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Comparaison entre L. flexicaulis et L. saccharina
La comparaison entre les variations saisonnières des constituants glucidiques des deux Laminaires étudiées peut être établie pour l’année 1928. L. saccharina est, en général, plus riche en laminarine et en renferme pendant un temps notablement plus long : ce glucide apparaît au mois de mai; en novembre, il s'y trouve dans la proportion de 35 % du poids sec. Chez L. flexicaulis on en trouve seulement des traces en juillet. En novembre, il n’en reste que 1,4 %. Le maximum atteint plus rapidement chez cette dernière, est moins élevé : 42,3 % le 4 août, contre 54 % le 14 septembre pour L. saccharina. Inversement, L. flexicaulis est plus riche en mannitol.
Parallèlement, le poids sec est plus élevé chez L. saccharina : 40 % le 14 septembre et 21 % le 26 novembre, contre 25,8 % le 4 août et 14 % le 26 novembre pour L. flexicaulis.
Si l’on fait la comparaison des différentes substances à des époques correspondantes (époque de la plus grande richesse en laminarine et date quelconque de l'hiver), on trouve les résultats suivants, exprimés pour 100 du poids sec :
LAMI- POIDS SEC SELS MANNITOL ALGINE | ALGULOSE NARINE L. saccharina 14 sept. 1928...) 40,00 8,90 5,0 54,0 10,6 5,0 L. flexicaulis AAQUt 1928...) 25,80 13,60 162 42,3 — — L. saccharina HONdéc 1929. ...1 21,20 18,40 10,8 4,7 23,6 5,7 L. flexicaulis 2rnueéc. 1928....h: 11,96 34,80 14,2 0 20,9 7,5
Essai d'interprétation 1° RÔLE PRÉPONDÉRANT DE LA LAMINARINE
L'examen des tableaux et des graphiques qui traduisent les variations saisonnières, permet de se rendre compte du rôle prépondérant joué par la laminarine dans la vie de la plante :
a) L’amplitude des variations de la teneur de l’algue en laminarine est très grande, puisque celle-ci passe de zéro à un maximum qui atteint presque la moitié du poids sec. De plus, lors de l’augmentation, extrêmement rapide, de la concentration en laminarine, il n’est pas possible de mettre en évidence la moindre trace de sucre simple
qui servirait d’intermédiaire pour l'élaboration de ce glucide, fait qui n’est pas en harmonie avec ce que nous savons sur la teneur en sucres réducteurs des parenchymes verts des végétaux supérieurs.
b) La courbe du poids sec ne fait que suivre celle de la laminarine. Le maximum est atteint à la même date, les deux courbes sont parallèles au point de présenter les mêmes inflexions. On en peut tirer cette conclusion que la laminarine ne se transforme pas, intégralement du moins, en une autre substance qui serait emmagasinée dans les tissus, car, dans ce cas, sa disparition n’entraînerait pas un tel abaissement du poids sec.
c) Au moment de la plus grande richesse en glucide, l’algue est pauvre en sels, en mannitol et en algine.
d) Comme on le verra plus loin, les variations saisonnières de la laminarine sont sous la dépendance des facteurs climatériques, et, d’une année sur l’autre, l’insolation influe notablement sur les proportions de ce glucide.
2° RÔLE DU MANNITOL
Quel rôle joue le mannitol ? Toujours présent dans tous les organes de la plante, il s’y trouve en proportion d’autant plus faible que la laminarine est plus abondante. L'étude du stipe et des différentes régions de la fronde avait déjà conduit à cette conclusion. Au cours du cycle végétatif de l’algue, on constate que la richesse en mannitol est en raison inverse de la richesse en laminarine. Les points d’inflexion de la courbe de la laminarine chez L. saccharina (22 juillet et 19 décembre 1929) sont suggestifs à cet égard : à une diminution du taux de celle-ci correspond une augmentation de celui du mannitol.
On admet généralement que le premier produit de l’assimilation chlorophyllienne est le glucose ou un mélange de glucose et de lévulose, peut-être, selon certains, le saccharose. C’est à partir de ces sucres que lPamidon est élaboré par les cellules vertes.
Or, nous l’avons établi au chapitre précédent, on ne trouve jamais chez les Laminaires, de sucre réducteur, on ne trouve pas davantage de saccharose. Comment dès lors expliquer la genèse de la laminarine qui semble jouer, chez ces algues, le rôle que joue l’amidon chez les végétaux terrestres ? Serait-ce aux dépens du mannitol que se formerait ce glucide ?
On pourrait le supposer. La proportion de mannitol, en effet, augmente au printemps pour diminuer lors de l’apparition de la laminarine. Elle croît de nouveau lorsque l’algue s’appauvrit en glucide. La laminarine commencerait-elle d’apparaître au moment où la concentration du mannitol dans les tissus atteint une valeur suffisante ?
On sait qu’il est possible de provoquer la formation de l’amidon dans des feuilles qui normalement n'en renferment pas : il suffit pour cela de les placer sur une solution de sucre. Les alcools polyatomiques (mannitol, dulcitol..) peuvent, eux aussi, provoquer la formation d’amidon, tout au moins (BONNIER, p. 2275; MoLLraRD, II, p. 379) dans les feuilles qui renferment normalement l’un ou l’autre de ces alcools.
Il était donc tout indiqué, dans notre cas, d’enrichir les tissus de l’algue en mannitol, à une époque où ils ne renferment pas encore de laminarine, et voir si, dans ces conditions, ce glucide apparaissait.
L'expérience a été réalisée de la façon suivante : d’une même touffe de Laminaria fleæicaulis, on a détaché avec soin plusieurs plantes de la même taille et de même aspect extérieur. L’une a été fixée aussitôt dans l’alcoo! bouillant. Une autre a été immergée dans une solution à 2 % de mannitol dans l’eau de mer. Une troisième enfin a été placée dans de l’eau de mer pure, sans mannitol, pour servir de témoin.
Au bout de quarante-huit heures, les algues, restées à la lumière diffuse du laboratoire, ont été rincées et fixées. Les tissus étaient en parfait état de conservation, il n’y avait eu aucune plasmolyse, aucune altération.
L'analyse a donné les résultats suivants : l’algue immergée dans la solution de mannitol s’est enrichie en cette substance : la proportion a passé de 2,5 % (chiffre moyen de plusieurs dosages) à 3,7 % du poids frais, c’est-à-dire de 17 à 26% du poids sec. La quantité de mannitol n’a pas changé dans l’algue témoin ayant séjourné dans l’eau de mer.
Mais cet enrichissement n’a pas provoqué de formation de laminarine; les liqueurs d'extraction sont optiquement inactives et ne livrent pas trace de sucre réducteur par hydrolyse.
L'expérience est donc négative.
Le séjour de l’algue dans des milieux renfermant du glucose, du lévulose ou du saccharose, ne fait pas davantage apparaître de laminarine. Les tissus absorbent les sucres mis à leur disposition : on en trouve jusqu’à 0,7 % du poids frais après quarante-huit heures de séjour dans une solution à 2 % dans l’eau de mer.
Les résultats sont consignés dans le tableau suivant :