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CONGRÈS REGIONAL DE L UNION FÉDERATIVE DU
centre, paris, 1886. — Le parti possibiliste, en 1886, ne tint pas de Congrès national. Mais la Fédération du Centre tint régulièrement son Congrès régional, du 20 au 27 juin, à Paris.
Comme nous l'avons vu, l'importance de ces Congrès régionaux du Centre croissait à chaque session. Et déjà il devenait manifeste que l'Union fédérative, en dépit de sa stricte discipline envers l'ensemble du parti, obéissait à une inspiration distincte. L'année précédente elle avait, d'elle-même, rédigé le nouveau programme électoral. En 1886, elle provoqua la création d'un nouvel organe économique, dont le rôle devait être particulièrement efficace: la ourse du Travail.
Le Congrès décida, en effet, la création à aris d'une Bourse centrale du Travail, avec es annexes dans tous les arrondissements,
dont l'administration serait confiée exclusivement aux chambres syndicales ouvrières et aux groupes corporatifs librement fédérés.
Cette résolution venait à son tour marquer la tendance de la Fédération du Centre à diriger vers l'organisation économique la force vive de sa propagande. On peut rapprocher cette résolution de la décision du Congrès de Paris (1883), qui faisait une loi aux membres du parti d'entrer dans les organisations corporatives ; on peut la rapprocher du programme réformiste si précis voté à Rennes. Enfin elle se relie à l'œuvre et aux résolutions du Congrès guesdiste de Roubaix. C'est que les partis avaient achevé leur œuvre d'organisation propre ; leurs principes et leurs fins étaient désormais fixés. Et le travail continu de la propagande, l'action directe de chaque jour leur avaient fait sentir l'insuffisance d'une action purement politique, d'une propagande proprement théorique. C'est sur l'organisation économique que la fraction la plus active du parti possibiliste allait désormais concentrer ses efforts.
Sur ces entrefaites s'était réunie à Paris, au mois d'août 1886 (dans le but officiel d'organiser, pour l'Exposition de 1889, une exposition ouvrière), une conférence internationale où des délégués français, anglais, allemands, belges, autrichiens, australiens, délibérèrent sous la présidence du citoyen Chabert, possibiliste. La discussion la plus grave porta sur les moyens
de régler, par une entente et une législation internationales, la question des salaires et les conditions générales du travail. De cette conférence naquit le projet d'un Congrès national des syndicats ouvriers. Le projet réussit, et le Congrès s'ouvrit à Lyon, dans la salle des Variétés, le 11 octobre 1886.
1 er CONGRÈS DE LA FEDERATION DES SYNDICATS,
lyon, 1886. — Le Congrès de Lyon excita d'abord la méfiance des révolutionnaires, tout comme les Congrès ouvriers de 1876-77. Et, . en effet, dans une certaine mesure, il les rappelait par sa tendance et par son programme. Mais l'expérience devait dissiper bientôt cette trompeuse analogie. Les temps avaient changé ; les circonstances étaient autres. Les congressistes de 1886 n'étaient pas, comme ceux de 1876, des syndicaux désabusés n'attendant rien de l'action politique ou de l'effort révolutionnaire. Ils cherchaient à organiser, en dehors de l'action politique, mais parallèlement avec elle, une action économique à laquelle ils se sentaient mieux adaptés, et qu'ils croyaient aussi plus efficace. Mais ils n'étaient plus coopérateurs ; ils étaient collectivistes. En même temps qu'ils travaillaient à la concentration syndicale, presque tous appartenaient à l'un des partis socialistes nationaux. Le progrès de la propagande socialiste était acquis, et ses effets n'appartenaient plus à personne. Cette organisation nouvelle pouvait donc être féconde, et elle le fut tant qu'elle opposa sa concentration à la dis-
persion excessive des partis, et son union à leurs luttes.
Le programme du Congrès de Lyon comprenait six articles :
1° Projet de fédération de tous les syndicats ouvriers.
2° Discussion de la loi sur les syndicats.
3° Etude du projet Lockroy (sur la prud'homie).
4° Utilité d'un Conseil supérieur du travail.
5° Heures de travail.
6° Rapports du capital et du travail.
C'était bien un programme de Congrès modéré. Et, en effet, les groupements modérés — qui, depuis le Congrès du Havre, avaient disparu des Congrès ouvriers — firent tous leurs efforts, aidés en cela par les subventions officielles, pour accaparer le Congrès de Lyon à leur profit. Mais c'était un effort perdu d'avance. 11 ne dépendait plus d'eux d'annuler l'œuvre accomplie depuis dix ans.
Les modérés soutinrent qu'il n'était pas possible de réunir en une fédération unique la masse hétérogène des syndicats. Mais la majorité rejeta cette opinion trop prudente. Ce n'était pas une action économique immédiate que les ouvriers attendaient alors des syndicats, mais un effort concerté d'organisation et de recrutement. 11 s'agissait, avant tout, de concentrer les forces prolétariennes. Conformément à l'avis de sa commission, le Congrès vota la résolution suivante, qui créait la Fédération nationale des syndicats :
« Considérant qu'en face de la puissante orga-
nisation bourgeoise, faite sans et conlre le prolétariat, il appartient non seulement à ce dernier, mais qu'il est de son devoir de créer, par tous les moyens .possibles, des groupements et des organisations ouvrières pour les mettre en face de ceux de la bourgeoisie, à titre défeusif, et, nous l'espérons, bientôt offensif;
» Considérant que toute organisation ouvrière qui n'est pas pénétrée du fait de la distinction* des classes... ne peut être considérée comme faisant partie des diverses armées ouvrières marchant à la conquête de leurs droits :
» Il est créé une Fédération nationale. »
L'organisation comprenait : un conseil général, <des conseils régionaux (par dix départements), des conseils locaux. Un Congrès devait se tenir chaque année dans une ville différente. Le siège du conseil général était la ville où s'était tenu le dernier Congrès national.
Chaque syndicat conservait « son autonomie pleine et entière pour tout oe qui concerne son administration ».
Des cinq autres questions portées au programme, la loi Waldeck -Rousseau sur les syndicats fit seule l'objet d'une longue discussion. Par une grosse majorité, le Congrès refusa de l'admettre. Sur la cinquième question, le Congrès vota la journée de huit heures; sur la dernière, il vota l'appropriation collective des moyens de production. Mais le Congrès avait dès le début accompli son œuvre capitale. Il avait créé une institution qui, certes, n'avait pas encore de forme bien définie, mais qui
devait peu à peu compléter l'organisation des forces ouvrières en France.
L'assemblée se sépara, sur un discours chaleureux du citoyen Lavaud,aux cris de : Vive la révolution sociale ! On déchira les drapeaux tricolores pour en faire des drapeaux rouges.
En dépit des appréhensions premières, on avait donc pu voir qu'un Congrès corporatif n'était plus nécessairement un congrès modéré et opportuniste. C'est en quoi l'expérience de Lyon fut décisive. A comparer le Congrès de Lyon aux Congrès possibilistes contemporains, c'est à Rennes, par exemple, qu'on retrouverait le souvenir des anciennes réunions syndicales, c'est à Lyon qu'on retrouverait le ton, un peu oublié, des Congrès révolutionnaires. Non seulement le' nouveau mouvement corporatif était lié au mouvement politique, mais il empruntait alors aux organisations rivales leurs éléments les plus actifs, leurs militants les plus énergiques. Dans leur évolution compliquée, les Congrès syndicaux devaient donc représenter désormais, au même titre que les groupements politiques, la véritable activité révolutionnaire du prolétariat.
,9 e Congrès de la fédération des travailleurs socialistes, CHARLEYiLLE, 1887. — L'Union fédérative du Centre, qui, aux élections municipales de Paris, venait de faire entrer neuf de ses membres à THôtel-de-Ville, avait tenu, au mois d'août, son congrès régional. Un Congrès national — le premier depuis 1884 — fut ouvert, peu de temps après, à Charleville. Il siégea du 2 au 8 octobre, mais réunit peu de délégués, appartenant d'ailleurs presque tous, comme Allemane, Faillet, Clément, à la fraction avancée du parti. Malgré l'opposition ou l'abstention de quelques groupes, le Congrès décida que la lutte électorale devait être menée avec des listes exclusivement ouvrières (les élections législatives se faisaient alors au scrutin de liste) et contre toutes les fractions bourgeoises.
2 e CONGBÈS DE LA FÉDÉRATION DES SYNDICATS,
montluçon, 1887. — Dans la propagande syndicale, les guesdistes avaient donné l'exemple et pris l'avance. Il était donc naturel que leur influence s'exerçât dès le début sur la nouvelle organisation corporative : la Fédération des Syndicats.
Il avait été résolu à Lyon que le prochain Congrès de la Fédération siégerait à Montlu-