‹ Les Conséquences Économiques de l'AbsentéismeChapitre 14 sur 33 · SE M · texte numérisé non relu

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sistance économique du pays ? Dans la mesure où existe la liberté des échanges internationaux, comme dans celle où les individus sont juridiquement capables, pourquoi les échanges ne pourraientils pas être conduits dans un mauvais sens ou subir l'influence d’une situation intérieure ou extérieure défavorable ?

Conséquences de l’absentéisme par l'échange.

Leurs rapports avec celles des autres formes dè l’absentéisme.

Etudier en détail les conséquences de labsentéisme par l'échange, ce serait entreprendre une étude générale des échanges, c'est-à-dire d’une quantité immense de phénomènes économiques qui ont depuis longtemps été l’objet de recherches approfondies. Il s’agit seulement ici de montrer en quoi elles sont du même ordre que les conséquences des autres formes de l’absentéisme, et de les reconnaître sous les aspects et les noms divers qu’elles ont dans la science économique. En elles-mêmes et isolément, elles ont souvent été analysées.

Quelles peuvent être les conséquences de l’absentéisme par l’échange sur l’élément nature de la production du pays? D’une façon générale dans les pays atteints sérieusement d’absentéisme par l’échange, élément nature, s’il n’est pas épuisé par une exploitation intensive, l’est souvent par une exploitation maladroite. Sur la quantité des capitaux, l’absentéisme par l’échange agit directement. C’est [à son effet le plus accentué. Le travail peut bien diminuer, mais les éléments travailleurs, la population, ne subissent pas dans leur nombre les conséquences des phénomènes économiques au degré que les économistes anglais prétendaient. Au contraire, la consommation étant plus impérieuse que l'épargne, il se constituera dans un pays appauvri

par l'échange peu de capitaux ; le travail, mal entretenu, peu encouragé, ne favorisera pas par l'invention l'établissement d'instruments ingénieux ; le pays ne possèdera donc guère de Capitaux ni chez lui ni à l'étranger ; par capitaux, nous entendons à la fois les titres et les instruments qu’ils représentent. La production sera donc faible, et une partie de cette production pourra en outre être enlevée par l’absentéisme qui continue à se manifester, Le travail, mal rétribué, émigrera ou sera absentéiste.

Le manque de capitaux, à la différence de ce qui a lieu au cas d’absentéisme par placement, n’a point ici les mêmes avantages en retour.

L’absentéisme par l’échange détermine en quelque sorte deux séries de conséquences: celles de la première sont constituées par les effets directs du manque de capitaux et de richesse à consommer et par l’emploi stérile pour le pays d’éléments productifs.

La deuxième série de conséquences comprend le peu de progrès ou la régression des aptitudes du travail mal rétribué, l’émigration, la déchéance économique générale possible.

Les conséquences de la première catégorie sur l’abondance et l’emploi du capital en général et de certaines richessescapitaux déterminées ont une grande importance sur les conditions de la production.

Il y a lieu, en effet, de tenir compte de la nature des choses vendues à l'étranger. Si une grande partie des marchandises objets du commerce extérieur est destinée à la simple consommation, il en est d’autres (matières premières) qui sont des capitaux circulants, des instruments de production.

Il n’est pas indifférent que des marchandises de ces deux sortes soient échangées. L'absence de l’emploi des dernières ne sera pas compensé par la consommation des premières, importées. Il y aura, en ce cas, absentéisme de la production. C’est

la question du rapport entre la valeur d’une part, et l'emploi productif ou consomptif, d’autre part. Il est évident que les produits, qu’ils soient par nature ou par destination employés en production ou en consommation, ont les uns et les autres une valeur courante, qui se mesure par la monnaie; cependant, au point de vue économique, l'importance de l’emploi a une grande importance et fait en quelque sorte varier cette valeur. Pour apprécier l'importance relative de la production et de la consommation, il ne faut pas oublier qu’au total employer le plus possible en production est un non-sens, attendu qu’on ne produit que pour consommer. Que si l’on objecte que justement on consacre les produits à la production pour consommer davantage, il faut répondre que cela comporte une augmentation de la consommation.

Il doit y avoir certains rapports entre la marche ascensionnelle de la production et de la consommation : l’une ne saurait s'éloigner beancoup de l’autre. Du fait de l'accroissement du capital, la production tend àaugmenter très vite, mais les besoins de l’homme sont illimités et tendent très vite à devenir impérieux. Ce sont à la fois des faits évidents et nécessaires l’un à l’autre. Néanmoins, la consommation proportionnellement excessive par rapport à la production arrête le développement économique. S'il résulte donc de l’absentéisme par l'échange que les produits introduits dans le pays sont plus propres à la consommation que ceux exportés, s’il en résulte une consommation excessive, il n’y aura pas augmentation de l’absentéisme lui-même déterminé par la différence entre les deux coûts de production, mais aggravation de ses conséquences. Ce cas, possible, est en réalité moins fréquent qu'on pourrait le croire, et les mercantilistes notamment s’en étaient exagéré l’importance. Les protectionnistes l'ont considéré avec plus d’exactitude, mais il est assez apparent pour que des pays libreéchangistes comme l’Angleterre taxent fortement les produits

de luxe qui représentent une haute valeur d'échange, dont la contre-partie d'échange risque d’être une grande quantité de richesse productive.

Cette différence d'importance de l’absentéisme selon que la perte de richesse influe sur la production ou sur la consommation, se retrouve lorsqu’on considère l’absentéisme de l'individu.

L'agriculture peut supporter directement les conséquences de l’absentéisme par léchange, en ce sens qu’une partie du travail et-du capital employés dans la production agricole le seront stérilement, par suite de mauvais échanges de produits agricoles. Les capitaux et le travail agricoles sont alors peu rémunérés, la perte se répartissant sur l’ensemble de ces capitaux et de ce travail. Ils ne reçoivent en échange de leurs produits exportés qu’une rétribution insuffisante pour les maintenir en bon état, ou pour les retenir dans l’agriculture. Celle-ci ne saurait donc se développer. De plus, si elle le faisait quand même et que son développement eût pour effet, non pas de diminuer le coût de production, mais d'augmenter la quantité des produits, si ces produits continuaient à être exportés dans les mêmes conditions, et surtout dans de pires, la situation agricole ne ferait que s'aggraver. L'agriculture enfin souffrira du mauvais état général du pays provoqué d’abord par le sien propre, et aussi par les échanges défavorables des produitsdes autres branches de la production. En résumé, il y a emploi stérile de travail et de capital qu'on doit regarder comme absentéisteset dont l’entretien est à charge au pays, destruction ou diminution de ces éléments d’une façon générale pour le pays entier, et délaissement de l’agriculture. Ilen résulte un manque de capitaux, un manque de leur augmentation au moins, et un manque absolu eu égard à la population qui généralement suit une marche ascendante et ne subit que faiblement, dans le mouvement de son nombre, les effets des phénomènes économiques. La véritable perte, en ce qui concerne le travail et le capital,

ce sont les frais d’entretien du capital (non pas des titres qui le représentent, mais des instruments qui le constituent) et du travail, de ceux qui au moins sont absorbés littéralement dans l'entretien, qui constituent la rétribution nécessaire à l’existence de ces éléments.

Si cette distinction est peu naturelle en ce qui regarde le travail, qui est bien obligé de se vendre pour sauvegarder l’existence de l'individu, il n’en est pas de même en ce qui touche le capital. L’individu qui possède un capital pourra se voir dans la nécessité de le louer pour vivre, dans la mesure strictement indispensable pour ne pas travailler ; au-delà, si la rétribution du capital n’est pas encourageante, les richesses seront consommées ; au lieu de travailler pour créer des capitaux, lindividu s’abandonnera à la paresse.

L'industrie proprement dite, comme l’agriculture, subira les mauvais eflets de l’absentéisme par l'échange. Toutes les distinctions faites entre l’industrie agricole et les autres industries ont ici leur importance, tant en ce qui concerne l’absentéisme lui-même que le manque consécutif de capital et de travail. L'industrie sera plus atteinte que l’agriculture par le manque de capitaux à louer, car c’est par la location qu’elle se procure le capital nécessaire, c’est le placement qui le lui fournit dans de bonnes conditions. Si une partie des capitaux industriels est employée stérilement, elle sera atteinte d’abord par le payement total des intérêts à un taux trop élevé, puis le capitaliste lui-même sera tou ‘hé par la réduction de l'intérêt.

On a considéré comme un bien la baisse du taux de l'intérêt, surtout à l'égard de l’agriculture. En tous cas, la raréfaction des capitaux devrait relever le taux à première vue. Mais il ne faut pas oublier les éléments de la valeur; la productivité, la demande en font partie; or, en ce cas, il y a peu ou point de productivité et il n’y aura, par suite, quère de demandes. L'offre diminuera par la réduction consécutive de la formation

des capitaux: l'intérêt pourrait se maintenir ainsi, si cette offre n’était pas précisément celle des individus les moins exigeants pour la rétribution de leurs capitaux. L'industrie sera donc, en résumé, dans la situation de celle des pays Jeunes: des possibilités de travail, un peu de travail mal rétribué, presque point de capital, des échanges onéreux et ne tendant pas à le devenir moins. L'agriculture, moins atteinte par le manque de capitaux à placer, conservant les siens dont l'emploi ailleurs ne serait pas aisé et dont la plupart (capitaux constants et fixes relativement plus abondants dans la culture arriérée) ne pourraient être déplacés, ne saurait entrer dans la voie de la production rationnelle, ni fournir de débouchés à l’industrie (1).

L'industrie des transports est particulièrement intéressée par l’absentéisme par l’échange. Pour elle, l’essentiel est qu'il y ait transport, c’est-à-dire échange entre lieux différents. Toutefois, elle a grand intérêt à desservir des pays prospères, qui payeront mieux et qui peuvent fournir un bien plus grand profit. Mais il est certain que l'intervention, même ruineuse, de l'échange dans un pays jusque là sous le régime de l’économie nationale, provoquera l’établissement de transports. Si les entreprises risquent de péricliter, surtout lorsqu'elles fixent beaucoup de capitaux comme les chemins de fer, il n’en est pas moins vrai qu’elles peuvent obtenir une rémunération satisfaisante et se maintenir jusqu’à ce que, par suite du développement économique du pays jeune, elles trouvent dans le mouvement des échanges entre pays prospères la source de gros profits.

Il faut ici signaler l’absentéisme par le transport. L’échange

1. L'agriculture pourra par suite du mauvais état de l’industrie acheter à l'étranger des machines qui coûteraient moins cher à produire dans le pays et c’est un exemple d’absentéisme par l'échange.

entre pays exige nécessairement des transports qui ne sont pas faits gratuitement, L'industrie des transports trouve des clients parce qu’elle donne aux produits transportés une valeur plus grande. Elle est rétribuée par ceux qui ordonnent le transport. Ces derniers devront donc se procurer les ressources nécessaires pour cette rétribution : ordinairement c’est grâce à l’augmentation de valeur des objets transportés ; ce peut être aussi une occasion de perte pour eux. Mais, d’où que provienne la richesse qui constitue la rétribution, elle change de mains.

Lorsque le transport est fait par des nationaux, ce changement de mains n’intéresse que peu l’absentéisme ; cependant, on ne fait point de transports sans dépenses à l'étranger ; il faut donc tenir compte ici de ces dépenses. Lorsque les transports qui intéressent un pays sont faits par des étrangers, il peut en résulter en principe une perte pour ce pays. Les étrangers qui transportent les produits échangés peuvent être soit du pays avec qui l'échange est accompli, soit de pays non intéressés autrement dans l'échange. Ce qu’il est important de savoir, c’est qui paye les frais de transport. En règle générale, c’est évidemment la partie qui a le plus besoin de l’échange, ou celle qui y trouve le plus de bénéfices et désire le plus effectuer l’échange.

On peut faire rentrer le premier cas dans le second ; car, s’il est certain que le pays qui a le plus besoin de l’échange devrait en payer les frais plutôt que de renoncer à l’échange il faut remarquer qu'il ne le fera que s’il se rend compte de l'intérêt qu'il a à l'échange, c’est-à-dire, dans la mesure où il désire l’échange.

Il est donc possible que le pays à qui l'échange est le moins nécessaire, mais qui voit les profits qu'il en peut relirer, prenne les frais de transport à sa charge si l’autre pays, à qui pourtant l'échange est presque indispensable, ne s’en rend pas compte et irait plutôt à son dépérissement que de les payer. Il

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se peut encore que ce pays ne puisse pas les payer : alors c’est à l’autre pays de voir si, lesfrais restant à sa charge, l'échange vaut encore la peine d’être effectué. Lorsque c'est l’étranger qui prend les frais à sa charge, le pays ne saurait perdre en ne faisant pas le transport ; il n’y pas même manque-à-gagner dans le sens que nous avons donné à cette expression, car il n’y à point gain espéré au point que des nationaux se soient découverts vis-à-vis d’autres dans l’espoir de l’obtenir.

Lorsque c’est le pays qui paye les transports, dans la mesure où il les paye et où ils sont faits par des étrangers, il peut y avoir perte comme dans le cas de dépense à l'étranger analysé ailleurs.

IL peut enfin y avoir absentéisme par l'échange si le transport coûte plus cher qu’il ne devrait. Il se peut que l’entrepreneur de transports perde, auquel cas le pays ne saurait regretter qu'il soit un étranger. Enfin, il faut se rappeler que de toutes façons, les frais de transports font partie du coût de production et qu’il y a absentéisme lorsqu'ils pourraient être évités et que le pays les paye. On doit donc, en certain cas,ne pasles omeltre dans le coût de production effectif et ne pas les ajouter au coût possible. Par le transport le pays peut perdre à la fois en ce qu'il paye le transport des produits exportés, qu'il le paye à des étrangers, qu'il paye le transport des produits importés et encore à des étrangers. L’Angleterre a une situation très favorable dans le développement extrême de sa marine, et la France éprouve de grands dommages d’une situation contraire.

En ce qui concerne le commerce, l’absentéisme par l'échange a une conséquence particulière : c’est d'augmenter souvent les bénéfices des commerçants. En effet, si le pays produisait au lieu d'acheter les marchandises qui sont une occasion d'absentéisme, il y aurait diminution dans les échanges qui sont l’objet du commerce et dans les occasions des bénéfices des commer- Çants. Si toutefois le pays au lieu d’exporter des produits qui

lui coûtent beaucoup exportait des produits moins coûteux à établir, le commerce n’en souffrirait point et l’absentéisme par l'échange n’aurait pas lieu. Le commerce d’ailleurs finalement peut péricliter à la suite de l’absentéisme par l’échange, devenu cause de ruine pour le pays. Le travail et le capital employés inutilement sont absentéistes pour le pays, ils ne le sont point pour le commerçant, Le manque de capitaux et de travail qui peuvent résulter pour l’industrie et le commerce des conséquences éloignées de l’absentéisme par léchange sont analysés à l’occasion de l’absentéisme par le placement et de labsentéisme du travail. Il faut remarquer ici de nouveau qu’il n’y a point dans l'échange les bons effets du placement au loin ; en ce qui concerne le travail, s’il est économiquement absentéiste, le travailleur est personnellement présent et sa misère peut être pire que son absentéisme pour le pays.

Jusqu'ici, nous avons considéré, comme nous devions le faire. le pays atteint d’absentéisme par l'échange. Les pays qui sont en relations avec lui ne gagnent point ce qu’il perd, mais il est certain qu'en général la situation est favorable pour eux et que ce n’est qu’exceptionnellement qu'ils y perdront aussi. On peut cependant imaginer deux pays qui seraient capables de produire peu coûteusement les produits qu’ils s’envoient réciproquement, et qui recevraient l’un de l’autre ces produits qui leur ont à chacun beaucoup coûté à produire. Lorsque les pays étrangers gagnent à l’échange, il faut constater qu’au point de vue universel il ÿ a atténuation au mal, et que même pour le pays d’absentéisme, il y a avantage à ce que les autres pays soient riches ; ceci cependant comporte une réserve : c’est qu'il puisse protéger ses jeunes industries afin de ne pas laisser aux autres pays mieux organisés le monopole de la production. Si monopole n’est pas cherté par définition, du moins peut-il être aisément ; quand l’industrie locale a acquis la vigueur suffisante, on pout lui enlever à son tour sonmonopole,

L’absentéisme par l'échange, en résumé, est celui du capital et du travail qui sont employés à produire des richesses perdues pour le pays, dont ce pays ne tire aucune espèce de satisfaction, et dont l’étranger profite presque toujours d’une façon plus ou moins considérable.

Au point de vue purement économique, il faut tenir compte qu’un pays peut faire des échanges avantageux quicompensent les mauvais, soit avec un pays déterminé, soit par suite d’une sorte de circuit qui après s’être ouvert par une perte dans le pays considéré, s’y ferme par un gain venu du côté opposé.

Enfin l’absentéisme par l’échange a des effets sur la consommation. Il peut l’'augmenter relativement en la faisant préférer à la création de capitaux improductifs. Mais l’improductivité de ces capitaux n’est point apparente, et quand elle le serait les capitaux pourraient chercher des emplois productifs. S'ils n’en trouvent point, il ne s’en créera plus ni par l’invention ni par l’épargne, et une diminution générale, ou une stagnation générale de la production ne peuvent que faire obstacle à une consommation étendue avec ses conséquences.

L’absentéisme de l'individu a pour caractère particulier d’être le plus souvent soumis à des causes non économiques. L’absentéisme par le placement au contraire paraît être soumis à celles-là surtout. L’absentéisme par l’échange est intermédiaire entre eux à ce point de vue : si l’échange est généralement conduit par des mobiles proprement économiques ilne faut pas oublier que précisément les échanges absentéistes échappent souvent à ce principe.

Cest quand en effet l’absentéisme par l'échange n’est point conduit par des considérations économiques qu’il ressemble le plus à celui de l'individu : la similitude n’est pas alors seulement dans les causes : elle est aussi dans les conséquences. L’influence de la mode a pu porter des français à faire blanchir leur linge à Londres: le cas n’est-il pas analogue à un absen-

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téisme de leur individu ? Elle peut aussi faire effectuer les achats ridicules à un point de vue purement économique : l’analogie persiste, etles considérations économiques n’entrant point dans les mobiles de l'acte, c’est alors que l’absentéisme est très caractérisé ; il est, tout comme l’absentéisme de l’individu, plus limité en étendue que l’absentéisme ordinaire par l’échange, il est, comme lui encore, d’un degré plus intense.

Quelle différence de nature peut-on introduire entre l’absentéisme du consommateur dépensant la richesse du pays par des échanges et celui du non résident qui par ses échanges dépense cette même richesse à l’étranger ? La situation matérielle du corps de l'individu niaucune autre considération ne permettent d’en trouver une, mais il est des différences ordinaires dans leurs conséquences.

Travail inutile, absentéiste, d'éléments productifs locaux, courant absentéiste continu de richesses : telles sont les caractéristiques de l’absentéisme par l’échange.

Pour terminer, nous devons reconnaître que nous avons fait à peu près abstraction du système protectionniste dans l’étude qui précède. Nous nous sommes contentés de rechercher quelles pourraient être les conséquences de l’absentéisme par l’échange sous le régime de la liberté des échanges, en quelque sorte par une approximation du premier degré. Cette liberté n'existe quère sous sa forme absolue. Mais le régime protectionniste n’aura pas pour effets de modifier les conclusions auxquelles nous sommes arrivés : il pourra seulement provoquer ou supprimer certains faits d’absentéisme en changeant la direction et la nature des échanges. Entrer dans le détail de ces changements est une étude d'économie appliquée qu’il n’est pas possible de placer ici, où l’on a voulu que rechercher les principes les plus généraux de la matière. Selon l’opinion qu’on aura sur l'incidence des droits protecteurs, selon qu’on admettra comme favorable où non le régime de la protection,

qu’on préfèrera les primes d’exportation aux tarifs plus ou moins prohibitifs,on verra dans le système de protection une cause ou un remède de l’absentéisme.Nous avons d'ailleurs exprimé, chemin faisant, l’opinion que la protection mesurée des industries jeunes devait être regardée comme un remède à l’absentéisme par l’échange. Si, comme le disent Bastiat et son école, les taxes des tarifs protecteurs sont plus ou moins, — plutôt plus que moins, — payées par le pays quiles a édictées, et si la cherté consécutive de la main-d'œuvre locale et des matières premières (dont certaines cependant peuvent ne pas être taxées, ou qu’on peut cependant admettre temporairement sous le régime du draw-back) provoquent une élévation du coût de production, en résulle-t-1l un absentéisme par l’échange, car le système ne prohibe pas tout échange et élève le coût effectif ? On peut répliquer que le haut coût de production n’est qu’une apparence: il est grossi par le profit constitué par la prime que la nation paye, en réalité, aux producteurs. Bastiat croit à l’excellence de la production unique par le pays de la marchandise qu'il produit dans les meilleures conditions : indépendamment de considérations non économiques, on peut croire avec Carey qu'un pays qui se consacre à une seule sorte de production doit se perdre économiquem:nt et détruire son aptitude productive.

Il s’agit non de produire une seule marchandise, mais d’en produire le plus possible de diverses à bon compte. Le pays à production unique, faute de débouchés, devrait vendre à tout prix et subirait un violent absentéisme: ce serait une menace perpétuelle pour lui. Somme toute les droits protecteurs payés par l'étranger sont plutôt un gain; payés par les nationaux, ils constituent un mouvement de richesse entre nationaux. Ils peuvent remédier à l’absentéisme par l’échange, en soustrayant le pays à de ruineux monopoles étrangers grâce au développement d'industries locales. Il y a intérêt pour les pays neufs à s’affranchir de certains échanges,et pour les vieux à éviter leur établissement.

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