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CONCLUSIONS GÉNÉRALES

1. — Les constituants glucidiques des Laminaires sont au nombre de quatre : le mannitol, la laminarine, l’algine et l’algulose. Encore, l’un d’entre eux, la laminarine, n'est-il présent que pendant une partie de l’année.

2. — Jamais on ne trouve dans le thalle, ni sucre réducteur, ni saccharide à petite molécule, contrairement à ce que l’on observe dans l’ensemble des plantes vertes.

3. — Très homogène à cet égard est le groupe des Algues brunes. Dans aucune des quinze espèces analysées, nous n’avons trouvé de sucre réducteur. Au contraire, chez toutes (sauf chez Asperococcus bullosus), il y a du mannitol.

4, —— L'étude des variations saisonnières des constituants glucidiques chez deux espèces de Laminaires : Laminaria flexicaulis et Laminaria saccharina, récoltés sur les côtes de l’île de Jersey, au cours des années 1927 à 1930, conduit aux résultats suivants :

a) Pendant l’hiver et le printemps, jusqu’en juillet pour L. flexicaulis, jusqu’en mai pour L. saccharina, l’algue est totalement dépourvue de laminarine. Le poids sec est faible, la teneur en sels élevée, la concentration en mannitol augmente peu à peu au printemps;

b) La laminarine apparaît brusquement, en même temps que le poids sec croît dans les mêmes proportions. Sa concentration dans les tissus augmente rapidement et peut atteindre, en septembre, la moitié du poids sec. Corrélativement, la teneur en sels et en mannitol diminue;

c) Peu à peu, la laminarine disparaît : en décembre et janvier, il n’en reste plus trace. Le poids sec s’abaisse parallèlement, la proportion de sels reprend une valeur

élevée, le taux de mannitol, après une courte période d'augmentation, revient à sa valeur d’hiver.

5. — Le cycle des variations saisonnières de la laminarine coïncide très exactement, à Jersey, avec celui de la fructification et l’on pourrait croire ce glucide indispensable à la formation des spores. Il n’en est rien : dans les stations où les Laminaires

ne sont fertiles qu’au printemps (Ambleteuse), nous n’avons pas trouvé trace de laminarine dans les thalles fructifiés.

6. — La laminarine n’est pas indispensable à la vie de la plante : les petites Laminaires n’en renferment pas; pendant la saison froide les algues en sont totalement

dépourvues. Enfin, parmi les espèces analysées, nous n’en avons trouvé que chez les Laminaires, les Fucus et Ascophyllum nodosum. ,

Est-elle cependant élaborée en tout temps par les tissus, mais en très faible quantité dans certains cas, de sorte qu’elle disparaîtrait aussi vite, utilisée séance tenante pour les besoins de la plante ? Ou bien le mécanisme qui préside à sa formation ne

joue-t-il que pendant la saison chaude ? L’absence totale de glucide au cours de l’hiver semble en faveur de la seconde hypothèse.

7. — Au printemps ou au début de l'été, la laminarine apparaît d'emblée, sans qu’il soit possible de mettre en évidence aucun sucre simple que l’on pourrait considérer comme premier terme de l’assimilation chlorophyllienne. Lorsque la laminarine disparaît, elle ne se transforme pas en une autre substance qui s’emmagasinerait dans les tissus. Ces conclusions sont rendues plus évidentes encore par le parallélisme étroit entre la courbe exprimant les variations du poids sec et celle du glucide.

8. — Le thalle des Laminaires toutefois est capable d’hydrolyser la laminarine. L’autolyse, en présence d’un antiseptique fait voir que, de tous les principes glucidiques, seule la laminarine est attaquée. Au bout d’un temps assez long, on retrouve, en glucose, toute la laminarine initiale. Or, pas plus en automne qu’à aucune époque de l’année, il n’y a de glucose dans les tissus.

9. —— Les relations entre la courbe des variations du mannitol et celle de la laminarine pourraient conduire à l’hypothèse d’une transformation possible de l’alcool polyatomique en hologlucoside. Mais les essais d’« alimentation » de l’algue en mannitol sont restés, sur ce point, négatifs. les tissus s’enrichissent en mannitol, ils n’élaborent point de laminarine.

10. — Le stipe ne sert pas d’organe de réserve dans les deux espèces étudiées. En toute saison il est pauvre en principes glucidiques, particulièrement pauvre en laminarine. 1 A 11. — Comme l’ont fait déjà remarquer plusieurs auteurs, il y a balancement

entre la teneur en sels et la concentration en glucide. Lorsque celle-ci est forte, on trouve peu de sels, et inversement. Question, sans doute, de pression osmotique.

12. — La température de la mer et surtout l’insolation, ont une influence très nette sur les variations saisonnières de la laminarine. Dans les Laminaires de nos côtes, on ne trouve cette dernière que pendant les mois les plus chauds; elle est d'autant plus abondante que l'été a été plus ensoleillé.

13. — L’algine constitue la partie la plus volumineuse de l’algue, à laquelle elle donne sa consistance et sa viscosité. Il est curieux de remarquer qu’on ne peut point en retirer de deux algues brunes, Himanthalia lorea et Bifurcaria tuberculata, dont le thalle rappelle cependant celui des Laminaires par sa fermeté. On n’en trouve pas davantage chez Dictyota dichotoma. Partout ailleurs elle est présente.

14. — Les membranes cellulaires ne sont pas constituées par de la cellulose, mais par une substance spéciale, appelée jadis par STANFORD « algulose », et qui n’a aucune des propriétés de la cellulose : en particulier, par un traitement prolongé par de l’acide sulfurique à 5 %, elle ne fournit pas de glucose.

15. — La laminarine est un hologlucoside à grosse molécule. Quoique lévogyre à

([alD = — 11,3), elle ne fournit que du glucose à l’hydrolyse. Le rendement est celui que prévoit l’équation classique :

La formule de la laminarine peut done s’écrire : (C6H1005}"; lexposant n n’est pas inférieur à 7.

‘16. — On doit la considérer, sinon comme une espèce chimique définie, tout au plus comme un mélange de deux glucides très voisins l’un de l’autre.

17. — La précipitation spontanée de la laminarine de ses solutions aqueuses étendues donne naissance à des sphérites biréfringents, ayant de très curieuses propriétés optiques, et qui, chose étrange, examinés aux rayons X, paraissent dépourvus de structure cristalline. Leur indice de réfraction est nettement inférieur à celui du produit non figuré.

18. — Divers milieux fermentaires hydrolysent la laminarine, en particulier le suc d’escargot, la séminase des graines de Luzerne germée, les poudres des Mucédinées banales. Les ferments de l’amidon, l’émulsine d'amandes, sont sans action aucune.

19. — La sucrase de levure, de quelque façon qu’on lait préparée, saccharifie rapidement et complètement la laminarine. A n’en pas douter, le ferment actif est, sinon la saccharase elle-même, du moins un ferment si voisin de celle-ci qu’il a été impossible de l’en séparer.

20. — L’algine est un acide faible. Ses sels alcalins sont solubles dans l’eau, insolubles dans l’alcool. Ses combinaisons avec les métaux lourds sont insolubles.

21. — L’hydrolyse — qu’elle soit faite par les acides ou par l’eau sous pression — est toujours incomplète. Il subsiste un résidu dont le poids n’est pas inférieur à la moitié environ du produit initial.

22. — Dans l’eau sous pression, l’algine se dissout partiellement. La solution est acide, son degré d’ionisation est voisin de celui de l’acide acétique. Elle est faiblement réductrice et son pouvoir rotatoire est notablement plus faible (— 111,5) que celui de l’algine (— 134).

23. — Par hydrolyse acide, que celle-ci soit faite directement sur l’algine ou sur la liqueur résultant de l’action de l’eau sous pression, on ne retire pas de sucre, du moins en quantité dosable,

24. — mais seulement des acides réducteurs, dont la fonction réductrice est vraisemblablement une fonction aldéhydique, et qui présentent tous les caractères des acides uroniques en Cf. Le pouvoir rotatoire après hydrolyse complète est de + 33°.

25. — Nous avons trouvé pour les sels de baryum, qu’il s'agisse de l’algine initiale, des résidus insolubles ou des liqueures à tous les stades de l’hydrolyse, une composition centésimale sensiblement identique : (C£H°07)?Ba; c’est la formule des sels de baryum des acides uroniques en Cf.

26. — Jusqu'à plus ample informé, il est donc permis de croire que la molécule d’algine renferme des acides uroniques et que le pouvoir réducteur des produits d’hydrolyse est la conséquence de la rupture de liaisons glucosidiques entre ces acides.

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