CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION DES BOURSES
heures, 1898. — Ce Congrès se tint du 21 au 1\ septembre. Douze Bourses seulement y étaient représentées directement.
Le Comité fédéral exposa quelle suite avait été donnée aux résolutions de Toulouse, h ex-
posa notamment un projet très complet touchant les secours de voyage aux ouvriers syndiqués (viaticum).
Les Bourses représentées, notamment celles de Paris, de Rennes, de Clermont-Ferrand et de Versailles, rendirent compte, dans de remarquables rapports, « de leur fonctionnement, des services créés par elles, des méthodes adoptées et des résultats obtenus ».
Mais le débat caractéristique fut consacré aux relations peu amicales qu'avait entretenues le Comité fédéral avec le Comité national corporatif. L'expérience avait montré que la constitution élaborée à Toulouse n'était pas viable. En effet, selon le Comité fédéral, « la cause du différend était moins le résultat de mesquines rivalités que la différence de degré dans le développement des deux organisations ». Dans ces circonstances, une seule solution restait ouverte : modifier une fois de plus les statuts de la Confédération du travail, les rédiger enfin dans la forme qu'avait toujours préconisée la Fédération des bourses, — laquelle n'avait obtenu, à Tours et à Toulouse, que des satisfactions partielles et insuffisantes. Il fut résolu que le Comité fédéral exposerait l'ultimatum de la Fédération des bourses au Congrès de la Confédération qui s'ouvrit, à Rennes également, le 25 septembre.
10 e CONGRÈS CORPORATIF (4 e DE LA CONFEDERA- TION du travail), rennes, 1898. — Le rapport du secrétaire confédéral, le citoyen Lagailse, fit
le récit des mulliples incidents survenus entre lui et le secrétaire fédéral, le citoyen Péllouiier. Le débat fut aigre et minutieux.
Tous les délégués reconnurent la nécessité de modifier les statuts. Mais dans quel sens? Accepterait-on le projet de la Fédération des bourses, qui demandait que la Confédération fût seulement le lien inoral et théorique entre les Bourses fédérées et les Unions nationales de métiers ? Se constituerait-elle en dehors de la Fédération des bourses? Ce fut cette dernière solution qui prévalut. Les Bourses fédérées, les Unions de métiers confédérées redevinrent deux organismes distincts.
Celte séparation restait amicale.. Le rapporteur, le citoyen Biom, s'exprima ainsi : « S'efforçant de faire cesser tout conflit... la Commission s'est inspirée de la nécessité de laisser dans leurs rôles respectifs distincts les deux formes du mouvement syndical : la forme professionnelle corporative, par la réunion des Fédérations de métier, sous le nom de Confédération ; la forme locale, administrative, parla Fédération des bourses du travail. » En conséquence, la Confédération n'admit plus (art. 3 des nouveaux statuts) que les Fédérations nationales, locales cl départementales de métiers, et les Syndicats isolés dont les professions ne sont pas constituées en Fédérations nationales, ou dont les Fédérations refuseraient d'adhérer à la Confédération. Les Bourses du travail n'y étaient plus comprises. Mais le rapporteur ajoutait : « Sans considérer l'ap-
point de la Fédération des bourses comme nécessaire à la Confédération, la Commission admet que les deux organisations, tout en restant absolument autonomes, puissent se réunir par intermittence et dans les cas urgents lorsqu'elles en éprouveront le mutuel désir. »
Ces cas ne furent d'ailleurs prévus et réglés par aucun article des nouveaux statuts. Les deux organisations restaient donc entièrement distinctes, et le rêve de l'unification syndicale s'évanouissait une fois de plus. Mais précisément tous les délégués de Rennes semblaient convaincus que l'organisation syndicale doit être double, que « pour produire tout leur effet les Syndicats doivent être fédérés localement parles Bourses et nationalement par les Unions de métier ». 11 valait donc mieux se séparer. Au moins se séparait-on sans hostilité et même sans violence et sans rancune. Une action commune, une propagande concertée restaient possibles. « La rivalité devait se transformer en émulation. »
Les principales questions traitées par le Congrès furent : la prud'homie, la coopération, la grève générale (le Comité corporatif de la grève générale s'étant réuni avec le Comité ailemaniste, un débat s'éleva sur ce point), l'alcoolisme, — et enfin la création projetée d'un journal corporatif qui avait occupé déjà les Congrès de Tours et de Toulouse.
Les événements de cette année sont à la fois si graves et si proches de nous, qu'il est superflu de les relater dans leur détail et qu'il serait prématuré de formuler à leur égard des appréciations quelconques. Le président Félix Faure mourut. Paul Déroulède, le jour de ses obsèques, tenta l'entreprise avortée d'un Brumaire. Devant le danger du complot césarien et monarchiste, les cinq organisations socialistes (allemanistes, blanquistes, broussistes, guesclistes et indépendants) constituèrent un Comité d'entente où toutes cinq étaient également représentées. Un Congrès régional delaFédérationduCentre, tenu à Paris en avril-mai 1899, se déclara « résolu à maintenir la cordialité de relations qui, depuis la fondation de l'entente socialiste, existait entre les diverses organisations nationalement constituées ». C'était eu effet un commencement d'union, accidentelle et précaire, mais amicale. Puis vinrent l'attentat d'Aulcuil, la manifestation de Lungchamp, où Ton vit se dresser d'un seul mouvement, devant la menace du coup de force, monarchiste ou plébiscitaire, le peuple socialiste de Paris. Après l'entente commune, c'était l'action commune.
Mais, en juin, le ministère Dupuy tombait, et M. Waldeck-Uousseau, chargé par le président
Loubet de constituer un cabinet « de défense républicaine », y faisait entrer côte à côte le général de Galliflet — dont le nom reste attaché à la répression sanglante de mai 1871 — et le député socialiste Millerand. Estimant « qu'il fallait avant tout arracher la République à la combinaison atroce et mortelle de la fourberie méliniste et de la dictature militaire à tenue déguisée sous le mensonge des formes légales», deux journaux socialistes, La Petite République avec Jean Jaurès, La Lanterne avec René Viviani prirent la défense du ministère Waldeck, qui, grâce au concours d'une partie des voix socialistes, conquit à la Chambre unie majorité.
Le 25 juin les députés appartenant au Parti ouvrier français, au Parti socialiste révolutionnaire (Comité révolutionnaire central) et à l'Alliance communiste décidèrent de se retirer du groupe parlementaire Y Union socialiste. Le 14 juillet, les organes centraux de ces trois partis rendaient public un manifeste, adressé à la France ouvrière et socialiste, rappelant au nom de la lutte de classe que le parti socialiste ne pouvait, « sous peine de suicide, être ou devenir un parti ministériel ». Le manifeste rattachait d'ailleurs l'incident Millerand à l'ensemble de la tactique suivie depuis deux ans, dans l'affaire Dreyfus, par Jaurès et ses amis. « Il s'agissait d'en finir avec une politique prétendue socialiste, faite de compromissions et de déviations, que depuis trop longtemps on s'efforçait de substituer à la politique de classe...
La contradiction entre ces deux politiques devait infailliblement se manifester un jour ou l'autre. Et par l'entrée d'un socialiste dans un. ministère Walileck-Rousseau, la main dans la main du fusille ur de mai, elle s'est manifestée dans -des conditions de gravité et de scandale telles qu'elle ne permettait plus aucun accord entre ceux qui avaient compromis l'honneur et les intérêts du socialisme et ceux qui ont charge de les défendre. »
Un tel désaccord ne pouvait, en l'état des choses, comporter ni conciliation ni sanclion, puisqu'il n'existait, entre les partis socialistes provisoirement divisés (blanquistes ' et guesdistes d'une part ; allemanistes, broussiste» et indépendants de l'autre), aucune organisation unitaire qui pût servir d'arbitre et de juge. Le Comité d'entente n'était qu'un rouage administratif, un rendez-vous de discussion et d'exécution, sans vie, sans pouvoirs propres. El ainsi l'idée d'un Congrès général apparut avec une nécessité impérieuse. Dès le premier jour, c'est au Congrès national qu'en appela Jaurès, « au parti socialiste réuni en un Congrès national pour dégager sa méthode, préciser sa tactique, organiser son unité et apaiser de sa volonté souveraine les discordes des groupes et les rivalités des hommes. » — D'autre part n'était-il pas manifeste que, s'il eût existé au moment de la constitution du ministère Waldeck une constitution unitaire du parti socialiste, le cas Millerand ne se fût jamais produit? Qu'un socialiste dût ou non participer à un
gouvernement bourgeois, c'était une question controversable. Le parti unifié l'eût tranchée souverainement. Il eût imposé à tous sa décision et sa discipline. Le Congrès paraissait donc également nécessaire pour juger le présent et pour organiser l'avenir.
D'ailleurs au sein même des trois partis qui avaient lancé le manifeste, s'accusaient de graves divisions intérieures. La presse socialiste, durant plusieurs semaines, se remplit de protestations, de rectifications, de désaveux.
Le 17 juillet, la Fédération des travailleurs socialistes publiait une déclaration par laquelle elle protestait « contre toute pensée, tout acte pouvant aboutir à la lutte fratricide », et demandait que tout sujet de discussion fût remis à l'examen d'un Congrès. La Fédération donnait, dès le lendemain, mandat formel à ses délégués au Comité d'entente « de prendre, pour atteindre ce but, les mesures et de faire les démarches nécessaires ». Le 21 juillet, les comités directeurs du Parti ouvrier, du Parti socialiste révolutionnaire et de l'Alliance communiste publiaient une réponse adressée au Comité national de la Fédération, et aux termes de laquelle leurs organisations respectives allaient être consultées sur le projet de convoquer à Paris, en septembre, « un Congrès général du socialisme... à l'effet de décider si la lutte de classe, qui est la base même du socialisme, permet l'entrée d'un socialiste dans un gouvernement bourgeois ».
Dans le commencement d'août, la Confédération des indépendants et le Parti ouvrier socia-
liste révolutionnaire- acceptaient également, en tenues explicites, la convocation d'un Congrès
général.