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blanche sur les moyens à preidre pour arriver au but. Durant cette période agitée de notre histoire, sitôt qu'un représentant de la reine mettait les pieds au Canada, le cercle des familiers du château Saint-Louis se formait autour du nouveau venu pour lui insinuer leurs préjugés à l'endroit des Canadiens-Fr-.nçais et empêcher la vérité de pénétrer jusqu'à sa personne. 11 se rencontre peu d'hommes de force à résister à la contagion de l'air ambiant et M. Poulett Thompson, bien préparé, du rcste, à recevoir le poison, se laissa complètement circonvenir. 11 lui fut ‘mpossible, cependant, de descendre au niveau du fan” äsme étroit de la chambre d’assemblée du Haut-Canada, qui avait accepté le projet d'union aux conditions que voici :
1° La capitale des provinces unies sera dans le Haut-Canada ;
2 Le nombre des représentants du Bas-Canada sera fixé à cinquante et celui du Haut à soixante-deux ;'
3° Après l’année 1845, le cens électoral sera restreint aux comtés de «enure en franc et commun soccage (ce qui aurait défranchisé les trois quarts du Bas-Canada, pays de xeigneurie);
4 La lan, ue anglaise sera exclusivement la langue de la législature et des cours de justice.
C'était l'ilotisme politique que nos voisins décrétaient contre nous ! La ville de Toronto, pour se mettre à l’ur.isson de la chambre, votait une adresse au gouverneur, pour l’avertir “qu’une union qui ne donnerait pas l’ascendant à la population loyale du pays et accorderait aux Frenchmen les mêmes droits et les mêmes privilèges qu'aux sujets britanniques, briserait le lien qui unissait la province à la mère-patrie ”. Voilà ce qu'on voulait pour nous à Toronto. Et cependant ce ne sont pas les Canadiens- Français qui ont surnommé ette ville: Æfogtown. Ces prétentions de la chambre haut-“anadicenne étaient tellement monstrueuses qu'elles valurent une vive leçon à leurs avocats de la part du gouverneur. Et il ne nous voulait guère de bien, lui qui écrivait après avoir parcouru les deux provinces : /n Lower Canada, the soil, the climate, the people are below par !
11 semblerait que le Haut-Canada eût üà se contenter de trouver dans l'union les moyens d'éviter la banqueroute, Sa situation financière était en effet des plus pitoyables et le condamnait à l'inaction en matières de travanx pablics. Il avait vécu d'emprunts jusqu'au jour où le marché de Londses s'était fermé à ses courtiers. Qu’on ne voie nulle exagération dans nos paroi Poulett Thompson, dans un message à :a chambre, faisait des emb: de nos voisins la peinture qui suit:
& Within thx Province the finances are deranged, public improvementsare suspended, private enterprise is checked, the tide of immigration, so essential to the prosperity of the Country and to the British connexion,
1 La population de la province anglaise était cependant inférieure à celie du Bas- Canada.
has ceased to flow, while by many the general system of government is declared unsatisfactory.
& Union is no less necessary to enable the Province to meet her finanr :l einbarrassments, and to proceed in the development of her patural 1esources. There are evidentiy no means in this Province of fulfilling the pecuniary obligations which nave been contracted, but by a great increase in the local revenues.”
La justice est parfois lente à venir. Les Canadiens durent souvent désespérer de voir luire son soleil à leur horizon, si sombre. Elle leur arriva cependant un jour d'une façon inattendue. Tout est bien combiné dans le plar Durham-Russell Thompson, pour porter le coup de grâce aux Français du Canada. La députation de l'Ouest, unie à la députation anglaise du Bas-Canada, constitue, il ieur semble, une force irrésistible qui va mettre l'élément détesté à la raison, sans compter l'influence du gouverneur, toute acquise aux maîtres de l'avenir; car, remarquons-le Lien, les ordres, venus de Downing-Street, comportent que, nonobstant la responsabilité ministérielle que la constitution de 1840 établit, les gouverneurs devront tenir la main à ce que tout marche à leur guise. C’est donc encore un leurre que la responsabilité de l'exécutif. Aussi, M. Thompson, après avoir formé son premier ministère, fait savoir à son ami lord John Russell que c'est lui qui gouverne—son intervention directe €ans les élections de 1840 lui avait amené une majorité à sa dévotion -ajoutant que l'on ferait bien de Jui donner pour successeur un homme en état de conduire vivement les ministres.
Le salut vint d’un côté d'où nous ne l'attendions guère. L'esprit de parti est une chose dont on dit souvent du mal et à bon droit ;, cependant, c'est lui qui a mis fin à nos misères d'autrefois. M. Baldwin, en se rapprochant des Canadiens, pour enrayer, avec leur appui, les agissements de ses ennemis du “family-compact”, mit sur pied une opposition antigouvernementale, pure et simple, sur le terrain politique. Il surgit de cette combinaison un dérivatif aux animosités religieuses et nationales. Grâce à cela, les ardeurs combatives des deux races, prêtes à continuer la bataille, se trouvèrent canalisées dans une nouvelle direction. Le jour où Baldwin et ses amis déclarèrent à LaFontaine qu'il n’entrait pas dans Jeurs idées de courir sus aux “ Frenchmen”, mais bien de s'emparer du pouvoir pour l'exercer selon les règles de la justice, les rangs des Canadiens-Français s'ouvrirent largement aux nouveaux venus, et l'armée ainsi formée s'élança à l'assaut du fanatisme.
Du moment où les forces obéirent à cette impulsion contraire aux idées d'autrefois, nous eûmes ville gagnée et à conquête de nos libertés se fit à marches rapides.
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Il convient d'oubiier ce passé ou de ne s'en souvenir que pour en tirer des leçons utiles au présent. 11 fait comprend’e la grande puissance de la modération, et de l'esprit de conciliation qui révalent de nos jours. 1l s’est formé à la suite de LaFontaine et de Bald vi, une école d'hommes politiques qui se sont fait une conception exacte + vraies conditions d'existence du Canada, conception .basée sur le . et réciproque des droits et des préjugés des uns et des autres, et l'ind:.. rence à l'égard des opinions religieuses du voisin. C'est ce que ces hommes d'Etat s'appliquent constamment à faire comprendre au peuple, porté parfois. dans les temps de crises politiques, à perdre de vue ces saines doctrines. Il y a en toutes choses un idéal de bonheur, de liberté, de bien être auquel il n’est pas donné à l'humanité d'atteindre. Bien imprudents, bien dangereux pour la société, sont ceux qui ne veulent rien moins que cet idéal. Désirons-le, mais sachons nous contenter du possible.
Certes, si nous comparons notre état à celui des autres pays, nous n'avons rien à leur envier. Qu'on nous montre un Etat plus libre que le nôtre au point de vue religieux, un Etat où la nomination des évêques, par exemple, s'effectue avec plus de facilité. Qui ne connait les ennuis que le pouvoir civil, dans maintes contrées catholiques, multiplie chaque fois qu'il s'agit de pourvoir à la vacance d'un siège épiscopal? Et en matière d'instruction publique, notre liberté n'est-elle pas illimitée ? Rappelons pour mémoire la situation des catholiques de France sur ce point. C'est en 1830, que Lamenais, Montalembert et Lacordaire réclamaient pour leurs coreligionnaires la liberté de l’enseignement qui ne leur fut accordée qu’en 1850, et avec quelles restrictions, grand Dieu ! Est-il besoin de mentionner la suppression oa la laïcisation de centaines d'écoles confessionnelles dont les catholiques de France ont à se plaindre
. depuis vingt ans! Nous sommes tellement habitués à l'espèce de souveraineté en toutes choses, dont nous jouissons, que nous n'en mesurons souvent pas toute l'étendue, Sous quel autre régime aurait-il été possible d'organiser publiquement, au grand jour, un corps de suidats canad.ens pour les envoyer au secours du pape, comme cela s'est fait chez nous ? C'était une entreprise fort louable au point de vue catholique qui est le nôtre, mais peu sympathique aux protestants. Pareil fait aurait-il pu se produire aux Etats-Unis, cette patrie de la liberté? Un simple prétexte de violation du droit international aurait tout arrêté. Et que d’autres preuves de notre indépendanes i! nous serait possible de citer !
Les deux provinces se sont unies en apportant, l’une un esprit de conciliation, et l'autre, une sornme de préjugés à notre er:droit. Aux yeux des gens de i'Ouest, nous étions, certes, vers 1840, en posture de rôle inférieur? Le temps a eu raison de ce fâcheux état d'âme chez nos voisins. Au contact des Canadiens, les députés de l'Ouest ont senti se dissiper les nuages de préjugés qui obnubilaient leur vue. Cartier, voyageant, il y a quarante ans, du côté de Toronto, remarquait, où il s’arrêtait,
l'effaremsent des “ farmers” à sa vue. Otant un jour son chapeau devant un groupe abu , il dit avec sa brusquerie habituelle : * Vous voyez que je n’ai pas de cornes ; si j'avais le temps de retirer ma bottine, vous constateriez que je ‘ai pas le pied fourchu”. On a fini par nous voir un peu tels que nous sommes. Nous n'oserions pas cependant dire que tous les yeux de là-bas soient guéris. ?
Il nous a été donné de voir à Ottawa, en 1893, un spectacle pour nous inoubliable. Tous les centres libéraux du Canada étaient alors représentés par leurs délégués, dans la capitale, sous la présidence de leur chef, M. Laurier. On ne rencontrait par les rues que de longues files de yoemen de l'Ontario, des enfants des provinces maritimes. C'était un épanouissemeut de la race anglo-saxonne dans sa pleine efflorescence. Ce qui nous étonnait, nous émerveillait, nous remuait de plaisir au cœur, en tenant compte des préjugés d'autrefois et des antipathies de race, c'était de voir la poitrine de tous ces descendants de haïsseurs de Français ornée du portrait d'un Canadien, de notre compatriote M. Laurier. Et dans le nombre, il se trouvait bien des fils de ceux qui demandaient en 1840 la déchéance des Canadiens. Ce simple fait prenait à nos yeux la proportion d'une réhabilitation nationale. Que de chemin parcouru depuis le voyage de Cartier et depuis l'adresse de la chambre du Haut-Canada !
Notre bienveillance, notre condescendance, notre esprit de compromis dans les choses d'intérêts, notre fermeté dans les crises touchant aux questions primordiales pour notre race ont mis nos qualités en relief
Les Romains, après avoir conquis la Grèce, se laissèrent charmer par l'esprit, la grâce, le sentiment de l'art, la civilisation captivante du génie hellénique. Les vainqueurs désarmèrent devant cette influence de l'intelligence, et un poète a pu dire en signalant l'attitude nouvelle des maîtres du monde à l'égard des Grecs: Græcia capta ferum victorem cepit. La. Grèce vaincue conquit son vainqueur.
En adoucissant les termes, ne pouvons-nous pas appliquer ces paroles à l'épisode de notre histoire, que nous venons de racon.er ?
La mise en œuvre de la constitution de 1840 démontre d'une façon frappante combien est courte la vision humaine et combien rarement les mesures combinées avec toute l'habileté que donne le savoir et l'expérience atteignent leur but.
Selon lord Durham, l'Union c'était la prédominance assurée de l'élément anglais au Canada, aboutissant dans un avenir peu éloigné à la fusion des races ou à l'extinction de l'influence française. Cette absorption que le génie de Pitt avait désespéré d'effectuer autrefois, une simple concentration des forces anglaises de l'Ouect et de 1 Kst allait maintenant concourir à la faire passer dans le domaine des faits accomplis.
Au point de vue de lord Sydenham et de sir Charles Metcalfe, l'idée de Durham prendrait corps pourvu que les gouverneurs tinssent la main à tout condui:« sous le couvert des ministres soi-disant responsables. Il
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est évident qu'à leurs yeux la responsabilité ministérielle, ce grand levier de gouvernement, n'avait été ajoutée comme rouage à la machine que pour lui donner une couleur de liberté que l’on n'entendait pas accorder. Il n'y a pas de doute possible sur ce point. Thompson écrivait le 24 juin 1841 : “ Ce que j'ai vu et ce que j'ai dû faire depuis trois semaines m'a confirmé dans l'opinion qu'il est d'une nécessité absolue d'envoyer ici, comme mon successeur, un homme qui ne craint pas le travail et qui gouvernera comme je le fais moi-même.” Telle fut sa manière de voir, partagée par lord Russell, qu'il tenait au courant de tout ce qui se passait ici.
Après la mort de lord Sydenham, Downing-Street confie le soin de continuer son œuvre à sir Charles Bagot, homme modéré, conciliant, qui n'interprète pas les instructions de Londres dans le même esprit que son prédécesseur. Il se contente de régner sans gouverner, Son esprit large lui fait abandonner les rènes du gouvernement à ses ministres, La Fontaine et Baldwin. Mais la mort enlève prématurément Bagot et la scène change d'aspect à l’arrivée de Metcalfe. C'est un homme à poigne que le nouveau venu. Gouverneur aux Indes et à la Jamaïque, il a pris dans ces contrées les habitudes d’un proconsul, Ses idées ont été façonnées dans le moule dont étaient sorties celles de Thompson, qui aurait trouvé en sir Charles un homme selon son cœur. La perspestive d'un conflit entre lui et ses ministres frappe Metcalfe en mettant pied à terre au Canada. Il l'écrit à Londres. “Thompson, dit-il, gouvernait, dirigeait ses ministres, prenait les moyens de s'assurer une majorité en chambre. C'est la vraie manière de conduire ici les affaires.” Metcalfe entend bien marcher sur ses traces. Lord Sydenham, écrit-il à lord John Russell, ‘“ had apparently no intention of surrendering the Government into the hands of the Executive Council and exercised great personal influence in the election of members to the representative assembly”. Comme c’est curieux à la lumière des idées actuelles, ce gouverneur qui se ménage un parti en chambre !
Dans toute sa correspondance à cette époque, sir Charles revient aux principes posés par lord Sydenham. Il prétend même que Bagot les aurait appliqués s'il n’en eût été empêché par la maladie.
Quoi qu'il en soit, l'attitude de ce dernier permit au gouvernement responsable de s'implanter tout d'abord et l'autocratie de Metcalfe dut en conséquence se heurter dans son dessein de domination à l'immense difficulté que constiiue le fuit de possession, le “ précédent ”, si important en droit constitutionnel anglais. 11 n'était pas homme à reculer ; son énergie n'en était pas à son coup d'essai. Naguère le gouvernement anglais lui avait confié la mission de remettre les choses en état aux Indes agitées, à la Jamaïque en feu, et il était fondé à croire que son habileté aurait raison des embarras suscités au Canada par la politique molle de sir Charles Bagot,.
Sec. I, 1900, 2.
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Pour expliquer le plan de Metcalfe, insistons encore une fois aur le fait que l'Angleterre ne nous croyait pas de force à exercer le self-government dans sa plénitude, et remarquons que jamais l'épreuve de ce régime n'avait encore été tentée dans une colonie. Se rapportant aux idées tories du siècle dernier, Metcalfe se dit que la bataille des privilèges des communes et de la prérogative royale va recommencer. Qu'en Angleterre, les communes soient le pouvoir suprême, que le chef de l'Etat s'y renferme dans une prudente passivité, passe encore ; mais pareille chose n'est pas tolérable dans une colonie. Les prétentions de LaFontaine sur ce point le font sourire de pitié.
Avant d'entrer en lutte avec ses ministres, il écrit à lord Staniey une lettre qui ne laisse planer ancun doute sur ses intentions de gouverner et de régner: ‘ On exige que je me livre entièrement au conseil, que je me soumette à ses ordres, que je n'aie pas d'idée à moi... et que je fasse une décluration non équivoque sur ces points, impliquant la mise de côté du gouvernement de Sa Majesté. Faute de me soumettre à ces stipulations, on me menace de la démission de \ LaFontaine. Lui et moi sentons les conséquences sérieuses de la mise à exécution de cette menace, à cause de l'aveuglement avec lequel les Canadiens-Français suivent leur chef. Je suis porté à croire que la réflexion va calmer son ardeur et que le temps apportera un remède à la situation. Inutile de dire que bien que je voie In nécessité d'être prudent, je n'ai nullement l'intention de déchirer la commission de Sa Majesté en me soumettant aux conditions prescrites."
Il ne voulut pas se soumettre et dut accepter la démission de LaFontaine et de Baldwin. Sa manière de voir l'engagea dans une crise qui remplit toute son administration (1843-45). Dans la passe d'armes qui s'ensuivit, il n'eut pas le beau rôle et les témoins de la lutte durent trouver piquant le spectacle d'un “ Colonial ” canadien-français soutenant, d'une façon victorieuse, la vraie thèse constitutionnelle, contre un des hommes d'Etat les plus éminents de la Grande-Bretagne. Il se dégageu de ses démélés avec les ministres démissionnaires des principes qui, après le départ de Metcalfe, rayonnèrent pour “ous les yeux, comme des vérités constitutionnelles incontestables. Le ««uccesseurs de l'autoritaire gouverneur conclurent comme Îles hommes c’Etat canadiens, que les mêmes causes agissant dans un sens en Anglete:re, pourraient avoir les mêmes ettets au Canada, c'est-à-dire que la responsabilité ministérielle rendrait d'aussi bons services à Kingston qu'à Lonures.
11 est des courants qu'on ne remonte pas, et celui que le principe posé par lord Durham avait déterminé, que sir Charles Bagot ne gêna en aucune manière, coulait d'une façon irrésistible. Metcalfe ne voulut pas se rendre à l'évidence et lutta jusqu'au bout avec l'énergie d'un désespéré contre des forces impossibles à maîtriser. Il était de mode à cette époque, en Angleterre, de faire ti de l'intelligence des “ colonials”. il ne pouvait pas entrer dans l'idée du personnel de Dowring-Streot qu'il pût se trouver
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en dehors du Royaume-Uni des hommes ayunt assoz d'envergure intelloctuelle pour comprendre et mettre en œuvre la machine du self-government,
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L'union des deux provinces nous a valu vingt-sept années de prospérité relative. Après la bataille constitutionnelle gagnée, notre parlement songen au progrès matériel du pays et son effort tendit à créer la richesse dans l'épanouissement de la liberté politique. Ce fut le commer ment de l'ère des chemins de fer. On vit bientôt les voies ferrées s'étenure de l'est à l'ouest du Canada, reliant les grands centres les uns aux autres, rapprochant de la mer les parties éloignées du pays. Il y eut une pouss: d'énergie qui transforma le Canada. Il en allait autrement dans domaine de la politique, où le sentiment particulariste du Haut-Canud et un esprit agressif à l'égard de notre province ne tardèrent pas à « manifester.
La province occidentale entrée banqueroutière dans l'Union, et ave une population inférieure à celle du BasCanada, oubliu les avantages qu'elle avait tirés de l'association, dès que ses habitants eussent dépasse en nombre ceux de son alliée. L'égalité de représentation de chaque pes vince au parlement, qui lui avait semblé rationnelle auparavant, prit li proportions d'une injustice insupportable, dès qu’elle se sentit numériquuement plus forte que nous. Les Haut-Canadiens réclamèrent la représentation au parlement basée sur le nombre des habitants, c'est-à-dire la hænte main sur toutes les affaires du pays. N'était-ce pas de l'ingratitude? f n’y a qu'à citer l'opinion de Metcalfe lui-même, sur les raisons qui ci
dérent les Haut-Canadiens à entrer dans l'Union, pour mettre en rasief l'esprit qui animait une partie de nos voisins : ‘The Union, à was affected without the consent of Lower-Canada and with the be ‘ating
but purchased assent of Upper-Canada; the Upper-Canadians were induced to agree to the measure by the advantage of puiting a share of the burden of their debt anu expenditure on Lower-Canada ”, etc. Comme on nous avait forcés de rendre service à nos voisins, iis se croyaient dégagés de toute reconnaissance à notre égard. Leurs aspirations à la suprématie s'affirmaient de jour en jour, avec plus de violence, Nos représentants, avec l'appui des modérés du Haut-Canada, réussissaient à mater nos ambitieux alliés, muis nous nous demandions jusques à quand il nous serait possible de résister à leurs prétentions, à une révision de la constitution, contraire à notre indépendance? Le principe de la représentation basée sur le nombre, juste en soi, ne l'était pas dans l'espèce ; car il aurait porté atteinte dans son application à l'entente qui régnait au Canada, depuis 1840, et qui avait acquis la force d'un pacte accepté de part et d'autre. Il y avait lieu de craindre, sous la pression
d'un fanatisme intéressé, une concentration des forces anglaises des deux provinces. De la crainte d’un conflit entre les alliés naquit le plan d'une confédération des colonies anglaises.
L'idée n'était pas nouvelle : ilen avait souvent été question depuis une vingtaine d'années, mais elle ne s'était jamais présentée sous une forme tangible. L'impasse où l'on était acculé, la rendit acceptable. Nos hommes publics étant en quête d'un expédient pour sortir d'une situation tendue, le projet d'unir toutes les provinces anglaises vint à point pour le fournir.
On a blâmé les chefs canadiens-français d'alors d'avoir accepté la confédération, On a eu tort, Nous ne pouvons pas rester à l'écart des grands mouvements d'opinion dans ce pays. Si nous n'avions pas participé à la création du nouvel ordre de choses, il se serait fait sans nous et probablement contre nous.
Le succès de la confédération, au point de vue matériel, tient du merveilleux. Aucun pays au monde n'a eu, depuis 1867, un élan aussi considérable que le nôtre vers la prospérité. Il n'y a qu'à jeter les regards autour nous pour constater le développement de la fortune publique. Nous nav ns pas à redouter la comparaison, même avec les Etats-Unis qui syrubolisent °ux yeux du monde le progrès matériel. Or, pour ne citer qu'un fait qui appuiera notre assertion, nous attirerons l'attention sur l'ensemble des importations et des exportations des Etats Unis, qui ont été, en 1899, d'un milliard neuf cent millions, pour une population de 70 millions. L'ensemble de notre commerce se chiffre, pour la même période, à 321 millions, avec une population de 5 millions : proportionnellement nous avons fait pour 131 mil'ions d’affaires de plus que nos voisins.
11 nous ost survs \u, à nous, Canadiens-Français, sous le régime actuel, un surcroît de lier: On parle, en certaines régions, de ce qui serait l'idéal pour nous : u: république française sur les bords du Saint-Laurent. Il serait difficile d'établir la somme des libertés que nous donnerait en outre de celles dont nous jouissons le régime rêvé. Que pouvons-nous désirer de plus en fait de libertés religieuse et politique que ce que nous avons au parlement de Québec? Nos lois, le contrôle absolu sur l’enseignement, tout est de notre domaine absolu. On ne pourrait modifier ce régime de libertés que pour les restreindre.
Qu'on ne nous accuse pas de voir tout en rose autour de nous. Nous ne fermons pas les yeux sur les points faibles de notre état politique. Le système inauguré en 1867, après une discussion prolongée qui cependant n’en fit pas paraître tous les inconvénients, possède les qualités et les défauts du système fédératif en général. Ces qualités et ces défauts s'adaptent aux besoins d'un pays prospère que ses vastes ressources et ses réserves de terres colonisables mettent à l'abri des crises sociales. À sa base se trouve un principe en vertu duquel les provinces ou Etats confédérés consentent à se départir d'une partie de ieur souveraineté et de leurs
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attributs pour créer au-dessus d'elle un autre Etat, leur supérieur. Il s'établit de la sorte un dualisme qui scinde, pour ainsi dire, en deux fractions ln volonté nationale, exposée en de certaines circonstances, à se diviser contre elle-même, ce qui nous expose à faire entrer le péril en la demeure, Ne pouvorvnous pas reprocher également à eo" système de constituer au centr n grand pouvoir en apparence et de le laisser désarmé visd-vis de ses subordonnés ? Il est de l'essence de tout gouvernement d'avoir À son sommet une volonté qui s'exerce et les moyens de faire respecter cette volonté. Or, où trouverions-nous, dans le système fédératif, les forces à la disposition du pouvoir central ? Il en a coûté à nos voisins de la grande République des milliers d'existence humaines et des millions de dollars pour essayer de résoudre ce problème.
Il nous semble à propos de bien indiquer le défaut capital du système fédératif pour conclure qne cette forme de gouvernement ne convient qu'aux peuples bien équilibrés, et bien sages car il ne redoute rien autant que les coups de force et les heurts. Plus que tout autre, ce régime présume chez la natien de l'intelligence, de la modération, le respect des droits de chacun, le sens politique qui montre la nécéssité des compromis dans les chocs inévitables d'intérêts contraires.
Le conflit qui s'est produit, en 1861, aux Etats-Unis entre les droits des Etats particuliers et le gouvernement de Washington, et que l'on sentait venir depuis soixante ans est un avertissement pour tous les pays de régime semblable au leur. Nous n'en sommes point là, heureusement, mais n'est-il pas regrettable qu'un incident comme celui de la question des écoles du Manitoba ait pu se produire parmi nous ?
N'’est-il pas d'un fâcheux exemple que ls plus petite province ait pu détier le pouvoir central qui la mettait en demeure de se conformer aux ordres du conseil privé de Londres, la plus haute autorité judiciaire de l'empire ?
1 nous paraît important de noter cet incident du Manitoba pour en signaler le caractère dangereux, et démontrer les fâcheuses tendances d'esprit qui existent chez une certaine partie de notre population. Cet incident a fait voir comment la volonté nationale pouvait se scinder et se diviser contre elle-même. Pareille chose ne saurait se produire dans un pays unifié,
Il importe donc au plus haut degré de prévenir le retour de conflits sem tables à celui que nous venons de rappeler. Il est du devoir de tous les hommes qui ont de l’empire sur les différentes parties de notre population, de lui faire comprendre quel jeu dangereux on joue lorsque l'on empiète sur les droits du voisin et combien nos institutions sont peu faï:es pour subir des chocs violents. Elles ne peuvent vivre qu'en s'appuyant sur le resy <t des libertés garanties à chacun, sur l'esprit de tolérance, sur un vif sentiment des égards que se doivent réciproquement les partis, sur des mesures politiques conformes à l'esprit de notre constitution qui, dans la pensée de ses auteurs, devrait assurer la liberté de tous.
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