KOSSUTH
» Londres, février 1853. »
Quelques; jours après la publication, par les journaux protestants anglais, de cette dernière pièce, Kossuth a écrit qu'elle n'émanait pas de lui. Il est fort difficile d'avoir la vérité avec de pareils misérables. Qui est apocryphe, delà proclamation ou delà lettre? on ne sait. Il se pourrait fort que Kossuth fut l'auteur de l'une et de l'autre ; en ceci, semblable à cet homme qui, pour faire parler de lui, écrivait, sous le nom d'un ami, à un journal qu'il était mort, et, le lendemain, sous le sien écrivait qu'il se portail à merveille.
En tous cas, la lettre et la proclamation semblent émaner de la même plume. Conçoit-on
un désaveu qui contient les mêmes choses que la chose désavouée? C'est maladroit.
Le désaveu ne porte que sur l'opportunité de la lutte. Mais quand arrive-t-il? Le lendemain delà défaite des assassins de Milan, le lendemain du jour où un compatriote de Kossuth a échoué dans la tentative de régicide contre Fempereur d'Autriche I...
Ce n'est pas tout encore. Comme il faut que la fraternité démocratique s'afflrme toujours, comme il faut donner sans cesse au monde, entre insurgés et réfugiés, l'exemple de l'aménité, deThumilité, du renoncement, une grande partie de l'émigration hongroise en Angleterre n'a pas accepté Kossuth pour chef et a protesté énergiquemenl contre sa prétention de se poser comme tel. A peine les deux pièces dont il est ici question eurent-elles paru, quelles furent suivies de protestations nombreuses, parmi les-
quelles la plus énergique fut celle de Barthélémy Szemere, ancien ministre de la révolution hongroise, lequel traite fort mal le citoyen Rossuth, qn'il appelle usurpateur, auquel il reproche une grande partie des malheurs de la Hongrie; il déclare qu'il s'est octroyé à lui-même sa propre dictature illimitée, et qu'il n'a pas plus le droit de parler au nom de la nation hongroise que Mazzini au nom de l'Italie. Szemere ajoute, toujours en parlant de Kossuth :
ce Que celui qui serait curieux de le juger comme homme d'État lise avec attention l'histoire de la dernière révolution hongroise; que celui qui voudrait connaître son habileté comme conspirateur, jette un coup d'œil rétrospectif Mr la malheureuse expédition de l'année passée; enfin, tout récemment, l'insurrection de Milan, plus désastreuse encore , donne un éclatant témoignage de son génie. »
Il termine en disant que, suivre Kossuth, c'est rendre impopulaire et odieuse la cause de l'émigration hongroise.
Autre complication : Eossnth, après avoir prudemment attendu l'issue de la dernière insurrection de Milan, désavoue, comme apocryphe, sa signature au bas de la proclamation révolutionnaire. Alors parait Mazzini,qui offre de montrer cette signature à tout venant dès qu'il sera en lieu sûr :
a Monsieur le Rédacteur,
» J'entends parler, attendu que là où je suis il ne m'est pas permis de la lire, d'une protestation de Kossuth concernant la proclamation hongroise, rendue publique au moment où le peuple courait aux armes à Milan. La proclama» tion manuscrite, revêtue de la signature autO' graphe de Louis Kossuth, est entre mes mains, et quiconque le voudra pourra, quand je serai sur une teiTc libre, s'' en assurer.
» Elle a été demandée par moi et elle m'a été envoyée par lui, vers la fin de son séjour à Kulaya, dans l'hypothèse d'un mouvement insurrectionnel en Italie, au moment où il serait encore prisonnier, et afin de la faire paraître comme signe de l'alliance qui avait été jurée entre
fums, comme monument public et efficacôy h r effet d'éviter des collisions entre frères de cœur.
» Prévoyant pour moi le cas possible de mort ou d'éloignement forcé du centre du mouvement, et comprenant toute F importance de ce document, je veillai à ce qu'il en demeurât une copie entre les mains d'hommes du parti, qui pussent, en cas de mouvement, et à cette unique condition, s'en prévaloir.
» Entre Kossuth et moi, il n'en fut plus question. C'était un fait accompli. Une autre proclamation, imprimée plus tard dans les deux langues, et portant nos deux noms, annonçait que notre deuxième parole serait une parole d'insurrection^ afin de confirmer les intentions qui vivaient dicté la première à Kossuth.
» Restait la question d'opportunité. L'élément italien pouvait seul en être naturellement juge ; sans cela, l'envoi antérieur de la proclamation n'aurait eu aucun sens. Les hommes qui s'apprêtaient à exposer leurs jours pour l'entreprise patriotique et qui croyaient au succès, jugèrent le moment venu.
y> La proclamation fut imprimée sccrèleraeut
avec rinsertion de la date de février et en oraettant deux paragraphes qui faisaient ressortir son ancienne date, et qui faisaient allusion à des préparatifs entre les Hongrois, traitant de choses déjà comprises dans la proclamation intermédiaire.
y> La mauvaise issue de la tentative peut irriter celui qui comprend toute la puissance du nom propre et qui la voudrait conserver intacte ^ pour le bien. Mais Rossuth , plus que d'autres, est fait pour comprendre que dans la sphère d* action secrète k laquelle nous condamne la situation de notre patrie, un incident minime en lui, un acte imprudent, imprévoyant ou oublieux d'un individu, peut quelquefois faire avorter le dessein le mieux ordonné. Les nombreuses âmes que la proclamation a conquises en Italie À Kossuth compensent bien pour lui le bléme de quelques journaux étrangers.
» Votre, etc.
» Joseph Mazzini. » 22 février 1853. »
Mazzini souffletant Kossath, désavoué par la Hongrie et même par les réfugiés hongrois, est à son tour, lui, Mazzini, désavoué par les réfugiés italiens, comme il Va été paiement par ritalie. Un journal démocrate, la Presse, de Paris, publiait, k la date du 9 mars 1853, les lignes suivantes :
d Tout ce que les journaux de Londres et de Paris ont dit des derniers événements de Milan ne saurait donner une idée de l'étonnement, de la douleur et de Vindignation que cette nouvelle extravagance de Mazzini a soulevés d'un bout de ritalieà l'autre. Depuis l'expédition de Savoie, en 1833, cet homme fatal n avait rien imaginé de plus impardonnable et de plus fou, rien qui servît mieux et plus à point les intérêts del'Autnche *.
M On commence à comprendre maintenant tout le mal qu'a fait à la noble et malheureuse Italie ce mazzinianisme mijstique, fanatique et fanfaron, qui depuis vingt ans crie toujours, à contre-temps et à contre-sens, aux armes! qu'il
< Un grand nombre de démocrates italiens considèrent, disent-ils, Alazzini comme an faux-frcre; comme un agent delà police aatrichienne.
ne prend jamais; et qui fait de la politique avec delà mauvaise poésie orientale et des idées incohérentes qui semblent tirées de l'Apocalypse. II est temps enfin de savoir de qui tient samissimt ce comité occulte, soi-disant européen, et qui ne fait jamais de manifestation sans que le joug de TÂutricbe ne s'appesantisse plus lourdement sur l'Italie.
» Nous avons reçu de Turin un Appel à la difilomatie européenne, par M. Bianchi Giovini. C'est une petite brochure extrêmement remarquable, comme tout ce qui sort de la plume de ce publiciste éminent» qui, après avoir, pendant cinq ans, fait a l'Autriche et à Rome une guerre si brillante et si rude, s'est condamné à un silence que déplorent tous les admirateurs de son talent. Nous reparlerons de sa brochure.
» Nous reproduisons aujourd'hui la protestation suivante, que nous adresse M. J. Ricciafdi,
ancien député au parlement de Naples Il
est connu pour Tardeur de ses opinions démocratiques; il a donc quelque autorité quand il proteste contre les folies du ma%%inianisme. »
Suit, en effet, du frère Ricciardi, une protestation énergique contre le frère Hazzini, auquel
il dit, entre autres gracieusetés, que ses efforts mêmes ont clairementdémontré, parleurs mauvais résultats 9 sm incapacité comme chef de parti et homme révolutionnaire;
Qu'il n'est nullement fait pour la politique militante, quil a manqué sa vocation;
Qu'il n'a absolument rien de ce qui fait le chef de révolution ou le tribun politique, c^est-à-dire ni le coup d'œil, ni la fermeté, ni l'audace, ni le talent oratoire, ni même V aspect ou la voix!
Le point d'exclamation qui termine la phrase «est dans le texte.
Le frère Ricciardi l'engage ensuite à se contenter de maniercetteplume,à qui seule, dit-il, Hazzini doit quelque renom. Il ajoute, après avoir ainsi rapetissé son ami:
— « Des hommes ^une bien autre taille et d'une bien autre trempe que la vôtre seront nécessaires pour mener à bonne fin le grand œuvre de la régénération italienne. Quanta vous, vous pourriez servir bien plus utilement notre sainte cause si, au lieu de vous attribuer une mission que perswine ne vous a donnée, et d'employer votre talent à dicter des proclamations que nul ne lit en Italie j vous vous occupiez, par des études sé-
rieuses» h préparer en quelque sorte le terrain de Tavenir, en discutant les institutions et le système de gouvernement qui devront remplacer un jour Tordre de choses actuel. Si vous faisiez ce que je vous conseille, vous seriez à coup sûr bien plus méritant vis-à-vis de notre pays qu*m vous arrogeant, ainsi que vous Vave% fait jusqu'à présent, le droit de personnifier en vous V Italie, de la même manière que Kossuth a prétendu et prétend encore personnifier en lui la Hongrie. »
Il termme par cotte rude leçon , en parlant des devoirs des émigrés :
— « Nous avons d'autres devoirs tout aussi nobles à remplir : celui, d'abord, de faire nonseulement respecter, mais aimer en nous notre pa* trie, grâce k notre conduite exempte de tout reproche, par l'étranger au foyer duquel nous sommes assis ; puis de prêcher à nos frères de rintérieur, surtout par Fexemple de notre union. • * , • » »)
Quelques jours après la publication des proclamations de Mazzini et de Kossuth, de ces infamies sans nom, un démocrate hongrois essayait d'assassiner lâchement, par derrière, à l'Italienne, Sa Majesté l'Empereur d'Autriche. Que les réfugiés de Londres, Mazzini, Kossuth et autres, soient lés instigateurs de tous ces crimes, c'est ce dont personne ne doutera d'après leurs antécédents, leurs principes et leur propre langage *.
On voit, par les pièces que nous venons de reproduire, on voit que c'est toujours la même chose : des forcenés complètement à l'abri, qui poussent les populations à l'insurrection, à la mort, à la guerre à coups de couteau, à la profanation sacrilège des croix pour en faire des poignards. C'est toujours le même langage, les mêmes prédications d'assassinats, les mêmes projets de viol de la propriété, de loi agraire, promesse pour la minorité factieuse, menace pour la majorité honnête.
On ne répond à ces furieux appels au carnage
* Comme on condaisait le menrtrier en prison, il cria . « Vive Kotsulh ! » Ceci est assez significatif.
que par une surveillance incessante , et , au moindre mouvement, parle c^non.
Voilà ce qu'a produit pourtant Tesprit révolutionnaire depuis soixante ans ; que dis-je? depuis Luther et Calvin, depuis la déformation du christianisme par des intrigants ambitieux et sensuels.
EnOn, c'est encore de l'Angleterre que sont venus, de 1852 à 1858, les fabricants des machines infernales de la rue de la Reine-Blanchct près la barrière de Fontainebleau ; les assassins Kelsch, Galli, Rossi, Magen, Carpéza, Pianori, Tibaldi,GriIli,Borlotti-
C'est de Londres que sont venus les régicides Pieri, Orsini, Gomez et de Rudio, coapables de l'abominable attentat du 14 janvier 1858.
C'est à Londres que Simon Bernard a été arrêté comme leur complice ;
C'est à Londres que Félix Pyat a publié ce manifeste :
« En dépit de toutes vos précautions, malgré vos murailles de la Chine, vos lignes de douane, vos cordons sanitaires, nous passons, nous pénétrons, nous arrivons dans la chaumière, aux mains, aux yeux, au cœur des ouvriers et des paysans, et le peuple nous lit quand même.... De Bordeaux à Lille, d'Angers à Lyon s étendent les silos de la Marianne, ses mines et ses sapes et ses traînées de poudre, que la moindre bluette peut faire sauter Voilà votre souleur!.... Vous savez que notre lettre à la Marianne a été publiée à Londres, que c'est de Londres que nous datons nos foudres et nos trombes Oui, les auteurs du mal vivent en Angleterre U Angleterre est la coupable, la receleuse qui mus abnte^ qui nous imprime ! »
Et cet autre :
ce Quand donc une main héroïque arrêtera-!-
elle le compte de sang? N'est-t-il pas temps de venger les morls et de sauver les vivants I Lorsqu'un homme s'élève au-dessus de la justice publique, il doit tomber sous la vindicte privée. »
Et cette apologie de l'assassinat :
« Tout citoyen est en droit de courir sus à l'empereur; chacun a le droit et le devoir de répondre à la force par la force, aux canons par les revolvers, aux boulets par les bombes, à la mitraille par les fulminates, à la garde impé* riale par les machines infernales.
» Nous ne débattrons pas plus le droit de
régicide. Dans le pays de Charles P', c'est inutile. Là-dessus, les ûls de ceux qui ont exécuté le Capet, n'ont rien à apprendre aux fils de ceux qui ont exécuté le Stuart. Ordinairement on ne discute pas le droit, on le prend quand il faut» on l'exerce comme on peut.
D Ainsi le Hongrois peut assassiner Tem*
pereur François-Joseph ; le Napolitain, un Bourbon ; le Romain ou le Français, un Bonaparte... L'assassinat politique est un hit forcé, fatal, lo^ gique, par conséquent nécessaire... »
Le comité de la Commune révolutionnaire séant à Londres, sous la protection du droit
Basile et des lois anglaises, se soucie peu des Tictimes, autres que les rois, faites par leurs bombes et leurs machines infernales :
« Quel grand malheur, vraiment, que ses <;omplices décorés et salariés, cinq ou six de ses gendarmes et de ses sbires, tombent à ses côtés -et gagnent des pensions I »
Le comité de la Commune révolutionnaire énumère ensuite des faits qui désignent ^particulièrement Tempereur Napoléon lïF aux vengeances des Italiens :
<i C'est lui qui leur a rendu de force Pie IX; c'est lui qui leur impose pape, cardinaux, jésuites, toute cette peste noire dont TAngleterre s'est purgée comme des loups; c'est lui qui les occupe militairement avec ses bataillons et ses batteries. Est-ce que dix mille fusils et cent canons ne valent pas quatre bombes? »
EnGn, le tout se termine par une invocation tiux auteurs de l'attentat du 14 janvier :
c< Quant à nous, nous ne pouvons malhcu- Teusement prétendre à aucune part dans le mérite de leur action ; nous n'avons pas eu l'honneur de participer à leur entreprise. Mais le coq chanterait trois fois si une voix française ne les
salaaitpas en présence de leurs juges. Amis inconnus et non méconnus, nous vous saluons !
Vous serez vengés I, etc. »
Ces paroles épouvantables trouvèrent de Técho en Angleterre, — dans un pays qui se pique d'honneur, — de civilisation et de liberté I...
Nulle part en Europe, peut-être, on ne trouve tant de contrastes qu'on Angleterre. La plus grande richesse côtoie l'extrême misère, la liberté politique sans frein coudoie les préjugés de caste les plus absurdes, le matérialisme le plus brutal se rencontre avec le sentiment romanesque le plus ardent.
IzedbyGoOgk
Mais où le scandale dépassa tout ce qu'on avait vu d'abominable en Angleterre, ce fut dans le procès du régicide Bernard, dit le cltirhiste^ complice des assassins Orsini, Piéri, de Rudio et Gomez\
L'indignation de TEurope égala sa stupeur en apprenant cet acquittement.
Sans la prudence et la grandeur d'âme de son gouvernement, la France se fût levée comme un seul homme, Tépée à la main^ pour se faire justice elle-même, au nom de Dieu et de la morale si effrontément outragés.
On écrivit de Londres au journal la Patrie^
« Le procès politique {state trial), comme
on l'appelle pompeusement et faussement ici,
vient de se terminer paV un acquittement prévu
et prédit de presque tout le monde. Les ma-
^ Voir la note 1 à la fin da volame ; c*est le compte rendu de ce procès abominable, tel qne Ta donné le journal le Sun.
Difestatîons enthousiastes de la foule qui entourait le prétoire» les hourrabs» les chapeaux des hommes, les mouchoirs des femmes frénétiquement agités, révèlent une fois de plus les étranges sympathies chez nous d'un certain parti pour l'assassinat.
X» Simon Bernard est à présent un héros; Tex-professeur de langues, élevé sur un piédestal de bombes fulminantes, va, dit-on, faire de sa personne une exhibition glorieuse et lucrative. Ne sera-ce pas pour plusieurs un encouragement à l'imitation d'un si noble modèle? Les régicides de tous pays n'ont désormais qu'à assurer d'avance leur fuite sur les très-libres rivages d'Angleterre; ils y sont assurés, nonseulement de l'impunité, mais encore d'une fortune dont ils ont, en effet, grand besoin.
» Quand on demande aux Anglais, d'après quels principes, en vue de quels avantages leurs institutions donnent au monde un si lamentable spectacle, leurs réponses ne sont ni d'un peuple ami, ni allié, ni civilisé, ni même chrétien. Il y a certainement ici deux morales, deux justices, deux raisons, deux religions : l'une pour l'intérieur, l'autre pour
rétranger, et aussi opposées Tune à l'autre que l'honneur Test à l'infamie, et la vertu au crime. »
Le journal YUnivers fit ces réflexions sur Tacquittement de Bernard :
ce Le jury anglais a acquitté Simon Bernard; le peuple anglais a salué de ses hourrabs le couronnement de la procédure; les juges anglais, forcés de retenir l'accusé, se sont, autant qu'ils l'ont pu, associés au scandale de son acquittement en l'admettant à donner caution. Tout cela est complet et tout cela est cynique. Rien n'y manque. Pendant l'instruction du procès, Mazzini a publié un écrit, reproduit par plusieurs journaux, où l'insolence et les provocations contre l'empereur surpassent ce que les réfugiés s'étaient jusqu'alors permis de plus révoltant.
» Si le gouvernement anglais n'a pas voulu ce résultat, c'est le Timeis qui gouverne l'opi-
nion. S'il Ta voulu, alors le Times a été F organe de sa pensée. Dans les deux cas, la France est éclairée sur le fond du cœur anglais.
D Gomme nous ne sommes ni les répondants ni les chevaliers de la civilisation moderne en général et de la civilisation anglaise en particulier, nous n'avons rien de plus à dire. Entre deux nations puissantes et amies s'élève un débat que Ton peut appeler la question des assassins; Tune de ces deux nations tranche le débat au détriment de l'autre, en faveur des assassins. Voilà le dernier trait et Tun des plus marquants de la politique européenne au xix* siècle.
30 Soyons sincères» et ajoutons que, dans la situation réelle des choses, les infâmes hourrahs du prétoire de Londres nous paraissent bien préférables aux compliments empesés dont la municipalité de Douvres fatiguait un jour auparavant la franchise du duc de Malakoff. Dans leur étalage de loyauté, ces compliments étaient sans doute très-anglais ; mais les hourrahs poussés en triomphe autour de Simon Bernard, c'est le cœur de l'Angleterre ellemême. »
De son côté, le Comtitutûmnel s'exprime ainsi :
« L'acqnittement de Bernard n causé nne profonde indignation en France, et le sentiment si Tif, exprimé ce matin par Y Univers^ est compris de tant le monde. Néanmoins, disons-le, pour être juste, ce n'était pas Toccasîon d'attaquer le Times comme l'a fait Y Univers, puisque le Times a énergiquement soutenu le bill dés conspirateurs, flétri les assas- . sins et défendu Thonneur anglais.
)» Quant à nous, nous ne ferons pas de longs commentaires sur on pareil acquittement, exemple inouï de scandale pour la morale publique ; car quel honnête homme en France et en Angleterre pourrait douter de la culpabilité de Bernard? Nous dirons seulement à ceux de nos Toisins qui désirent le maintien de bonnes leUcions entre les deux pays, que SI, par malheur, on répandait en France, dans
BO» yilki^, dans nos caserneSi dans nos campagneSy le plaidoyer de Tavocat de Bernard, €6 plaidoyer qu'on a laissé remplir de tant de fiel 9 de calomniesi d'injures contre l'empereur, contre le peuple qui l'a élu, contre l'armée et contre nos institutions, il serait difficile au gouvernement, avec les meilleures intentions, d'arrêter les effets de l'indignation publique. »
Mais, nous l'avons dit, la France doit mettre la main sur son cœur pour comprimer les battements d'une colère trop juste, et imiter la magnanimité de son gouvernement.
Il nous sera pourtant permis de ne pas oublier cette nouvelle offense.
Nous voulons pouvoir espérer que la majorité du peuple anglais ne partage pas renthousiasme homicide des amis quand même des conspirateurs.
En acquittant Bernard , les juges anglais donnèrent raison au libelle sanglant de Félix-Pyat.
Cet horrible factum indigna l'Europe civilisée tout entière; — mais il trouva des adhésions et des applaudissements en Angleterre, — non-seulement parmi les réfugiés rouges, mais parmi les libéraux anglais.
Chose remarquable : Les libéraux se rapprochent des radicavXy des jacobim, sur le terrain de l'assassinat politique.
Nous avons rappelé dans notre Etude sur les RégicideSf la tendresse professée par M. Bouillet pour tous les Brulm.
Dans le même Dxcl. d'Histoire, en parlant du général corinthien Timoléon, qui fit assassiner son propre frère Timophane, qui voulait s'emparer du pouvoir à Corinthe, on lit :
— « Timoléon est regardé comme un modèle de grandeur dame, de sagesse et de mo-
DÉBAÏION. 1>
De même le libéralisme et le protestantisme anglais ne trouvèrent aucune flétrissure à imprimer aux actes et aux discours des assassins démagogues»
Les libéraux protestants de la Grande-Bretagne, nous les avons vus par toute TEurope, en 1818 et années suivantes, attiser le feu de la guerre civile.
Leur conduite, à Rome, à été particulièrement înfàme.
Encore aujourd'hui, ils s'y conduisent sans la moindre pudeur '.
Il n'est pas permis à ceux qui parlent aux peuples de garder le silence sur la politique réellement abominable et impie tenue en 1848 par le cabinet britannique.
Il faut flétrir cette politique révolutionnaire, immorale, dont lord Palmerston était alors la plus haute et la plus odieuse personniQcation.
S'il a consciencieusement changé depuis, comme on le dît, tant mieux pour lui et pour le repos de l'Europe?... '
A Voir la note 2 à la fin da volame.
^ Voirla noie 3 à la fin du ?olame«
En cantem plant la politique étrangère de l'Angleterre en 1848, on voit que cette politique continuait à être de plus en plus un scandale dont les gouvernements et les peuples devaient s'alarmer profondément.
Pas une révolte n'éclata en Europe, pas une conspiration ne s'ourdit sans la complicité audacieuse et criminelle des agents anglais.
Cette politique anticatholique nous étonne moins qu'elle ne nous afflige ; depuis Henri VIII, ce prince infâme et libertin, la Grande-Bretagne n'en a pas eu d'autre, mais elle n'avait jamais atteint ce degré de cynisme effronté.
En France, en Belgique, en Suisse, en Piémont, en Allemagne, l'or anglais est encore aujourd'hui répandu pour créer ou entretenir des agitations funestes.
Il est prouvé que certains agents anglais ne furent point étrangers à l'odieuse conspiration dirigée contre le Saint-Père, et qui fut bien heureusement découverte dans la ville éternelle.
L'histoire à la main, il est facile de prouver que la politique anglaise, logique avec ellemême, comme politique protestante, est cou-
tumière da fait. Elle a été pour beaaeoap, en Saisee, dans la défaite du Sonderbund et dans la victoire exécrable du Radicalisme, qui a réduit ce pays infortuné à l'état lamentable dans lequel il est plongé.
Que des protestants agissent ainsi , il n'y a là rien d'étonnant; depuis sa naissance, le protestantisme a proclamé un principe destructif, non-seulement de toute Église, mais de toute Autorité et de toute société humaine.
Les protestants n'ont pas changé depuis Luther, Calvin et autres hérétiques que l'orgueil et la sensualité ont détachés de la sainte Église. Ils ont conservé le même esprit de caste, le même égoïsrae, les mêmes erreurs, les mêmes inconséquences. Us ne peuvent pas s'écrier 'i avec Homère :
— «( Nous rendrons grâces h Dieu de ce que nous valons beaucoup mieux que nos pères. »
Que la complicité de la Grande-Bretagne prépare de nouveaux triompher à la démocratie, au socialisme, cela ne nous étonnera pas, 1^ grande que soit la réaction qui éclate présentement en Europe en faveur du principe d'Autorité.
Ces triomphes seront éphémères, et la Grande-Bretagne aura à en souffrir la première.
Les plus grands périls sont pour les complices des révolutionnaires, non pour ceux qui les combattent.
Si dans les fautes de l'Angleterre, les sociétés secrètes trouvent encore le succès, ces fautes seront alors bien punies I...
Les révolutions sont comme les orages qui font sortir de terre les vers, les crapauds, toutes les immondes bêtes; de même les révolutions font surgir à la surface politique toutes les vermines sociales.
Yoilà ce que la politique anglaise, la politique protestante encourage ! . . .
Elle encourage les sociétés secrètes, les réu* nions des buveurs de sang; elle souffre, elle protège cette usurpation ténébreuse, barbare, exécrable, d'hommes de destruction s'arrogeant
le droit de vie et de mort, et se permettant de se constituer les juges et les bourreaiix de leurs semblables, — au nom de la liberté, déguisement qui leur sert à égarer les consciences.
Et pourquoi la même politique s'achame-telle sur la pauvre Érin, sur cette Irlande, — mille fois plus à plaindre encore que la Pologne?...
Parce que l'Irlande est catholique.
Le protestantisme anglais y pratique, pour la •détacher de l'Église, les moyens les plus odieux, les plus cruels, les plus lâches, les plus vils.
Les protestants de la Grande-Bretagne se sont ligués pour asservir les enfants de Dieu. Qu'ils soient flétris, car ils sont venus, le poignard dans les mains, pour obliger l'Irlande catholique à se faire hérétique, car ils ont acheté les consciences faibles.
Confessez Dieu et son Église, frères d'Irlande,
mais ne confessez pas les hommes 1 Vous n avez d'autres maîtres que vos prêtres qui vous aiment comme leurs enfants^ et ceux qui oppriment son ^lise blasphèment le Seigneur.
Comment aimeriez-vous ces protestants, vos tyrans? Ils parlent de l'Évangile, les malheureux I Mais Jésus était doux et humble de cœur; ils sont durs et orgueilleux; il détestait les hypocrites, ils sont hypocrites; il était bon, ils sont méchants ; il avait choisi pour apôtres des hommes de paix qui prêchaient l'amour et avaient horreur du sang versé ; vos tyrans, les blasphémateurs, les persécuteurs de TEglise de Jésus-Christ ont pour satellites des geôliers et des bourreaux.
Jésus essuyait les larmes, eux les font couler.
Jésus n'a répandu que son sang, eux répandent le vôtre et jamais ne sont rassasiés
Ah ! défions-nous surtout de ces protestants qui, au nom de l'Evangile, to^'turent et oppriment son Eglise et ses Qdèles!
Ceux-là, qui sont le plus k craindre, profanent la parole du Christ; ce sont des hommes d'iniquité, de sang, des faux disciples.
lis marchent seloa la chair, non sdon I'Ebprit.
Comme autrefois les prêtres juifs, ils ont per- ^cuté l'Esprit du Christ, les prêtres de la sainte Eglise ; ce sont de ces faux apôtres dont parle saint Paul, de ces ouvriers trompeurs dont il dit que la fin sera conforme aux œuvres.
Tels sont les tyrans du catholicisme.
En vérité, frères, défiez-vous de leurs artifices et de leurs embûches I . . .
La Réforme a persécuté les nations au nom du Christ; elle est devenue la complice de Satan; son règne a été fatal à Fesprit de TEvangile, qui est l'esprit de l'Eglise romaine, catholique, apostolique, universelle; — les portes du ciel ne s'ouvriront pas pour l'erreur. Malheur, trois fois mallieur k ceux qui, pouvant faire le bien, ont fait le mal; maudits, trois fois maudits seront les bourreaux!...
La vérité n'est point une force suffisante aux yeux des méchants, qui sont des êtres corrompus : combien de hardis apôtres de l'Eglise ont été persécutes par les tyrans des peuples I Mais leur exemple n'a pas amolli les courages; les
martyrs ont des successeurs. Catholiques irlandais, voici ce qu'il faut faire :
Prier pour vos oppresseurs, prier pour leur conversion. La douceur est la loi de la vertu comme la modération est la beauté de la force.
J'ai dit que la misère de Tlrlande était affreuse.
Elle est là, hideuse, envahissante, courbant des milliers d'infortunés sous son inexorable niveau, imposant au misérable des haillons dégoûtants, — et la faim, — celte maladie qui rend fou et qui fait mourir I . . .
Dans ces journées de fièvre, où si lentes sont les heures, si horribles les tiraillements d'estomac, si noires les pensées, c'est surtout le désespoir des mères qui est affreux à voir, quand l'instant fatal arrive où elles n'ont plus ni lait ni pain à donner à leurs enfants, qui leur crient :
— ^J* ai faim! »
Ah I comme elles s'ouvriraient les veines de bon cœur, ces infortunées, si le sang pouvait nourrir leur famille plaintive et désolée !..• Ces enfants, qu'elles ont conçus dans leurs entrailles maternelles, la misère les leur arrache et les tue Malades, les pauvres Irlandais continuent, par le besoin pressé, à travailler jusqu'à
ce qu'ils tombent C'est alors que la philan-'
thropie protestante les ramasse... par propreté!
Âhl qui pourrait dire toutes les angoisses, toutes les souffrances, tous les désespoirs, tous les dévouements de ceux qui survivent! Mais les bons catholiques restent vertueux, inaccessibles h la tentation; ils ne chancellent pas sur le chemin de la probité et de l'honneur, même quand ils voient leurs enfants mourants de faim, et leurs femmes couchées sur le grabat de souffrance. Le secret de toutes ces résignations, de tous ces courages, c'est la foi !
Comment, après cela, s'étonner que le pauvre Irlandais regarde le protestant anglais comme son impitoyable ennemi? Comment s'étonner qu'il ne croie pas à sa foi en Dieu quand il voit ce tyran prier Dieu? Il se demande alors.
lui, le paria, si ces protestants ne sont pas aux pauvres Irlandais, leurs frères, ce que les Pharisiens et les princes des prêtres étaient à Jésus et aux disciples. Il sent alors qu'ils ne tendent qu à l'opprimer, et qu'ils ne sont que des hypocrites, car s'ils croyaient, ils seraient charitables.
Et ils sont tristes.
Sans larmes, on ne peut contempler les misères de rirlande, nobles misères s'il en fut! misères douloureuses et imméritées! Vous ne pouvez la nier, cette misère, hommes d'État de la Grande-Bretagne; elle est palpable, elle est évidente. Qu attendez-vous donc pour sortir de cet engourdissement, de cet égoïsme, de cette cruauté qui peuvent vous être plus fatales à la fin que vous ne le croyez? — Vous attendez que rirlande soit devenue hérétique comme vous.
ÎV*y comptez pas!... Mais ouvrez l'histoire, et voyez combien sont vains les regrets de ceux qui, pouvant se sauver à temps et conjurer les tempêtes, n'ont pris une résolution dictée par la peur que lorsqu'il était trop tard !
Ne niez pas cette misère de l'Irlande, ne la niez pas I Voyez, malgré vos juges qui condam-
nent la pauvreté et vos geôliers qui la tuent, les journaux sont pleins d'horribles détails. Voyex toutes ces émigrations I Par toute Flrlande, des pauvres sont trouvés morts de faim dans les rues et sur les chemins. Il y a quelques jours encore, aux environs même de Dublin, un homme est ntùrt cPinanition et de misère. Depuis la veille il mendiait, et plusieurs personnes Tavaient remarqué, mourant de fatigue et de froid. Il se laissa tomber au coin de la route. Vinrent à passer quelques soldats anglais qui se contentèrent de dire : — « Il est ivre \ » et ? laissèrent sur la terre nue.
Et cela arrive tous les jours, et personne en Angleterre ne s*en émeut ! Jésus I L'Angleterre dit qu'elle est une nation chrétienne !
Je lisais tout à l'heure les circonstances d'^un vol de pain commis par un enfant pour sa mère affamée, chez un lioulanger de Dublin.
La faim mortelle ou le cachot î voilà donc tout ce qui reste aux Irlandais sous l'admirable régime qui les régit !
€haque jour les journaux sont remplis de semblables faits. Tantôt c'est un vieillard ou une femme qui meurent d'inanition, tantôt
c'est un enfant qui meurt de froid dans une prison, sur un grabat ou dans la rue, — à la porte d'un protestant» — son frère devant Dieu !
Hier encore on lisait qu'un malheureux enfant de l'Irlande, un orphelin, se trouvant sans asile, s'était réfugié sur un four à chaux pour y passer la nuit, mais que, en échappant aux atteintes du froid, il n'avait pu se soustraire à celles du gaz délétère qui s'élevait du four h chaux, et qu'il avait été asphyxié.
Cet enfant avait huit ans !
Son père avait succombé, i k suite d'un accident, dans une manufacture; sa mère était morte de faim !
Ces plaintes ne sauraient toucher les hommes d'État de la cruelle et perfide Albion.
Ces protestants ont des entrailles froides.
Et ils parlent de religion, et du haut de leurs chairs les prédicateurs hérétiques outragent l'Église de Dieu I
En Angleterre, la charité n'existe pas, elle disparaît, cette affectueuse vertu catholique, devant la bienfaisance, devant la taxe protestante.
Le monstrueux Malthus, l'infâme Ricardo,.
économistes protestants, ont de nombreux disciples sur cette terre hérétique, qui disent comme eux que les pauvres infirmes et sans ouvrage, ceux qui ont froid et faim, ceux qui n'ont ni asile, ni vêtement étant inutiles à la société et malheureux dans la vie doivent disparaître!
Disparaître ! *
Ils ajoutent que le suicide est non-seulement leur intérêt, mais leur devoir I
Parmi ceux qui ont écrit ces blasphèmes, il y a des prêtres protestants et des hommes d'État !
Cette doctrine antichrétienne, homicide, féroce, a été également prêchée en France, en Belgique, en Piémont, par les hommes d'État et les écrivains du libéralisme, ces autres ennemis du catholicisme. Et ces malheureux ont une famille, des femmes, des mères; ils ont des enfants; ik disent qu'ils ont une religion, ô Christ!
Christ! vous qui avez bu votre calice, ne boiront-ils pas leur honte, — ces infâmes !
Ces philosophes, ces protestants, ces libéraux, ces matérialistes ces égoïstes raisonnent
afasolmnent comme Tibère refosant un morceau de pain aa petit-fils de T orateur Hortensius, <x pour ne pas éteindre l'industrie et encourager la paresse, n II disait que « laebarité engage Vhomme à attendre les secours d^autrui dans une lâche sécurité. » ( Tacite, Annales, livre II, § xxxvn, xxxYin et xxxix.)
Ces économistes disent que la ckarité est une maitvaise chose; qu'il faut s*opposer à T accroissement de la population (surtout en Iriande). Us disent encore que l'homme fait sa destinée luimême»
C'est la cruauté greffée sur le matérialisme. Ce matérialisme bourgeois est aussi abominable que le matérialisme communiste ; aussi abominable que l'éclectisme^ ce plagiat d'Hegel, que le fouriérisme, ce plagiat de Saint-Simon, augmenté de théories infâmes.
Les économistes protestants e/t les écono'
mistes libéraux et philosophes disent que : « il » faut mettre à tout prix un terme à F accroisse- » ment de la population; qu^il ne f sot permettre » la vie qu'au nombre ^i^act de pauvres doBt » les riches ont besoin pour leur utilité et lears
1» plaisirs; que, plus la population augmente, » plus elle est malheureuse. »
Ainsi, voyez la double erreur des ennemis 4e rÉglise qui, elle, aime également tous les hommes comme ses enfants t Les libéraux, les pTiilosophes, les protestants sacrifient les pauvres aux riches ; les démocrates, les socialistes, les révolutionnaires sacrifient avec la même barbarie les riches aux pauvres I Double erreur et nouveau témoignage rendu à TÉglise catholique par ses ennemis mêmes î nouvelle preuve qu'en deçà, comme au de là de l'Église, il n'y a ni justice, ni vérité !
Sans rekver ce qu'il y a d'abominablement cruel et d'odieusement impie à mettre à tout prix an terme à r accroissement de la population, c'est-à-dire à tuer les pauvres dont on n'a pas besoin, nous dirons que ces économistes se trompent en avançant que plus la population augmente, pi us elle est malheureuse. Quand chaque membre de la grande famille fonctionne librement et régulièrement, à Tombre de l'autorité protectrice, ce n'est pas vrai.
Je le sais, en Angleterre, parmi les protestants, et dans le reste de l'Europe, parmi les philosophes, les libres-penseurs, des hommes prompts à s'appeler eux-mêmes philanthropes,, et jaloux d'acquérir à peu de frais une certaine popularité dans la bourgeoisie libérale et philosophe, ont enfanté des travaux calqués sur ceux de ce gouvernement anglais si égoïste ^ qui maintient les peuples dans la servitude hérétique et dissimule cette servitude sous des apparences démocratiques. Je n'examinerai pas ici les travaux de ces autres prétendus amis du peuple, mais je profiterai de l'occasion, aa nom de la charité catholique calomniée, pour . exprimer sur eux toute ma pensée. On ne saur rait trop se tenir en garde contre les manœuvres de ces balayeurs de l\ misère, qu'ils relèguent dans d'impures sentines, sous prétexte de la soulager.
Chez ces tristes charlatans , issus du froid protestantisme, tout est calculé, méthodique; ils ont l'air d'avoir du cœur, et ils n'en ont pas; ils se vantent de purifier les ordures sociales, ils ne font que cacher les plaies, ils ne les guérissent pas plus que les socialistes; comme eux
ils les enveniment. Chez ces ennemis de TÉglise» pas de compassion vraie, pas d'amour ardent pour le pauvre, pas de généreuse pitié, pas d'attendrissement à la Vincent de Paul, pas un sentiment tendre venu de l'âme.
Le philanthrope est le compère de Y économiste^ — cet autre monstre.
Le philanthrope connaît son pauvre par cœur; il en a fait sa chose, son exploitation, son usine f 11 est sa réclame, comme le démocrate et le patriote est la réclame de Mazzini et doses complices.
Le philanthrope sait combien le pauvre mange par jour, ou plutôt combien il ne mange pas !
Il a inventé des moyens d'exploiter le pauvre en le châtiant comme un criminel. Que deviendrait' le philanthrope, s'il n'y avait pas le pauvre, ■ — ce grand type douloureux, — type éternel, quoi qu'en disent les socialistes, — éternel comme le péché?.,.
Le philanthrope ne pourrait plus oi^aniser la souffrance et l'embrigader, il ne pourrait plus aggraver et avilir la misère sous le prétexte hypocrite de la soulager.
En vérité ne me parlez pas des philanthropes, surtout des philanthropes protestants.
J'en sais plusieurs qui osent dire que la corruption est chose nécessaire et qu*il s'agit seulement de la régler, de la soumettre à certaines lois de bien-êire, de prepreté et à^hygiène publique. Ainsi, j'ai entendu ces Messieurs émettre cette opinion monstrueuse que les voleurs, les assassins, la prostitution, les cabarets, sont les principaux soutiens de la société, qui, sans ces agents, ne vivrait pas un jour !
Et ici , il est bon de faire la différence bien radicale qui existe entre ces philanthropes ergoteurs et les docteurs catholiques. Tandis que eeux-là disent :
— « Organisons le vice, la misère, la débauche ; faisons des prisons-modèles. »
Les docteurs catholiques disent :
— <c Combattons le vice, la misère, la débauche; ouvrons des hôpitaux aux malades, des refuges aux pauvres, aux pécheurs et aux femmes tombées qui se repentent 1 1»
Et ceux-ci seuls sont dans le vrai, parce qu'ils marebent avec h charité apostolique. Eux seuls ont ce qu'il faut- pour attaquer le mal
dans sa racine ; i?s combattent le vice ; ils frappent Yefhi dans la cause, dans le pécbé.
Comment l'Angleterre protestante aurait-elle pitié de Tlrlande catholique, quand elle n'a pas pitié de ses propres enfants? En effet, en nul autre endroit de la terre, les enfants des travailleurs, des artisans, ne sont aussi malheureux qu'en Angleterre.
On y emploie dans les fabriques des enfants de trois et quatre ans, qui travaillent avec leurs mères dm%e et même quatorze heures par jour!
Et ce pays se dit chrétien \ et Ton y parle de l'Évangile !... Ce n'est pas tout. Ces détails authentiques doivent être crus, en dépit de l'horreur qu'ils inspirent à ceux qui ont du cœur. En parlant de la fabrication des lacets par un procédé mécanique qui demande l'attention la plus constante et la plus soutenue, un journal anglais, V Athenœum, après avoir donné sur la condition des enfants pauvres en Angleterre des détails qu'on ne peut lire sans frissonner, s'exprime ainsi :
« Chaque métier fait tourner 1,800 bobines, on emploie à ces métiers des enfants de 3 ef 4
» Or, pour obtenir de ces pauvres petits êtres une tranquillité qui n'est point de leur âge, on leur administre une certaine mixture, ajoutée i la liqueur de Godfrey (Godfrey's cordial). Un apothicaire de Moltingham a déclaré au coroner qu'il en avait délivré lui seul plus de treize cents potions dans une année. Non-seulement cette mixture est du laudanum, c'est-a-dire de l'opium dissous et suspendu d*une façon particulière; mais encore le chimiste ajoutait qu'il était obligé d'employer du laudanum d'une bien plus grande force que la pharmacopée anglaise ne l'indique, et de préparer en outre le cordial beaucoup plus énergique que celui qu'on vend à Londres, autrement ses pratiques se seraient plaintes.
D Yoici maintenant comment l'empoisonnement s'opère : il doit commencer le plus tôt possible après la naissance. La mère débute par le sirop de rhubarbe et le laudanum mêlés ensemble ; puis elle passe au cordial de Godfrey pur, et ensuite au laudanum pur, è mesure que les effets paraissent diminuer par l'habitude. Une demi-cuillerée à thé du mélange est d'abord donnée à l'enfant, une cuillerée à thé de cor-
dial succède, et finalement on arrive à quime m vingt gouttes de lavdanum à la fois. Quand l'enfant est suffisamment accablé, il tombe immobile, stupide, sur les genoux de sa mère»
qu'il n'empêcbe alors par aucun mouvement de poursuivre le dévidage des bobines. Les résultats d'un pareil régime ne tardent pas à apparaître. Les petites victimes deviennent pâles, blêmes ; leur face présente un caractère d'émaciation tout à fait particulier ; et la destruction marche assez rapidement pour qu'en deux ans la mort puisse saisir le plus grand nombre. »
Ainsi se pratiquent les doctrines du prêtes* tant Malthus et de tous les économistes anticatholiques. Après cela, osez dire que le protestantisme est une religion de charité, qu'il a conservé TEsprit de Jésus-Christ I Dites que les Irlandais ont tort de demeurer fermes dans leur foi en la seule Eglise de Dieu I Ces afireux exemples en disent autant contre le protestantisme
que tous nos bons arguments, que rimmortelle tradition catholique.
Tels sont les enseignements du temps présent.
Courage, Irlande î Le catholicisme peut paraître vaincu; mais il n'en est rien. Que vous soyez obligés d'attendre que l'oligarchie hérétique qui vous opprime ait cuvé son triomphe imbécile, n'importe! Le droit ni la vérité ne se prescrivent pas. L'Eglise est immortelle. En vain a-t-on dressé contre elle des échafauds et ouvert des cachots infects*. Les persécutions n'ont pas empêché le christianisme de se répandre dans le monde. Les hommes passent, l'idée vraie reste, et on ne peut la tuerl Le ciel s'achète par la douleur. C'est à travers les épreuves et les souffrances que l'humanité marche à la vérité, mais elle marche I
Les tyrans, assiégés par les remords, les soucis^ les chagrins, les inquiétudes et Ifes terreurs d'une conscience lourde, sont encore plus malheureui que les esclaves.
Irlandais ! Dieu voit les larmes de ses enfants, €tles cris des peuples égorgés montent à lui! Ceux qui souffrent ressemblent au Christ; ceux
qoî soulagent Tinfortone ressemblent au Cyrénéea qui aida Jésus à porter sa croix.
Qaaat à rAn^eterre, il est certain que la persécution religieuse qu'elle fait peser sur Tirlande est en désaccord avec les tendances générales du siècle , en désaccord surtout avec ses protestations en faveur de la liberté.
Nous TavdBS dit, elle ferait bien mieux de moins se montrer dure envers l'Irlande et de moins se montrer tolérante envers les révolutionnaires de TEurope réfugiés chez elle.
D'aucuns disent que c'est par patriotisme, par égoïsme national, qu'elle se rend la complice des démocrates; car plus ceux-ci troublent l'Europe, plus les marchés de TEurope, occupée à se défendre, non à travailler» seront ouverts aux produits britanniques. A ce compte, ^ Anglais seraient d'excellents patriotes^ d'excellents citoyens, avec ce calcul odieux. Abl r homme exclasivement dtoyen est nécessaire-
ment égoïste^ je lui trouve une grande laideur morale; il aime son pays» c'est fort beau, mais il consentirait volontiers à ce que son pays, pour s'agrandir ou s'enrichir» pillât, dévorât, soumît le reste du monde. Je m'incline devant un patriotisme raisonnable, mais j'exècre celui-là, et je tiens généralement les conquérants en médiocre estime. Je trouve qu'elle était sans entrailles, cette femme de Sparte, qui applaudit à une victoire qui lui avait coûté ses cinq fils.
Pour moi cette grande citoyenne n'est qu'une abominable marâtre.
Les Brutus sont de vils assassins. «
Les franes-^maçons se sont également signalés en Angleterre, par leur complicité impie avec les démagogues émigrés.
Us fraternisent avec eux et leur prêtent leur local et leur influence.
Ceux-là seuls peuvent s'en étonner qui ne
€onnaissent pas ce que c'est que la franomaçoîi'
ierie\
Cette conduite justifie les mesures prises par rÉglise contre cette association, et généralement contre toutes les sociétés secrètes.
Félix Pyat est franc-maçon ;VlnTz\n\ aussi; ils s'eucouragent mutuellement, comptant sur Fimpunité.
De son côté» Mazzini, condamné à mort par contumace (1858), par le tribunal de Gênes, comme âme de la dernière insurrection, a publié, à Londres, sans courir aucun risque, un
> Yoir la note 4 è I4 fin da Tolnme.
nouveau fachim; il y justifie cette insurrection et en prédit de nouvelles. Ses complices sont aux galères; mais que lui importe! Que lui importe le sang versé» pourvu qu'il épargne le
sien!.
Ce qui fait sa force, comme celle des autres conspirateurs, c'est la sécurité qu'ils ont en Angleterre pour préparer et organiser les complots. Ils n'apporteraient pas cette persistance dans leurs menées révolutionnaires si l'impunité ne leur était pas acquise.
Et pourtant, les Anglais, si forts sur la Bible, à ce qu'ils prétendent, devraient savoir qu'on peut adresser aux conjurés des sociétés secrètes ces énergiques paroles de l'Apocalypse : « J'élèverai contre vous mon témoignage. Vous êtes des Philistins, des Édoraites, des léopards, des renards, des loups de nuit qui rongent les os jusqu'au lendemain^ de méchants chiens qui
entourent les élus, de repoussantes bêtes à cornes, d'audacieux taureaux de Basan, de sub^ tils serpents alliés par le nom et par la nature avec le dragon rouge. » [Apoc., ch. xii, y. 3 et 4.)