LE CABINET MARCHAND
Monsieur Duffy pour mieux faire ressortir la grandeur de son héros, nous le présente entouré de difficultés qu’on dirait insurmontables et dont la mention est de nature à jeter les croyants dans les transports de la plus vive admiration : Arma virumque cans, je chante le héros qui, au milieu de tant d’obstacles, a relevé la province! Ce qu’il lui à fallu d’habileté, de courage et d’aptitudes géniales pour les affaires et les finances! Tuntæ molis erat romanam condere gentem— se dit-on malgré soi, en songeant à l’auteur de notre restauration et au barde qui le chante.
Tâchons de rendre à sa taille naturelle celui que l’on veut placer au-dessus des Joly, des Chapleau, des Mercier et faisons bien voir quel chalumeau de paille sert À porter aux échos les accents lyriques du Commissaire des Travaux Publics.
La tâche de M. Marchand était des plus difficiles, ditesvous.
Eu quoi ? ;
—On lui enlevait des taxes, au montant de $272,000 ; l’intérêt sur le chemin de fer du Pacifique était diminué de $32,- 214 ; l'intérêt de la dette augmenté de $60,000 ; les subventions à l'instruction publique portées à 850,000 de plus; la réorganisation des départements devait nous coûter $16,000: de plus, et enfin, le nombre additionnel des aliénés allait nous entraîner une dépense de $22,000 de plus qu'avant. Et ce
sont là les difficultés dont s’est trouvé entouré le héros du ver lyrique de l’honorable Commissaire des Travaux ublics !
Mais qu’eut-il donc dit, si au lieu de M. de Boucherville M. Marchand eut été appelé à succéder à M. Mercier.
Au lieu d’une dépense ordinaire de $5,165,049.43 nous lui laissions une dépense ordinaire normale de $4,099,707.52 en 1896, et au lieu d’un revenu ordinaire de $3,750,818.34, en 1891 nous lui procurions un revenu ordinaire de $4,286,015.14 en 1897-98 même après avoir aboli certaines taxes.
Il héritait de $163,455.28 de taxes sur les successions ; la diminution de $32,000 sur l'intérêt du Pacifique était compensée par les $34,000 qu’il retire de la conversion de la dette ; l’intérêt de la dette $60,000 se trouvait plus que rencontrée, ainsi que l’augmentation de dépenses provenant de la réorganisation du parlement et de l’entretien des aliénés par la taxe sur les successions. Et enfin les $50,000 pour l’instruct'on publique étaient une bagatelle puisque M. Marchand s’était fait fort de porter ce crédit à $200,000 !
D'ailleurs M. Marchand n'’était-il pas au-dessus de toutes ces mieères lui qui avait prouvé clair comme les rayons du plus brillant des soleils, qu’en 1893 les conservateurs ayant à faire face à plus de dix millions d'engagements Mercier et à des déficits annuels de $1,500,000 pouvaient parfaitement se tirer d’affaire sans emprunter et sans taxer ! (Journaux de la Chambre 1893, pp. 325, 326, 827).
M. Duffy l’ignore peut-être. car s’il eût connu ce détail il ‘ m'aurait pas trouvé si grandes les difficultés qui entouraient M. Marchand ni si abracadabrants les triomples qu’il a remportés dans l’arêne de la finance.
Quoi ! si uous pouvious, en 1893, avec les charges que je viens de mentionner, ramener la dépense ordinaire à $3,000- 000 quand nous l’avions prise à $5,000,000, combien plus aisément M. Marchand pouvait sortir d’embarras avec une dépense ordinaire Ale $4,099,707 en 1896 et une recette normale de plus de $4,300,000.
Et si M. Marchand a droit à l’admiration des générations présentes et futures pour avoir maintenu l’état de la recette et de la dépense au même niveau que nous, du moment qu’il ne s’engage dans aucune entreprise quelconque, quels droits m’avons-nous pas à la gratitude de la population pour avoir
diminué de $800,000 la dépense ordinaire de l’administration de cette province ?
Nous ne tenons pas à poser en régénérateurs de l’administration, en sauveurs du peuple, mais nous tenons à l’estime de nos compatriotes et au bon nom du parti conservateur que nul d’entre vous, Messieurs de la droite, n’êtes de force à ternir.