C. M. IIerriot, ministre de l'Instu. publ
D. MORO-GlAFFERI, DÉPUTÉ.
ce surnom. Alors qu'une partie se réclamait de Salomon et se surnommait loups, la secte rivale se prénommait loupsgarous et se réclamait de Maître Jacques. Quand, en province, l'une des deux sectes était installée dans une ville, l'autre n'y pouvait trouver place.
Comme je vous l'ai dit, les documents des loges étaient brûlés chaque année. Il faut donc reconstituer toute cette histoire à l'aide de récits plus ou moins altérés. Cependant, il est des documents qui ne trompent pas : Vous trouverez toujours dans un appareillage de pierres d'une cathédrale, ou dans sa charpente, le signe des compagnons qui l'ont édifiée. Lorsque vous visiterez le château de Fontainebleau, vous trouverez également de nombreux indices de leur participation à ces travaux. Parfois, comme signature collective, ils ont
marqué leur passage par le tracé d'un labyrinthe, comme il en subsiste encore un à Chartres et à Saint-Quentin, alors que ceux de Sens, Amiens, Reims (1), Arras, Bayeux et d'autres ont été détruits.
L'image du labyrinthe suffirait à marquer la tradition qui rattache le Compagnonnage aux vieilles corporations égyptiennes. Ils ont une réminiscence des fantastiques constructions du roi Amenemhi 111, il y a 5177 ans, édifiées par des compagnons initiés, qui gardèrent secrets les plans, de même qu'ils gardaient ceux des constructions des hypogées.
La traduction des hiéroglyphes confirme les légendes, en ce qui concerne l'organisation corporative de la vieille Egypte, de même qu'elle confirme les récits qui parlent de la puissance des prêtres de Memphis, d'Héliopolis et de Thèbes.
Dès l'époque Thinite, dit Moret, nous voyons qu'un grand fonctionnaire, le Charpentier Royal, dirige les constructions, où le bois joue un rôle essentiel (tombeaux,
palais, barques, etc.) ; quant aux ouvriers Compagnons Charpentiers
d'art, aux fondeurs de métaux, ils subissent ^" " ijonnais».
aussi les ordres et la surveillance du roi. Nous ne savons pas si, comme plus tard, à l'époque Memphite, ils sont placés sous la direction du grand prêtre de Phtah (le grand Chef de V Œuvre).
Ce que nous savons de la hiérarchisation de la société égyptienne nous autorise à considérer comme certaines les légendes qui montrent l'enseignement ésotérique des métiers.
Chef-d'œuvre
DBS
(i) M. Deneux, architecte en chef de la reconstruction de Notre-Dame de Reims, a restitué sur place la figuration du labyrinthe, dans la cathédrale.
Nous y sommes d'autant plus autorisés que le même auteur, traduisant u n texte qui parle de la révolution qui s'accomplit vers 360 avant J.-C, montre que les secrets des métiers sont violés, voici ce que dit Tinscrip-
Un casque, chef-d'œuvre de courbe et d'assemblage non reveiee l
DE BOIS. (( ...On j>énètre
dans tout lieu
secret. Les
Asiatiques travaillent dans les ateliers du Delta. Aucun
ouvrier égyptien ne travaille plus; les ennemis du pays ont
dépouillé les ateliers... »
Plus tard, quand la révolution a triomphé, que Tordre s'est rétabli, sinon dans la démocratie, mais sous l'autorité des Pharaons qui semblent avoir laissé, sous la direction des Sarous ou anciens, s'organiser une vie municipale et qui ont concédé de larges droits aux paysans et aux artisans, ceux-ci, par leurs corporations réorganisées, semblent exercer une réelle influence et obtiennent des franchises. Les artisans sont libérés, leur enseignement est secret, ils doivent l'impôt, mais ils ne sont plus au service du roi, ni des seigneurs.
A côté de ces preuves gravées sur des stèles plusieurs fois millénaires, l'analyse des épreuves, certaines formules courantes qui, bien que déformées, rappellent des principes anciens, les attributs conservés à travers les âges, tout confirme l'hypothèse d'une haute antiquité.
La légende d'Hiram rappelle la mise à mort transformée.
arrangée du dieu Osiris. Cette modification dut se faire pour échapper à des persécutions; la canne des Compagnons, avec ses couleurs, rappelle le Zed d'Osiris avec le nœud d'isis qui, lui-même, était une déformation de l'un des attributs du roi Antzi qui, à une époque préhistorique, gouverna le Delta; il est représenté, appuyé sur une canne de pasteur, tenant un fouet de l'autre main.
Le fouet continue d'être l'attribut du Grand Cosroës, le chef des Bohémiens errants, que la tradition orale rattache aux tribus d'Egypte dont ils auraient reçu, avec les tarots, la connaissance de l'art divinatoire.
Tout ce passé se mélange, à certaines heures, et semble indiquer des origines communes ; le Compagnonnage qui nous occupe plus particulièrement a eu une longue et glorieuse histoire, il a édifié les plus splendides monuments de toutes les époques, il a été la source, même dans les heures les plus tragiques de son existence, de nobles émulations, il a créé l'architecture la plus sublime.
Quand rien n'existait pour défendre les opprimés, c'est de son foyer qu'est partie l'étincelle qui embrasa l'ardeur des révoltés, c'est de son sein que sont sorties toutes les associations qui ont lutté pour affranchir l'Humanité. La Franc- Maçonnerie lui doit ses lois et ses traditions.
Qu'aujourd'hui, les temps ayant changé, la liberté aidant, les ouvriers aient créé d'autres formes de lutte, cela est logique, mais nous ne pouvons nous montrer ingrats à l'égard de ceux à qui nous devons tant.
Puis, de quoi aurions-nous le droit de tirer orgueil 7 Nos progrès mécaniques sont formidables, mais l'intelligence et la morale de notre monde moderne sont-elles si supérieures à celles des âges anciens ?
Les empires ont pu crouler, d'immenses révolutions s'accomplir, l'homme reste semblable à lui-même. Les sommets antiques, Hermès, Pythagore, Socrate, Platon, Lucrèce, n'ont pas été dépassés, et le peuple moderne ne paraît pas supérieur à la plèbe romaine ou grecque. Faut-il nier le progrès, et, dans
un sentiment de découragement, renoncer à 1* effort ? Non. L*homme moderne peut s*élever davantage si nous savons développer en lui le sentiment de la solidarité, et si nous nous efforçons de modifier son milieu.
Comme les Compagnons, apprenons à dégrossir la pierre brute, à la façonner, à discipliner la matière et, comme les Sages antiques, apportons nos matériaux à l'édification du Temple de la Science et de la Vérité.
Le Sourire de Reims. Cathédrale de Reims.