‹ Les congrès ouvriers et socialistes françaisChapitre 15 sur 22 · H faut noter que ce Congrès, qui en réalité fut plutôt · texte numérisé non relu

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Gomment unir les forces syndicales ? Le citoyen Groussier vînt défendre la conception des Congrès allemanistes : les Bourses unies par leur Fédération, les unions de métiers réunies par le Secrétariat du Travail. Au contraire, le citoyen Sapin attaqua la Fédération des Bourses qui, dit-il, ne vivait que des subventions municipales. Mais les idées de conciliation dominèrent. Puisqu'il existait deux organisations distinctes, on voulut les fondre et les unir. Le Congrès décida donc la fusion de la Fédération des Bourses et de la Fédération des Syndicats. A cet effet, la Bourse du travail de Nantes « déjà mandatée pour organiser, en 1894, le Congrès qui devait faire suite à celui de Marseille, devait organiser également, et à la même époque, le deuxième Congrès national corporatif convoqué par la Fédération des Bourses ».

Puis, après avoir décrélé l'unité, le Congrès prit la résolution qui devait la rendre impossible : il vota le principe de la grève générale.

11* CONGHÈS nu PARTI OUVRIER, PARIS, 1893. —

Les 20 août et 3 septembre 1893, il lut procédé aux élections générales ; grâce à l'incessante propagande des divers partis socialistes, et, il faut le dire aussi, grâce à des circonstances exceptionnellement favorables (Panama, décomposition du boulangisme, grandes grève:-), près de 50 socialistes pénétrèrent au Parlement. Le Parti ouvrier tint à Paris, du 7 au 9 octobre 1893, un Congrès dont les élections législatives

firent précisément les frais. Au même moment où se tentait l'union corporative, le succès imposait l'union politique. C'est pourquoi le Congrès de Paris adopta la résolution suivante :

« Le Parti ouvrier, qui a toujours été partisan de la plus large union socialiste, croit celte union plus nécessaire aujourd'hui que jamais.

» Le Congrèsdonne pleins pouvoirsau Conseil national pour faire dans ce but tous les efforts compatibles avec le programme et la raison d'être du parti. »

Le Congrès décida donc que les élus à la Chambre auraient à se constituer « en fraction parlementaire du Parti... ». Mais, en réalité, il se forma à la Chambre un groupe socialiste unique où entrèrent, à l'exception des allemanistes, tous les députés élus sur un programme socialiste. Un certain nombre d'entre eux d'ailleurs n'appartenaient à aucune des organisations actuellement existantes.

3 e CONGRÈS DE LA FEDERATION DES BOURSES,

lyon, 1894. — La Fédération des bourses tint son troisième Congrès administratif à Lyon, du 25 au 27 juin 1894. Trente et une Bourses du travail y étaient représentées.

Le Congrès de Lyon émit un avis favorable à la proposition de loi Groussier tendant à la reconnaissance des Bourses du travail comme établissements d'utilité publique. Mais il s'occupa surtout de la préparation du Congrès de Nantes. Les délégués de la Bourse de Marseille vinrent exposer à ce sujet les griefs de la Fédé-

ration des syndicats. « Jamais, dirent-ils, la Fédération nationale des syndicats ne s'est immiscée dans les affaires de la Fédération des bourses ; de même qu'elle n'a jamais essayé de lui porter atteinte en quoi que ce soit. Pourquoi alors cette dernière a-t-elle fait adopter par les délégués au Congrès de Paris la tenue d'un Congrès de syndicats et de groupes corporatifs à Nantes en 1894? Ignorait-elle que le Congrès de Marseille avait donné à Nantes mandat d'organiser vin Congrès pour la même année ? »

Assurément la Fédération des bourses ne l'ignorait pas. C'est à dessein, et pour que la fusion résultât en quelque sorte dune nécessité matérielle, qu'elle avait lancé ses convocations. Mais les Congrès de la Fédération des syndicats ayant toujours été des congrès libres, ouverts à tous les groupements corporatifs, il fut décidé finalement que tous les syndicats sans distinction seraient invités à Nantes pour un Congrès unique et que les convocations, signées par la Fédération des syndicats, seraient contresignées par la Fédération des bourses.

12 e CONGRÈS NATIONAL DU PARTI OUVRIER SOCIA- LISTE révolutionnaire, dijon, 1894. — L'Union fédérative du Centre avait tenu son Congrès régional à Paris, du 29 mai au 20 mai 1894.

Elle avait « rappelé au sentiment de leur dignité » les Syndicats qui, après la fermeture de la Bourse du travail de Paris, avaient cru

devoir se soumettre aux prescriptions de la loi de 1884. Elle avait adopté, sur l'organisation de la société, au lendemain de la révolution, une résolution purement communiste : « La propriété individuelle est supprimée et rendue commune. La consommation est commune. »

Elle avait, une fois de plus, délibéré sur la grève générale, ainsi définie : « La grève générale ne comprend que la suspension du travail pour tous les ouvriers de la mine et des industries qui en dépendent immédiatement, y compris le transport. » Elle avait affirmé « que le triomphe des revendications ouvrières n'est possible que dans l'action insurrectionnelle des travailleurs du monde entier, soutenant et fomentant une grève générale, entraînant toutes les volontés vers le même but ».

Le Parti tint son Congrès national à Dijon, du 14 au 22 juillet. Après un important débat sur la suppression des armées permanentes (question qui figure à Tordre du jour de presque tous les Congrès allemanistes), après la lecture des rapports sur la propagande agricole, le Congrès délibéra à son tour sur la grève générale. A Nantes, dans quelques semaines, allaient se rencontrer les syndicats affiliés à la Fédération guesdiste et les syndicats rattachés à la Fédération des bourses. Le Congrès de Dijon traça d'avance le champ de bataille. Il demanda, sous forme de vœu,« que le Congrès de Nantes prît l'initiative de la tenue d'un Congrès international à Paris, en 1895, ayant pour ordre du jour unique : De la grève gêné-

raie ». Au cas où le Congrès de Nantes repousserait cette motion, « le Parti ouvrier prendrait l'initiative de la convocation dudit Corgrès ».

12 e CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION DES TRAVAIL- LEURS socialistes, tours, 1894. — Ce fut le douzième, et (sauf une conférence tenue à Paris le 29 avril 1899) le dernier Congrès de la fraction broussiste. Encore puissante à Paris, où quelques-uns de ses militants conservaient une forte influence électorale, la Fédération des travailleurs socialistes perdait peu à peu sa force de propagande et de rayonnement. Elle avait dû sa force et sa prospérité aux conditions mêmes de son origine : née de l'association ouvrière, elle avait été vraiment imparti ouvrier. Mais, depuis Châtellerault, il était manifeste que les groupements ouvriers les plus actifs s'étaient progressivement détachés d'elle, attirés soit vers des organisations politiques plus vivantes et plus hardiment révolutionnaires, soit vers le mouvement purement corporatif.

12 e CONGRÈS DU PARTI OUVRIER FRANÇAIS, NAN- TES, 1894. — Les guesdistes avaient conservé la coutume de convoquer dans la même ville leur Congrès politique et le Congrès corporatif de la Fédération des syndicats. C'est donc à Nantes que se réunit, du 14 au 16 septembre, le douzième Congrès du Parti ouvrier, lequel prit à cette époque le nom de Parti ouvrier français. Mais, en raison de la gravité des circonstances, le Congrès politique s'ouvrit avant

le Congrès syndical. Le désaccord, cette fois, pouvait être infiniment plus périlleux encore qu'à Marseille. En tranchant par de larges débats, par une résolution fortement motivée, la question de la grève générale, le Congrès de Nantes voulut fixer d'avance l'attitude de ceux de ses membres qui, quelques jours plus tard, devaient siéger au Congrès corporatif.

Parmi les délégués, outre les militants anciens du Parti ouvrier, figurait le citoyen Jaurès, député. Le Congrès vota tout d'abord des félicitations au Conseil national, « qui n'avait pas peu contribué à réaliser au Palais-Bourbon la plus large union socialiste ». Il confirma le programme agricole élaboré à Marseille, en le 4 , faisant précéder de considérants où on lisait \ notamment que « dans le domaine agricole, le moyen de production, qui est le sol, se trouvant encore sur bien des points possédé à titre individuel par les producteurs eux-mêmes.., si cet état de choses, caractérisé par la propriété paysanne, est fatalement appelé à disparaître, le socialisme n'a pas à précipiter cette disparition ». Puis il passa à la question brûlante de Tordre du jour : le socialisme et les grèves.

Le Congrès se trouvait assurément dans une situation compliquée, presque inquiétante. Mais il n'essaya nullement d'en éluder la difficulté. Le Parti ouvrier maintint résolument son attitude hostile à la grève générale, il l'accentua même, et la fortifia, en votant une résolution d'une netteté et d'une précision remarquables, dont voici les passages décisifs :

« Le Parli ouvrier ne voit dans les grèves que les conséquences naturelles et nécessaires de la société capitaliste basée sur l'antagonisme des intérêts et désolasses.

» Le socialisme ne pousse pas aux grèves, il ne les provoque pas, parce que, même là où elles viennent à aboutir, elles laissent subsister pour les travailleurs leur condition de prolétaires et de salariés. Mais il en tient compte comme d'un fait, lequel détermine sa conduite et ses devoirs.

» Nul ne saurait songer à interdire la grève aux travailleurs... Notre devoir.est, au contraire, partout où le conflit se produit, de prendre la défense des grévistes. Moins nous sommes des fauteurs de grèves, plus nous devons nous porter au secours des travailleurs contraints à se refuser à un travail devenu intolérable.

» Instrument inégal et partiel de défense dans la présente société, à plus forte raison la grève ne saurait-elle être — même généralisée — l'outil de l'affranchissement ouvrier. Préparer la grève générale, ce serait conduire le prolétariat dans une impasse, le diviser, contre luimême, en grévistes et non grévistes; ce serait immobiliser, dans la lutte pour la libération commune, les travailleurs des campagnes, et organiser nous-mêmes notre défaite.

» C'est sur le terrain politique que le prolétaire est l'égal du capitaliste, supérieur même au capitaliste, puisque les prolétaires sont le nombre. Ce n'est que par l'action politique, par la conquête du pouvoir politique, que les travailleurs organisés pourront s'émanciper. »

Le Congrès politique fut clos le 16 septembre. Le lendemain s'ouvrait le Congrès corporatif.

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