CONÇUES DU PARTI OUVRIER FRANÇAIS, ÉPER
HAX, 1899. — Le Congrès se tint du 13 au 16 août. Le Parti ouvrier n'était nullement unanime à approuver le manifeste du 14 juillet. Plusieurs •délégués, et notamment le citoyen Delesalle, de Lille,' appuyèrent la théorie de la participation des socialistes au pouvoir.
Après un débat qui dura t deux jours et deux nuits pour ainsi dire », le Congrès vota à l'unanimitéia résolution suivante, qui affectait sans aucun doute un caractère transactionnel:
« Le Congrès, prenant acte de la déclaration du Conseil national, que dans son manifeste il n'a entendu viser ni excommunier personne, ainsi que des trop nombreuses déviations signalées par la grande majorité des délégués étant intervenus dans le débat, reconnaît :
» 1° Qu'en publiant le manifeste dans les conditions où il a paru, le Conseil national a usé du droit que lui conférait l'article 5 du règlement général du Parti ' ;
» 2° Que, conformément aux décisions de tous nos Congrès précédents, il a rempli son devoir en rappelant la France ouvrière et socialiste à son véritable terrain, celui de la lutte de classe,
» Le Congrès rappelle:
» Que, par conquête des pouvoirs publics, le
des décî-
l 'ai-lï ouvrier français a toujours entendu l'expropriation politique de la classe capitaliste, que celle expropriation ait lieu pacifiquement ou violemment;
■•■ Qu'elle ne laisse place, par suite, qu'àl'occujmtion des positions électives dont le Parti peut s'emparer au moyen de ses propres forces, c'est-à-dire des travailleurs organisés en parti de classe.
» Il laisse, pour l'avenir, au Conseil national le soin d'examiner, à l'occasion et selon les circonstances, si, sans quitter le terrain de la lutte de classe, d'autres positions peuvent être occupées ».
En ce qui touchait le Congrès général et l'unification socialiste, la résolution fut ainsi rédigée: h Le Congrès, désireux de réaliser la plu* grande somme d'union entre socialistes, déclare se rallier à la proposition du Conseil national tendant à la convocation d'un Congrès général du socialisme français..., étant entendu ■ pie les organisations y seront représentées au prorata de leurs forces respectives.
m Le Congrès décide en outre :
>i 1° Que le Parti ouvrier français est d'ores et déjà disposé à accepter la constitution d'un organisme central du moment qu'il y sera j représenté proportionnellement à ses forces ; ;
» ... 2" Que la Commission permanente du j Conseil aura à déterminer les conditions à remplir pour être, comme socialiste, admis au ( longrès général, et à s'entendre avec les autres organisations pour que, en cas d'union ou
d'unité socialiste, les journaux se réclamant du socialisme soient placés sous le contrôle direct de la représentation centrale du Parti ».
Le Congrès d'Epernay modifia la composition du Conseil national qui fut pour l'avenir constitué : 1" par une Commission permanente de onze membres nommée annuellement par le Congrès ; 2° un délégué par fédération ou agglomération départementale ou régionale choisi par sa fédération ou agglomération respective.
1 er CONGRÈS GÉNÉRAL DES ORGANISATIONS SOCIA- LISTES françaises, paris, 1890. — Le Comité d'entente, chargé de préparer le Congrès, eut par suite à régler sa loi électorale. Les organisations n'étaient nullement d'accord sur ce point. L'accord se fit néanmoins sur les principes suivants :
Le Congrès devait représenter l'ensemble des forces socialistes. Y seraient donc convoqués, non seulement les groupes politiques, mais aussi les groupes corporatifs. Une seule condition théorique était posée : l'adhésion . préalable et écrite à la formule suivante : « Entente et action internationale des travailleurs; organisation politique et économique du prolétariat en parti de classe pour la conquête du j pouvoir et la socialisation des moyens de production et d'échange, c'est-à-dire la transforma* r tion de la société capitaliste en une société I collectiviste ou communiste ».
Sons cette condition étaient admis : les grou-
pes politiques adhérents à Tune des cinq organisations ou afliliés à une Fédération régionale ou départementale, les groupements syndicaux et les coopératives prévoyant dans leurs statuts une part de bénéfice affectée à la propagande socialiste.
Chaque groupe avait droit à un délégué. En outre, dans chaque circonscription électorale, l'ensemble des groupes appartenant à la même organisation avait droit à un, deux ou trois délégués, suivant le chiffre des voix obtenues aux dernières élections législatives (premier tour de scrutin).
Chaque délégué pouvait être porteur de cinq mandats au maximum. Il devait être voté par tête sur les questions d'organisation intérieure, et par mandats sur les questions de principe.
L'ordre du jour était ainsi conçu :
1° La lutte des classes et la conquête des pouvoirs publics.
a) Dans quelle mesure et conformément au principe de la lutte des classes, base de l'organisation du parti, celui-ci peut-il participer au pouvoir dans la commune, le département et l'Etat ?
b) Voies et moyens pour la conquête du pouvoir. Action politique (électorale et révolutionnaire). Action économique (grèves, grève générale, boycottage, etc.)
2° De l'attitude à prendre par le Parti socialiste dans les conflits des diverses fractions bourgeoises.
Lutte contre le militarisme, le cléricalisme, l'antisémitisme, le nationalisme, etc., etc.
3 e De l'unité socialiste; ses conditions théoriques et pratiques.
Direction et contrôle par le parti des divers éléments d'action, de propagande et d'organisation.
Ce Congrès s'ouvrit le 3 décembre, au gymnase Japy, boulevard Voltaire. Il siégea jusqu'au 8 décembre.
Les déliais prirent, dans l'ensemble, une importance et une ampleur vraiment magistrales. Mais, d'autre part, l'animosité des polémiques qui Avaient précédé le Congrès, le grand nombre des délégués, leur émotion légitime devant la gravité des questions posées, provoquèrent de violents ou tristes incidents. (Validation des mandats. Discours Lafargue, le 4 décembre. Incident Joindy-Liebknecht, le lendemain. Incident Guesde-Jaurès dans la seconde séance du 6 décembre).
iLe Congrès forma une commission de résolution, dont la composition, qui donna lieu à des discussions longtemps prolongées, fut finalement réglée par un accord transactionnel (proposition Jaurès- Walt er). Puis le débat s'ouvrit sur la première branche de la première question. Jaurès prit le premier la parole. Le projet de résolution qu'il défendit reconnais» >ait que le prolétariat doit surtout s'appliquer ■ a conquérir ceux des pouvoirs publics qui relè- I vent directement de l'élection. Le prolétariat I doit aussi se mettre en garde contre les illu-
sions que peut faire naître la participation d'un socialiste à un ministère bourgeois. Mais dans certains cas (crise grave menaçant les libertés publiques, réforme importante conduite à maturité par la propagande socialiste), il peut y avoir nécessité ou intérêt à ce que le Parti, pour une œuvre et dans des conditions déterminées, délègue un des siens au ministère. Il serait dangereux, par une décision que n'impose nullement le principe de la lutte de classe, de limiter la puissance d'action et de pénétration du prolétariat organisé, qui seul peut faire la révolution, qui seul aussi peut pratiquer des réformes efficaces. D'ailleurs, comme il n'y a pas de différence essentielle entre le pouvoir ministériel et, par exemple, le pouvoir municipal, Guesde et Vaillant ne condamnaient-ils pas par là même l'action politique et la conquête des pouvoirs publics ?
Les citoyens Révelin, Carnaud, Yiviani, Salembier, Heppenheimer, Ponard, parlèrent dans le même sens; Briand imputa aux guesdistes la responsabilité de ces « déviations » qu'ils condamnaient; Albert Richard, Fabérot, Allemane firent un appel à la concorde. Ils affirmèrent que trop de place était donnée dans la propagande à l'action purement politique, mais que les militants, quand les libertés publiques sont en danger, doivent se ranger du côté des libertés publiques. Vaillant et Guesde répondirent que la lutte de classe interdisait d'une façon absolue la participation d'un socialiste à un gouvernement bourgeois. Autrement,
le prolétariat on vieillirait à confondre la politique de la classe ouvrière et celle du capitalisme ; il se trouverait désorienté, dispersé, et perdrait toute confiance dans le socialisme D'autre part, il était inexact de comparer l'ac- , tion ministérielle à l'action électorale. Là où [ l'on ne pénètre pas par la volonté ouvrière, I par la force socialiste, maïs par le consentement, sur l'invitation, dans l'intérêt de la classe capi- [ taliste, le socialisme ne devait pas pénétrer, i Un socialiste qui entre dans un ministère n'appartient plus au socialisme; il ne représente plus que les intérêts capitalistes. Il engage sa | responsabilité, ou même, dans la conception de j Jaurès, celle du Parti dans tous les attentats du capitalisme contre le prolétariat ; il les autorise et les couvre par sa présence. En adoptant cette tactique, le socialisme détournerait de lui les travailleurs et recruterait pour l'anarchie. ., C'est dans cet esprit que parlèrent aussi Ebers, i Lignères, Guyot, Zévaès, Létang et Maxence i Roldes.
Sur la question de principe, la Commission des résolutions se trouva divisée (20 voix contre 28, 1 absent). Dans ces conditions, tous les commissaires, à l'exception des délégués du Parti socialiste révolutionnaire, se rallièrent à une motion transactionnelle présentée par le citoyen Delesalle, du Parti ouvrier français. Au nom de la minorité de la Commission, Landrin persista à soumettre au Congrès préalablement la question de principe . L'intervention des citoyens Constant et Jules Guesde, pour appuyer
la proposition Landrin, provoqua des scènes
passionnées.
Finalement, par 818 voix contre 634, le Congrès adopta tout d'abord l'amendement Guesde aux termes duquel la lutte de classe ne permet pas Tentrée d'un socialiste dans un gouvernement bourgeois ; puis, par 1.140 voix contre 240, les conclusions de la Commission, ainsi rédi-
gées
« Tout en admettant que des circonstances exceptionnelles peuvent se produire dans lesquelles le Parti aurait à examiner la question d'une participation socialiste à un gouvernement bourgeois, le Congrès socialiste déclare que, dans l'état actuel de la société capitaliste et du socialisme, tant en France qu'à l'étrano-er, toutes les forces du Parti doivent tendre à la conquête, dans la commune, le département et l'Etat, des seules fonctions électives, étant donné que ces positions dépendent du prolétariat organisé en parti de classe qui, en s'y installant avec ses propres forces, commence légalement et pacifiquement l'expropriation politique de la classe capitaliste qu'il aura à transformer en révolution ».
Sur la seconde branche de la première question (voies et moyens pour la conquête du pouvoir), après avoir entendu Briand, Fabérot, Dejeante qui défendirent la grève générale, et Delory qui en accepta le principe sous réserves, le Congrès décida, à l'unanimité moins deux voix, « que tous les moyens de propagande et d'action doivent être employés par le Parti socia-
liste : action économique, action électorale et révolutionnaire, grève générale, boycottage, etc. . »
La deuxième question donna lieu au vote, sans débat et à l'unanimité, de Tordre du jour suivant : « Le Congrès flétrit les nationalistes et les antisémites et met les travailleurs en garde contre toutes les formes de la réaction ».
Après de nombreux discours, la Commission et le Congrès furent unanimes à adopter la résolution rapportée par le citoyen Dubreuilh.
Le Parti unifié se composait : 1° des cinq organisations nationales ; 2° des Fédérations régionales et départementales ; 3° des groupes isolés comptant au moins 50 membres, mais seulement s'il n'existait pas de Fédération dans leur département, et sous la condition d'instituer, dans le délai d'un an, une Fédération départementale ; 4° des Syndicats adhérant ex-, plicitement à la formule de convocation au Congrès ; 5° des coopératives adhérant à cette formule et consacrant à la propagande socialiste une part de leurs bénéfices.
Les organes du Parti étaient : un Congrès général annuel, un Comité général permanent où chacune des organisations représentées au Congrès élirait un délégué par 50 mandats. Les Fédérations départementales étaient à cet effet divisées en sepî: groupes.
La résolution organisait d'autre part le contrôle de la presse et des élus. 11 devait être formé un groupe parlementaire unique.
Le statut constitutionnel voté au Congrès de Paris reçut son exécution. Un Comité général fut élu, formé au début de 48 membres. Mais les divisions qui s'étaient élevées sur le cas Millerand, sur la politique ministérielle, sur la tactique socialiste à l'égard des partis bourgeois ne s'en trouvèrent point effacées. A l'occasion d'une nouvelle loi sur la réglementation du travail, dite loi Millerand-Colliard, en janvier 1900, le Comité général et sa Conifriission de contrôle se partageaient successivement en deux Inactions égales. En juin, se placèrent les graves incidents de Chalon-sur-Saône, l'interpellation Simyan, l'attitude prise, au cours d'une séance féconde en surprises, par un certain nombre de députés socialistes qui crurent devoir repousser une motion d'enquête parlementaire (motion Berthelot-Zévaès), et surtout « après avoir repoussé isolément l'amendement Massabuau (qui représente les doctrines socialistes comme un piège destiné à abuser les travailleurs), votèrent le même amendement dans un ordre du jour qui accordait leur confiance au gouvernement responsable ». — De là, au sein du Comité général, dans les réunions, dans la presse, d'acerbes débats et des polémiques qui affectèrent souvent une âpreté toute per-
soiincllc. Finalement, le Comité général vota un ordre du jour de désapprobation et décida. le 22 juin, de soumettre le cas au prochain Congrès « pour qu'il jugeât en dernier ressort et prît les mesures nécessaires pour assurer l'unité de vote des élus en ce qui concerne les principes et la politique générale du Parti socialiste ».
21 élus, dans un manifeste rendu public, protestèrent contre l'attitude prise à leur égard par le Comité général. Au reste, les rapports du groupe parlementaire avec le Comité général n'avaient, à aucun moment, pris le caractère d'une collaboration cordiale et d'une confiance réciproque.
8 e CONGRÈS DE IA FEDF.HA.TION DES B0UIISES,
pabis, 1900. — 34 Bourses furent représentées à ce Congrès qui siégea du 5 au 8 septembre.
Une question grave s'y posa : les Bourses adhéreraient-elles à la constitution nouvelle que venait de se donner le Parti socialiste ? se feraient- elle s représenter au Comité général i' A l'unanimité, le Congrès, « considérant que toute immixtion de la Fédération des Bourses dans le domaine de la politique serait un sujet de division et détournerait certainement les organisations syndicales du seul but qu'elles doivent poursuivre : l'émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes », décida qu'en aucun cas la Fédération ne devrait adhérer à un groupement politique.
De nouvelles propositions étaient venues de
la Confédération du travail qui demandait à nouveau l'adhésion de la Fédération des Bourses. Durant les deux années qui s'étaient écoulées depuis le Congrès de Rennes, « les événements avaient nécessité le concours des deux organisations, et elles se Tétaient mutuellement accordé ». L'Assemblée décida pourtant que ni le Comité fédéral, ni les Bourses prises individuellement n'entreraient dans la Confédération. Mais il fut résolu que les Bourses agiraient de toute leur influence auprès des Syndicats pour aider à l'organisation des Unions nationales de métiers.
Le Congrès vota de nouveau le principe, aflirmé à Toulouse et à Rennes, d'un secours de voyage uniforme calculé d'après la distance kilométrique, et dont la dépense serait proportionnellement répartie sur l'ensemble des Bourses. Il approuva sous certaines réserves la création faite par le Comité fédéral, conformément à un vœu du Congrès de Toulouse, d'un « office national ouvrier de statistique et de placement ». Puis les délégués donnèrent de précieux renseignements sur les cours professionnels organisés par les Bourses, auxquels le Congrès décida d'adjoindre des cours populaires et un enseignement primaire.
Les circonstances politiques eurent leur écho clans le Congrès. On décida que « les jeunes travailleurs qui ont à subir î'encasernement devraient être mis en relation avec les secrétaires des Bourses du travail de la ville où ils seraient en garnison ». Et l'ordre du jour suivant
fut voté, après un vif débat sur le ministère et sur le régime républicain : « Le Congrès constate nue, sous le régime actuel, comme sous toute auire forme de gouvernement capitaliste, les ouvriers sont toujours victimes des fusillades. 11 eugage les organisations ouvrières ii ne compter que sur elles-mêmes pour s'émanciper. »
11 e CONGRÈS CORPORATIF (5° DE LA CONFÉDÉRA- TION du travail), paris, 1900. — L*Congrès de la Confédération se tint du 10 au 14 septembre. La question constitutionnelle s'y posa, comme à chacun des Congrès antérieurs.
La Confédération devait-elle admettre indifféremment les Fédérations de métiers el les Fédérations d'industries ? Son rôle n'était-il pas plutôt, comme l'avaient toujours prétendu les Bourses du travail, de réaliser en dehors d'elles la centralisation syndicale afin de ne grouper que le plus petit nombre possible de Syndicats nationaux ? 88 délégués affirmèrent que la Confédération devait, « là où il y a une Fédération d'industrie, ne pas créer une Fédération de métier ; .... engage» les Fédérations de métiers d'une même industrie à constituer un lien qui les rattachât pour une action générale ». .Mais 133 délégués votèrent un ordre du jour par lequel le Congrès, « affirmant qu'entière liberté doit être laissée à l'organisation ouvrière..., affirmait que les Fédérations d'industries et de métiers seraient admises à la Confédération ». Le Congrès délibéra sur les marques de
reconnaissance syndicale (label), sur la prud'homie et le Conseil supérieur du travail récemment réorganisé par le ministre Millerand ; les débats sur la propagande agricole et sur les coopératives de production ou de consommation furent surtout dignes de remarque.
Mais il faut noter particulièrement, comme le signe d'un changement profond dans l'état d'esprit des syndicaux, le débat qui s'engagea sur la grève générale. La grève générale, qui est la révolution économique, n'était plus conçue comme exclusive de la révolution politique, comme indépendante du mouvement politique et des circonstances. La grève générale avait été jadis comme le symbole de l'hostilité des syndicaux contre les « politiciens ». Mais au Congrès de Paris on ne vit plus en elle qu'une forme de la révolution comme toutes les autres, qui ne niait point les autres, qui dépendait plus spécialement des groupements économiques, mais que le Parti socialiste organisé pouvait aider à réaliser. « On tend, dit le citoyen Voillot, à ôter à la grève générale le sens exclusiviste qu'elle a eu jusqu'ici. Bien des fois ses militants repoussaient d'une façon absolue toute autre formule de propagande. Il n'en est plus ainsi, et c'est heureux pour la cause commune. » Le citoyen Riom ajoutait : « Les événements de cette petite période de quelques mois ont plus fait pour la. propagation de l'idée de la grève générale que les 15 ans de propagande. » Et le Congrès adopta, sans opposition, un ordre du jour qui, par une formule nette et
décisive, acclamait la grève générale comme « un des seuls moyens qui, dans le domaine économique, assurera l'émancipation des travailleurs, tout en n'excluant pas les moyens employés sur un antre terrain ».
18" CONGRÈS nil PARTI OUVRIER, IVRY, 1903, —
Ce Congrès se tint à Ivry, les 20 et 21 septembre. Il s'appropria tout d'abord une déclaration du Comité national, qui, rappelant les multiples accidents de l'année, « arbitraire administratif, scandales judiciaires, brutalités policières et militaires, massacres de la Martinique et de Chalon », constatait que jamais démonstration plus éclatante n'avait été faite du caractère de liasse — et de classe capitaliste — qui s'impose :iu gouvernement de l'État moderne, et que jamais, d'autre part, « terreur gouvernement le et patronale n'avait rencontré plus de complicité silencieuse ou active auprès de certains élus et de certains journaux se réclamant du socialisme qu'ils déshonorent ». En revanche, le Conseil et le Congrès enregistraient quelques faits réconfortants : la résistance des Syndicats à la loi Millerand-CoIIiard, d'autre part lu conduite du Comité général, qui n'avait « pas tardé à réaliser dans son sein la véritable union socialiste » en laissant à d'autres la responsabilité de ladite loi et en condamnant les députés qui, le 15 juin, avaient « trahi la Fiance ouvrière et renié les doctrines collectivistes présentées comme un piège à travailleurs ».
-La déclaration se terminait ainsi : « Se ren-
dant solidaire du Comité général dans cette œuvre indispensable de salut socialiste, le Congrès se déclare prêt à poursuivre, avec tous les militants de toutes les organisations ouvrières et socialistes, l'unification de plus en plus complète de la force prolétarienne, condition et instrument de la Révolution nécessaire. »
En même temps, « pour répondre aux attaques de la presse de toute nuance, le Congrès, considérant le double jeu des journaux nationalistes et ministériels, qui, les uns par leurs éloges calculés et calomnieux, les autres par leurs attaques éhontées, poursuivent la même œuvre bourgeoise de division et de déconsidération du Parti, clouait au même pilori la Libre Parole et la Petite République, Y Intransigeant et Y Eclair ».
Puis le Congrès vota une résolution sur le socialisme communal qui se résumait dans la phrase suivante : « Il n'y a pas et ne peut y avoir de socialisme communal » par la raison que les municipalités sont prisonnières de leur milieu, que la transformation de certaines industries en services municipaux n'a pas par ellemême de caractère socialiste, que les améliorations de détail qui peuvent se réaliser dans la commune laissent subsister les classes et leur antagonisme. 11 vota une résolution surles trusts portant qu'aucun gouvernement ne saurait réagir contre le trust qui est un phénomène nécessaire, et que seule « la socialisation des moyens de production résoudra la question des trusts en n'en laissant subsister que les avantages ».
Quant au Congrès général qui allait s'ouvrir, et qui, dans les circonstances, devait fatalement décider, non plus l'entente précaire ou « l'union centrale » de 1899, mais soit le schisme, soit l'unité complète, le Congrès d'Ivry, à l'unanimité, proclama que le Parti ouvrier resterait fermement sur le terrain de la lutte de classe, et se déclara « prêt à faire l'union ou l'unité socialiste avec tous les socialistes révolutionnaires qui se refusent à toute collaboration avec la bourgeoisie ».
2 e CONGHK5 GÉNÉRAL DES ORGANISATIONS SOCIA- LISTES fîiakc aises, paris, 1900- — Le Congrès s'ouvrit à Paris, le vendredi 28 septembre, salle Wagram. Depuis le Congrès d'Ivry, s'était tenu dans la même salle le Congrès international.
S*Dph la première séance, le Congrès offrit un spectacle violent et passionné. Comme à Roanne, comme à Châleatiroux, la constitution même de l'assemblée provoqua des incidents tumultueux. C'est au Comité général qu'avait été réservée la tache d'organiser et de convoquer le Congrès. Or, la commission de vérification nommée par lui avait réservé un certain nombre de mandats. Le Congrès désigna pour les examiner une Commission nouvelle dont le rapporteur, Fribourg, s'appuyant sur la confusion ou mémo l'absence des dossiers, vint prooser la validation en bloc de tous les mandats ouleux. De cette validation la majorité pouvait épendre... Après un débat sur le fond, qui fut if, le vote par mandats fut réclamé. Aux termes
de la circulaire rédigée par le Comité général, le vote par mandats était de droit dès que demande en serait faite. Mais André Lefèvre, Briand, invoquant le précédent de 99, soutinrent que celte disposition ne pouvait s'appliquer qu'aux votes de principe et non aux questions d'organisation intérieure. Charnay appuya leur thèse, en se fondant sur la souveraineté du Congrès. Finalement, malgré les protestations des citoyens Vaillant et Perrin qui soutinrent qu'en refusant le vote par mandats, le Congrès violait en quelque sorte le pacte contractuel qui avait servi de base à sa convocation, le Congrès adopta la motion Briand, ainsi conçue : « Le Congrès, souverain pour régler la procédure d'admission des mandats, décide que, sur toutes les questions touchant les formalités préliminaires, le vote aura lieu par tête. » Le rapport Fribourg fut adopté à mains levées. Allemane fut nommé président définitif.
Le vote de la motion Briand, la validation des mandats contestés qui en fut la conséquence, enlevait, en raison de l'origine de ces mandats, toute chance de majorité au Parti ouvrier français et à ses alliés (Parti socialiste révolutionnaire, Alliance communiste, Fédérations du Haut-Rhin, du Doubs et de Saône-et-Loire). Dès le lendemain 29 septembre, ces organisations, par la voix des citoyens Dazet et Constant, firent entendre des protestations formelles. Elles prenaient acte de la motion Briand comme d'une violation du pacte conclu qui mutilait la représentation du Congrès et viciait d'avance
ses résolutions. De ce moment, le Parti ouvrier observa dans les votes une abstention systématique et ses délégués évitèrent de prononcer le mot même de « Congrès ». 11 faut i noter pourtant que, après quelques hésitations, les délégués du Parti ouvrier prirent part au vote sur la motion Charnay, relative à l'abrogation des lois scélérates.
En cet état, on entendit les rapports des citoyens Dubreuilh, au nom du Comité général; Bracke, au nom de la Commission de contrôle; Andrieux, au nom de la Commission de propagande; Rouanet, au nom de la majorité du groupe parlementaire. Ces documents rappelaient, dans des intentions diverses, les graves incidents de Tannée écoulée. Le dimanche 30 septembre, Briand répondit aux trois rapports émanés du Comité général et de ses commissions. Ce discours passionna les deux côtés de rassemblée. Par de dures interruptions le. citoyen Lafargue venait de provoquer d'acerbes répliques de l'orateur, quand soudain on vit, au pied de la tribune, le délégué Andrieux, au milieu des clameurs, montrant à ses amis sa main écorchée. Le tumulte interrompit le discours de Briand. Lucien Roland, guesdiste, proposa l'expulsion « du citoyen qui s'était permis de frapper un délégué ». — « La proposition, dit le compte-rendu, est repoussée. Violent tumulte. A gauche, cris répétés de : Assassin! Assassin! — Les membres du Parti ouvrier français sont tous debout, et quittent la salle... »
Qu'allait faire le Parti socialiste révolution-
naire? Landrin vint en son nom, appuyé par Jaurès, demander une suspension de séance.
Après vingt minutes, la séance reprit. Les délégués du Parti socialiste révolutionnaire et de l'Alliance communiste étaient à leurs bancs.
Dans la seconde séance du 30 septembre, le Congrès épuisa son ordre du jour. Il fallait trancher une première question, soumise au Congrès par le Comité général lui-même: l'attitude des élus dans l'affaire de Chalon-sur-Saône. Le Congrès entendit Chalot et Journoud, de la Fédération de la Haute-Saône, qui demandèrent au Congrès de s'approprier l'ordre du jour du Comité général; Vaillant et Roldes qui appuyèrent cette motion, « laquelle ne comportait qu'une désapprobation juste et modérée sans condamnation, ni flétrissure » ; Viviani qui, tout en reconnaissant les fautes commises, prit la défense des élus; le député Renou, qui, fort de son vote personnel, prêcha la concorde et l'union. Plusieurs organisations présentèrent en réponse une proposition qui désapprouvait également les élus et l'auteur de la motion d'enquête, Zévaès, « pour ne pas s'être conformé aux décisions du Congrès de 1899 et du Comité général, lesquelles, en prévenant toutes surprises de ce genre, ont eu pour objet d'assurer l'unité de vote du groupe parlementaire ». Ces deux propositions furent repoussées, et le Congrès adopta successivement, en les incorporant l'un à l'autre, l'ordre dujourTurot : « Le Congrès, attendu qu'il résulte du débat que, si des tactiques différentes ont été suivies, tous*
les membres du Parti socialiste ont agi avec une entière bonne foi et avec la seule préoccupation d^ servir leur parti, passe à l'ordre du jour », et Tordre du jour Vaillant: « Le Congrès, flétrissant les auteurs responsables des massacres de Chalon et leurs complices, passe à Tordre du jour ». L'ensemble fut voté par acclamation à la presque unanimité.
Restait la résolution sur l'unité. Elle fut votée sans débat. La Commission désignée à cet effet avait été unanime, le Congrès le fut. L'expérience avait prouvé jusqu'à Texcès que de la demi-unité organisée en 1899 ne pouvait sortir une constitution viable. Marpaux Tavait prouvé, le 29 décembre, aux applaudissements de toute l'assemblée. Vaillant Tavait reconnu, tout en mettant le Congrès en garde contre Texcès du fédéralisme. Tous les délégués admettaient que Tunion devait être organisée, non seulement entre les représentations centrales des partis, mais dans la région, dans le département, dans la commune. Mais cette constitution devait être longuement élaborée, et il fallait bien aussi, pour qu'elle reçût une exécution aisée, la faire accepter du Parti ouvrier français. La résolution proposée par la Commission était donc ainsi formulée :
« Le Congrès socialiste proclame que Tunité léfinitive et entière du Parti socialiste doit être •éalisée dans le plus bref délai, afin que le proétariat puisse opposer son unité de classe à tous ses adversaires.
» Le Congrès, affirmant, malgré des divisions
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passagères, la permanence et la continuité d'action du Parti, décide qu'un nouveau Comité général sera constitué par une représentation proportionnelle des organisations actuellement existantes, selon le nombre de leurs mandats au présent Congrès.
» Le Congrès décide que le nouveau Comité général aura pour mandat essentiel de préparer un projet d'unification complète du parti et de le soumettre à un nouveau Congrès convoqué au plus tard dans six. mois.
» Le Comité général devra ouvrir sans retard une consultation auprès de tous les groupements politiques et économiques du Parti sur le meilleur mode d'organisation et d'unification du Parti socialiste, et aussi sur le meilleur mode de convocation du prochain Congrès. »
Cependant les délégués du Parti ouvrier, réunis salle du Globe, puis salle Vantier, sous la présidence du citoyen Delory, votaient à l'unanimité les résolutions suivantes « appelées à réaliser à bref délai l'unité socialiste révolutionnaire ».
Ils expliquaient tout d'abord qu'en rompant « avec de prétendus camarades qui, après avoir piétiné sur les décisions du Comité général, dépouillé de toute représentation, au moyen du vote par tète, le plus grand nombre de ses organisations, validé tous les groupes fictifs, escroqué toutes les présidences... ont été jusqu'au
guel-ape-ns contre le rapporteur de la Commission île propagande... », le Parti ouvrier avait accompli son devoir envers le prolétariat conscient.
Puis les délégués décidaient:
1* D'approuver les rapports de Dubreuilh, Bracke et Andrieux.
2° De reprendre « le vote de désapprobation — ou de blâme » émis par le Comité général à L'égard de plusieurs élus socialistes.
'.i" « De réaliser entre tous les socialistes révolutionnaires non seulement l'union, mais l'unité, an moyen d'un nouveau Comité général ouvert à lotîtes les organisations inébranlables sur le terrain île la lutte de classes. »
Malgré toutes les réserves incluses dans cette dernière phrase, le Parti ouvrier, lui aussi, parlait donc nen plus d'union, mais d'unité. En dépit des fautes, des rancunes, des violences, l'unité socialiste était en marche ..