DE CELLES] LES CONSTITUTIONS DU CANADA
tratif, ils n'auraient qu'à refuser de voter des subsides à la couronne pour tout arrêter et forcer le gouverneur à respecter la volonté de la chambre. C'était une illusion; cédant à leur réclamation, le gouvernement anglais accorda à l'assemblée en 1818, le privilège de voter des subsides à la couronne, ce qui entraînait le privilège connexe de les refuser. Le moyen ne réussit pas, lorsqu'on voulut l'employer ; le gouverneur para le coup en puisant dans la aisse militaire les deniers nécessaires au service public. Ce qui manque le plus à la machine gouvernementale de l'époque, ce sont des points de contact entre ses différents rouages. Logiquement les ministres devraient occuper des sièges à la chambre pour expliquer aux représentants du peuple la politique du gouverneur et au besoin la défendre, créer des rapports plus fréquents entre l'autorité suprême et le peuple, mais aucune loi ne les oblige àse faire éhre, n'étant pas responsables au peuple et ne relevant que du gouverneur: L'expérience vint cependant bientôt démontrer qu'ils auraient été en étrange posture à l'assemblée, car la politique du gouverneur n'y étant pas acceptable, ils n'auraient fait que subir da is cette assemblée la défaite à perpétuité, eux si puissants au dehors.
Si encore le conseil législatif avait pu s'interposer COMME médiateur entre l'assemblée et le gouverneur, mais loin de là, il se donna le rôle d'exaspérer l'antagonisme, SOUS l'influence du gouverneur qui le remplissait de ses créatures pour s'en faire un allié contre les députés et un instrument d'obstruction.
Mieux valait, à tout prendre, le statut de Québec : s’il n'appelait pas le peuple au gouvernement du pays, il le disait sans ambages, tandis que le régime de 1791 n'était que le régime du bon plaisir dissimulé sous Îles traits du gouvernement populaire. Le défaut capital de ce régime consistait à donner au peuple un simulacre de droit, à pousser la représentation nationale dans une voie pour lui donner un croc-en-jambe dès qu'elle y était entrée. À ce vice fatal se superposait cet abus du pouvoir personnel qui concentrait autour du gouverneur une tourbe de courtisans pleins de loyauté par intérêt et sur lesquels exclusivement tombait la pluie rafraîchissante des honneurs et des emplois bien rétribués. La même cause produisait partout les mêmes effets. Dans le Haut- Canada, ce sent les membres du ‘“ Family compact ‘* qui accaparent tout le patronage. Chez nous, il n’y a de faveurs que pour les bureaucrates. Seulement, lorsqu'il s'agit d'expliquer l'échec du système, on dit dans l'Ouest : “ C'est la faute de la constitution ”, mais à Montréal et à Québec, ce sont Papineau et ses amis que l'on tient responsables de tous les embarras. La Nouvelle-Ecosse, soumise à un régime identique à celui des deux Canadas, ne réussit pas à en tirer un meilleur parti. Faut-il rappeler qu'en 1840, lord Sydenham dut quitter Montréal pour se rendre à Halifax où le gouverneur et la chambre étaient à couteaux tirés. Lord Sydenham Île faisait remarquer: “ As in Upper Canada, the population
in Nova Scotia had gradually outgrown the monopoly of power in the hands of a few large families.”
Le remède à la situation tendue, dangereuse, que la constitution de 1791 faisait naître était sous la main du S&ouvernement. Pourquoi n'obéissait-il pas à la logique qui lui criait d'aller jusqu'aux conséquences de ses Principes? La création d’une chambre de représentants réclamait la Présence dans ce corps, des conseillers de la couronne ayant à rendre compte de leur conduite au peuple. La responsabilité des ministres est un instrument de gouvernement merveilleux. Il amène au pouvoir le retour successif des hommes d'élite des deux partis au lieu de condamner l’un d’eux à l'opposition perpétuelle, comme cela se voyait ici avant 1837. Cette alternur-e d'administrations agit comme une soupape qui laisse échapper le trop plein des ambitions politiques, produit une détente nécessaire au milieu de la tension excessive des luttes de partis.
Faute de ce rouage au Canada, les factions hostiles au gouvernement versèrent dans des agitations quasi-révolutionnaires, et de sombres orages vinrent s'abattre sur le pays. Ceux qui les avaient, pour ainsi dire, provoqués s’en tirèrent avec le moins de melheurs, et les coups c'e foudre frappèrent les victimes d'un état de chose dont la responsabilité ne leur incombait à aucun degré. L'échafavd, la vroscription firent leur œuvre après la levée de boucliers de 1837-38. et d'u trait de plume on suspendit la constitution de 1791.
Nous voici aux jours les plus sombres de notre histoire politique. Qu'allons-nous devenir? Les Canadiens, privé: de leurs chefs naturels —l'échafaud à pris les uns et l'exil les autres—se demandent comment on va faire expier à la masse du peuple les fautes d’une insignifiante minorité? Nulle espérance ne luit à l'horizon. De toutes parts retentissent des cris réclamant leur anéantissement corime race distincte.
Lord Durham propose sa fameuse solution : l'union des deux provinces en une seule, avec groupement d'une majurité de gouvernement antifrançaise et anticatholique, solution préparée avec autant d'habileté apparente que d'injustice. Les Canadiens protestent contre le projet d'union, mais leur voix se perd au milieu des acclamations des tories hors d'état de comprimer leur joie devant la perspective de réduire le Bas- Canada à la servitude st en plus de lui faire payer leurs dettes : antipathies religieuses et nationales et intérêts personnels trouvent leur compte dans l'affaire. C’est M. Poulett Thompson, successeur de lord Durham, que le gouvernement impérial charge de donner un corps au projet d'union. Homme de grand mérite, il a fait sa tronée en Angleterre à force de talent et d'énergie, mais il manque d'envergure dans les idées. Ami de lord Russell, il a reçu de lui des instructions qui lui laissent carte