives, il trancha les questions qui divisaient le Parti.
11 décida qu'en cas de conflit sur les candidatures d'un même quartier, l'Union fédérative
1. Il se réunit à nouveau du 12 au 17 mars 1891 pour épuiser son ordre du jour.
était juge; que l'article 9 du programme municipal (ainsi conçu : Le droit de révocabilité du mandataire sera confié au Comité qui a soutenu sa candidature, après consultation des électeurs) était abrogé, et que par suite le droit de révocation serait exercé par l'Union fédérative qui détiendrait les démissions, signées en blanc, des candidats ; qu'enfin les polémiques étaient interdites entre les journaux du Parti, « l'attaque et la virulence n'étant permises que contre les adversaires, sous peine de n'écrire qu'au profit des ennemis du parti ».
Le Congrès vota un blâme sévère à Dumay, député, et à six conseillers municipaux (dont Brousse et Lavy) pour avoir « commis un acte d'indiscipline en provoquant un antagonisme entre le corps électoral et le Parti, qui est seul responsable de leur élection ».
Il adopta plusieurs vœux. Aux ternies de l'un d'eux, l'article 14 du règlement, relatif à la composition du Comité national, devait recevoir une rédaction nouvelle. Les Fédérations désormais y nommeraient un nombre de délégués, non plus égal, mais gradué selon le nombre de leurs groupes; l'accès en serait interdit aux élus (ancien article 21). Les statuts du Parti comporteraient le droit de révocation permanent exercé sur tous les organismes du Parti, y compris le Comité national. Un autre vœu demanda que le journal d'Allemane, Le Parti ouvrier, devînt l'organe quotidien du Parti.
Enfin, le Congrès demanda, pour l'assemblée prochaine de Châtellerault,que seuls y fussent
admis les délégués des groupes dont l'existence justifiée « remonterait à une date antérieure d'au moins trois mois ».
10 6 Congrès de la fédération des travailleurs socialistes, chatellerault, 1890. — Le Congrès de Chàtellerault s'ouvrit le 9 octobre. Ainsi que la dernière décision du Congrès régional de Paris le faisait prévoir, c'est sur la vérification des pouvoirs que s'engagea la lutte décisive. La commission ayant refusé d'admettre les mandats des groupes des Ardennes — par le motif qu'ils étaient signés du secrétaire fédéral et non des secrétaires de groupes — les délégués allemanistes, mis en minorité, résolurent de se retirer. Clément, Faillet et les représentants de 43 groupes ou syndicats quittèrent le Congrès avec Allemane.
Le citoyen Paillard lut alors, au nom du Comité national, un rapport qui tendait à justifier les chefs du parti des reproches dirigés contre eux par les représentants des Ardennes et de l'Union fédérative. Le Comité nationalreconnaissait que la propagande avait été négligée. Mais il avait fallu défendre contre l'assaut boulangiste la constitution républicaine, seule garantie de l'émancipation sociale des travailleurs. Si le boulangisme avait été vaincu, n'était-ce pas surtout grâce à l'action résolue et unanime de la Fédération des travailleurs socialistes ?
Puis Brousse, Berthaut, Caumeau reprirent l'histoire des incidents qui avaient séparé d'eux Allemane et ses amis. La candidature qu'Aile-
*ww"v
mane avait acceptée dans le XIX e contre André Gély lui avait été offerte par un groupe dissident, refusé à l'Union fédérative. Quant à la collaboration au Parti ouvrier, Brousse et Caumeau avaient dû s'en abstenir pour une raison politique et morale d'une gravité toute particulière. Et, en effet, Brousse affirma qu'AUemane avait été mêlé à des négociations louches, tendant à faire emploi, pour un journal socialiste, de fonds d'une origine suspecte *.
Ces déclarations soulevèrent une agitation extrême, qui grandit encore quand on apprit, à la séance du 14 octobre, que l'imprimerie Allemane persistait à « détenir le matériel » du journal Le Prolétariat.
Passant aux résolutions, l'assemblée commença par réorganiser le Comité national, où, depuis le départ d'Allemane et de ses amis,
1. Plutôt que d'analyser le discours violent que prononça Paul Brousse, il vaut mieux reproduire les termes d'un article qu'il écrivait tout récemment à ce sujet (Petite République du 21 janvier 1901) : « De quoi s'agissait-il, en fin de compte, dit Brousse, dans l'affaire vite oubliée de Châtellerault? Le Parti ouvrier, alors uni, venait de montrer dans la bataille contre le général Boulanger toute sa puissance numérique, la merveilleuse solidité de sa discipline. Le po uyoir en prit ombrage, et, la bataille finie..., il résolut de susciter les divisions, de briser cette force qui l'inquiétait pour l'avenir. Par ses agents il fit jouer, miroiter l'amorce où se prennent si souvent les hommes politiques : la eréation d'un journal... L'accueil fut divers; le journal ne parut jamais, mais des querelles de personnes étaient allumées. Le but était atteint. Nous étions récompensés de notre collaboration au moment du danger. »
Il y eut certainement autre chose dans le conflit de Châtellerault que des querelles de personnes. Mais il est bon de rappeler, par la déclaration même de Brousse, que la question du journal procéda de manœuvres policières.
l'Union fédérative du Centre n'avait plus de représentants, et nomma un Comité national provisoire. L'article 9 du programme municipal, abrogé par le Congrès régional, lut maintenu. Enfin le Congrès approuva un projet de manifeste aux électeurs de Paris qui dénonçait les théories de l'Union fédérative comme césariennes et attentatoires à la souveraineté du suffrage universel. « Nos comités locaux, disait cette proclamation, veillent sur les mandataires, mais vous seuls avez le droit de révocation. Aujourd'hui la minorité autoritaire de notre parti veut confier à un Comité central le droit d'estampiller les candidats, de détenir la démission en blanc des élus, et de les révoquer sans devoir prendre votre avis. C'est une nouvelle forme du césarisme que nous pensions avoir terrassé. »
Enfin le Congrès vota la résolution suivante :
« En présence de la campagne d'injures et de calomnies menée par le sieur Allemane contre la majorité du Parti ouvrier, dans des réunions et dans son journal ;
» En présence de la confiscation accomplie par lui du journal Le Prolétariat ;
» En raison de la rupture du Parti ouvrier, rupture ourdie et menée à bonne fin par le sieur Allemane, avec la connivence des sieurs Clément et Faillet ;
» Le Congrès déclare ces trois hommes exclus du Parti, et prononce la même exclusion contre les groupes ou tout citoyen qui se rendraient leurs complices ;
^TW
» Il affirme que c'est en vain qu'on a trompé le public et qu'on a cherché à attiser la haine du Parti ouvrier contre des élus qui ont fait leur devoir à l'Hôtel-de-Ville de Paris et à la Chambre des députés ;
» Et les approuve d'avoir refusé de violer le mandat qu'ils tenaient des électeurs, et reconnaît qu'ils ont défendu les principes socialistes de notre Parti. »
De leur côté, les délégués dissidents (auxquels on donna communément le nom d'ailemanistes) tenaient, le 13 octobre, salle Favié,une réunion plénière en présence des délégués de la Fédération des Ardennes. « On annula les prétendues décisions de Châlellerault, et on mit en demeure les élus d'avoir à se prononcer sur la suppression de l'article 9 du programme et l'envoi de leur démission au Comité . fédéral. » C'était, dit le compte-rendu, la condamnation irrémédiable de la conduite de la majorité du Comité national, la reprise de la tactique révolutionnaire et de la lutte des classes.
La division de l'ancien parti possibiliste — broussistes d'une part, allemanistes de l'autre — était donc devenue définitive. Et pourtant l'on peut dire du Congrès de Chàtellerault ce que nous avons dit du Congrès de Saint-Etien*
ne : que la rupture eût été évitée aisément si elle n'avait été, de part et d'autre, désirée, voulue, préparée. L'existence des groupes des Ardennes, la bonne foi de Clément ne pouvaient assurément être mises en doute. Mais il est permis de supposer que, dans des circonstances différentes, l'élimination des délégués se fût faite en sens inverse et eut provoqué le même résultat. Le désaccord de l'Union fédérative et du Comité national n'avait cependant rien d'irrémédiable. Les incidents personnels, comme ou le reconnut par la suite, avaient été grossis, dénaturés ; la confiance et la bonne volonté réciproques les eussent facilement réduits à leur portée juste — qui était, en somme, négligeable. Mais la Fédération avait obéi à la loi d'évolution intérieure qui, dans le même parti, en dépit de l'accord préalable, de l'action commune, sépare nécessairement les éléments modérés et les éléments avancés, les tempéraments politiques et les tempéraments révolutionnaires. La Fédération, comme tous les Partis, avait subi cette loi inévitable, qui d'ailleurs eût laissé subsister l'unité d'un groupement actif et fort, qui eût ajouté même à sa complexité et à sa vie. Mais la Fédération s'était organisée selon des règles trop vagues, trop mal définies; les événements, la faute aussi de ses chefs avaient détendu les ressorts de sa vie collective : son unilé ne résista pas.
8° Congrès du parti ouvrier, lille, 1890. — Ce Congrès ne siégea que deux jours : les 11
et 12 octobre 1890. Depuis six ans, le Parti ouvrier, tourné tout entier vers la propagande, n'avait pas tenu de Congrès national.
Après avoir constaté la présence de 67 délégués représentant 98 communes et 231 groupes et syndicats, le Congrès salua « les travailleurs d'Europe et d'Amérique qui, au nombre de plusieurs millions, avaient, le 1 er mai précédent, manifesté Y Internationale nouvelle et leur volonté inébranlable d'imposer aux pouvoirs publics de la bourgeoisie la journée de huit heures... »
Il décida donc de renouveler le 1 er mai 1891 la manifestation internationale de 1890, laquelle devait affecter, selon les diverses régions et communes, toutes les formes possibles d'agitation.
11 trancha, par une résolution motivée, l'a question de la grève générale. Et sur ce point le Congrès politique guesdiste affirmait un grave désaccord théorique avec le Congrès corporatif de Bordeaux. « La grève générale proprement dite, c'est-à-dire le refus concerté et simultané du travail par la totalité des travailleurs des diverses corporations, suppose et exige, pour aboutir, un état d'esprit socialiste et d'organisation ouvrière auquel n'est pas arrivé le prolétariat; sans quoi, si seulement la moitié de la classe ouvrière était dès aujourd'hui capable d'une action commune, la Révolution pourrait et devrait s'accomplir. »
Mais, par une double concession aux syndicaux, le Congrès se prononçait pour une grève
internationale des mineurs, « la seule qui ne soil pas illusoire ou prématurée », et liait cette grève à l'adoption de la journée de huit heures.
Le Congrès de Lille remania le règlement constitutif du Parti. Les pouvoirs du Conseil national furent fortifiés et précisés. Il devait être élu désormais par le Congrès annuel, « et placé sous le contrôle des groupes existant dans la ville où il siège ».
Le Congrès de Lille fut clos le dimanche 12 octobre. Le lendemain, s'ouvrait, à Calais, le Congrès corporatif.
4 e Congrès de la fédération des syndicats, calais, 1890. — Entre le Parti ouvrier et la Fédération des syndicats, c'était donc, semblait-il, non seulement l'alliance, mais la fusion et même la confusion. Les Congrès s'ouvrent immédiatement l'un après l'autre ; ils siègent dans des villes voisines ; la grande majorité des délégués (Delcluze, Pedron, Renard, Salembier, Roussel, etc.), leur sont communs. L'ordre du jour même est identique. Les résolutions concordent.
Le Congrès de Calais vota, au sujet de la manifestation du 1 er mai et de la journée de huit heures, les mêmes résolutions que le Congrès de Lille. Et, fait plus important, même sur la grève générale le Congrès corporatif se rallia aux décisions du Congrès politique. Sans renoncer, par des considérants explicites ou théoriques, à la résolution de Bordeaux, il se contenta pourtant de voter la grève internationale des mineurs.
Il est probable que le Congrès des syndicats, venant après le Congrès du Parti ouvrier, avait dû hésiter devant la menace d'un désaccord aussi grave. Et d*ailleurs, étant donné la composition du Congrès de Calais, on peut penser que la majorité des délégués eussent voté, en tout état de cause, la résolution qui prévalut. Mais il n'en subsistait pas moins une contradiction, un peu enveloppée, mais profonde, entre la doctrine exprimée à Bordeaux et la résolution votée à Lille. Pour qu'elle apparût, il [ devait suffire d'un léger changement dans les circonstances, et cela suffit en effet.
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10 e CONGRÈS DU PARTI OUVRIER SOCIALISTE REVO- LUTIONNAIRE, paris, 1891. — Les allemanistes qui avaient réuni, en mars 1891, un Congrès régional, tinrent du 21 au 29 juin le Congrès national annuel.
183 groupes et chambres syndicales y étaient représentés, appartenant presque tous à l'Union fédérative du Centre (Paris et région parisienne) et à la Fédération des Ardennes. Un rapport préliminaire rappela les incidents de Châtellerault, constata la vitalité persistante du nouveau groupement, sa propagande déjà intense, servie par la sympathie des syndicats provinciaux « approuvant complètement notre ligne de conduite et l'anéantissement des personnalités ». Puis le Congrès entendit les rapports présentés par les groupes et trancha par ses résolutions les questions portées à Tordre du jour.
Sur la deuxième question (rapports à établir entre les prolétariats agricole et industriel), il décida d'organiser une propagande immédiate à l'effet de gagner au socialisme le prolétariat agricole, et institua à cet effet un Comité d'action spécial.
Sur la troisième question, il émit le vœu « qu'une entente préalable ait lieu avec les
socialistes des autres nations, pour s'opposer à la guerre par l'abstention ou la révolte ; qu'en attendant la décision à intervenir, on s'accorde pour le 1 er mai prochain à ajouter à la revendication des huit heures : Suppression des armées permanentes » .
Sur la quatrième questionna résolution votée, qui affirmait tout d'abord avec une netteté violente le principe et la tactique de la lutte de classes, envisageait l'action révolutionnaire à un double point de vue : politique et économique. Mais d'une part, l'action politique et même la conquête politique n'étant qu'un moyen de propagande, la présentation de candidats dans les élections ne devait être aussi considérée « que comme un moyen d'agitation en vue d'une fin qui doit rester rigoureusement révolutionnaire, sans préoccupation de satisfaction d'aucune ambition personnelle ». Et d'autre part, en ce qui touche l'action économique, le Congrès décidait que, « les groupements une fois généralisés dans une entente commune, la grève générale nationale et internationale doit être décrétée et pourra peut-être précipiter le dénouement par la Révolution sociale, but de nos efforts ».
Ainsi s'exprimaient à la fois l'ancienne ardeur révolutionnaire et la tactique nouvelle du parti. Le caractère essentiel de cette tactique, • c'était de poser comme inséparables l'action i politique et l'action économique, et même de [ subordonner l'action politique au groupement économique. Le règlement du Parti, voté par le
Congrès dans sa dernière séance, rendit plus manifeste encore cette tendance qui devait bientôt rapprocher du parti allemaniste les groupements purement syndicaux. Le Parti ne se bornait pas à « conseiller » à ses membres d'entrer dans les organisations corporatives; ils étaient tenus d'appartenir au syndicat de leur corporation, et d'en créer s'il n'en existait pas. Les organisations du Parti étaient tenues de ne désigner comme orateurs et comme candidats que des membres syndiqués.
Quant à l'organisation intérieure du Parti, elle poussait à sa dernière limite le fédéralisme et l'autonomie. L'organe central (dit secrétariat général), issu des Fédérations, avait pour unique objet la correspondance et la constitution en province des groupes nouveaux. Les élus et les patrons ne pouvaient en faire partie. Ses membres étaient toujours révocables. Sa mission n'était qu'administrative. Il avait, à proprement parler, l'administration de la propagande à laquelle les élus et « les camarades disponibles » devaient obligatoirement se consacrer. Le programme du Parti était maintenu, hors quelques modifications. L'article 9, notamment, était modifié comme suit : La Fédération régionale et les Comités ou Groupes qui ont présenté la candidature de l'élu exerceront le droit de contrôle ou de révocation.
On se souvient que le Congrès de Paris (1884) avait remplacé par un nom nouveau : Fédération des travailleurs socialistes, le titre officiel du parti : Parti ouvrier socialiste révolution-
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naire. Les allemanistes décidèrent que le titre ancien, devenu sous-titre, « reprendrait la place qu'il n'aurait jamais dû abandonner ». Dans la même pensée ils voulurent aussi relier à la série des Congrès antérieurs la série nouvelle qui s'ouvrait dans l'histoire des assemblées socialistes. En exceptant Ghâtellerault, la dernière session nationale, celle de Charleville, avait été la neuvième. Le Congrès tenu à Paris en 1891 devint donc le dixième du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire.
9 e CONGRÈS DU PARTI OUVRIER, LYON, 1891. —
Ce Congrès se tint du 26 au 28 novembre 1891.
Avant d'aborder son ordre du jour, il salua les mineurs en grève du Pas-de-Calais, voua à l'exécration des travailleurs « un gouvernement prétendu républicain qui, après les avoir fusillés à Fourmies, se prépare à les affamer par ses droits sur le blé, le pain, la viande, le café et le sucre », et dénonça l'alliance russe « comme une duperie, un péril et un crime ».
Conformément à une décision du Congrès international de Bruxelles (août 91), il ratifia le projet d'organisation pour la France d'un secrétariat national du travail. Puis il vota la résolution suivante : « Le Congrès est heureux de constater le rapprochement qui s'est opéré à Bruxelles et à Lyon entre toutes les forces socialistes françaises. Et il fait des vœux pour la constitution la plus rapide possible d'un Parti ouvrier unique embrassant définitivement tout le prolétariat français organisé. » — Ainsi Tex-
ces même de la division avait fait naître et faisait croître l'espérance de l'unité.
C'est à Lyon que fut voté, en 14 articles, le programme municipal du Parti, c'est-à-dire l'énoncé « des revendications immédiates, rentrant dans la compétence du pouvoir communal ».
En 1891 et en 1892, la Fédération des syndicats, qui avait été représentée à Bruxelles, ne tint pas son Congrès annuel.
1 er CONGRÈS DE LA FEDERATION DES BOURSES,
saint- Etienne, 1892. — Depuis qu'elle avait accepté ouvertement la direction du Parti ouvrier, la Fédération des svndicats avait mécontenté un certain nombre d'organisations ouvrières. En 1892, un certain nombre de syndicats conçurent donc le projet d'établir entre eux un nouvel organe central. Ils tentèrent d'utiliser à cet effet une institution relativement récente : les Bourses du travail.
Une Bourse du travail avait été établie à Paris en 1887, et cet exemple avait été suivi à Nîmes la même année, en 1888 à Marseille, en 1889 à Saint-Étienne et Toulon, en 1890 à Béziers, Bordeaux, Montpellier, Toulouse, etc. Dès l'abord, ces institutions nouvelles, fortes de l'appui et des subventions des municipalités, avaient contribué au développement des syndicats, qui, de plus, avaient dû s'entendre et s'unir pour la création et l'administration commune des Bourses. Les Bourses du travail étant ainsi, par elles-mêmes, des fédérations locales
de syndicats, il ne restait plus qu'à fédérer les Bourses entre elles. Cette organisation devait être économique pour les Syndicats qui, acquittant déjà leurs cotisations aux Bourses, n'auraient à supporter pour la Fédération aucune dépense supplémentaire. Elle avait chance de réussir dans la tâche où la Fédération des syndicats avait en grande partie échoué : établir entre chaque syndicat et la direction fédérale un lien réel, des rapports suivis et utiles.
Il existait, en 1892, quatorze Bourses du travail. Dix d'entre elles se réunirent à Saint- Etienne le 13 février 1892 et constituèrent la Fédération nationale des Bourses du travail, dans le but « d'unifier et de faire aboutir les revendications des Syndicats ouvriers ; d'étendre et de propager l'action des Bourses du travail dans ^ les centres industriels et agricoles... » Le Comité fédéral, formé d'un délégué par Bourse, siégerait dans la même ville que le secrétariat national du travail 1 . Un Congrès devait se tenir chaque année. Il était entendu pourtant, sur la demande du délégué de Lyon, que l'organisation nouvelle ne gênerait en rien le fonctionnement de la Fédération des syndicats.
10° CONGRÈS DE LA FEDERATION DES TRAVAIL- LEURS socialistes, paris, 1892. — Ce Congrès
1. Ce secrétariat, constitué en exécution d'une décision du Congrès international de Bruxelles (1891), fonctionna obscurément jusqu'en 1896. Sa seule publication fut un rapport sur le chômage rédigé par le citoyen Renou.
se tint à Paris, du 3 au 10 juillet 1892, et se borna à étudier un certain nombre de questions d'hygiène ouvrière.
5 e CONGRÈS DE LA FEDERATION DES SYNDICATS,
Marseille, 1892. — Un très grand nombre de Syndicats y furent représentés (plus de 500). A coté des délégués syndicaux siégeaient les principaux membres du Parti ouvrier: Guesde, Lafargue, Carnaud, Roussel, Dormoy, Delcluze ; Liebknechlet Anseele y assistèrent. A Tordre du jour du Congrès figurait de nouveau la grève générale. Et en effet, l'idée de la grève générale, si neuve dans les milieux corporatifs, y avait fait des conquêtes singulièrement rapides. Elle exerçait sur les Syndicats une attraction toute naturelle et légitime, puisqu'elle représentait précisément la seule forme de révolution sociale qui parût dépendre de leur seule volonté. Mais au contraire, les chefs du Parti ouvrier étaient, en théorie, opposés au principe de la grève générale, et ils considéraient aussi sa propagande comme une faute politique, comme une tactique illusoire et décevante qui détournerait des vrais chemins révolutionnaires l'énergie du prolétariat. Ils avaient obtenu déjà de leur Congrès politique la condamnation de la grève générale ; ils l'eussent obtenue encore. Mais c'est probablement à dessein qu'ils voulurent la demander d'abord au Congrès corporatif. Ils attendirent de lui. une sorte de renonciation solennelle à la résolution votée à Bordeaux, confirmée tacitement à Calais.
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Cette conduite échoua: il arriva que beaucoup de membres du Parti ouvrier lui-même se sentirent gagnés à la tactique de la grève générale, laquelle trouva, en la personne d'un militant nouveau dans le parti, Aristide Briand, un défenseur éloquent et redoutable. Les conclusions du rapport Briand furent finalement votées. Le Congrès, « considérant que parmi les moyens légaux, inconsciemment mis à la disposition des travailleurs, il en est un qui, habilement et pratiquement interprété, doit assurer la transformation économique », vota le principe de la grève générale, confia son étude et sa propagande aux Fédérations des Syndicats et des Bourses, et décida que le 1 er Mai « devait être une date de consultation mondiale de tous les travailleurs sur le principe de la grève universelle ».
Le Congrès de la Fédération des syndicats fut clos le 23 septembre. Le lendemain, 24, s'ouvrit le 10 e Congrès du Parti ouvrier français.
10 e CONGRÈS DU PARTI OUVRIER, MARSEILLE, 1892.
— Qu'allait faire le Parti ouvrier ? Revenir sur ses décisions antérieures, désavouer la théorie essentielle de son programme, c'est-àdire la Révolution par la conquête des pouvoirs publics ? Ou bien entrer en opposition ouverte avec la Fédération des syndicats ?
En fait, le Congrès politique de Marseille tenta d'écarter la question, de laisser les choses en l'état. Dans le protocole officiel, on ne trouve pas la moindre allusion à la grève générale. Le
débat fut tranché par le vote de l'ordre du jour pur et simple *.
Puis le Congrès vota une résolution sur la future manifestation du 1 er Mai 1893, envoya des encouragements aux grévistes du Pas-de-Calais et de Carmaux, adopta, pour le renouvellement législatif de 1893, un programme agricole de réformes immédiates % décida qu'aux élections le Parti engagerait la lutte dans toutes les circonscriptions où il comptait des groupes et « qu'au cas où, par endroits, des coalitions s'imposeraient, les candidats du Parti seraient tenus à rester sur le terrain de la lutte de classe, et d'arborer le programme général et le titre du Parti ».
Ainsi la contradiction restait latente. Mais elle était trop grave, et devait éclater un jour. Dès le Congrès de Marseille, on pouvait prévoir qu'elle provoquerait ou bien la rupture entre la Fédération des syndicats et le Parti ouvrier, ou bien un schisme intérieur dans l'une des deux organisations. Mais grâce à son activité, à sa force de cohésion, le Parti ouvrier
1. M. Finance, dans la publication de l'Office du travail sur Les Associations professionnelles ouvrières, donne (1. 262) les chiffres suivants ; 44 voix contre 26 sur 128 présents. Ces chiffres tendraient à prouver à quel point Je Parti ouvrier lui-même était divisé sur cette question.
2. On sait que ce programme en 14 articles, destiné à « rallier au socialisme les travailleurs des champs », ne visait que des réformes de détail : minimum de salaires, prud'hommes agricoles, inaliénabilité des terrains communaux et leur exploitation en commun par des familles usufruitières, caisses de retraites, etc., et ne faisait aucune mention explicite de l'appropriation collective du sol.
M devait rester uni : ce fut la Fédération des syn-
■ dicauxqui se dissocia bientôt. Une autre Fédé-
■ ration syndicale était prête à recevoir les dissi- I dents : la Fédération des Bourses. Un autre m parti politique existait qui avait admis, voté la 1 grève générale, qui, par sa composition et sa
■ tactique, se rapprochait des syndicaux : le parti I allemaniste. C'est vers eux qu'allaient refluer I les groupements corporatifs partisans de la I grève générale.
I 11 e CONGRÈS NATIONAL DU PARTI OUVRIER SOCIA-