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CHAPITRE II

Parmi les Algues brunes des côtes de l'Océan, les Laminaires sont remarquables par leur grande taille et par la situation qu’elles occupent au niveau des basses mers de vive-eau où elles constituent une large zône appelée précisément « zône des Laminaires ».

Nous avons étudié deux espèces : Laminaria flexicaulis Le Jolis et Laminaria saccharina Lamouroux.

Laminaria flexicaulis est facilement reconnaissable à son stipe flexible, fusiforme, aplati à la naissance de la lame qui paraît ainsi décurrente sur lui. La fronde, allongée est divisée en lanières assez larges. Ces caractères permettent de la distinguer aisément de L. Cloustoni Edmonston, qui formait avec elle, avant les travaux de LE JoLis, une espèce unique, Laminaria digitata Auct. D'ailleurs, L. Cloustoni est rare dans les stations où ont été faites les récoltes et la confusion était peu à redouter.

Le régime de végétation de L. flexicaulis semble varier suivant les régions, si l’on en juge par les affirmations souvent contradictoires des algologues. Considérée par LE Jozis, dont les observations se rapportent surtout à la région de Cherbourg, comme bisannuelle, elle est donnée comme vivace par les auteurs septentrionaux qui voient chaque année se renouveler la lame. SAUVAGEAU, à Roscoff, affirme qu’elle n’est pas Wivace, mais ne peut donner aucun renseignement sur sa longévité (SAUVAGEAU. 1). A Ambleteuse (Pas-de-Calais), on la trouve au printemps en voie de renouvellement.

Même désaccord au sujet de la fructification. LE Joris (Cherbourg) la place en étéautomne. BÔRGÉSEN (iles Feroës), en juin-septembre. KyLiN (Suède), en décembre-avril SAUVAGEAU (Roscoff) trouve des individus fertiles en toute saison. A Ambleteuse (observation personnelle), la fructification a lieu au printemps.

Le présent travail n’ayant pas eu pour but de déterminer le régime de végétation sur les côtes de l’île de Jersey, où les récoltes ont été faites au cours des années 1927- 1930, on s’est contenté de noter chaque fois avec soin l’état des algues analysées, tant au point de vue de l’âge qu’à celui de la fructification. Il semble cependant assez constant : 1° que l’algue y fructifie en automne; 2° qu’elle n’est pas vivace.

Il est difficile de déterminer avec certitude l’âge de la plante. Un bon criterium, suffisant tout au moins pour le genre de recherches entreprises, est la longueur et l'épaisseur de la lame. Les récoltes ont porté chaque fois sur les individus moyens de la station, toujours la même.

L'état de la fructification, par contre, est aisé à reconnaître. Les spores apparaissent groupées en taches irrégulières, plus ou moins étendues, en un point quelconque de la lame. Une coupe à travers ces régions permet de déterminer le degré de maturité des spores (Cf. OLTMANNS. II, p. 168). Lorsque celles-ci se sont détachées, les traces en restent comme imprimées en creux dans l’épaisseur de la fronde. On peut, il est vrai, comme l’a fait remarquer SAUVAGEAU, confondre ces zônes dépouillées par la chute des spores avec les déprédations d’un mollusque gastéropode Helcyon pellucidum, qui s'attaque seulement aux parties fructifiées. Mais ces ravages étaient exceptionnels au lieu habituel des récoltes, l’Helcyon y étant rare. Ils sont d’ailleurs facilement reconnaissables pour un observateur exercé.

Les récoltes ont été faites habituellement à la Colette, station largement ouverte sur la mer. Les Laminaires sont fixées sur les bords rocheux de larges prairies de Zostères. Elles sont très propres, sans épiphytes : on trouve peu de Spirorbes et d’Ectocarpus.

Laminaria saccharina Lamouroux est remarquable par sa lame entière, gaufrée, amincie et godronnée sur les bords. Il est impossible de la confondre avec aucune autre espèce vivant sur nos côtes à son niveau. Ellle est vivace et renouvelle sa fronde en hiver, mais ce phénomène ne semble pas régulier : il y a des années où il est impossible de trouver des algues en voie de renouvellement. La fructification, d’après SAUVAGEAU, a lieu surtout pendant la saison froide, quoiqu'il y ait, selon cet auteur, des individus fertiles en toute saison (SAUVAGEAU. 1). Les taches de fructification sont plus étendues que chez L. flexicaulis : elles occupent parfois toute la longueur de la lame, vaste sore à multiples solutions de continuité ou infinité de sores inégaux.

Les récoltes ont été faites à la Motte Verte, dans une assez large coulée de déversement de grands bassins entre les rochers, subissant de violents courants à toutes les marées. Les algues sont fixées sur de gros cailloux. Comme à la Colette, peu d’épiphytes: les spirorbes sont rares, même sur les individus âgés.

Dans l’impossibilité où l’on se trouvait d’étudier séparément la partie fructifiée et la partie stérile de la lame, on a fixé uniformément la région moyenne de celle-ci, laissant de côté le méristème d’accroissement (au point de jonction avec le stipe), et la pointe, qui est est la partie la plus âgée et déjà souvent détériorée.

La technique que nous avons décrite au chapitre précédent a permis d’établir le bilan exact des constituants glucidiques des Laminaires. Pour les Algues fraîches, ceux-ci se réduisent à quatre éléments : mannitol, laminarine, algine et algulose. Encore, l’un d’entre eux, la laminarine, fait-il défaut pendant la moitié de l’année.

On ne trouve, chez les Laminaires. ni glucose en quantité dosable, ni fucose à l’état libre.

Il n’y a pas de glucides réducteurs. Jamais, à aucune époque de l’année, les liquides d'extraction ne réduisent la liqueur de Fehling. Mais on pouvait se demander si la

méthode était assez sensible pour déceler la très faible proportion de 0 gr. 05 de glucose que différents auteurs avaient trouvé dans 100 grammes de plante fraiche. Pour s’en assurer, à 100 grammes de L. flexicaulis du 31 mai 1927, on a ajouté 53 milligrammes de glucose pur anhydre, puis on a procédé à l’épuisement par l’alcool et aux traitements qui ont été décrits. La liqueur obtenue s’est montrée nettement réductrice à la liqueur de Fehling, alors que, comme il a été dit, on ne trouve jamais de réducteur dans les liquides d’épuisement. On doit donc admettre qu’il n’y a pas de monosaccharide entrainable par l’alcool à aucune époque de l’année.

Le glucose trouvé par KYLIN et ceux qui l’ont suivi semble provenir d’une hydrolyse partielle de la laminarine. En effet, cet auteur épuise les algues préalablement séchées à l’air. Cette dessication suffit pour faire apparaître une quantité notable de sucre réducteur.

D'une récolte de L. flexicaulis du 6 septembre 1929, une partie a été séchée à l'air, une autre a été aussitôt fixée dans l’alcool bouillant. Or, le premier lot a donné 0,52 % de sucre réducteur pour 100 de poids sec; le second, au contraire, n’en renfermait pas trace. Dans les mêmes conditions, L. saccharina du 22 août 1929, séchée à l’air, renfermait 0,23 % du poids sec de sucre réducteur. Enfin, L. saccharina du 21 septembre 1929, séchée à l’étuve, en renfermait 1,7 % du poids sec. Ces résultats ne font que confirmer ce que nous savons d’autre part sur les phénomènes d’autolyse.

KYLIN, en outre, après avoir épuisé les Laminaires par l'alcool à 50°, et précipité, dans l’extrait concentré, la laminarine par l’alcool fort, trouve un glucide non réducteur, fournissant du glucose par hydrolyse. Il appelle « laminariose » cet hologlucoside qu’il n'a pas pu isoler, et émet l’hypothèse qu’il s'agirait là d’une molécule composée de deux ou trois restes de glucose, sorte de terme inférieur de la laminarine (KYLIN. 2).

La méthode décrite plus haut ne permet pas de s'assurer de la présence de ce glucide, puisque, lors de l’épuisement par l’alcool, un peu de laminarine est entraînée. Cependant les résultats sont défavorables à cette hypothèse. En effet, si la laminarine est un mélange de plusieurs glucides de condensation différente, toujours, à une plus grande solubilité dans l’alcool correspond un plus fort pouvoir rotatoire. Or, le pouvoir rotatoire calculé en fonction de !a déviation initiale «1 dans le liquide d’épuisement alcoolique, et du poids de sucre réducteur après hydrolyse, est un peu moins élevé que celui de la laminarine totale. D’autre part, en présence des sels, la laminarine est partiellement soluble dans l’alcool à 85° : il n’est donc pas étonnant que, dans une liqueur aussi complexe, la précipitation du glucide ne soit pas intégrale. Ce serait cette petite quantité de laminarine restant dans la liqueur qui, donnant du glucose par hydrolyse, aurait été appelée par KYLIN « laminariose ».

Quant au fucose, signalé pour la première fois par TOLLENS dans les produits d’hydrolyse des Phéophycées (GUNTHER et TOLLENS), et étudié plus récemment par CLARK, il a été impossible de le déceler à l’état libre. On n’en trouve pas trace dans les épuisements aux alcools et à l’eau, comme il a été dit. Il n’y en a pas dans les produits d’hydrolyse de l’algine et du résidu algulosique, de sorte qu’on ne peut pas dire pour le moment quel est le genre de complexe qui engendre les petites quantités de fucose que les auteurs ont fait apparaître par l’hydrolyse brutale des algues. Viendrait-il des grains de fucosane, considérés comme des glucosides tannoïdiques ? La question reste posée.

On connaît maintenant la nature du contingent glucidique des Laminaires. Reste à montrer quelles sont les proportions de ses constituants dans les différentes parties de l’algue à l’époque la plus favorable, c’est-à-dire pendant la saison chaude. Tous les chiffres suivants se rapportent à 100 grammes du poids frais.

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