‹ Les conspirateurs en Angleterre, 1848-1858;Chapitre 6 sur 10 · LE PARTI DES ASSASSINS · texte numérisé non relu

LE PARTI DES ASSASSINS

a Sous peine d'être imbécile, infàmeet déloyal, le Peuple doit être avide de la vérité; la voici sur ce point :

<x Le parti montagnard est un parti d'assassins. V Assemblée Nationale et VAmi du Peuple ont toutes raisons pour l'afKrmer.

» Quant à nous, nous connaissons, siégeant à la Montagne, un très-grand nombre d'hommes partisans de l'assassinat.

jir Gaussidière le tn^ur, comme on l'appelait, s'était fait apporter, dès le lendemain du coup de main, du malentendu de février, un modèle de guillotine coupant onze têtes à la fois. Nul doute qu il n'en eût fait usage, si, au 15 mai, les rouges l'eussent emporté.

i> Si quelque Montagnard ose nier, nous pu-

hlterons le nom de l'inventeur de cet aimable modèle.

» Car Y Ami du Peuple à toujours les preuves de ce qu'il avance.

» Pour nous, il est évident que, si le gouvernement n*est pas ferme, s'il ne prend pas une mesure de salut public, s'il recule devant un coup d'État qui nous sauvera, nous aurons Téchafaud sur nos places publiques.

» Allons , Louis-Napoléon ! allons , faites table rase des Socialistes ! Ayez donc l'énergie de nous sauver!...

» Ab I nous défendons bien aux Marc Duf raisse, aux Joigneaux, aux Greppo et tutti quanti, de protester contre nous. »

VAmi du Peuple fut assigné, d'après la plainte déposée en calomnie contre lui, à cause de ces deux articles, par le citoyen Greppo, communiste et représentant du peuple, siégeant à la Montagne.

a Des témoi ns — dit un journal dansson compterendu du procès — sont venus affirmer avoir entendu les abominables propos attribués au citoyen Greppo; aussi l'oi^ane du ministère

Digifeed by V^OOÇlC

public, dans son impartialité, a t-il déclaré la preuve suffisamment faite.

)» I^ jury a rendu, à Tunanimité, un verdict d'acquittement et a ainsi ratiflé Taccusation infamante portée contre le Sancho Pança de Proudhon. r>

Eh bieni Greppo et Madier de Monijau, son défenseur en cette af&ire, où sont-ils réfugiés aujourd'hui? où peuvent-ils impunément tenir de pareils discours? — A Londres.

En protégeant les che& des sociétés secrètes européennes, en se laissant aller au courant démocratique, au mépris des intérêts de l'Angleterre et contrairement à ceux de ses institutions, de son opulence et de sa force, on a donné asile au socialisme, qui n'a pas tardé de porter ses fruits.

Que les Anglais sachent donc bien qu'on ne peut jouer impunément avec le feii;rexpérience nous apprend que les dompteurs de béta^, les

éleveurs de serpents, finissent toujours par d'affreux et horribles mécomptes. Un événement indttendu par ceux qui ne voient pas loin, préoccupait hier le public en Angleterre. Le choléra du socialisme chassé de France y éclata spontanément. M. Louis Blanc, qui a cessé d'être dangereux dans son pays, était devenu un personnage important en Angleterre. Lord Palmerston, comptant sur la justesse d* esprit et sur le bon sens de John Bull, avait cru pouvoir accueillir è Londres ce socialiste ainsi que ses pareils venus de tous les points de Thorizon révolutionnaire; il les tenait en réserve contre le pape, contre le roi de Naples, contre l'empereur d'Autriche et même contre le gouvernement français, avec lequel il paraissait sympathiser comme il sympathisait avec ^Louis-Philippe, la veille du traité du 15 juillet 1840.

Et voilà que tout k coup le pouvoir lui échappe! Ces torches qu'il espérait secouer sur le continent n'ont plus éclairé que sa chute et son impuissance!....

Laissez lenr prendre un pied chez vous, Ils ea «aront bientôt pris quatre.

Ainsi ont fait les réfugiés politiques en Angleterre. Si bien que les Fergus O'Connor» les Cobden, les héros du chartisme et du libreéchange ne sont plus devenus que des écoliers, des chefs sans autorité» des meneurs qu'on n'écoute plus. Les oracles des ouvriers anglais sont maintenant Mazzini, Louis Rlanc, Ruge, Yictop Considérant, oui, même M. Considérant! Le Fouriérisme, si risible en France, a fait do nombreux prosélytes dans la Grande-Bretagne.

Et pourquoi pas? Est-ce que cette Angleterre, si vantée pour son bon sens, n*a pas été la terre classique de toutes les sectes religieuses que Bossuet a stigmatisées dans son admirable histoire des Variations du protestantisme ?

Les conspirateurs de tous les pays y ont reçu l'hospitalité, non comme proscrits, comme malheureux, mais comme agitateurs, comme anarchistes. Dans ce pays qui se dit monarchique» qui respecte l'autorité politique, même dans une femme, la royauté peut être attaquée avec fureur, et avec elle tous les principes conservateurs. On peut dire, imprimer devant le soleil, que la Terreur de 93 eut raison, qu'elle avait surtout pour but de mettre un terme aux

excès des ennemis de la république , de calmer la furieuse démence de la foule. On peut outrager le roi martyr et sa pauvre femme, cette Marie-Antoinette coupable d'avoir été reine, dont on ne saurait lire la captivité, cette douloureuse agonie, sans se sentir le cœur gonflé et sans que les larmes de rame ne montent aux yeux... On peut avilir l'autorité et calomnier ses représentants ; on peut conspirercontre tous les principes de la civilisation.

Il y a quelques mois, les chartistes de Londres, réunis aux émigrés démocrates réfugiés, ont fêté l'anniversaire de la naissance de Robes* pierre. Le citoyen Nadaud et d'autres frères ont, à cette occasion, professé publiquement le socialisme.

Mais les réfugiés de Londres ne se contentent pas de parler ; ils agissent.

N'avons-nous pas vu, tout récemment encore, \ecitoy en Kossixih, l'assassin hongrois, déclarer publiquement, en Angleteri*e, qu il se disposait h faire la guerre à l'Autriche?

N'a-t-ilpasafûrmépubliquementavoiramassé à cet effet des munitions de guerre en plusieurs pays de l'Europe?

ÎTa-t-oii pas décoevert, à Rotherhillie, aux portes de Londres, qu'on travaillait activement à la confection de projectiles de guerre ; que la fabrication était conduite avec le plus ^rand secret; qu'on' y employait des ouvriers hongrois qui avaient été recommandés au fabricant ^ par qui?

Par Kossutli I

Par cet homme de sang qjiii, h plusieurs reprises, dans des réunions publiques, en Angleterre et aux États-Unis, a solennellement déclaré la guerre à TAutriche, gouvernement allié de ces deux pays; qui, aux États-Unis, a acheté des munitions de guerre qu'il a déclaré publiquement destinées à servir contre rAutriche ; qui dit, a qui veut l'entendre, avoir des magasins en divers pays, dont il dit excepter T Angleterre, ce à quoi personne ne croit, surtout depuis la découverte faite à Rotherhithe !

La neutralité de l'Angleterre n'est-elle pas aussi bien violée quand le citoyen Kossuth y fait un magasin de munitions de guerre pour attaquer l'empereur d'Autriche, que si l'empereur d'Autriche faisait débarquer k Harwick un régi-

ment de chasseurs tyroliens pour s'emparer de Kossulh?

Quand nous disons que les réfugiés de Londres ont des ramifications, nous n'avançons rien qui ne soit prouvé jusqu'à la dernière évidence.

Quelque temps après qu'on eut découvert à Londres le magasin de munitions de guerre de Hotherhithe, la police de Berlin découvrit un complot démocratique.

Laissons parler la Gazette de Prusse, journal semi-officiel :

« La direction de la police avait depuis longtemps l'œil ouvert sur une association secrète établie ici, q\if suivait le but de faire prévaloir les principes révolutionnaires à main armée k la première occasion favorable, et, dans ce but, elle s'occupait de rassembler des armes et de les distribuer. Elle cherchait à se procurer des grenades (handgrenaten), dont on connaît l'efficacité dans les combats de barricades. De pareilles grenades ont été commandées et confectionnées, sous divers prétextes, dans plusieurs fonderies, en petites quantités.

s>Il y en avait beaucoup de commandées, cependant, soixante.pièces seulement ont été trou-

vées. L'association de Berlin n'était pas isolée; elle entretenait des rapports suivis avec des associations étrangères. Plusieurs des chefs de Tassociation avaient fait des voyages dans diverses villes de rAllemague dans l'intérêt des meneurs du parti radical allemand , notamment à Rostock. Un homme marquant de l'association fit plusieurs voyayes à Londres, où on le vit se mettre en relations intimes avec plusieurs réfugiés politiques.

y> Dans les visites domiciliaires et arrestations qui ont eu lieu ici» il y a quelques semaines» ou à Rostock, on a non-seulement trouvé des quantités considérables d'armes et de grenades» de fusées k la congrève» de la poudre et des munitions» en partie en paquets» en pairie enfouies» mais encore on découvrit aussi que les conspirateurs avaient commandé à Londres des gce^ nades en quantité considérable pour Berlin et Rostoek.

» Le procureur Nœrner, M. Stiebel, directeur de la police et le lieutenant de police Goldheim furent envoyés à Londres pour prendre des renseignements. . . Là» ils parvinrent h constater que, d'après une commande faite à Ros-

tockdans une fonderie de Drury-Lane, plusieurs centaines de grenades devaient être confectionnées d'après un modèle, et que le prix avait été payé.

» Plusieurs caisses contenant 3,000 grenades qui allaient 'partir pour V Allemagne, ont été saisies à Londres. Les fonctionnaires dont nous venons de parler ont des modèles entre les mains qui s'accordent par&itement avec les grenades que Ton a trouvées en Prusse ; il les ont apportées k Berlin. Les correspondances originales des personnes inculpées sont également arrivées de Londres. Elles ont de Timportance, parce qu'elles tendent à démontrer que les grenades fabriquées à. Londres étaient principalement destinées aux complices de Rostock.

» Le procureur Wœrner s'est rendu avec ces correspondances k Rostock, où il a obtenu dans ces derniers jours des aveux très-étendus des personnes arrêtées : en sorte que le complot est établi clair comme le jour. »

Ainsi, il ost démontré clair comtne le jour, comme le dit la feuille allemande, que les réfugiés politiques de Lond ras, au su et au vu de tout le monde, organisent des sociétés secrètes et des complots, fabriquent des armes et des muni* lions de guerre, dans le but incontestable do fomenter de nouvelles révolutions dans tous les pays de TEurope. Mous n'avons pas dit autro chose.

Les faits sont venus à Tappui de tout ce que nous avons avancé.

Tout récemment encore, lord Palmei^slon a été contraint d'avouer, à la Chambre des Communes, que, dans des perquisitions faites il y a quelque temps en Italie, on a reconnu des poignards de fabrique anglaise.

Nous verrons, à la fin, si cette odieuse complicité tournera à l'avantage de qui s en rend coupable I...

Le fait qui s'est produit dernièrement dand

csrtaines fabriques en Angleterre semble être le signal d'une coalition d'ouvriers. Il a rappelé, à s'y méprendre, et les doctrines du Luxembourg, et les prétentions des terribles ateliers nationaux de 1848.

C'est la doctrine du droit au travail se produisant dans toute sa crudité, par Torgane d'une association de plus de trente mille ouvriers, dont le gouvernement anglais ne soupçonne peut-être pas toutes les ramifications et affiliations. Elle se rattache, en effet, à VUnion des ourvriers, c'est-à-dire à la famille entière des travailleurs dans la Grande-Bretagne.

Cet événement, avant d'éclater, avait été indiqué et signalé lors du passage de Kossuth, et, avant cela, à l'époque du voyage du maréchal Haynau en Angleterre.

Les brasseurs de M. Barclay auraient dû faire comprendre au gouvernement que la gangrène révolutionnaire avait fait du chemin dans ce pays de liberté *.

1 Les démoeraUs fraternels de Londres ont convoqué an roee* ting « pour rendre hommage à la conduite des brasseurs de M. Barclay, » et oavert une souscription en faveur de ceux qai seraient congédiés pour avoir pris part à ce bel exploit. Les

Nous ne souhaitons certes pas à TAngleterre d'être punie par oh elle a péché, mais il est évident qu'elle dort sur un volcan

Bien avant qu'elle n'eût accueilli tous ces hommes turbulents, forcés de s'expatrier à cause de leurs menées révolutionnaires, on disait que tôt ou tard l'Angleterre subirait la conséquence d'une formidable agglomération d'ouvriers abrutis par un travail excessif et Toblitération du sens moral. Lé contact qui s'est établi entre eux et les réfugiés politiques de toutes les nations qui se sont abattus sur le sol

discours les plas révolationnaires furent prononcés dans cette réanion dont tons les membres se ?a1aient. Le général Haynaa y fut maadit, et les frires et nmis se livrèrent à force libations en l'honneur de Kossath. On se garda bien de dire que le général Haynau n'a dû sa disgrâce qu'à des actes de clémence condamnés comme prématurés par le gouvernement autrichien, et surtout de parler des quatre cent soixante-sept personnes mises à mort sans jugement sur l'ordre de Tassassin Kossnthl Parmi ees victimes se trouvaient trente femmes qui fbrent les unes fusillées, Us antres pendues!

anglais avec le bagage de leurs pernicieuses doctrines, n'a fait qu'avancer révénement. La crise est commencée. Demain peut-être, elle éclatera plus vive, plus ardente, plus redoutable.

L'Angleterre recueille ainsi les fruits des prédications insensées qui ont lieu chez elle.

Les orages qu'elle préparait pour le continent éclatent sur sa tète coupable. Les protestants fanatiques ont décerné des ovations aux apostats de l'Italie, promenant sur Vîle de la Liberté leurs passions absurdes, leur farouche athéisme, et leur morale relâchée; les principes socialistes se sont propagés et la moisson a été abondante sur un terrain préparé par le protestantisme et par le chartisme.

L'esprit du mal, l'esprit de la révolution s'est ainsi vulgarisé par la parole et par la plume, par la prédication et par le journalisme.

Chaque école anarchique a eu son organe, chaque impudent charlatan son tréteau, chaque sectaire sa tribune et son auditoire.

On a conspiré au grand jour.

Au grand jour on a prêché la ruine de la

papauté, de la monarchie, de raiitoritc, de la propriété. .

Les réfugiés ont ouvert des cours publics de démagogie, de régicide et de socialisme. De la sorte, les simples, les niais, les mécontent.», les envieux, les ignorants, les paresseux, les crédules et les esprits portés à l'exaltation, ont été embauchés dans Tarmée de l'anarchie.

Ces rêveries socialistes ont fait subir au charlisme une transformation semblable è celle imprimée jadis à la franc-maçonnerie par le jacobinisme.

Les socialistes ont dépassé, débordé, absorbé les chartistes, qui se sont humblement soumis, traînés & leur remorque, et ont engagé leur paisible troupeau à en faire autant.

En changeant de directeurs, la multitude des moutons de Panurge est devenue une multitude de loups. 'Les chartistes inoffensifs reculaient dévotement devant le bâton des constables; les socialistes furieux le briseront sans respect.

Telle est la cause de ce déchirement industriel qui a mis en lutte les fabricants et' Icfr

ouvriers, et engendrera des souffrances infinies.

Les libéraux d'Angleterre, frottés de radicalisme étranger, ont dû, pour ne pas abdiquer, suivre les nouveaux initiateurs dans le torrent du socialisme.

Ils y périront tous, les saints, les martyrs de la RELIGION NouvELLEf, et Icurs admirateurs inabéciles, leurs sots disciples, tas de niais qui regardent ces imposteurs comme des oracles.

Il n'était^ pas juste que l'Angleterre restât paisible et florissante, tout en faisant des ruines autour d'elle. Celui-là appelle le feu sur sa maison qui donne asile aux incendiaires.

C'est aux meneurs étrangers des sociétés secrètes que doit remonter la responsabilité des difficultés graves qui se sont élevées en Angleterre entre les ouvriers réunis en une vaste association, ou plutôt en une grande coalition,

nOn de forcer leurs patrons à subir leurs exigences injustes, parmi lesquelles se place en première ligne l'abolition du travail à la tâche et aux pièces, abolition qui est une atteinte à la liberté du travailleur.

Sait-on quelle sera Tissue de ces grèves menaçantes , inspirées par les révolutionnaires étrangers? Aujourd'hui rentrés dans le devoir, les ouvriers ne recommenceront-ils pas demain, d'après les excitations incessantes des anarchistes? Des coalitions n'éclateronl-elles pas de nouveau dans tous les districts manufacturiers des Troîs-Royaumes, ayant pour but la signification d'une série de prétentions qui toutes se résument à faire moins et à gagner plus?

Ahl les difficultés commencent seulement; elles suivront leur cours.

Ce qui s'est passé naguère entre les ouvriers anglais et leurs patrons, devrait donner à réfléchir au gouvernement anglais et à la classe industrielle de la Grande-Bretagne.

Le cabinet de Londres avait fait, comme on sait, la sourde oreille depuis plusieurs années aux réclamations qui lui étaient adressées par la France et par les autres puissances continen-

taies, au sujet des menées démagogiques que les réfugiés étrangers entretenaient à Londres.

Lord Palmerston répondait à toutes les notes des ministres du prince Louis-Napoléon, sur les complots organisés par les réfugiés français, que la police d'Angleterre réprimerait avec sévérité toute tentative faite par les Français résidant à Londres contre la tranquillité de la France.

Mais les promesses et les protestations n'étaient jamais suivies d*aucun effet, et les réfugiés continuaient tranquillement à entretenir leurs intrigues en France et à former leurs conciliabules au sein de la ville de Londres.

Mais le mal que certains Anglais auraient voulu faire à la France commence à les atteindre eux-mêmes.

Les doctrines dangereuses de Louis Blanc et consorts se sont répandues en Angleterre et y ont fait des progrès qui commencent à devenir inquiétants.

Les commerçants effrayés de la contagion qui menace toute la classe ouvrière, songent, diton, è se réunir, à se concerter, et à chercher les

moyens d'arrêter la propagation dangereuse des doctrines socialistes.

Ils signent des pétitions pour demander au gouvernement la présentation au parlement d'un bill sévère, qui permettra d'expulser tous les réfugiés dangereux.

Le cabinet anglais, pressé d'un côté par les notes diplomatiques, et de l'autre par les réclamations énergiques du pays, sera probablement forcé de céder.

Quoi qu'il en soit, le spectacle qui s'est présenté sur les bords de la Tamise est des plus curieux et des plus instructifs. Il peut paraître énigmatique aux observateurs qui ne se sont jamais bien rendu compte des procédés politiques du pays d'Outre-Mancbe.

Depuis cinquante ans» pour faire taire les murmures et les voix tumultueuses de ses travailleurs, l'Angleterre a cbercbé à donner une issue sur tous les points du globe h ce besoin immense de production et de fabrication qui est la loi de son commerce et la soupape de sûreté de son industrie.

La réaction catholique et monarchique â refoulé dans son île l'esprit d'agitation et de ré-

volte que certains diplomates anglais promenaient naguère sur tous les points de TEuropé.

Les puissances du Nord se sont accordées avec le gouvernement français pour concentrer rincendie révolutionnaireet établir, en quelque sorte, un nouveau blocus continental, sinon au point de vue des marchandises, du moins au point de vue des idées criminelles.

Qu'en est-il résulté?

C'est que l'Angleterre s'est trouvée tout à coup exclusivement dévorée de cette lèpre qui n'avait plus d'exutoire ; de là sont venues ces manifestations d'ouvriers, ces grèves menaçantes qui placent les Anglais, à chaque instant du jour, sous le coup de cette Jacquerie à laquelle la France a miraculeusement échappé.

Ne l'oublions pas : la Grande-Bretagne détournera les flots socialistes ou elle périra dans leur torrent!...

Si l'agitation commencée il y a quelques an«

nées en Angleterre par les ouvriers, parait mériter une extrême attention, c est moins encore par le nombre considérable de ceux qui y ont pris part, et par l'importance des industries qu'elle met en péril, que par les enseignements qu'on en peut tirer.

Il est utile de s'attacher h faire ressortir le caractère essentiellement socialiste de ce mouvement, aûn de se faire de son avortement inévitable un argument de plus contre le socialisme lui-même.

Il est évident que les meneurs, en Angleterre, comme partout ailleurs, regardent le capital comme un parasite qui se nourrit aux dépens du travail, et qu'ils jugent son rôle inutile dans l'industrie.

Ils méconnaissent le rôle de la pensée intelligente qui prépare, surveille et fait aboutir toutes les opérations de l'industrie.

Ils méconnaissent ainsi les effets salutaires de l'organisation actuelle, qui met à la charge du capital tous les risques à courir, toutes les avances à faire, les pertes à supporter, et qui assure au travail une rémunération immédiate, régu-

lière et à Tahri de toutes chances de pertes, de toute éventutilité funeste.

Ils se flattent de pouvoir mettre le consommateur en contact immédiat avec l'ouvrier, et cela même dans des industries qui exigent le concours de vingt ou trente métiers différents, qui nécessitent Temploi des forces les plus dispendieuses et l'outillage le plus compliqué, et qui sont impossibles sans la mise dehors d'avances extrêmement considérables.

Cette nouvelle tentative du socialisme a donc démontré une fois de plus combien cette monstrueuse utopie est irréalisable.

C'est de Londres encora que Mazzini a lancé sur le monde le manifeste suivant, que les journaux prolestants de la Grande-Bretagne se sont empressée de reproduire sans protestation.

. -. sn —

HËVOIRS m LA DJiMOCRATlB.

« Quel doit être aujourd'hui le mot d'ordre, le cri de ralliement des partis?

» La réponse est bien simple : elle est toute en un mot action; action une, européenne, incessante, logique, hardie, de tous partout I

r^ Les discoureurs ont perdu la France; ils perdront TEurope, si une sainte réaction ne s'opère pas contre eux dans le sein* du parti. Grâce h eux, nous en sommes aujourd'hui au Bas-Empire I A force de disserter sur Tavenir, nous avons abandonné le présent au premier venu» A force de substituer chacun sa petite secte, son petit système, sa petite organisation de l'humanité à la grande religion de la démocratie, à la foi commune, à l'association des forces pour conquérir le terrain, nous avons jeté la désorganisation dans nos rangs. La phalange sacrée qui doit avancer toujours comme un seul homme, se resserrant à chaque mort de martyr, est devenue uu assemblage de corpsfrancs, véritable camp de Wallenstein, moins le génie du maître.

» A l'heure de l'attaque elle s'est débandée adroite et à gauche, elle s'est trouvée éparpillée par noyaux, par petits détachements, sur tous les chemins de traverse du socialisme, partout excepté au cœur de la place ; l'ennemi était un, il ne discutait pas, il agissait : il s'en est emparé ; et ce n'est pas en discutant sur la meilleure manière de mettre l'humanité en coupe réglée que nous l'enchâsserons pour toujours.

» Nous avons assez dit la vérité à nos ennemis : grâce à nous et à leur conscience, elle les ronge au cœur aujourd'hui comme le vautour de Prométhée ; elle les trouble et fait de chaque crime qu'ils commettent une faute.

» L'heure est venue de la dire pure et nette, comme nous la concevons, à nos amis. Ils ont fait tout le mal possible à la plus belle des causes; ils l'auraient tuée par excès d'amour ou par inintelligence, si elle n'était pas immortelle.

r> Je n'accuse pas la grande pensée sociale qui fera la gloire et la mission de l'époque dont nous sommes les précurseurs. Je n'accuse pas les saintes aspirations qui prophétisent l'émancipation des travailleurs, le salut pour tous.

la coupe pour tous; je n'accuse pas la tendance a substituer autant que possible Tassociation libre a la concurrence effrénée des individus, le crédit par rÉtat au crédit essentiellement égoïste des banquiers, Tinipôt unique sur le superflu à l'impôt multiple attaquant la vie du consommateur pauvre, l'instruction primaire et l'éducation égale pour tons, au monopole et à l'inégalité d* aujourd'hui. Ces choses ont été prêchces depuis vingt ans par nous tous ; elles sont comprises dans ce vieux mot de république pour lequel moururent nos pères, et qui me sufBt.

» Mais j'accuse les socialistes, les chefs surtout, d'avoir faussé, mutilé, rétréci la grande pensée en Temprisonnant dans des systèmes absolus qui usurpent à la fois sur la liberté de l'individu, sur la souveraineté du pays, sur la continuité du progrès, notre loi à tous.

» Je les accuse d'avoir voulu, au nom de leur cbétive individualité, bâcler des solutions positives au problème de la vie humaine avant que la vie elle-même ait pu se manifester dans sa plénitude d'aspiration et de capacité sous l'action d6 ces grands courants électriques qu'on appelle révolutions.

» Je les accuse d'avoir prétendu faire sorlir à heure fixe de leurs cerveaux étroits ou malades, une organisation qui ne peut sortir que du concours de toutes les facultés humaines en action, et d'avoir substitué leur moi solitaire au moi collectif européen ; d'avoir parlé au nom de Saint-Simon, de Fourier, de Cabet, de tout autre, là où il s'agissait de tuer les révélateurs au profit de la révélation continue, et d'inscrire sur le fronton du temple : Dieu est Dieu et l'humanité est son prophète.

» Je les accuse d'avoir effacé l'^omm^ sous le sectaire, la libre intelligence sous la formule, la conception de la vie devant une seule manifestation de la vie ; de s'être appelés communistes, communautaires, communionistes, rouges ou bleus, peu importe, au lieu de s'appeler hommes, républicains, démocrates du xix* siècle; d'avoir inventé les distinctions fatales entre socialistes et républicains, entre socialistes et révolutionnaires.

» Je les accuse d'avoir, dans leur vanité, toujours dit : Cest moi, là où l'on n'aurait dû dire que : C'est nous; d'avoir déployé toutes les ressources de leur esprit à s'entre -dévorer, à

s'anéonlir l'un par Taulre, h déiruîre dans le cœur du peuple toute conflance en une direction quelconque; d'avoir enfanté, par une nécessité logique, le génie dissolvant, méphistophélique de Proudhon, qui les nie tous, qui nie Dieu, la société, le gouvernement, et intro* nise l'ironie dans le vide.

» Je les accuse d'avoir desséché les sources de la foi, animalisé l'homme, poussé l'ouvrier vers régoïsrne, en concentrant presque exclusivement l'attention de tous vers le problème des intérêts matériels, en donnant pour but au travail européen ce qui ne devrait en être que le moyen, en prenant comme principe d'amélioration physique ce qui ne peut être qu'une conséquence de son amélioration morale.

» Je les accuse d'avoir répété avec Bentham et Volney : La vie est la recherche du bonheur, au lieu de répéter avec tous ceux qui ont produit de grandes transformations dans le monde : La vie est une missiouy c'est V accomplissement d*un devoir.

» Je les accuse d'avoir laissé croire qu'on régénère, un peuple en l'engraissant; d'avoir fait de la question de l'humanité une question de

pot-au«fea de rhumanilé ; d'avoir dit : A chacun selon sa capacité, à chacun selon ses besoins, au lieu de crier sur les toits : A chacun selon son amour, à chacun selon son dévouement.

^ Je les accuse .d'avoir, P^i" j^ ne sais quel vague cosmopolitisme qui conclut à l'inaction,. par je ne sais quel établissement de communes acéphales, affaibli, ruiné, autant qu'il était en eux, le sentiment national, c'est-à-dire d'avoir voulu faire agir le levier en lui enlevant son point d'appui, etrhumanitéen supprimant son organisation pour l'action.

» Et je les accuse d'avoir fait tout cela sous les feux croisés de l'ennemi, quand tout le monde devait être soldat, quand l'unité, l'organisation étaient une loi suprême, quand les peuples se levaient dans la foi et couraient le risque de mourir dans le désespoir, quand il s'agissait, avant tout, de faire de la révolution un événement européen et non pas une solution de problème économique, quand il fallait faire circuler, comme une croix de feu, de masse en masse, de nation en nation, ce àot que j'ai écrit en commençant : action I

» Pour l'avoir oublié, pour avoir dit : — Ce

que la Frcmce doit à V Europe, c*est la solution du problème de Voi^ganisation du travail, — pour avoir méconnu la voix de ceux d'entre ses enfants qui appelaient toutes les dissidences à s'organiser sur un terrain commun pour soutenir la bataille, — la France est arrivée, par Rome, à la honte du 2 décembre.

» Elle Teflacera. Ce n'est pas, Dieu merci, sur la terre qui a vu mourir Jeanne d'Arc, où Georges Sand et Lamennais ont écrit, où les grandes choses de la révolution sont de vivants souvenirs, que peuvent s'éteindre l'enthousiasme, la foi, Tadoration des pures et grandes pensées.

» Elle l'effacera. La France sortira purifiée de la lutte, comme la vaste pensée sociale qui fermente en elle s'élèvera rayonnante d'amour et de liberté au-dessus de toutes ces utopies lilliputiennes qui cherchent k l'emmailloter, audessus de ce culte hideux des intérêts matériels devant lequel elle a un instant courbé sa noble tête.

» Mais il faut qu'aujourd'hui l'Europe démocratique Taide tout entière à se relever, comme elle a autrefois aidé l'Europe. Il faut, qu'au lieu

(le la fiai ter dans ses égarements, elle lui parle la parole franche et sévère qui est le partage des forts. Il faut surtout qu elle marche, qu'elle jnarche toujours, quelle marche sans elle, pour que 1 i France se hâte de la rejoindre. Le mouvement de la France tient aujourd'hui au mouvement européen : le mouvement du Tessin et rinsurreclion sicilienne précédèrent la République de 1848.

» T/initiative européenne appartient aujourd'hui au premier peuple, quel qu'il soit, qui se lèvera au nom, non pas d'un intérêt local, mais d'un intérêt européen. Si la France le fait, que Dieu et l'humanité bénissent la France I Si elle ne le fait pas, que d'autres le fassent. Dieu ne .connaît pas de peuple élu. Père de tous, îl est avec tous; il est avec tous ceux qui sont prêts à s*immoler pour le bien.

D L'alliance des nationalités, là est le siège de l'initiative. Il n'en est pas une qui ne puisse, à l'heure qu'il est, en s'élançant spontanément sur l'arène ou en résistant noblement, soulever les deux tiers de l'Europe.

» Il faut que tout bon démocraie répète sans cesse aux peuples : « La liberté ne peut nous

Tenir qu'autant que vous aurez la conscience de la liberté, et cette conscience vous ne pourrez la conquérir que parTaction. Vous n'avez, de par Dieu, ni homme-roi, ni peuple-roi. Vos destinées sont en vous. Le monde est dans Tat* tente. L'initiative est partout oh cette attente sera remplie, partout où un peuple se lèvera prêt à combattre et à mourir s'il le faut pour te salut de tous, en écrivant sur son drapeau : Dieu, Peuple, Justice, Vérité, Vertu ! Levez-vous tous pour tous, et vous serez suivis par tous. » '

« n faut que tout démocrate dise h ses frères de France: <k Vous expiez aujourd'hui une immense faute, celle d'avoir déserté la cause euro* péenne en 1848. Ne l'oubliez pas au jour du réveil. Et, dans l'ititervalle, purifiez-vous par l'amour, par le culte des nobles pensées, par le retour aux larges inspirations de nos pères.

Sortez des cellules où vous ont emprisonné les faiiseurs de formules. Refaites-vous hommes au grand air, sous la grande lumière de Dieu, Rentrez dans nos rangs, d*où l'orgueil et la parole des faux prophètes vous ont fait sortir.

D Combattez, non la bourgeoisie, mais l'égoîsme partout où il se trouve, sous la blouse

comme sous Thabit, — non Tautorifé que nous cherchons tous, mais les fantômes qui singent Tautorité, les cadavres qui disent : Nous sommes la vie, le privilège héréditaire, censitaire ou autre, qui se substitue au génie et à la vertu.

» Ne dites pas : Soignons le corps et tout ira bien. C'est l'âme qui crée le corps, l'idée qui forme sa cage, et toutes les fois que vous aurez conquis un principe, vous en verrez sortir une orgaifisation sociale. Soignez l'honneur, soignez le devoir, la mission de la France; chaque devoir rempli vous donnera uii des droits que vous réclamez aujourd'hui et que l'on vous conteste.

» Il faut que les Français, dignes de ce nom, aienteux-mêmes assez d'énergie, assez de loyauté, assez d'amour dans l'âme pour dire à leurs frères des autres pays : c< La France vous a aidés jadis; elle a aujourd'hui besoin de votre aide. C'est à cause de la foi de nos pères en eux-mêmes que nul effort ennemi ne peut briser notre unité ou effacer notre nationalité. Ayez foi en vousmêmes. Nous cherchons des frères et non des sujets en Europe. Bienvenu soit votre cri de

victoire. Nous le suivrons comme vous avez suivi le nôtre. »

)> II faut que le parti tout entier se moralise.

» Il faut que tout homme de cœur vienne se rallier autour du drapeau planté sur ce terrain commun que nous avons tant de fois indiqué, que j'indique encore : Dieu, Peuple, Amour, Association, Liberté, Véritéj Égalité, Vertu, Bien de tous.

» Que chacun d'entre vous poursuive Tétude delà solution qu'il croit avoir entrevue; qu'il parle, qu'il écrive selon sa conscience ; rien de mieux. C'est là notre droit à tous. Mais qu'il ne confonde pas la lutte avec la victoire; qu'il ne fasse pas de son drapeau spécial un drapeau d'exclusion; qu'il ne déserte pas la grande armée de l'avenir; qu'il se rappelle ce que je ne cesserai jamais de répéter è mes frères : î^ous ne sommes pas la démocratie. Nous n'en sommes que Vavant-garRe. Nou^s avons à lui frayer le chemin; elle fera le reste.

y> Chaque homme aujourd'hui doit apporter son œuvre à la lutte. S'il ne le fait pas, il mérite le déshonneur. On meurt ailleurs, tandis qu'on discute.'

» Nous som mes, par le nombre, par Tintelligence, par le courage, par la vérité, plus puissants que nos ennemis ; il ne nous manque que Tuaité (le plan, de direction, de travail. Honte et malheur à celui dont l'intolérance ou la va* nitéen él(>ignerail la réalisation!

}» Le jour où la démocratie militante aura un gouvernement, un impôt, un terrain commun, un plan, un ensemble d'opérations, elle aura vaincu. Jusqu'à ce jour, qu'elle se résigne à M. de Maupas, h Schwarzentberg, à Radetzki ; qu'elle se résigne à la honte, au bâton, à la déportation, au gibet; etqu'elletrouve sa compensation, si elle le peut, dans la lecture des romans politiques que ses pnciQques utopistes sauront toujours lui écrire; ils coûtent fort peu à faire.

» Mars 1852.

» Joseph Mazzini. »

Ce pathos est l'œuvre personnelle de Mazzini, car r anarchie est au camp de l'ennemi. Les

membres du Comité central européen se «ont disputés et maudits les uns les autres ; chacun d'eux a prétendu à la Dictature et ils se sont séparés en s'invectivant fraternellement.

Cette proclamation, ce cri amer de découragement et de tristesse, cet acte d'accusation prouve une fois de plus combien sont divisés entre eux les ennemis de la société. Cette division fait sa force. Cette fois, Mazzini ne parle pas au nom du Comité; il parle pour lui seul. Comme M. Proudhon, il lance Tanathème aux autres grands prêtres de la révolution. Et ce qu'il blâme chez les autres, il le fait lui-même. Use proclame l'homme à* action par excellence, de même queM. Proudhon se proclame l'homme de Y anarchie. L'un et l'autre se plaignent de ce que chaque démocrate a sa petite église, 5a petite secte, sa petite boutique, et veut imposer sa volonté aux frères en disant : « Hors moi I pas de salut pour la démocratie I » Et l'un et l'autre

disent absolument la même chose : — a Vous êtes des imbéciles si vous ne croyez pas à Yanarchie et à la banque du peuple, x> s'écrie Proudhon. — (K Vous êtes des traîtres et des lâches si vous ne suivez pas ma direction, )> s* écrie Mazzini.

M- Proudhon a beaucoup plus de talent que Mazzini, mais, au fond, leur orgueil est lé même. Même aussi est leur religion. Proudhon avoue franchement qu'il adore Satan et que Dieu c'est le mal; Mazzini, plus hypocrite, a sans cesse le nom de la Providence à la bouche. Mais le Dieu de Tex-tyran de Rome, de Mazzini, c'est le Dieii de Robespierre.

Au milieu des trivialités et des phrases sententieuses et boursoufflées de cet impudent manifeste, voilà le Dieu qui surgit.

Nous savons tous ce que veut Mazzini, ce que veulent les révolutionnaires de toutes les écoles.

dcpuisles libéraux jusqu'aux tûira-radicaux. Le but de la démagogie, c'est d'égorger les souverains, de décbîrer le catéchisme, fermer les églises, livrer les prêtres à l'infamie, voler la Propriété, souiller la Famille, en attendant l'opportunité de manier les stylets et de faire fonctionner la guillotine.

Mazzini, sententieux doctrinaire de la démocratie, a, dans celte boutade, souffleté les frères et amis, déjà jetés par terre par M. Proudbon. A ce point de vue, il est utile de donner à ce document toute la publicité possible. Il est d'autres motifs qui engagent à cette reproduction les ennemis de V action démocratique, les réactionnaires, comme ils nous appellent. Il est bon» par exemple, do montrer aux peuples la lâche hypocrisie de ces hommes de sang qui espèrent les pousser encore aux luttes impies, à ces combats odieux où, eux, les chefs, les entraîneurs, ne^ paraissent pas. Ils parlent de Dieu I Ils parlent de la vertu ! Ces imposteurs prennent le masque de la vertu et le prétexte du bien public avec une effronterie qu'il convient de signaler sans relâche.

D'un autre côté, de quel droit Mazzini vient-il

parler des autres sectaîree et de leur moi solitaire? Ne dit-il pas moi, lui aussi? Est-ce que, lui aussi, ne cherche pas, par jalousie, h dévorer, à anéantir ses rivaux? Et quand il les flétrit pour n'avoir pas consenti à se courher sous aucune direction, n'est-ce pas à la sienne qu'il fait allusion, n'est-ce pas la sienne qu'il aurait voulu qu'ils acceptassent?... Est-ce que, comme Proudhon, il ne nie pas tous les autres révolutionnaires, tous ceux qui ne le reconnaissent pas comme chef, tous ceux qui n'acceptent pas la dictature qu'il a la prétention d'imposer aux révolutionnaires de tous les pays? Ne nie-t-il pas; comme Proudhon, le vrai Dieu?...

Gomme lui aussi, il nie la société actuelle, la société religieuse et monarchique; comme lui, il nie l'autorité et le gouvernement. Seulement, plus logique que lui avec les principes de la révolution, Proudhon n'a pas caché que leurs conséquences inflexibles étaient la négation do Dieu, de la société et du gouvernement, le chaos, l'anarchie, des ruines, des cendres.

Et en ceci, il a porté un coup mortel h Yidée révolutionnaire. Beaucoup d'hommes égarés, trompés, séduits, entraînés, dupés, ont aban-

donué le pArli révolutionnaire en voyant les horribles ablmesiàù il ponsse.

Arrière donc ce jongleur italien qui a déshonoré et perdu Fltalie, et voudrait l'ensanglanter encore t Arrière son hypocrite déisme et son ambition que cache mal son faux amour de rhumanité ! Satan flatte Thomme pour le damner ; Mazzini caresse les peuples pour les perdre. Nous lui préférons M. P. J. Proudhonavec son indomptable logique du nuil et sa brutale franchise.

II n'est pas un des crimes reprochés par Mazzini à ses rivaux qu'il n'ait commis lui-même.

Il ne comprend pas difleremment qu'eux la fraternité; — elle est au bout de son poignard! Tout autant qu'eux il a desséché les sources de )a foi, animalisé Vhomme et poussé l'ouvrier vers Végoïsme.

Il ose parler de l'amélioration morale des peuples ! mais qu'a-t-il fait pour elle? 11 s'est fait l'ennemi du catholicisme et il a fait égorger les prêtres de la sainte Église I II s'est acharné contre la religion, sans laquelle il n'y a ni morale, ni amélioration, ni liberté, ni progrès, ni

fraternité, ni amour. Quelle mksion il a rem-

plie, quelle mission il s'est donnée dans la vie, la voilà! Telle est sa façon d accomplir le devoir I Quand donc il parle de la mission de la vie et de Taccomplissement du devoir, il cherche à donner le change aux crédules nnultitudes.

Rien de neuf au surplus dans les reproches adressés par Mazzini aux socialistes; bien avant lui, beaucoup mieux et plus complètement que lui, nous les avons tous opposés, et bien d'autres encore, à ces utopistes en démence. Il y a longtemps que Ton a jugé le socialisme, cette momie qui, dès qu'on la touche, tombe en -poussière. Sur ce sujet il existe nombre de travaux plus sérieux et plus forts que ce libelle tout ruisselant de bave immonde, de haine, de jalousie, de rage, et qui révèle la colère d'un ambitieux auquel échappe la direction rêvée.

Eh bien I moi je l'accuse d'avoir répandu

dans le mon^e Tidée de révolte, qui est une idée de l'enfer; Vidée de la révolution, qui est une idée de mort; je l'accuse précisément d'avoir manqué de cet amour, de ce dévouement qu'impudemment il invoque. Il n'a eu d'amour que pour le mal; il n'a eu de dévouement que pour l'erreur, pour le crime. Il a nié^ il a combattu, il a outragé, il a poignardé la religion, qui est tout amour et tout dévouement.

Je l'accuse d'avoir affaibli, ruiné, autant qu'il était en lui, le sentiment national au profit de Vidée républicaine, idée funeste, idée fausse, libérâtre, oppressive, impie.

Et je l'accuse d*avoir fait tout cela quand tout le monde en Italie devait se ranger sous le drapeau légitime de 1* indépendance; quand, au lien du mot maudit de république, il fallait écrire sur la commune bannière le mot patrie. C'est ainsi que lui et ses complices, les républicains de l'Italie, ont trahi le pays en méconnaissant le principe catholique et le principe monarchique; c'est ainsi qu'ils ont plongé leurs compatriotes dans le désespoir.

Quant k la France, elle se soucie peu, en vérité, des prédictions et des leçons d'un pareil

— lOi ^

homme, et si elle s'enorgueillit de saint Louis et de Jeanne d'Are, elle n'est nullement fière de riramoral romancier Georges Sand et de Tapostat Lamennais, qui trinquait, dans les banquets démocratiques, à la santé de l'exécrable Marat, — ce Mazzini de 93.

Les journaux protestants de l'Angleterre, je l'ai dit, ont donné de l'importance à ce nouveau Bianifeste. Mais quoi qu'ils fassent, les circonstances prêtent peu aux déclamations des tribuns rouges. Ces adjurations à la démocratie, toujours les mêmes, sont accueillies par le dédain et n'ont plus d'échos. Les peuples laissent ces déclamations dans leur silence et leur obscurité. Les masses désillusionnées savent désormais à quoi s'en tenir sur le compte de ces tribuns furibonds qui leur promettent l'âge d'or, et ne sèment, partout où leurs doctrines trouvent accueil, que ruines, désolations, misères.

En résumé/ea dégageant cette proclamation

de tous les mois inutiles, de toutes les paroles oiseuses, de toutes les phrases ridicules, des grossièretés et des impudences qui la revêtent, que trouve-t-on?

Deux choses : La confession de la désorganisation qui règne dans les rangs de la démocratie socialiste, et un nouvel appel aux armes.

Ace dernier point de vue, le gouvernement anglais, en autorisant l'impression dans plusieurs langues et à un très-grand nombre d'exemplaires de cette pièce anarchique, a, une fois de plus, manqué aux principes conservateurs, et trahi les intérêts des gouvernements de T Europe.

Il a des tolérances pour Mazzini. Mais ne le connalt-il donc pas? Son nom seul ne signiûet-il pas homme de carnage, homme de mort?

Ne sait-il pas qu'il aime à repaître ses^ yeux du supplice de ses ennemis ?. . .

Verser le sang humain pour satisfaire une ambition insatiable, pour voir des têtes à ses pieds, pour marcher environné de complices, pour dormir dans le velours au nom des vagabonds qui dorment sur les places publiques ; pour manier Tor et la puissance, faire bon

marché de sa conscience; passer ses jours dans Torgueil et ses nuits dans les terreurs ; n'oser se regarder de peur de se voir rougir; vivre retiré dans les palais usurpés comme au fond de sa tanière la bête fauve des forêts; avoir le cauchemar dans Tesprit et le remords dans le cœur ; être tout-puissant pour le mal et maudit par ceui qui aiment et pratiquent le bien, — voilà souvent ce que c'est qiie d*être chef des démocraties.

Tel était Mazzini à Rome pendant sa terrible dictature.

La canaille seule applaudissait à son audace, à ses crimes, à ses vols, dont elle partageait la honte et les bénéfices.

Mazzini, après tout, n'a pas la politique profonde dont il se vante, et que certains lui prêtent , parce que le vice impuni en impose aux esprits faibles, qui prennent souvent le succès pour de Thabileté. Est-ce que Tardente ambi-

lion qui lui fit coDimettre tanlde forfaits réussit à l'accomplissement de ses desseins? Du tout. Cette ambition ne toucha pas le but qu'elle s'était proposé : Vabolition du catholicisme et le triomphe de la démagogie.

Attendons. Au déclin de sa vie, cette âme révolutionnaire ne sera pas assez forte pour échapper au remords vengeur.

En vain, appellera-t-il à son chevet les ma* giciens de la philosophie; ils ne pourront en chasser les ombres sanglantes de ses victimes, et il mourra^ envahi par la crainte du jugement de Dieul...

Un moment il a pu braver le remords dans l'enivrement du carnage, dans les lâchetés dégradantes de ses complots, dans les vils excès de sa lubricité; mais cet esclave de la chair sera assailli par le remords à son heure dev«^ nière.

Ainsi flnissent tous ses pareils.

Devant ces châtiments de l'oi^ueil et du cri* me, qui ne préfère une destinée obscure et pacifique à ces positions dans lesquelles on se peut si difficilement préserver du mal, dont les punir tiens sont si terribles?...

Les membres des sociétés secrètes réfugiés en Angleterre, peuvent librement détourner les ouvriers de leur devoir ; librement, ils peuvent les empoisonner de leurs doctrines socialistes, de leur propagande athée. Parmi les publications qui circulent à Londres, nous avons vu une pièce de vers, qui se trouve également répandue en Italie, en France, en Suisse et en Allemagne. Elle est due à la plume d'un poète italien de récole de M. Proudhon et a été traduite en diverses langues par d'autres poètes révolutionnaires. Elle porte pour titre : La prière du soir. Dédiée aux ouvriers. Des compositeurs démocrates y ont adapté de la musique; de cette façon les ouvriers peuvent la déclamer ou la chanter h volonté.

Mon^seulement elle est imprimée sur papier^ mais encore sur étoffes, comme une foule d'autres publication^ émanées des sociétés secrètes;

— loe -^

ces étoffes, aux frontières, représentent d'innonocenis mouchoirs de poche; mais une fois h destination, h l'aide d'un procédé fort simple, la couleur disparaît, la chanson, le pamphlet ou la proclamation restent seuls sur la toile, le coton ou la soie. Ce moyen de propagande, important à signaler aux douanes, a eu pendant ces dernières années le plus grand succès; ainsi l'Europe a été empoisonnée sous des apparences purement commerciales.

Nous avons retrouvé à Turin, par exemple, sur des morceaux d'étoffe, la prière du soir dont nous venons de parler.

A l'impression, cette pièce a été couronnée de l'épigraphe que voici :

Hnmana ante ocalos fœde qnum vita Jaceret

Id terris oppressa grayi sab relligione

Homo mor taies tolIere contra

Est oculos ausas, primusque obsistere contra.

Qaem nec fama Deum, aec fulmina, nec minitaoïî Murmare compressit cœlam.

LUGRETIUS.

Après quoi Tode lyrique athée, démocratique et sociale, commence ainsi ; je traduis mot h mot :

« Pourquoi courbes-tu le soir, avec humilité, ton front livide? Pourquoi bla&pbème&An une prière monotone et mélancolique? A qui adresses-tu, prolétaire, l'ardent soupir de ton cœur? A qui le souffle puissant de ton amour indompté?

T» prolétaire malheureux I puisque tu as dépensé ta journée à fertiliser la terre fécondée par tes bras allourdis par tes longues souffrances?... A Dieu... qui, sourd et immobile, continue à le maudire encore.

» Dans les veilles amères et chargées de chagrins d'un lendemain dans lequel tu n'auras pas peut-être de quoi acheter un morceau de pain à tes enfants, pourquoi t'adresses-tu» suppliant, à ce Dieu des oppresseurs, qui n'a pas pitié de tes larmes et t'a condamné au travail ?

» A ce Dieu» fiction inventée par la férocité

fimatique des tyrans, pour ia oonfirmation horr rible de tes doaleurs terrestres; pour que, dans ton extase pour l'Être que tu implores, tu devinsses oublieux de ces douleurs.

x> Que peux4u espérer d'une prière aride balbutiée, ou d'une sotte litanie marmottée à genoux d'un ton monotone, que tu ne comprends pas, et qui te rend brute et machine, et qai tue l'homme en toi ?

» Ah I ne dissipe pas par une vaine prière l'aspiration incessante qui t'ouvre un lendeniiHn déridé par la joie et splendide d'amour, oh les malheureux ne croupiront plus ici*bas dans les gémissements et l'esclavage.

» Par suite d'un^ épaisse trame d'infamies et de douleurs, elle est devenue une vallée de larmes, cette terre, allée de fleurs que 6t belle l'haleine infatigable de ton travail, jusqu'à ce qne la fable de Dieu fût venue briser ton enchantement.

» Que n'as tu r^^hi que, dans son sombre incognito, ee Dieu hypocrite ne travailla jamais, qu'il ne sut pas jusqu'ici essuyer tes sueofs, mais qu'au contraire il te condamna h pleurer qttand il t'a maudit ?

» Du haut des sommets ensan^antés oà (a prière s'envole, descendit la parole de haine des vieillards bibliques. Cette parole évoqua sur ta tête les foudres de la vengeance, sur ta tête innocente, qui n'avait pas la conscience d'avoir péché.

» Hélas I si du moins TEphode prétendu sacré du barbare lévite t'eût rendu T existence plus aimable, si son encensoir avait eu des parfums aussi pour toi, oh 1 alors je ne voudrais pas te détourner de ton aveugle foi .

» Si je voyais du moins descendre la fraîcheur, le baume d'une espérance amie sur ton ancienne plaie, je te laisserais, pauvre prolétaire, avec le pieux et vierge désir dans le cœur de voir révoquer la haine de Dieu et de voir ton amour pour lui payé de retour.

)> Mais ici-bas le brouillard malfaisant d'une colère inânie et une malédiction continuelle pèsent sur Thumanité prosternée ; un Dieu redoutable se tient immobile sur son autel fatal et l'homme dans la poussière pleure,

souffre, travaille et prie.

)> Dieu te nia, pauvre ouvrier, toi, renie-le! Qu'ils tombent dans un oubli profond, le mo-

nogramme et le labarum de ce Dieu impitoyable, et les fables psalmodiées de ses inutiles mystères, qui ne donnèrent jamais du pain aux peuples affamés.

» Â bas les mosquées splendides, les pagodes altières, les coupoles richement peintes des temples où la louange servile monte à ce Dieu avec la fumée des encensoirs ; qu'elles tombent toutes ces églises, marchés infâmes, qui nourrissent seulement les prêtres.

» De nouveaux apôtres inspirés par une chère vertu annoncent un nouveau culte et fondent de nouvelles églises consacrées à Tindus* trie modeste et à l'humble travail, où l'ouvrier sera toujours le Pontife suprême.

» Esclave, tu ne le seras plus ! oublie le chagrin et la douleur. Déjà ces ateliers retentissent des hymnes d'égalité et d*amour, cantiques solennels de la liberté que les hommes de l'ère nouvelle élèvent du profond de leurs cœurs à la nature. Là, tu ne seras plus l'esclave du Dieu barbare et du Capital homicide. Ouvrier, tu ne seras plus exploité par des patrons cruels qui s'enrichissent de tes sueurs, qui boivent tes larmes, pauvre ouvrier !

» il est enûn vainca le prédestiné Golgotha ! Arréte*toi, Ashavérus errant, arrête-toi, modeste martyr, type du prolétaire, tu ne traîneras plus sans relâche tes pieds a travers les siècles chargés de la douleur, croix pesante, horrible, croix de faim et de travail.

» Prolétaire! Ashavérus, soulève ton front livide, ouvre tes yeux, c'est à toi qu'appartient d'assumer le sacerdoce sur la terre, que les poètes pressentirent pour la nouvelle foi quand ils te sacrèrent toi seul pour prêtre et pour roi ! Prolétaire! lève4oi, et combats si tu veux être libre ! »

Telle est cette pièce.

Et d*abord, disons encore que, afin que personne ne pût se méprendre sur ses intentions abominables, son exécrable auteur a ajouté deux notes : F une à la strophe touchant la substitution de la 'nouvelle religion^ strophe commen-

çant par ces mots : <c De nouveaux apAtres inspirés par une chère vertn ; » l'autre, quand il parle d'Asbavérus. Les voici toutes les deux.

1'* note. — « Chacun ici comprendra que je veux parler des réfbrmateurs modernes, qui prêchent l'association égalitaire du travail et l'équilibre des puissances économiques de la sôciétét seule religion désormais possible entre nous, qui aura Dieu dans l'humanité, le prêtre dans l'ouvrier, l'église dans l'atelier. »

2* note. — « Ashavérus ici n'est qu'un mythe, peut-être le dernier, mais le plus heu* reux, parce qu'il ne mourra jamais. Ici il personnifie, il représente l'humanité souffrante tout entière, l'ouvrier fatigué jusqu'ici par un travail pénible qui ne lui donne pas un pain sufG* sant, et traînant la vie sans certitude, sans amour et sans pourquoi.»

L'auteur de cette poésie, primitivement écrite en italien et nuignifique par la forme autant

qu'abominable par le fond, après avoir blasphémé Dieu, supprime logiquement les églises, aussi bien celles des protestants que celles des catholiques, que celles des mahométans, etc.^ parce qu'il veut tuer toute manifestation latrique de Dieu, tout culte. Cet athée est si opiniâtre dans sa haine contre Dieu^ que, voyaiat que les conceptions jusqu'alors énoncées ne faisaient que le nier, il songe, il Ta dit ingénument, à composer une Dénwnolâtrie poétiqvs en l'honneur de Satan, pour la plus grande édification des honnêtes révolutionnaires socialistes. Cette inversjon de culte sera, selon lui, plus avancée encore que l'athéisme; ce sera une détronisation absolue de Dieu. Les ouvriers de la nouvelle société, les artisans de la nouvelle révolution, les conspirateurs des nouveaux bouleversements pourront marcher déliés de tout attachement à ces idées qui , dit-il , ont créé une fausse morale et dérouté les penchants de l'humanité qui, sans eux, eût toujours vécu dans le bien-être. Il part de ce principe, que si Ton admet le vide absolu dans le ciel, on n'aura pas Y anarchie qu'il désire sur la terre, comme son ami et maître Proudhon, mais qu'on aura

seulement et également le vide. Donc, il faut, pour obtenir l'anarchie sur la terre, admettre Tanarchie dans le ciel par Salan. On ne peut y arriver que par les contraires, c'est-à-dire par la Démonoldtrie ou Religion dumal^ qui remplacera la Théolâtrie ou Religion du bien. Paradoxe vraiment diabolique, qu'il soutient avec une ardeur à faire frémir.

Et maintenant est-il besoin de faire ressortir la profonde immoralité de ces enseignements pour les peuples, et la responsabilité encourue par le gouvernement anglais, par ce gouvernement libéral et protestant, qui souffre la propagation de pareille!^ doctrines?

Quoi 1 les conjurés ne laissent pas même de repos à Touvrier après ses heures de fatigue, après sa journée de labeur! Ils ne respectent pas même le recueillement de sa prière qu'ils appellent un blasphème! Ils rampent à ses pieds comme leserpent, pour souffler è son infortune

de^ paroles de damnés, pour lui enlevef la foi et l'espérance; ils égratîgnent ses douleurs, ils font saigner ses plaies vives ; le son de la cloche du soir qui inspire de si suaves recueillements, pour eux, c'est le signal dégradant de Tabrutissement et de l'avilissement de l'homme incliné ! Que veulent-ils? Dépraver, désespérer Touvrier, pour le jeter éperdu, haletant, furieux, dans ces abîmes de révoltes et de guerres civiles qui •ont ensanglanté déjà l'Europe.

L'histoire dira que l'Angleterre protestante a été leur complice et elle en demeurera flétrie!

Ce sont les philosophes, ces sophistes de l'impiété, qui ont enfanté les jacobins, lesquels continuent à propager leur conspiration sur toutes les nations. «

La révolution n'est pas terminée ; car le mal est dans les âmes par l'indiflerence, par la révolte, par l'athéisme, par le mépris des lois de rÉglise instituée par Dieu.

Les richesses des peuples, leur repos, leur bien-être, leur salut, sont toujours en péril ;

leurs lois, leurs propriétés, leurs gouverneméats, la société civile. Les vœux, les serments^ les conspirations des révolutionnaires, de toutes les sectes furieuses conjurées, s'étendent par tout l'univers. Les hommes tranquilles et hon-* nêtes de tous les pays savent que quand la ré* volution triomphe, les bons sont opprimés par les méchants ; ils savent que leurs maisons, leurs champs, leurs chaumières et jusqu'à leurs femmes et leurs enfants» tout cesse alors d'être à eux . Or, le philosophisme est une des formes de la révolution; c'est la révolte, le désordre, l'anar* chie dans la vie morale ; de là révolte, désordre, anarchie, misère dans la vie matérielle.

L'abolitionderiguoble république en France ; la défaite du parti républicain dans les pays où il a essayé de relever son infâme drapeau rouge;* l'horreur du peuple français pour les doctrines du socialisme ; la restauration du princfpe d'autorité dans presque tous les Etats de

l'Europe, ces faits éloquents n'ont point arrêté les menées de l'éaiigration révolutionnaire, qui a établi son quartier générale Londres. Aucune leçon n'a profité aux meneurs des sociétés secrètes : ils continuent à agiter ritalie, rAUemagoe, la Suisse et même la France.

Leurs manœuvres consistent d'abord à recueillir de fortes sommes d'argent pour leur propagande infernale et leurs assassinats. C'est ainsi que les réfugiés allemands qui sont en Angleterre, ont, à l'exemple de Mazzini, ouvert un emprunt. L'émigration allemande ne s'est décidée à ce parti qu'après avoir été fraternellement repoussée à plusieurs reprises par Mazzini ; d'abord en lui demandant de convertir l'emprunt italien en emprunt européen, ensuite en sollicitant de lui des titres de ces emprunts pour en essayer le placement en Allemagne.

Dès lors, force hostilités entre les frères réfugiés; force divisions, injures, grossièretés. Les apôtres de la fraternité passent ainsi leur vie, même en exil, à se haïr démocratiquement, à s'insulter réciproquement. Ils s'attaquent les uns les autres avec autant de fureur qu'ils attaquent la société. Autant il y a d'hommes dans le parti '

de la fraternité, autant il y a d'ennemis jurés, autant de sectes.

Depuis que la France respire a Taise, des mesures de prudence ont été prises, parmi lesquelles celle qui consiste à expulser tous les étrangers qui viennent pour s'occuper de politique, pour fomenter des conjurations contre le pays qui leur donne une hospitalité généreuse. C'est tout naturellement h Londres que les Allemands, atteints en France par cette mesure conservatrice de l'ordre, ont été chercher un asile. Mais là, ils n'ont pu s'entendre avec ceux de leurs compatriotes qui étaient plus anciens qu'eux dans l'émigration, et qui reconnaissaient pour leur chef de flle Ruge, qui s'intitule le Réformateur de V Église catholique; Kinkel, autre conspirateur allemand, s'est mis à la tête des nouveaux venus, qui s'appell^it les Parisiens.

Le professeur Kinkel, qui n'est pas moins intrigant que le grand-prêtre Ruge, est devenu président du Comité de l'émigration allemande, de même que Ruge était et est encore président du Comité d'agitation. Or, le Comité d'agitation, malgré son titre, est beaucoup moins remuant

que Taotre. Tous ces missionnaires de fraternité se sont forj; outragés les uns les autres ; ils ont épuisé tous les mots de l'argot révolutionnaire pour se flétrir, au grand scandale de la «Germanie démocratique. L'avantage, jusqu'à présent, il faut le dire, est demeuré à Kinkel.

Sa secte, plus active que celle de Ruge, e^ parvenue à faire dissoudre le fameux comité démocratiqîis européen, qui, avant le 2 décembre 1851 , avait tant occupé l'attention publique en Europe.

f^e professeur athée, Kinkel» a fait plus encore : il a pris l'initiative d'un emprunt spécial pour l'Allemagne.

L'appât de l'argent a immédiatement rangé sons sa bannière une foule d'honnêtes démocrates allemands, de sorte que Ruge en est réduit è un petit nombre de fidèles, qui ont révélé leur douleur et leur indignation dans des lettres cordialement haineuses, écrites par euxaux journaux de la Grande-Bretagne et à ceux de l'Allemagne.

Le professeur Kinkel s'est joint à deux antres émigrés, Willich et Reichenbach, autres Mazzini de l'Allemagne, pour contracter un emprunt de

la modeste somme de deox millions de4balers, emprunt dit national alïenumd, qu'ils ont déclaré c< avoir pour but de faire avancer la révù- \\it\on prochaine de rAllemagne. »

Il va sans dire que ces trois honnêtes gens se sont confiée eux-mêmes, dans les statuts, le soin (fe manipuler cet argent, se réservant « l'initiative et le choix des moyens. »

Us auront le droit illimité de disposer des sommes perçues. Là est toute la question pour eux.

Ce comité, qui ne déposera ses pouvoirs qu'entre les mains d'un gouvernement révolutionnaire, promet, en outre, aux souscripteurs, un intérêt de 5 pour 100, ce qui ne les engage h rien du tout.

L'emprunt allemand a eu un piètre succès à Londres, les Anglais pensant avoir déjà assez fait pour Mazzini, dont leurs passions protestantes se sont servies pour répondre à ce qu'on appelle de l'autre côté de la Tamise, Vinvasion papale.

Ce voyant, Kinkel fit comme Kossuth; il partit pour les États Unis d'Amérique, dans le but d'y extorquer, lui aussi, des lauriers et surtout des dollars. Mazzini, de son côté, s'empressa

d'envoyer en Amérique d'autres commis voyageurs de la révolution, pour faire concurrence à Kinkel ; et Ruge, qui n'a pas voulu rester en retard, a accompli le même acte de fraternité;

On n'a pas encore de nouvelles de tous ces émigrés, mais ces récits nous paraissent renfermer des enseignements, dont le plus grave est celuinfii, h savoir que si les agitateurs nomades auxquels l'Angleterre donne l'hospitalité, sont divisés par les haines, les jalousies, les passions, toutes les avidités et toutes les fureurs de la démocratie^ ils sont parfaitement d'accord dans leur but exécrable : la destruction violente de la société, de l'autorité, de la religion, dans tous les pays civilisés.

Leur moyen le plus actif, c'est l'organisation, dans toute T Europe, de ces sociétés secrètes, dont le comité dirigeant est à Londres. Ce comité a ses affiliations partout, nous l'avons dit. L'extrait suivant de la Gazette de V Allemagne du Nord, est venu, en 1852^ corroborer nos déclarations :

« Bonn, 22 octobre 1852.

» Le procès des communistes, à Cologne, h

acquis une haute importance par suite des dépositions des témoins, surtout celle du conseiller de police Stieber, de Berlin, et du directeur de Wermuth, de Hanovre. Suivant la déposition de M. Stieber, l'association communiste était parfaitement organisée à Paris, Lyon, Marseille» Strasbourg, Valenciennes, Metz, Alger, Dijon, Londres, New- York, Philadelphie, Bruxelles, Liège, Verviers, Genève, Berne, Lausanne, Saint-Gall, La Ghaux-de-Fond, Baie; et en Allemagne, à Cologne, Berlin, Brunswick, Hanovre, Hambourg, Francfort, Leipsick, Stuttgard, Mayence, Wiesbaden, Hanau, etc. Le directeur Wermuth a déclaré que les communistes de Hanovre ne comptaient que 10 membres; mais par l'influence secrète qu'ils exerçaient sur Tassociation secrète des travailleurs, Tassociation pouvait disposer de 5,370 individus. En raisonnant par analogie, il est permis de supposer que Schapper et Willich, de Londres, pouvaient disposer de plusieurs cent milliers d'hommes en France, en Allemagne et dans la Suisse. Ils formaient ainsi une sixième grande puissance en Europe, Ce qui diminue beaucoup le danger, c'est que le nombre des chefs était très-petit.

On a pu aussi s*eiûparer facilement des archives à Londres, attendu que les communistes euxmêmes les ont vendues pour de T argent et que les agents de police secrets de Paris et autres villes ont pu se faire recevoir et assister aux délibérations ! L'autorité centrale a ainsi reconnu bientôt dans ses émissaires les plus dévoués et les plus ardents des agents de police. Elle menaça à la vérité d'user du poignard, mais elle ne fit rien-

x> A Paris, un certain Chairval était le chef des associations. On n'a su qu'en dernier lieu que ce €bairval était un repris de justice condamné comme faussaire^ que M. Marx avait admis dans la société. Chairval reçut des lettres d'un certain Gieberich, dans lesquelles celui-ci dit qu'il &ut que les prêtres soient comme des veaux et des moutons, liés par cinquantaine, conduits à la hour chérie et égorgés ! Nous avons cru devoir donner ces renseignements à nos lecteurs. »

Le même procès a révélé la doctrine wîfante»

émanée du comité de Londres aux comités d'Allemagne :

a II est important de mettre un peu plus de réserve dans la prédication de Tassassinat politique et dans l'annonce des exécutions en masse. Le priiicApe est bon , mais il ne faut pas trop laisser voir les moyens que nous voulons employer. Attisons la baine contre les réactionnaires, mais ne la prêchons pas directement. Nous avons bien ri de la dernière exclamation : La mort, sans phrase^ pour toute la prêtraille ! »

Déplus, les hommes de la frateimité, partisans de ce système de mort, n'ont cessé, c'est prouvé, de se faire les uns aux autres une concurrence acharnée pour l'exploitation des dupes. L argent escroqué était dissipé dans les plus brutales orgies, dans lesquelles ces aimables régénératews de l'humanité riaient beaucoup de leurs agréables exclamations dans le goût de celles que nous venons de rapporter.

Ce procès a encore révélé cet autre fait honteux, à savoir que les conspirateurs qui crient si fort au mouchard! se vendent les uns les au-

très au plus juste prix. On a vu des frères livrer des frères pour un petit écu.

Les succursales du comité de Londres se sont montrées dignes de lui.

Gomme lui, les comités établis dans le reste de l'Europe ont vécu d'escroqueries, et l'argent apporté par de crédules adhérents, sous prétexte de former la caisse militaire de la prochaine insurrection, a été dévoré en débauches. Enfin, le cœur se soulève à remuer ce sanglant fumier, mais c'est un devoir devant laccomplissement duquel il importe de ne pas reculer. Il faut que les peuples sachent bien ce que sont réellement Jes ennemis de la tyrannie, les apôtres de la fratejmité universelle ^ les soldats de /'mÉB, etc. Des traîtres, des mouchards, des voleurs et des assassins.

Les peuples sont , je pense , suffisamment édifiés sur le compte de ces chenapans. C'est à

eux, maintenant, à aider les gouvernements à débarrasser la terre de cette vermine que les révolutions font éclore en abondance.

Il faut les livrer à la justice pour n'être ni trahi, ni dépouillé, ni égorgé par eux.

Dédons-nous de ceux qui critiquent les représentants de l'autorité, les prêtres, les rois, les empereurs, les magistrats et les institutions sociales ! Ce sont des serpents. Ils lèvent la tête avant de lancer leur venin. Tout mécontent cacbe un conspirateur. Chaque récrimination dissimule une criminelle intrigue.

Pour nous. Français, acceptons francbement les épreuves que la Providence nous envoie dans son infinie miséricorde. Serrons-nous autour de notre chef auguste ; à ses pieds déposons avec nos sincères hommages nos vieilles querelles de parti. Aimons-nous ef ne vivons plus divisés !

C'est le vœu sincère d'un cœur que les mé-

tao

chantooBt frappé sans l'aigrir» que les injastiees ont percé sans Tempécher de battre pour la religion et la patrie.

La triste célébrité de ]tfazztni et des Allemands

ipècbaieot les réfugiés français de dotmir, eomme les lauriers de Miltîade troublaient le sommeil de Tbémistocle.

On parlait trop de Mazzini et des Allemands, les Français réfugiés h Londres ont, comme ceux-là, voulu occuper d'eux l'attention publique. Voici comment ils s'y sont pris : Après s'être insultés réciproquement,iIsse sont battus; le citoyen Cournet a été tué par un autre frère, le citoyen Barthélémy. Les journaux de Londres noas on4 apporté de curieuses révélations sur la moralité de ces deux hommes et de leurs amis.

Ea voici la substance ; dous. complétons ces documents par nos propres souvenirs, par des fisdts acquis, à l'histoire par la j^ustice : parmi les

sociétés démocratiques qui existent à Londres, il en est une composée de deux cents membres environ, qui s'appelle la Paternelle; l'autre, qui en compte h peu près soixante^ix, se nomme la Révolution.

La première prend encore le titre de Société^ Mère; au commencement» elle se composait des partisans de Ledru-RoUin et de Louis Blanc ; mais bientôt un schisme se déclara : plusieurs orateurs accusèrent Ledru-Rollin de faux républicanisme.

Les amis de celui-ci prirent sa défense ; il en résulta des picôteries, des injures, des querelles et des Yoies de fait.

Blsirthélemy, l'adversaire de Coumet, était le grand orateur ennemi du parti Ledru-RoUin.

Comme cet ouvrier mécanicien était fort brutal et qu'il jouissait encore d'une réputation de grande férocité, justifiée par les antécédente les plosdéplorables, fort peu de pensonaes osaient lui faire opposition .

En6n, les discussions et l'esprit de parti s exaltèrent è tel point, que les amis de Ledru- Rollin se séparèrent et formèrent une société appelée la Révolution; de leur côté, les amis de

Louis -Blanc restèrent dans la Société -Mère.

Dans les premiers jours de la grande exposition, Frédéric Cournet, celui qui a succombé dans la lutte, vint à Londres. Entre autres commissions, ce réfugié avait été chargé par un de ses amis de remettre une lettre et un petit paquet contenant des gravures, à Barthélémy, qui se trouvait alors à Londres.

Cournet, qui ne connaissait pas personnellement Barthélémy, demanda à Tun de ses amis de Londres, qui il était. Cet ami était l'adversaire politique de Barthélémy; aussi lui débitat-il le dossier existant sur son compte.

Il en résulta que, de retour à Paris, Cournet répéta fraternellement à quelqu'un qui était son ami et celui de Barthélémy, ce qu'il avait entendu dire sur lui à Londres.

Cet ami. commun s'empressa non moins fraternellement d'en informeraussitôt Barthélémy, qui était alors en Suisse et qui s empressa d'écrire à Cournet pour avoir une explication.

Cette explication ne fut pas nette. Après trois autres lettres, Barthélémy vint en Angleterre pour des raisons particulières. Une rencontre

eat lieu, dans laquelle les deux frères se battirent civec acharnement. Gournet fut tué.

Le frère Delescluse prononça sur son corps une apologie d'une impudence outrageante. Il représente cet escroc, car ce n'était que cela,— et les preuves en existent, — comme un homme d'honneur et d'une rare délicatesse. Le fait est que Cournet avait été enseigne de vaisseau, mais il avait été chassé de la marine française pour avoir failli h l'honneur.

Tels sont les héros de la révolution

Cournet avait été nommé commissaire général par Ledru-Rollin, en 1848, ce qui n'étonnera personne. C'était un duelliste forcené et un lAche. On cite des traits nombreux qui le montrent sous le jour le plus odieux. Une des docîétéB françaises de Londres l'avMt, il a'y a pas longtemps, déclaré, & l'onanimité, indigne d'être un de ses membres, pour avoir souffleté un de ses cMapatriotes qui avait un bras cassv 1 • • •

Outre le duel q«i lui a été funeste, il avait encore sur les bras trois autres affaires semblables. Ce spadassin était un être cynique et crapuleux, n'en déplaise à Delescluse, ce polichi*

nelle politique, qui, contre la Belgique, organisa l'affaire de Risquons-Tout, comme commissaire général de Ledru-Rollin, à Lille.

Le frère Baronnet, second du frère Cournet, tour à tour notaire obligé de vendre sa charge, puis marchand de tabac failli, avait été également Tun des directeurs de la compagnie d'as« surances sur la vie, la Prévoyance, qui a fait banqueroute il y a quelques années.

Le /rér^ Mornay, autre témoin, ancien huissier, comme Baronnet, forcé de vendre sa charge ; et le frère Allain, ancien marin de la marine marchande, est maintenant marchand de vin à Londres.

Voilà les acteurs de ce drame.

S' oublions pas de dire que Barthélémy a été condamné, en France, sous le gouvernement de Louis-Philippe, aux travaux forcés à perpétuité, comme convaincu d'avoir assassiné un sergent de ville en lui tendant un guet-apens. La révolution de 1848 le rendit À la liberté, et en 6t un martyr de Vidée républicaine.

Condamné par une cour martiale pour avoir pris part à l'insurrection de juinr, il s'évada de

la prison du Cherche-Midi, à Paris, et se réfugia

à LiOndres.

YoilÀ les conspirateurs I

YoilÀ leur moralité et leur vertu I

Voilà les hommes qui» au moyen des sociétés

secrètes, veulent s'emparer du pouvoir en

Europe I . . .

Comment ces hommes comprennent le respect de la liberté, même les uns envers les autres, le voici : On écrivait naguère de Londres :

« Lesilémagogues réfugiés à Jersey pe laissent échapper aucune occasion d'afficher leurs détestables théories. Us viennent de saisir avec empressement celle que leur offrait le décès de Tun d'eux, le sieur Louis-Helin Destaillis, du Mans, dont F inhumation a eu lieu samedi dernier.

» Dès le matin, les journaux avaient publié

des articles annonçant que tous les réfugiés, drapeau national en tète, assisteraient aux obsèques.

Ils se rassemblèrent, en effet, eu assez grand nombre, environ 160 de toutes les nations, h la maison mortuaire où le service funèbre venait d'être célébré.

» Là, les plus exaltés commencèrent par s'opposer, avec des menaces abominables, à ce que le prêtre accompagnât le corps, bien que le défunt eût réclamé et reçu les secours de la religion.

» La veuve, profondément blessée dans ses sentiments religieux, céda à la violence et subit la condition qui lui était imposée de foroe par les hommes de la liberté.

j) Le cortège se mit en marche sans être précédé par le prêtre.

» Le drapeau fut alors déployé, et, au lien des couleurs nationales annoncées, Ton vit, et la population en conçut une indignation mêlée de dégoût, Todieux emblème de la démagogie, le drapeau rouge surmonté d'un crêpe noir.

» Arrivé au cimetière, le corps fut inhumé sans cérémonie religieuse d'aucune sorte, par

ces profanateurs sacrilèges qui ne respectent rien, pas même la mort.

» Une allocution des plus violentes fut alors adressée à l'auditoire et terminée par ce cri sinistre : Vive la république universelle, démocratique et sociale !

» Â ce discours en succéda un autre^^ dans lequel Torateur, renchérissant sur celui qui l'avait précédé, s'exprima en termes empreints de tels sentiments de vengeance et de haine, que tous ceux qui n'étaient là que par curiosité, s'éloignèrent peu h peu en laissant la place aux seuls acteurs de cette triste manifestation, si bien que l'auditoire leur paraissant trop peu nombreux, les citoyens Victor Hugo et Pierre Leroux, qui avaient leurs discours tout prêts, renoncèrent à se faire entendre.

» La population de Jersey s'éloigne chaque jour davantage des réfugiés, en reconnaissant dans ces incorrigibles agents de désordre des ennemis de toute société. »

On se rappelle qu'en 1852, la police française a découvert à Marseille une faorrible complot. Une machine infernale, aussi redoutable que celle de Fieschi , avait été montée, dans une maison, sur le passage du prince Louis- Napoléon, dans le but de l-immoler, lui et toute son escorte.

Avons-nous tort de déclarer que les révolutionnaires sont des assassins?. . . Et oserait-on dire que le comité de Londres n'est pour rien dans cet abominable guet-apens '?.... Ce comité, en effet, a des correspondances partout : Marseille est une des villes dans lesquelles les émigrés de Londres ont des intelligences.

Ces tentatives abominables doivent être réprimées avcQ la plus grande énergie : les méchants ne tremblent pas encore, puisqu'ils continuent à conspirer. Les bons ne seront complé-

1 A son arrivée k I^ondres, Gaillard, l'auteur de la machine infernale de Marseille, a été Tobjet d'une ovation de la pari des réfugiés résidant en Angleterre. Nos démocrates français lui ont fait particulièrement une chaleureuse réception et Vont orgueilleusement présenté aai frères d'Europe^ c'est-à-dire aux réfugiés de tous les autres pays. La sympathie des Républicains n'a jamais manqué aux assassins, ceci en est une preuve nouvelle.

tement rassurés que quand il ne sera plus possible de craindre les conjurations politiques. Que ceux-ci soieiil donc poursuivis, traqués comme des tigres qu'ils sont ; décimés, exterminés jusqu'au dernier.

11 faut que le monde soit enfin purgé de ces incorrigibles conspirateurs ; à tout prix, il le faut!...

Qui veut la fin veut les moyens. Or, la fin que se proposent les honnêtes gens, c'est d'assurer le triomphe suprême et définitif du bien sur le mal. Le mal, c'est la révolution, c'est l'esprit de révolte, de conjuration, de haine, qui ôte tout repos è un pays, qui en alarmant les bons, excite les espérances, les avidités des méchants, joyeux et encouragés. La prudence politique apprend aux gouvernements qu'il faut ou gagner les hommes ou s'en défaire. Pour prévoir une objection calomnieuse, il est utile de déclarer que nous n'entendons pas dire qu'il faut tuer les conspirateurs, mais les mettre dans l'impossibilité radicale de nuire.

La société a le droit de se défendre, comme l'individu, contre ceux qui dressent contre elle des traquenards.

La proléger, veiller pour elle, prévenir de nouvelles tentatives de destruction ; attaqqée, la défendre, c'est le devoir du gouvernement, et il ne paraît pas qu'il soit disposé à y faillir.

S'il n'abaissait pas, s'il ne domptait pas les conspirateurs pour rester seul maître du pays, s'il ne mettait pas tous les moyens en usi^e pour régner sans contestation, il perdrait bientôt tout ce qu'il a acquis.

Qu'on ne crie pas au despotisme, c'est un nom dont les tyrans républicains se servent contre tout frein moral opposé à leur brigandage. Le pouvoir le plus despotique est celui qui réside entre les mains du plus grand nombre. C'est pourquoi les révolutionnaires sont les pires des oppresseurs.

Les régicides au pouvoir sont bien autrement absolus et liberticides que les rois décapités, assassinés par eux au nom de la liberté!

La liberté démocratique , c'est l'anarchie ,

sœur du despotisme. Cette proposition, nous l'avons soutenue maintes fois, nous l'avons démontrée historiquement et preuves en main.

Or, la licence est encore pire que le despotisme. Jamais, au nom du despotisme, au nom d'un gouvernement absolu, au nom d'un prince, d'un roi, d'un empereur, on n'a commis ces crimes sans nom dont se sont souillés les républicains, les régénérateurs de la société y les amis des peuples, les adversaires de la tyran-nie, au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité...

Fraternité! Liberté! Égalité! République!

paroles menteuses !

Qu'ont-ils fait avec ces mots-là, tous ces charlatans corrompus et imbéciles qui s'en sont servis pour renverser les gouvernements réguliers, sages, amis de Tordre ?

Ils ont versé le sang à flots ; ils ont écrasé, opprimé, avili, abruti, démoralisé les peuples ; ils ont essayé de détrôner Dieu. Dieu en a tiré une terrible vengeance : on peut voir sur la terre étrangère, à Ixelles, en Belgique, les os de leurs pères rongés par les pourceaux au bord des grands chemins i ... Et, la plus cruelle expia-

tioQ qu'il ait infligée à ces pères adorateurs de Brutus, à ces* monstres sans entrailles, c'eat l'abandon et ringratitude même de leurs flls.

On connaît ce général républicain, fils d'un régicide, conventionnel féroce, qui a laissé la tombe de son père, enfouie dans les ordures, exposée aux profanations des animaux, pendant que devenu, pour un moment, maître de la France, il se gorgeait d'or aux Tuileries I . . .

— « Vous êtes tous des blagueurs, » s'est écrié Proudhon aox déclamateurs de la faction républicaine.

Rien n'est plus vrai que cette pensée , exprimée d'une façon triviale. Leur patriotisme, mensonge I

Leu^ amour pour le peuple, mensonge I

Pour la liberté, mensonge !

Pour l'égalité, mensonge I

Pour la fraternité;

Pour la gloire, la charité, l'honneur, mensonge et duplicité, mensonge impudent et éternel I

A ces ennemis du genre humain, à ces oppresseurs de la terre, il faut arracher leurs masques hypocrites.

Il faut opposer à ces types dégradés les types delà religion, types si nobles, si purs, si touchants de charité et d'amour, ces chrétiens pleins de douceur et de foi, les saint Vincent de Paul, qui sont les véritables apôtres de la fraternité en ce monde, et les vrais, les seuls amis des peuples.

Ce n'était pas assez de démences, assez de provocations, assez de crimes : Mazzini et Kossuth ont encore pris la parole, et les journaux protestants anglais, ces insulteurs de l'autorité, se sont empressés de publier avec des éloges les deux abominables pièces suivantes :

COMtTJ^ NATIONAL ITALIEN.

(( Italjens I frères I la tâche du comité national italien est terminée ; la vôtre commence. Aujourd'hui» le dernier mot que nous, vos frères, tous adressons est : Insurrection ! Demain, en nous mêlant aux rangs du peuple, nous vous aiderons à la soutenir.

» Insurrection! Le moment longtemps préparé, attendu pendant trois long^ïes années avec impatience, est arrivé. Profitons-en. Ne vous laissez pas tromper par les apparences, ne vous laissez pas égarer par les lâches sophismes des hommes tièdes. Toute la surface de TEurope»

depuis TEspagne jusqu'à notre pays, depuis la Grèce jusqu'à la sainte Pologne, est une couche volcanique sous laquelle dort une lave qui fera explosion au premier soulèvement de l'Italie. Il y a quatre ans, V insurrection de Sicile a été suivie par dix révolutions européennes ; vingt révolutions suivront la vôtre, toutes se rattachant au même pacte, toutes dirigées vers le même but fraternel. Nous avons des amis même dans les armées qui nous gouvernent; il y a des

peuples entiers dont le cri d'alarme répondra au Totre. Les démocraties nationales de TEurope forment un seul grand camp oi^anisé ; l'avant-^rde de la grande armée des peuples ne craint pas l'isolement; l'initiative de l'Italie est l'initiative de l'Europe t

D Uinmrrectum! Sainte comme la pensée du pays qui la consacre, forte dans sa volonté et dans son énergie, concentrée comme son but, qui est la justice, Tamélioration et la vie libre, fraternelle pour tous, qu'elle se lève et qu'elle change le martyre en victoire t Des milliers de victimes qui sont tombées avec le nom sacré de l'Italie sur leurs lèvres ont droit à cela de notre part. Qu'elle soit terrible comme la tempête de nos mers, qu'elle soit obstinée, immuable comme les Alpes qui vous entourent. Entre les Alpes et l'extrémité de la mer de Sicile, nous sommes vingt-cinq millions d'un côté et cent mille étrangers de l'autre. C*est la lutte d'un moment : vous n'avez qu'à vouloir.

V Linsurrectionf Que ce grand mot coure de cité en cité, de ville en ville, de village en village, comme le fluide électrique I Levez-vous ! levez- vous! révcillez-vous pour la fièvre de la

croisade, vous tous qui avez des cœurs ilalienset des bras italiens !

» Rappelez au peuple ses souffrances imméritées, ses droits méconnus, son ancienne puissance et le grand avenir de liberté, de prospérité, d'instruction et d'égalité quil peut conquérir d'un seul bond.

«Rappelez à vos femmes, les mères, les sœurs, les amis qui ont péri dans un deuil inconsolé pour l'objet de leur amour emprisonné, exilé, massacré parce qu'il désirait une patrie.

» Rappelez aux jeunes gens la pensée outragée et comprimée, le grand passé traditionnel de l'Italie qu'ils ne peuvent continuer que par l'action; l'insigniQance absolue de leur condition actuelle ; eux les descendants de ces hommes qui ont par deux fois donné la civilisation à l'Europe I

» Rappelez aux soldats de l'Italie le déshon-* tieur de l'uniforme servile dont se moque l'étranger; les ossements de leurs pères laissés sur les champs de bataille de l'Europe pour l'honneur de l'Italie et la gloire véritable decelui qui combat pour le droit, la justice et la nationalité.

» Soldats , femiues , jeunes gens , peuple, B'ayons pour le room^t qu'un seul cœur, qu'une seule pensée, qu'un seul cri sur nos le* yres : « Nous aurons un pays, nous aurons une Italie, et l'Italie sera 1 1»

» Attaquez, rompez sur tous les points la longue et faible ligne de l'ennemi ; empéchez-le de se concentrer, en tuant et en dispersant ses soldats, en détruisant les routes et les ponts. Désorganisez-le m frappant ses officiers; poursuivez sans relâche les fuyards; faites la guerre, A COUPS DE COUTEAU ; faites-vous des armes des tuiles de vos maisons, des pierres des rues^ des outils de vos métiers, du fer de vos croix ! Répandez l'alarme en allumant des feux sur toutes les hauteurs I Que d'un bout de l'Italie à l'autre, le tocsin d'alarme du peuple sonne la inort d^ tyrans I Partout où vous serez victorieux, portez-vous à l'aide de ceux qui sont le plus près de vous ; que V insurrection grossisse comme une avalanche. Si la chance tourne contre vous, courez aux goi^es, aux montagnes, aux forteresses que vous a données la nature. Partout où le combat aura éclaté, partout vous trou- Terez des frères et, renforcés par les Victoires

gagnées sur un autre point, vous redesoendrez le lendemain sur le champ de bataille, et vous n'aurex qu'un seul drapeau, le drapeau de la nation!

y> Comme gage de notre unité fraternelle, inscrivez sur votre drapeau : Dieu et le peuple. Ces mots seuls sont puissants pour conquérir; seuls ils ne trahissent pas I

» C'est le drapeau républicain qui, en 1848 et 1849, a sauvé l'honneur de l'Italie; c'est le drapeau de Tancienne Venise; c'est le drapeau de Rome, de Rome l'éternelle, la métropole sacrée, le temple de l'Italie et du monde !

ï^ PuriQez-vous en combattant sous ce drapeau ; que le peuple italien se lève digne du Dieu qui le guide ; que la femme soit sacrée ; que la vieillesse et l'enfance soient sacrées ; que la propriété soit sacrée ; punissez le voleur comme un ennemi ^ ; servez-vous, pour l'insurrection^

1 Ces paroles ampoulées, ces déclarations en favenr de la femme, de la vieillesse, de l'enfance et de la propriété sont d'immenses mystifications, d'odieux mensonges dans de pareilles bouches. On a vu, à Rome, pendant leur dictature sanguinaire et vénale, comment Mazzini et Aurelio Saffi respectent la vie hamai ne et la propriété. Nous avons compté lears victimes, nous n'avens pu cc(mptcr leurs vols. Nous avons |}it, dans notre his-

des armes, de la poudre et des uDiformes pris sur rennemi.

» Aux armes I aux armes ! notre dernier mot est le cri de guerre. Que les hommes choisis par vous pour vous conduire envoient h l'Europe le lendemain le cri de la victoire.

» Pour le comité italien :

» JOSEPH MAZZINI, AfJREUO SAPFI ; MAURIZIO

QUA1AI0, CESARE AGOSTiNi, Secrétaires.

» Londres, février 1853. »

toire d« S. S. Pie IX, les noms des personnes assassinées sor leur ordre, des maisons pillées sur leur ordre. Toutes leurs proclamations n'empêcheront pas l'histoire de les condamner comme des misérables, peur qui rien n*est sacré. C'est comme quand ils ont l'impudence de parler de Dieu; leur maître, à eux, leur Dieu, c'est Satan.

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