‹ Les consultations de Madame de SévignéChapitre 3 sur 3 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Mon père, le docteur P. Henière, qu^une mort prématurée enlevait à toutes les tendresses qui Tentouraient, fut longtemps un des collaborateurs zélés de la Gazette; ses articles, depuis quelques années, traitaient principalement de la litérature médicale.

Aimant avec passion le travail, il lisait et relisait sans cesse, la plume à la main» les ouvrages des littérateurs anciens; et toutes les fois qu'il trouvait quelques passages ayant trait à la médecine^ il s^y attachait particulièrement et livrait au public le fruit de ses recher* ches. C'est ainsi que chaque jour il apportait une nouvelle pierre au modeste édifice qu'il construisait avec bonheur.

En 1858 parurent les Études médicqles sur les poètes Uuins ; c'était le fruit de deux années de travaux. Vinrent ensuite de nombreux feuilletons publiés dans la Gazette^ sous le titre de Glanes médicales^ parmi lesquels se trouvait une critique des idées médicales contenues dans les lettres inédites de Linné à Boissier de Sauvages, et dans la correspondance de madame du Deffand, Cette année, c'étaient de nouveaux feuilletons sur les lettres d'une femme éminente et lettrée du siècle de Louis XIV : il les intitula les Consultations de madame de Séuigné. Ce sont ces derniers feuilletons qui se trouvent maintenant réunis en un petit opuscule.

Mon père m*ayant dit peu de temps avant sa mort qu'il avait l'intention de les faire tirer à part, je me suis fait un devoir de respecter son désir, et avec l'aide de son obligeant ami, M. J« Guérin, rédacteur en chef de la Gazette Médicale, je livre aux amateurs ce petit travail, heureux s'ils y trouvent quelque agrément.

Enfin, quinze jours avant que la mort ne nous enlevât notre appui le plus cher et le plus ferme, Cicéron médecin paraissait; ce livre était dédié à Son Excellence le ministre de Tiustruction publique, qui voulut bien accepter l'hommage de son respectueux ami« Depuis

près de deux ans, moQ père compulsait les ouvrages du prince des orateurs latios, et après un travail qui lui semblait bien doux, il était arrivé an tero^ ^ff^ ff^^JP^^^ W^ ^ °® devait pas en jouir.

Je ne puis en terminant faire Téloge de mon père, éloge qui est au fond de mon cœur, mais ce que je puis dire avec orgueil, c'est qu'il avait su conquérir durant sa vie, Festime de tous ceux qui le connaissaient, confrères et gens du monde.

EMILE MENIÈRE.

Il yn daD8 la correspondance de 1^ célèbre marquis^ beaucoup de malades et npo moins de p^édecins. Quant à la niôdeG|a<3f elle y abonde, q^ la reu< cofitre à pbaque page, el)Q e^t un^des prépcgupatiooa les plus hal^ituelles de la noble dame ; elle prend un tour, une viYacité tout à fait en rapport avec sou esprit et son caractère, et cependant il est certain que les plus grands admirateurs de cette femme, une des gloires littéraires de la France, n'ont pas songé fx lui en faire un mérite. Il est vrai qu'elle en a tant d'autres» et de si éclatants, que Ton a complétem^pt f^égUs^ celui-ci.

Certes, |^Mr de Yalckeoaer et de Monmerqué put recueilli avec un soin extrême tout ce qui a trait, de près ou dp loin, à la yie et ^ni (Buyres de ouh 4ame de 3évigné; jamais iâ4^^urs ou biographes n'ont rempU leur tâche avec plus dp z^Iq et 4e talent^ on connaU jusqu'aux moindrp^ particularités de son existence; Suard, (le rAca4ém^p française, a écrit une assez bonne dissertation sur le style épistolaire en général, et eu partipulier sur celui de cette cl^armante femme ; M. de Saipt-Surin, dans l'expeliepte édition en 12 vo|, lu-i^ DPj^s.pUe^ BU^sp, 1813)» n'ariep laissa ^ dire 4 ceux qui yipudroplt après lul^ piaiç il p'^st \epu à )a pensée dp personne de la considérer fpops le r^p^ pojrt 4e se^ connaissances médicales, de ^pn talent ^ paflpr de ipèdecinoi et p, jpdiquer le^ rpmè4e^ propre^ à soulager les petites misère^ qui lui ont été dévolues, l^a santé 4e sa flUe» de ?p^ parents» 4^ ses anUs l'a occupée très* ^cUvement; elle a w^ un *èle plus îirdept qu'éclairé, il faut bieu en couve» nir, à dPPUPr 4ps çppaeils à cpux qui lui pp dpmapdaleut, et même 4 ceux qui ne lui en demandaient pas, et dans ce luxe d'opinions médicales qu'eUi^ 4éplPiP 1^ tout propos, ce qui npus frappe |p plus c'pst sa défiance contre les ippp^rps légitimes de la Faculté pt sa créduUté à l'égard des personnel étrdPgkèrps ^ la science ()ui s'arrogepi )p drpit 4^ ip^dipiupppter le public.

Nous ne prétendons pas lui en faire un grand crime. Il suffit de se rappeler les comédies de Molière pour comprendre combien il était facile de dédaigner la médecine officielle et de s'adresser à de simples guérisseurs. À cette époque tout le monde en eût fait autant sans que Ton y trouvât à redire, car les formes scolastiques qu'affectaient les gens de l'art étaient capables de rebuter les esprits les moins clairvoyants. Madame de Sévigné, douée d'un bon sens exquis, flairait de loin le plus mince ridicule; aussi ne peut-on s'étonner de voir la préférence qu'elle donne à ceux qui lui apportaient la médecine sans le médecin, laguérison sans la formule pédante dont le grand comique faisait si bonne justice.

Nous nous proposons, dans cette étude légère^ de relever les passages de la correspondance de madame de Sévigné qui se rattachent aux questions médicales. Tout le monde a lu comme nous ces lettres charmantes qu'on ne se lasse jamais de relire; tout le monde applaudit à cette fine analyse des mouvements d'un cœur passionné, aux élans d'un naturel parfait ; mais per« sonne, que je sache, n'a pris à tâche de voir dans l'œuvre de cette femme extraordinaire un certain côté médical qui ne manque pas d'intérêt. Serionsnous mal venus d'entreprendre cette recherche d'un nouveau genre? Est-il donc indifférent de savoir comment se portent les gens que l'on aime? Certaines conditions physiques de la vie des esprits les plus émlnents ne peuvent-elles influer sur leurs ouvrages, et trouve4-on oiseux de savoir qu'Horace était lippeux et obèse, Virgile mélancolique, Lucain presque fou? Nous croyons que les plus beaux génies dont s'honore l'humanité sont bons à connaître intimement et que Ton peut gagner quelque chose à savoir comment ils ont vécu, dans quelles conditions de santé ils ont accompli les travaux qui leur ont valu les honneurs de la renommée.

Que si certains esprits délicats se trouvaient blessés de ces détails sur des misères inhérentes à notre condition terrestre, nous leur dirions que la considération des infirmités de notre nature, loin d'affaiblier le sentiment qui nous fait admirer les hommes de génie dans la production de leurs œuvres les plus parfaites, ajoute ^ contraire à ce sentiment en nous les montrant vainqueurs de tous les obstacles. Trop souvent, en effet, ceux que caresse la Muse portent en eux le germe de maladies longues et douloureuses. Le génie n'est presque jamais donné gratuitement; ceux qui recèlent cet hôte illustre payent bien cher la gloire qu'il leur apporte, et l'on devrait les plaindre plus encore qu'on ne les admire, car sous la couronne de lauriers qui ceint leurs tempes inspirées se cache souvent une couronne d'épines qui fait de ces héros adorés des martyrs dignes d'une pitié pro* fonde.

Madame de Sévigné, hâtons-nous de le dire, n'appartient pas â cette catégorie d'écrivains dont les glorieuses misères ont rempli le monde. Homère, Ovide^ Juvénal, et dans des temps plus modernes, Dante, le Tasse, Gamoens,

Malfllatre et Gilbert ont montré, par d'éclatants malheurs, que la gloire coûte bien des larmes, et que des cœurs moins généreux pourraient maudire la faveur qui leur fut donnée de laisser un nom à la postérité. La charmante marquise n'a pas eu à lutter contre un destin si rigoureux ; elle a longtemps conservé une admirable santé, elle est demeurée belle à un âge où des dêfiguremenU terribles viennent outrager 1^ plupart des femmes, et sauf quelques affections rhumatismales, elle atteignit la vieillesse sans avoir jamais éprouvé de maladie grave.

Commençons donc par le commencement et suivons pas à pas la noble dame qui va nous faire ses confidences. Madame de Sévigné naquit le 5 février 1627 (1). Mariée jeune et mère de deux enfanls, elle resta veuve à un âge où l'éclat de sa beauté non moins que le charme de son esprit attiraient sur elle bien des regards; mais sa prudence lui fit éviter tous les dangers, et son cousin Bussy-Rabutin, la pliu dangereuse plume de France, disait-ou alors, après un échec que son orgueil supporta mal, et dont il se vengea lâchement, dut rendre à sa vertu un tardif mais éclatant hommage. On a d'elle quelques billets à Ménage, autre amoureux éconduit, puis des lettres traitant d'affaires de famille; mais sa correspondance proprement dite ne commence guère qu'en 1664, et c'est surtout à l'occasion du procès intenté à Fouquet que l'on trouve dans ses écrits, adressés au marquis de Pomponne, la preuve du talent merveilleux qui lui a valu des admirations universelles. La phrase concise et d'un tour élégant, le mot propre et accentué, le style ferme et correct, tout indique une parfaite liberté d'esprit, une allure dégagée, quelque chose de choisi, de noble, et l'on se prend à aimer la personne qui, en pensant aussi bien, en montrant une si douce sensibilité, trouve de si charmantes expressions pour rendre compte d'un procès où le courtisan disgracié comptait presque autant d'ennemis que de juges.

Le pauvre surintendant avait aussi des amis dévoués, la Fontaine et Polisson entre autres, et l'anatomiste Pecquet, dout nous parierons plus tard. 11 avait aussi des amies pleines de courage, et madame de Sévigné ne fut pas une des dernières à lui donner des preuves de son zèle. Mais pour en venir enfin à quelque chose qui nous touche, disons que l'on trouve, dans une lettre datée du 20 novembre 1664, une petite phrase ainsi conçue : Madame Ftn^ quet^ sa mère, a donnéun emplâtre à la reine qui Va guMe de ses eonvulsionSf qui étaient, à proprement parler, des vapeurs.

Il y a là un fait important, bon a examiner, et qui nous montrera comment on faisait la médecine en ce iemps-là, même dans le palais de Louis XIY. La

(1)M. Ravenel, sous-bibliothécaire de l'hôtel de ville de Paris, prétend, d'après un acte authentique, qu'elle est née à Paris, le 6 février 1626, et non au château de Bourbilles.

f)9NBe Mme-Tbéc^se^ ttnrié# depûs eavif ou quiOre «as (9 Jsm 1660)» nit m giQo4«« le 16 oaTembre 1664, uoe fille ({ui m yécut qu'un mois. Le leodemnu de 809 accoucliemeiit, elle fut prise 4e co^YiUsioos qui la réduisirent t^fmtM à loutc ei;Urémité« Anne d'Autriche, la rejae mère, l'avei lit du danger ga'elle cow^aU, et après bieu des sollicitations, d'iLe obtiitt qu'on lui a^ini- Disjtrerait le yiMiq^e. La jeune reiae protestait qu'elle ne voulait pas iQOiifii:. $jfr pes entrefaites un traitement fut mis en usage et bientôt ces accide^ disparurent.

Qi^i est ee traitement? 1| y a 14 une difficulté que nous ne somiues pas i^t 4 M^ ^ mei^ure de résoudre* Madame de Motteviiie affirme que l'éméjliqi^e eut lo^s les honneurs delà guérisofi; mais madame de Séyign^ ^e f^it fortement aji^torisée à Sj(H4tenir une opinion contraire. Elle écrit à M. 4e P^Qfponne ; J^at ^ ^ mère de M, Fotiquetf elle me conta de quelle façon elle ai}ait fait i^fw^ sgn mulâtre pt^r mndam de Charosp à la reine. Il est cer- 1^ que Veffet en fut prodigimut; en moins d'une heure, la reine sentit sa t4^ fUigagiie, et iji sfi fit une évacuation $i extraordinaire et de quelque chose de si e|Mromf^ et de si propre à la faire mourir la nuit suivante dans son accès, qu'ellermême dit tout haut que tétait madame fouquet qui Vavait guérie, et que c'était ce qu'elle avait vidé qui M avait donn^ lef ponvuUions dont elle avait pensé mourir la nuit d*aupafqva9^t. La reine mère en fut persut^dée, et le dit au roi, qui ne Vécouta pas. Les médecins^ sans qui on avait mis VeVf^plAtre,ne dirent point ce qu'ils en pensaient, et firent leur cour au» dépens de l0! vérité.

Qfk désirerait peut-être avoir des renseignements plus précis sur la nature 4e l'a^ident éprouvé par la reine. Qu'il y ait eu rétention d'une partie du placenta, Uémorrhagie interne^ ou tout autre trouble fonctionnel ; que ce soit une simple attaque d'éclampsie^ on ne peut nier qne des n^tières étrangles, accumulées dans l'utérus, n'aient été la cause des accidents si graves qq[ se sont manife3tés le lendemain de raccoucbeRtient. Quant au reproche g4r6s$^ &nx médecins, noqs ne voulons pas y attacher i|ne grande import^Qpe. On comprend que madame 4e Sévigné, dans son zèle pour la cause de fQWm^tt %\t cru ^u miracle produit par le rep^ède venant de \^ mère du spri^topdanti ^llo ^1 youlu que le service essentiel rendu ^ la reine dpyint pn HirgMipepI ^Q (ay^up de racciisé, et pette cqms^déraMPn [)ouyaU t)ipn (laisser un peu son jugement. Nous ferqq^ ^evtlerpept pen^^rq^ef que no^ pfeqiii^ fgppQjrts gyec fp^d^e de Sévigné sont hostiles, qu'elle npus accqse d'être 4ps oqurd^ps S4P§ cpn§pienpe, ^rifl^pt (a vérité ap désir d'étape ^éab)^ au roi, et cela dans une circonstance où il y allait de la vie d'un homme. L'Inculpation est grave, mais elle doit être mise sur le compte d*un entraînement prescjgg excusable. Nous aurons à en subir bien d'autres poijr lesquelles ppqs montrerops moins d'indulgence.

Quel était cet emplâtre vanté par la mère de Fouquet et qui aprait produit

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cafages^ Noub s'en $avoog rtieo,iet fieu^tod tnNurerait-Agflu^Uiiifis rensair ynem^ote sar ce «liel 49d« un petit v/oli^au» iu-n, j^riAié à Purif ai» U^{i)t i^itweil «A^gfliaeide fonniUes gnniiaéeg, 4a tmeltm l^arfes dues à eett#

«9iB|Mtoit te^ fl^Qie^^ tQfmilmm et â^i^^aaM a«}]( pmiv/is6 le «i^e» ()e li^ guérir prompteœent et à bon marché. Nous n'avons pu consulter ce livri^,

fl ^ c^rt^in que cet femplljtr^ fif, gr^^^d bruit, fihacm dUq^, suivant ma*

û^^ Sévigp^, que mfiélm* F^mè^f ii^^m mV'^ «?*VWf v^ M^^ 4ê§

mfraçlef, La qo^qu^se ri^cQ^te à ce sujet i^ç petite bistpire qui Y'mt ^i^ ^ rapfMii de ce qui précède. Uè chancelier ^guier* qui présidait la cl^unbre 4e juMice instituée pour juger le aurintea4ant, n^ mjén;9geAii P^s Tinculpé; mai^ M. d'Qrmessou, rapporteur^ montrait ei^ toute /ceite affaire ui^ i^ipa^tia^té complète. Dfm un interrogatoire, le çhîm^}ieif 4it : Foic} un endroit sur qus^ Viificufé n$ pourra pas répondre'— Àhl monsieur, pour cet endroitlà, voici Vempldtre qui le guérit ; et en effet, M. d'Ormesçon dopna aussitjût une raiso.^ très-forte et très-concluante.

P^ns 1^ let^e 4u 2 décembre de la même année, la n^^quise parle d^un érygipèJ/B qtM 4^ périf Ur 4e Pe^mqpd, l'^u des juges de Jfjpîjquef, ce qi|i

ef ir#y^ ^«Mifi|(^ N* ^s^'miPt ^» firmm m^^ m^ ^^p r^^titm v<^^r juj,

d|| i^ ê^9 4 ï^^ 9^ demande ice qu»}(^ ie)»tei^ par I4. Le grand 2)aagistrat ayaitr|I déjà ^proi^yé quelque att/efntp 4e cet^ i^aala^ie? étaitril çi^et ^mx éri^sipèle^^

l<es conseilla au parlement payiifent 1# tril^i^t 4 |a piort : témp^^ )tf. 4e Nesmond ; ils le payaient aussi 4 H F4^f!^> comme on en a la pr^pve par Vf f)e ])l§$uai^ pi, tourmenté par upp P^l^rit^ calcul^use, rendit, presqu'à Vlf^^^oe, dei^( Ptaires d'i^ne iffp^fur si considérable, ^u'eif v#r«^ dit 1^ mgf0%pf ifpl^ yautTftf jH^ier p^î*f 1^ i?|tr«çl^, |f j^i ftpmi^f étaient difne§ W^ Sm fn ^9H}P Mf' ^ mfl¥^i m9m^ fionrlblement depii^is ftuif jqurs, il fpi des v^mè^^ Ç? ^P P^ mSB6ï k W^^^r h^ ]^^^¥^ à sjspt heures, il se fit traîner à la chambre de justice et y éprf^f^y^ des doulj^rs Ij^nc^yables* Le c^npelipr le voyi^t ppr lui dit 4e s'en aller; le mal^fle rj$P9X(d|t qu'if préférait mourir à spif ppste* Cependaut jl sortit pendant un q^i^ à'tiej^x^ |3t jrendit ce^ deu^ calculs si volumineux, ftfadame d^ Sévigné T^gtpÛs^tr^§ gif'un ju^e de Fpi^iuet se trouvât heureusement débarrassé 4'ui) mal nji iPf{fe|7 1# passipu çg( p§e« eçpliji^ à raisonner ainsi, m&fs uous

(1) 0*^|itf^s disent à Villefranch^, §pp ce titrci : Rea^] de précepfp^ eh^isjSf esepéfi^fités et approuvés. Cet ouvrage a été féifgprfiçé spus Ip titr^ 4e

ne Youlons regarder son exclamation comme une preuve d'un sentiment si peu charitable. Enfin un autre conseiller, du nom de Berrier, devint f6u; mou au pied de la lettre, dit la marquise dans une épltre du 17 de ce même mois de décembre. Après avoir été saigné exeessivevMnt, il ne laisse pas d'être e» fureur; il parle de potences, de roues, il -choisit des arbres eitprès; il dit qu'on le veut pendre et fait un bruit si épouvantable qu'il le faut tenir et lier.

Tout était extraordinaire dans ce procès mémorable, et madame de Sévigné a bien soin de noter une comète qui a commencé à paraître le 13 décembre 1664. Elle n'a d'abord été annoncée que par des femmes; on ^en est moqué, mais à présent tout le monde Va vue. Il parait qu'alors comme aujourd'hui les astronomes de profession n'étaient pas toujours les premiers avertis. Dans un certain monde, on se laissait aller volontiers à la croyance que les phénomènes célestes avaient quelque rapport avec la destinée des personnages illustres; mais la marquise ne partageait pas ces erreurs de la vanité des grands, et nous la verrons, dans une occasion analogue^ s'expliquer trèsclairement à ce sujet.

Le surintendant qui^ dans cette occasion, faillit payer de sa tète les imprudences qui avaient si fort blessé Louis XIV, avait conjuré une de tes amies de lui faire connaître son arrêt par une voie enchantée, bon ou mauvais, afin de se préparer à bien recevoir ceux qui viendraient le lui annoncer. En effet, dans sa lettre du 21 décembre, madame de Sévigné dit qu'il en reçut la nouvelle par l'air. Gela veut dire sans doute qu'il communiquait au dehors par des signaux. Condamné à l'exil, sa peine fut commuée en prison perpétuelle. II fit bonne contenance en entendant ce jugement rigoureux, mais ici se rencontre un fait que nous ne devons pas passer sous silence.

Après la lecture de l'arrêt, on sépara de lui Pecquet et Lavallée, et les cris et les pleurs de ces pauvres gens ont pensé fendre le cœur de ceux qui ne Vont point de fer. Ils faisaient un bruit si étrange que M. d^Artagnan a été obligé de les aller consoler, car il semblait que (tétait un arrêt de mort qu'on vint de lire à leur maître. On les a mis Ums deux dans une chambre à la BastiUe: on ne sait ce qu'on m fera.

Quel était ce Pecquet? Tout simplement le célèbre anatomiste à qui l'on doit la découverte du réservoir lymphatique qui porte son nom. Il était médecin de Fouquet, qui aimait à s'entretenir avec lui de questions de physique, genre de discussion dans lequel le docteur excellait. On sait par d'autres témoignages (dans les Mélanges d'Argonne, par exemple) que Pecquet ne pouvait se coosoler d*avoir perdu un si bon mattre, et qu'il disait souvent que Pecquet avait toujours rimé et rimerait toujours avec Fouquet.

Il peut nous paraître étrange de constater cette sorte de domesticité a l'égard d'un homme ayant dans le monde un rang honorable. Si grand seigneur que fût le surintendant des finances, on a peine à comprendre qu'il eût

à son service, attaché à sa personne, un médecin partageant sa captivité ; mais enfin, il faut bien accepter ces faits, que nous avons retrouvés dans la correspondance de madame du Deffand* Cent ans plus tard, le duc de Choiseul avait un chirurgien qui ne le quittait jamais ; il faisait partie de la maison de ce personnage, et il a fallu arriver jusqti'à l'époque de la grande révolution pour détruire cette coutume singulière.

Fouquet, privé de la présence et des soins de ses amis et familiers, fut conduit à Pignerol, où sa vie devait se consumer en regrets inutiles. Le bruit courut bientôt que le prisonnier élait tombé gravement malade, et tout le monde disait : gvotV d^à? tant on craignait que Ton n'eût recours à quelque procédé expéditif pour se débarrasser d'un homme qui avait eu le malbedr d'offenser son maître, et que des haines ardentes poursuivaient jusque dans sa prison. Un gentilhomme fut condamné à cinq ans de galères pour lui avoir fait parvenir une lettre de ses amis. On sait combien la longue captivité de Fouquet a fait naître de conjectures singulières et que de mystérieuses légendes ont été créées à son occasion. Quant au pauvre Pecquet, il ne resta pas longtemps à la Bastille, et nous le retrouverons bientôt à Paris^ au milieu de ses nobles clientes.

Bossy-Ralmiin.

Après l'affaire de Fduquet, madame de Sévigné eut pour correspondant son cousin Bussy-Rabutin, l'indiscret auteur des Afnours des Gaules* Il existait entre eux une violente querelle qui se termina tout à l'avantage de la marquise, et ses lettres montrent à quel point elle savait plaider sa cause et confondre son adversaire* La raison revêt sous sa plume les formes les plus attrayantes; elle plaisante avec une finesse exquise; son ironie est écrasante; tour à tour légère et profonde, gaie et sérieuse, elle Immole à sa juste vengeance les arguties de son cousin, le contraint à se déclarer vaincu^ à demander grâce; beau triomphe de la loyauté contre un ennemi déloyal*

kVL milieu de ces agitations, la dame est toujours généreuse, elle oublie ses rancunes, non pas tout à fait, mais enfin elle leur Impose silence, et à Toccasion elle se montre aussi gracieuse, aussi charmante avec son ennemi que si la meiUenre intelligence n'eût jamais cessé d'exister entre eux. Ainsi dans une lettre du 26 juillet 1668, à propos d'une saignée qu'il avait fallu faire' à son cousin pour une chute quelconque (on annonçait qu'il avait la tète cassée), elle lui dit ceci : Au reste, j'ai senti iootre saignée; n'était-<e pas le \1 de ce mois ? Justement» Elle me fit tous les biens du m<mde, et je vous en remercie. Je suis si difficile à saigner, que c'est charité à vous de donner votre hras au Ueu du mien. Nous verrons plus tard à quels singuliers raisonnements ces liens du sang conduisent madame de Sévigné. Elle se joue au milieu de ces hypothèses, elle établit des théories subtiles à propos

de ht 6onBangfuiffttét et Kern t(yH qm son esfyrrt «(lent iAÉm tes spèctitatfM^ (|crt fiïéttettt en jeu tes pulssanees^oe^i^eff de» iiMlosopiiés bèrméfitiaes/

!i«f co^sh» ta«s^ »yart eu warlïeà plartif »^eet(Wt le raomîe^rt ataiit frots»ér bleff d>fô Varfilé*mife"énéftfteexc!trsffdelît îffenne; îmsafr,i^b«aif jour,' reçu^it l'ordfedefse rendre à fra BastBle; eoîmne sa satifté se' tfoiiv^it asser grayeïèent compromise, le roi l'autorisa {^ >& léar >666-> à entrer ebei^ ttn e^irel^g^ié» noôimé I>«idffc^, alhi^ de se* faïre guérhf de je ne sam qtteH^ amMadie.* H reHa ebez ce prat^ieo justfn'aii & sefKeiiitoe, et alors iï obtint ki permission âe se retifér dafts ses terre» de Bmtrgogne. 6e éétaH nous prouve que )ar terrîMé Bastille s*otrYralt Qttetqfneleis, ai# moias par nw n)i>Hf d'humanité,^ et qifil y avait alors des maisons de santé où les malades pouvaient rece\^oir 1e9 ^itts néeessaires.' ^

Htriag» de madenuriielto da Sdvigiié*

Geoi dity e!^ro9# nn peu plus avant dans la vie privée de madame de Sev^né. ËUe écrit à son cousin Bussy : la plus jolie fiUe de France vous fait ses compliments; ce nom me para/tt assex agréable^ je suis pourtant lasse d'en faire les Iwnneurs. C'est Bussy qui avait ainsi appelé la future comtesse de Grignan, et Ton convenait volontiet» cfue oe^nom était mérité. Mais quelle mère ne désire marier sa filie? Cette union eut lieu le 29 janvier 1669^ et un anphis tardy siadame de Grignab^ sur le point d'aeeoneHeP/^ se trouvait^ à Parts citiez? sft mère. Le mm était en Provence, et comme il avaiit été seuffrant, la* Biavcpilse lui écrivait à^ la date dti^6août WîO/ une let^eoityon trouve ceci : Jeme réjouis que wms so^ gitëri pour Vamour de vous et pouv Vamour d^éle. Elle ajoute plaisamment : Je vous prie que si vous ave$ encore quelque hourra4que à essuyer d^ifotre hileyvmeen obteniez W attendre que ma fiUe 90it aoeouchée* lot jeune femme dépleratt dètre retenue à Paris tandis que son mari était ms^sRle^mais^ madame de Sévigné cherche à la rassurer en^ htif faisant observer oomlMeft il est conv^able pour elle d'aocoueh^ près de S2^ mère/ an mili^ dee membres de sa fàmittey et/ ajoute-t'^lle/4e cê quHl y a de plus habile,

Bvid^mnenti elle v^it parler des accoucbearo distingués cpii sekouve^ à Paris. Voyons donc comment cette grande affaire » été conduiite. Madame dô^ Sévigné écrite son gendre (te 15 août) : M ne vous dk point si foi soin de votre chère moitiéfSifai la dernière applicùftion pour sa santé, et je souhaite que Untte la barqM arrive à* bon porté PlAt à Dieu que votre pauvre /'arnUie fàt aussi heureuse que la petite Beville (femme du maître d'école)^ EUeifienf â^aceoucher d*un garçon qui parent avoir trois mois» Ma fUle disait tout à Vheure : Ah I que je suis fâchée I la petite Deville a pris mon garçon ; il n'en nient pas deua^ dans une même maison l Je n'affirmerais pas que cet argument fût valable> mais la comtesse accoucha d'une fille^ et voici comme :

Ch^ig^sm sênHi de petite» detÊkufê^ Mmtré0 â TMM^ Ut mère v^MtÀ êmfùyér ttti^i¥ madame IM^inet, mùie le fUle tff opp^M. 0» smtpê; eUe mangea tfèe^ JHên, EUe imbîM ffaetf^ ^'me tfoK^ de file. Enf^, wmmé fuilais en^ vmfef me^pré ette qvêfif la nt^iHetie, î>Mtà des dtmlews H vitm,- H esèéfémi^,^ H fëéMi^léeSi H conHnmellee ; dee ê¥ie H ^iolemsf H f9ffcmk qm nfftm eow^' primes très-hiên ^eUé oKai» àeemc^ter. La âifUeulH^ e^eitqt^il ti^f o&bêH poifUP de sage-femme : nùH$ m saeiùm tom €tà nms en éHtms ; fHeàs «m défitpdfWi Ma fUe dememdaii du se^ems et une sa§èienme ; e*était al&n qw^éUe M sinûhé^Uih ; ee rCéUait peU^ sans fàiêWiy ear temme nem eémes fait «entr en M^ Uffémef la sOffe-feinme de^ la ûe^tHe, eUêreçm Vénfanê «ntinÊfi éPlmtfé Offrèe. imné é<f moment, > Pjfé((fm offrHm, ^ aidâ^àlà déUér&r^ Qnanàiemfa^^riè, la Meémeite Orrita un peu étoniêée; t'est q^'éHe ^éteUt amusée è aee&mm9éaf maéam la dttOie'sse, pememi^*élle m aeêitpfmr ItHUe l« mU,

On voit par tout ceci que les âttges-féfirtn^s étaient le ptos OFdiBttire»«nt appelées auprès des dam^en é^(ya«1^itfis et éfnél<^ aecôWSli^»:}^ B'inlerteBaiébt qne dafns les eas< difBeiles. ËvM^mneâf, Peequ^t ne ^att ici< qiiepav em toittûXî, appelé au mottient où ¥6tÉ m sait i^m (\xi& fohre; od rasssstarr^ a«x abois court att preàiiertentf. Cepeà^ant nous voyons qtite lots de YMcm^Êé^ dtf la maifjdtt du coiâte àe Guitaûd, si ptaisamàH^a^ raeonté par lÉftdaDie éiê 9êtig&é, ou efffoya elrefbhei^ jBotte^l pour wmdsaA& de âuilBud' qui< ét0i0 grosse de duq uiois> et à qui tiue extv^œ Araiyeur powailt causer qiMlq^ a<$eîdeut.

Kais ce n'est pas tout. Hélène, une des femmes d« la màrqtilie, krî dit* *.' ifàdûsme, c'est un peUt gOfpdiVi. Je la ait m ûoad^^em (frère de M. ùë G^ri'-' gnan), et puis, quand nout^ le fe0râMes de pkfprèff, ftotltf itakKiâfM» qm c'était une petite file. Nous en sommes un peu honteuses, quand now songeons que tout l'été nous avons- fa^ été» bégeÊklé éa^ Saiif^Père, Je vous assure que cela rabaisse le caquet* Dans une circonstance mémorable, une princesse qui accoucha seule, pendant là àuif, dâiis fbbfecurité, né sef trom^ pas Siif le sexe de son enfant, et, quand où ayrfva auprès d'elle, sotf premier Éitàtt^t C*est uû garçon! Et comme on s'ètonùaft de cetffô âflfthniatïbh-, elle dît : Oft' fensùùsûre; j*ai tdté. Fiez-Vous-eu à Certidiis întéfêlr niàfthiëls pbû¥ éclaircir les obscurités et lever les doutes.

liladàïùe de Grîgiian, ainsi hetirèiiséûient déli^ée^ tf eiit iJas de fièvre de ïaît ; élîe eut plusieurs enfaiifs, et' èttlrè autres'uti" fils qui- dé>«fl^itti- Mlfebt officier, ffaîs retenons à fa ôorreSpbtia^iice de la^ marl^^îfeé. Ott #ôiîVedau^ la lettre où elle annotice fâccouchtétheut' dfe Sa filîé' utie' préftiléré rfientîon d'une persoiine atfectée de IéT petite vérole. C'est madame Ife' d\itîhésse' de Saint-Siùiooi dangereusement malade, et qui succoùiba^ le dix^huitièûie jour de la maladie. Le jeune duc de Noirmoutiers, en proie à une variole confluente, était metiacé de perdre la vue; il avait 18 anSj et soil mal-»

heur excitait les plus viTes sympathies. Ses pauvres yeux que la fkunon aivait mis hors la tête y sont rentrés heureusement comme si de rien n'était. Et comme la jeune comtesse avait déploré le malheur probable de ce jeune homme, eUe demande ce qu*on «eut qu*elU fasse de ses réflexions, et dit qu'on tient lui déranger ses pensées; qu^on a bien de considération pour elle de lui dire cette noucelU oM^t que Us neuf jours soient passés. Enfin nous avons tant ri de cette folie que nous avions peur qu'elle n'en fât malade.

Et puis Tient la lettre suiTante qui modifie profondément ces nouvdles données arec un peu de précipitation. On apiH^nd que le jeune duc de Noirmoutiers est complètement aveugle; que le fils du landgrave de flesse est mort à 19 ans d*une fièvre continue, sans avoir été saigné. Sa mère lui avait recommandé en partant de ne point se faire saigner à Paris; il ne s'est point fait saigner : il est mort» M. de Folx est tantôt à Textrémité, tantôt mieux ; je ne répondrai point cette année de ceux qui ont la petite vérole. En effets le pauvre jeune homme, qui avait 24 ans, mourut le 14 mai 1671.

On voit par ces nouvelles données si rapidement et si souvent démenties quelques jours après, que madame de Sévigné écrivait rapidement, un peu à la légère, on en conviendra, quitte à revenir sur les choses qu'elle annonce. Ces sortes de rectifications ne lui coûtent rien et prouvent la parfaite bonne foi de sa chronique. Ecrivant au jour le jour, recueillant d'une oreille attentive tout ce qui se passait dans le monde agité où elle vivait, il ne faut pas attacher une trop grande importance aux faits qu'elle consigne dans ses lettres qui doivent une partie de leur agrément à cette légèreté d'allures. C'est une causerie, un recueil d'on-dit, quelque chose qui va et vient sans trop de cérémonie, une vraie correspondance enfin, sans arrière-pensée de publicité, et c'est ce qui en fait le principal mérite.

ICadame de Grignan en Provence.

Mais la jeune femme devait rejoindre son mari ; il fallait se rendre en Provence, en plein hiver, alors que les routes étaient mauvaises, les rivières débordées, et ce fut à cette occasion que commença la vraie correspondance de madame de Sévigné. L'amour maternel échauffant son âme, la transforma pour ainsi dire ; son esprit devint du génie, sa fécondité se montra inépuisable et la littérature française s'enrichit d'un nouveau chefd'œuvre. Cependant, revenons à notre sujet, n'oublions pas le modeste cercle tracé par nous-même et qu'il ne nous est pas permis de franchir.

Madame de Grignan quitta Paris à la fin de janvier 1671, et la première lettre maternelle est datée du 6 février suivant. La santé de la jeune comtesse n'était pas merveilleuse; elle avait fait à Livry une fausse couche peu de temps après son mariage, elle ne se soignait pas, et sa mère, qui n'a pas confiance dans les assurances de santé qu'elle lui donne, lui rappelle de

temps en temps ses imprudences. Tout cela est comme madame Robinet, ditelle, en rappelant la scène de raccouchement et le refus de la jeune femme d*enToyer demander son accoucheuse. Et toujours en passant quelque petite nouYelle dans le genre de celles! : Le président Amelot, après avoir fait hier miUe visites, se trouva un peu embarrassé sur le soir^ et tomba dans une apO' pîexie épouvantable dont il est mort ce matin à huit heures. (U avait 51 ans.) Au moins faut-il espérer que cette nouvelle n'aura pas besoin de confirmation. Quelques jours après^ la marquise dit à sa fille : J'ai vu cette pauvre madame Àmelot; elle pleure bien, je m'y connais»

Nous avons dit un mot d'un incendie nocturne si bien raconté par madame de Sévigné, lequel incendie» pour le dire en passant, fut éteint par les Capucins, car rinstitution des pompiers ne date que de 1669. Ces religieux remplissaient volontiers cet office, et la marquise dit : Pleins de fêle et de charité, ils travaillèrent si bien qu'ils coupèrent le feu. Voici ce qui a trait à madame de Guitaud : Je lui offris mon lit, mais madame Guéton la mit dans e sien parce qu'elle a plusieurs chambres meublées. Nous la fîmes saigner; nous envoyâmes quérir Bouchet : il craint bien que cette grande émotion ne la fasse accoucher devant les neuf jours.

Il 7 a peut*être un peu de désordre dans la narration. On saigna la dame; on envoya chercher Bouchet, qui est évidemment son accoucheur. Mais qui donc avait fait la saignée? Se trouvait-il dans la foule un chirurgien, et celui-ci aurait- il pu, sans indiscrétion, pratiquer cette petite opération en Tabsence du médecin de madame de Guitaud? Ces questions ne sont pas graves, mais enfin, tout nous intéresse dans ces récits qui peignent si bien la vie intime d'une société que l'on a tant étudiée et qui laisse toujours quelque chose à découvrir.

Encore une nouvelle à la date du 25 février. M. Vallot est mort ce matin, et le 27 du même mois madame de ^évigné écrit à sa fille : Rien ne dure cette année, pas même la mort de M. Vallot que je vous reprends. Il se porte bien, et au lieu de mourir, comme on me l'avait dit, il a pris une pilule qui Va ressuscité. Or on saura que ce personnage était le premier médecin de Louis XIY. Il ne vécut pas longtemps; car, à la date du 23 avril 1672, madame de Sévigné annonce la nomination de Daquin à ce poste si honorable et si envié. M. Vallot ne comptait pas sur un pareil successeur, car, suivant la marquise, il a dit au roi que le plus habile homme qu'il connût pour la médecine, c'était M, du Chesnay (du Mans),

Voici des cancans. M. de Ventadour devait être marié jeudi; il a la fièvre ; et un peu plus tard^ cette fièvre qui est devenue double tierce, retarde encore le mariage; on dit mille belles choses làr-dessus, des madrigaux, des plaisanteries, car les gens de cour aimaient ces accidents qui prêtaient à rire et à dire, l'autre jour, écrit madame de Sévigné, Courcelles dit qu'il avait deux bosses à la tête qui Vempêchaient de mettre une perruque. Cette

sottise nous fit tous sortir de table avant qu*on eût achevé de manger le fruit, de peur d^éclater à son nex»

On avait appelé la marquise mère beauté, et ce nom bien porté lui était fort agréable. La comtesse de Grignan, intitulée la plus jolie fille de France, méritait également cette distinction flatteuse, et ces dames en faisaient bon usage. Ecoutons madame de Sévigné. Il est vrai que la dignité de beauté où vous avex été élevée n*est pas d'une petite fatigue; si vous n*étie% point belle, vous vous reposeriez : il faut choisir. Votre paresse me fait peur, ne la croyex pas sur ce choix; il n*y a rien de si aimable que d^étre belle, c*est un présent de Dieu quHl faut conserver, etc. Tout cela est fort joli, et nous apprenons par la même occasion que madame de Grignan avait le nez droit, tandis que sa mère avait les yeux bigarrés, et, en effet, certains portraits du temps indiquent ce défaut de ressemblance entre les yeux de cette charmante femme.

Nous trouvons dans une lettre du 6 mars 167t une énigme dont le mot n'est pas difficile à trouver : Je vous conjure de me mander comment vous vous portez. Si vous vous portez bien, vous êtes malade; si vous êtes malade vous vous portez bien. Je souhaite, ma fille, que vous soyez malade afin que vous ayez de la santé au moins pour quelque temps. On rencontre à chaque page de cette correspondance des tendresses inânies, intimes, à peine voilées de mots transparents. Il est impossible de mieux savoir tout dire, avec nouveauté, finesse, espièglerie. Les épigrammes les plus courtoises se cacbent au milieu des compliments, de bonnes vérités se glissent partout^ à Tadresse du tiers et du quart, rien n'échappe à la verve railleuse de la dame et cependant elle n*est jamais méchante. Par exemple, bien des bruits couraient sur le compte des filles d'honneur de la reine. Voici une petite anecdote qui les concerne : Au reste, si vous croyez les filles de la reine enragées, vous croyez bien. Il y a huit jours que madarM de Ludres, Coetlogon et la petite de Vouvray furent morduss d'une petite chienne qui était à Théobon : cette petite chienne est morte enragée; de sorte que Ludres, Coetlogon etRouvraysont par* ties ce matin pour aller à Dieppe se faire jeter trois fois dans Marner. Voilà donc le remède que Ton opposait alors à cette terrible maladie. Sauf la cautérisa^ tion de la morsure, que Ton sait pratiquer de nos jours, on n'est guère plus avancé sur le traitement de la rage, et le préjugé du plongeon dans la mer subsiste encore dans quelques départements limitrophes de l'Océan.

Tout en jasant avec sa chère fille, tout en lui donnant des nouvelles de la cour et de la ville, la marquise lui dit : Madame de Vauvineux vous fait cent compliments i sa fille a été bien malade. Gela devait intéresser la jeune mère, car cette enfant qui habitait la maison du comte de Guitaud, avait été emportée tout endormie pendant l'incendie dont nous avons parlé. Madame d^àrpajon a été aussi très -malade, mais nous ne savons pas comment. Enfin, la dame termine sa longue gazette par cette plaisanterie : On vous mande

toutes les nouvelles intéressantes, pour moi je n'en sais point; je serais toute propre à vous dire que le chancelier a pris un lavement. On sait que le chancelier Seguier n'allait jamais au conseil sans avoir eu recours à cette précaution.

Le 11 mars, madame de Sévigné écrit : fai été enrhumée ces jours-ci^ et j'ai gardé ma chambre ; presque tous vos amis ont pris ce temps-là pour venir me voir» Et quatre jours après, elle dit à sa fille : Le petit Pecquet était au chevet de mon lit pour un épouvantable rhuvM, qui sera passé quand votu recewex cette lettre. Sous parlions de vous et de là je me mets à vous écrire» Il nous est agréable de constater cette sorte d'intimité entre la dame et son médecin. Cela prouve au moins que Tespèce de domesticité que nous avons signalée n'ôtait rien de son mérite, de sa valeur à un homme de Tart et que, bien qu'on l'appelât le petit Pecquet^ il tenait un rang honorable dans le monde le plus choisi. Nous verrons bien d'autres fois la marquise faire fi des rhumes et payer un assez large tribut aux affections catarrhales, fruit amer de toutes les imprudences.

A quelque temps de là un autre médecin, Guilloire, également attaché a un grand personnage, fut chassé (le mot est dur), pour une démarche indis* crête.

Mademoiselle, la grande Mademoiselle, celle qui avait failli épouser Lau- Sun, ne pouvait se consoler de la perte de son favori. Le médecin Guilloire dit un peu trop librement son opinion sur cette mésalliance et porta la peine de son indiscrétion. Ségrais, le poëte, qui appartenait au môme titre à la dame> fut renvoyé pour un semblable motif et se trouva tout heureux d'être admis dans la maison de madame de Lafayette. Quelque temps après, Mademoiselle donna 50,000 fr. à Guilloire.

Les femmes sont folles, dit la marquise ; il semble qu'elles aient toutes la tête cassée : on leur met le premier appareil, et elles se reposent comme d'une opération. Cette plaisanterie^ qui parait être de M. de Coulanges (lundi 23 mars 1671), se trouve dans la lettre où madame de Sévigné décrit avec tant de force un affreux accès de goutte auquel était en proie le duc de la Rochefoucauld, le célèbre auteur des Maximes :Je le trouvât criant les hauts cris; les douleurs étaient à un tel point que toute sa constance était vaincue sans qu'il en restât un seul brin; V excès de ces douleurs l'agitait de telle sorte qu'il était en Vair dans sa chaise avec une fièvre violente. Il me fU une pitié ex* trême; je ne l'avais jamais vu en cet état. U me pria de vous le mander et de vous assurer que les roués ne souffrent point en un moment ce qu'il souffre la moitié de sa vie, et qu'ainsi, il souhaite la mort comn^ le coup de grâce.

Nous aurons l'occasion de voir cette maladie faire des progrès et tuer peu à peu un homme qui a joué un rôle éminent dans les affaires politiques et littéraires du dix-septième siècle. On ne dit rien du traitement de la goutte

de ce personnage. En faut- il conclure que les guérisseurs manquaient en ce temps-là? Ils se sont dédommagés depuis. Le pauvre malade n'avait plus l'espérance de marcher, disait-il ; son château en Espagne, c*est de se faire porter dans les maisons ou dans son carrosse pour prendre Vair; il parle d'aller aux eaux. Je tâche de V envoyer à Digne et d'autres à Bourbon, Nous voudrions bien savoir quel motif pousse la marquise à préconiser les eaux de Digne qui sont thermales et alcalines, et dont la réputation n'a jamais eu beaucoup d'éclat, tandis que celles de Bourbon-PArchambault ont toujours passé pour excellentes dans le traitement des affections arthritiques. Il paraît qu'alors c'était un peu la mode, car, dans aine lettre du 23 octobre 1675, nous voyons que la marquise de Marbeuf se rend également à Digne pour se débarrasser d'un rhumatisme qui la tourmente.

On a beaucoup parlé de l'opinion attribuée si faussement à madame de Sévigné sur le café. Voici celle qu'elle professait à l'égard du chocolat. Elle écrit à sa fille, sous la date du 15 avril de la même année : Je veux vous dire, ma chère enfant, que le chocolat n'est plus avec moi comme il était; la mode m'a entraînée, comme elle fait toujours. Tous ceux qui m'en disaient du bien, m'en disent du m^l; on le maudit, on l'accuse de tous les maux qu'on a ; il est la source des vapeurs et des palpitations ; il vous flatte pour un temps et puis vous allume tout d'un coup une fièvre continue qui vous conduit à la mort. On voit par là combien les bonnes réputations ont de peine à s'établir, quelle lutte il faut soutenir contre la médisance, la calomnie. Pauvre chocolat ! que ses débuts ont été pénibles, mais qu'il a bien pris sa revanche ! Et si ce n'était assez de toutes ces accusations, la marquise ajouta : Au nom de Dieu, ne vous engagea point à le soutenir, et songea que ce n'est plus la mode du bel airi 11 faut avouer que le motif est tout-puissant.

11 y avait une autre mode en ce temps-là; les scrupules de conscience portaient certaines personnes du grand monde à des conversions éclatantes: on allait à la Trappe, on se livrait à des austérités farouches, et, si dévote qu'elle fût, la marquise prenait la liberté grande de se moquer des pénitents et du pénitencier. Ainsi le laquais du coadjuteur qui s'était fait trappiste en est revenu à demi fou, n'ayant pu supporter ces austérités. On cherche un couvent de coton pour Vy mettre, et le remettre de l'état otl il est. Je crains que cette Trappe (réformée par l'abbé de Rancé le 16 février 1663) qui veut surpasser l'humanité, ne devienne les Petites- Maisons, Il y avait une certaine hardiesse virile à émettre un pareil sentiment sur cette matière délicate j aussi ne doit-on pas s'étonner si les dévots et les dévotes du temps de la dame ont conçu des doutes sur son orthodoxie. Elle avait trop d'esprit pour ne pas devenir frondeuse, et nous en recueillerons plus d'une preuve palpable.

Dans cette même lettre si pleine de choses, madame de Sévigné dit à sa fille : Ecrives quelque amitié à Pecquet; il a eu des soins extrêmes demape*

tUe'fiîle. On trouve dans les mélanges de littérature de Ylgneule de MarvlUe (connus sous le nom de Mélanges d'Àrgonne) une note conçue à peu près en ces termes : Madame de Sévigné aimait Pecquet à cause de rattachement qu'il avait montré à Fouquet. U avait fait des découvertes importantes en anatomie, mais on a peine à croire qu'il fût bon médecin. Il conseillait à ses amis Feau-de-vie comme le remède universel, et usa tant de son remède qu'il en mourut.

Le fils de madAme de SéTigné.

Parlons un peu de votre frère, dit la marquise à madame de Grlgnan. Le jeune marquis était un franc libertin, il vivait avec Ninon de Lenclos, faisait la cour à la Ghampmêlé, et, ce qui est plus étrange, il confiait ses bonnes fortunes à sa mère qui Técoutait afin de le ramener. Pour prendre une juste idée du ton de ses confidences et du parti que la marquise espérait en tirer, il faut lire une lettre charmante du 8 avril 1671. Il voulait m' apprendre un accident qui lui était arrivé. Il avait trouvé une occasion favorable, et cependant il.,, ce fut une chose étrange. La demoiselle ne s* était jamais trouvée à telle fête : le cavalier en désordre sortit en déroute, croyant être ensorcelé, et, ce qui vous paraîtra plaisant, c'est quHl mourait d'envie de me conter sa décon» venue. L'aventure est vraiment singulière, mais ce n'est pas tout. Nous rimes fort, dit la dame, je lui dis que j* étais ravie qu'il fût puni par où il avait péché', il s*en prit à moi, et me dit que je lui avais donné de ma glace, quHl se passerait fort bien de cette ressemblance, et que j^aurais bien mieux fait de la donner à ma fiMe,

En tenant compte de l'abandon d'une correspondance de femme à femme, de mère à fille, on ne peut s'empêcher de remarquer la liberté singulière qui règne dans ce récit et qui rappelle les histoires si fort en vogue sous le règne précédent. La cour était galante sous Louis XIY, mais elle avait été bien plus libre sous ses prédécesseurs, et le langage ne devint poli et réservé que peu à peu, à mesure que les grands seigneurs perdaient les anciennes coutumes. Il n'est pas étonnant que la marquise conservât dans ses habitudes familières quelque chose de ces propos lestes qui avaient tant de charme dans l'intimité. Voici, au reste, comment elle termine sa narration scabreuse : If on fils voulait que Pecquet le restaurât; il disait les plus folles choses du monde, et moi aussi; c'était une scène digne de Molière, La dame assure qu'il a l'imagination tellement bridée, qu'il n'en reviendra pas de sitôt. JTai beau Vassurer que tout Vempire amoureux est rempli d^histoires tragiques, il n'en^ tend point de raison là-dessus. La petite Chimène dit qu'elle voit bien quHl ne Vaime plus, et se console ailleurs. Enfin, pour achever de peindre ce jeune marquis si calme, Ninon a dit de lui que c'était une vraie citrouille fricassée dans de la neige. Et comme couronnement à ce chapitre réservé, la marquise ajoute cette petite histoire empruntée à son fils. Un comédien voulait se

marier, quoiqu'il eût un certain mal un peu dangereux, et son camarade lui dit : Hé morbleu! attends que tu sois guéri, tu nous perdras toiu!

Madame de Grignan écrivait à son frère, le grondait doucement^ se moquait de lui^ et le pauvre marquis^ dont sa mère disait à propos de sa vie désordonnée : La maladie de son âme est tombée sur son corps, et ses maîtresses sont d'une manière à ne pas supporter cette incommodité avec patience, ce pauvre marquis plaisantant toujours, trouvait qu'il était comme le bonhomme Ëson, et qu'il fallait le faire bouillir dans une chaudière avec des herbes fines pour le ravigoter un peu. En voilà assez sur ce chapitre qui ne nous eût pas occupé si la maladie, le médecin et le remède ne se fussent pas rencontrés à la fois dans une narration un peu drolatique, il est vrai, mais qui a du moins le mérite de mettre en jeu des personnages bons à connaître.

GhroniquA féminine.

Cette pauvre madame de Béthune est encore grosse, elle me fait grand'pitié. On craint que la princesse d'Harcourt ne soit grosse aussi. Madame de Grlgnan Tétait très-certainement. Je vis hier madame de Guise, elle m*a chargée de vous faire mille amitiés, et de vous dire comme elle a été trois jours à V extrémité; madame Robinet n'y voyant plus goutte, et tout cela pour s'être agitée sur la foi de la première couche sans se donner aucun repos. V agitation continuelle qui ne donne pas le temps à un enfant de pouvoir se remettre à sa place quand il a été ébranlé, fait une couche avancée qui est très-souvent mortelle. Nous ne disons rien de la théorie, mais nous approuvons fort la pratique. Le repos absolu est le meilleur moyen de prévenir un sembable accident. Ënfin^ dans une lettre du 15 mai, la marquise dit à sa fille : Madame de Crussol est grosse, et mille autres, comme si toutes ces maternités devaient la consoler de voir madame deOrignan dans un état aussi intéressant, mais qu'elle redoutait pour elle.

Madame d'Escars a eu une attaque d'apoplexie qui a fait grand'peur à elle et à celles qui se portent un peu trop bien. Madame de Verneuil a été trèsmalade de la néphrétique; elle est accouchée d'un enfant qu'on a nommé Pierre, car ce n'était pas Pierrot, tant il est gros ; allusion piquante au chancelier Séguier qui portait ce nom et était de taille exiguë. Et au milieu de ces commérages, la marquise se tourmente à propos du voyage que madame de Grignan a fait à Marseille. On vous aura tiré du canon qui vous aura émue, cela est très-dangereux. On dit que madame de Biex accoucha Vautre jour d'un coup de pistolet qu'on tira dans la rue. Et puis ce joli passage à l'adresse de M. le comte de Grignan : Je Vembrassemillefois,ce Grignan, malgré toutes ses iniquités; je le conjure au moins que, puisqu'il fait les maux, il fasse les médecines, (^ est-à-dire qu'il ait un soin extrême de votre santé» La marquise était d'autant plus inquiète que la petite vérole régnait alors à Marseille. Enfin elle ajoute encore quelques mots à l'adresse dç son gendre : Songez que la jeu-

nesse, la beauté, la santé, la gaieté et la vie d'une femme que tous aimez, toutes ces choses sont détruites parles rechutes fréquentes du mal que vous faites soufïtir. Viennent ensuite des recommandations à sa chère fille : Au nom de Dieu, si vous m^aimex, conservex-vous : ne dansex point, ne tombe» point, reposeX'VOus souvent^ et surtout prenex vos mesures pour accov^iher à Aix, au milieu de tous les prompts secours. Vous savex comme vous êtes escpéditive^ rangex-vous-^y plus tôt que plus tard.

Voyage aux Eôchers.

Madame de Sévigné arriva aux Rochers à la fin de mai 1671, en compagnie de son fils, de Tahbé de Goulanges, son oncle, celui qu'elle appelait le bien bon, de Tabhé La Mousse, son parent, et de ses gens. De cette résidence, elle écrivit à sa fille un grand nombre de lettres charmantes dans lesquelles nous allons trouver de nombreux renseignements sur des questions de santé, de médecine, tant pour ce qui la touche personnellement que pour son entourage.

Voici d'abord l'histoire d'une assez grave Indisposition que madame de Sévigné avait éprouvée à Paris, mais dont elle s'était dispensée de parler à sa fille, f allais à la messe en calèche avec ma tante; à moitié chemin j'eus un grand mal de cœur; je craignais les suites, je revins sur mes pas, je vomis beaucoup. Voilà de grandes douleurs dans le côté droit, de grands vomissements encore, des douleurs redoublées et une suppression qui me tenait dès la nuit. Valarme se met au camp^ on envoie chex Pecquet qui eut de moi des soins extrêmes; on envoie chex V apothicaire ; on envoie quérir undemi-bain; on envoie chercher de certaines herbes; si f avais eu dix laquais, ils auraient tous été employés. La colique dura tout le Jour et même la nuit, mais elle disparut bientôt et il n'en fut plus question.

À l'occasion d'un homme roué vif et du comte de Frangipani décapité à Neustadt le 30 avril 1671, madame de Sévigné dit : À propos de supplice, en voici un petit qui vous fera frissonner. M, du Plessis avait aux deux pieds un petit mal comme vous en avex eu ; au lieu du traitement que vous a fait Charon, il a trouvé ici un fort habile homme, un homme admirable, dit mademoiselle du Plessis, qui lui a proposé et a exécuté un petit remède anodin: c'est de lui arracher de vive force les deux ongles des orteils tout entiers, et toute la racine, afin, diU4l, que cette incommodité ne revienne plus. Il en était au Ut quand nous sommes arrivés,

La charmante femme ne se doutait guère que cette opération si cruelle continuerait d'être pratiquée bien longtemps encore, et cela par les plus illustres chirurgiens du dix-neuvième siècle. J'ai vu Dupuytren recourir à ce moyen barbarement héroïque pour détruire radicalement un mal qui avait résisté à tous les procédés connus de curation. Le praticien dont parle madame de Sévigné, ce chirurgien Charon, qui avait guéri madame de Grignan,

n'avait eu affaire, très-probablement, qu'à une forme bénigne de ce que l'on connaît sous le nom à*ongle incarné, et tout le monde sait que, même aujourd'hui, l'on est quelquefois contraint de recourir à des opérations très-douibureuses pour triompher de cette maladie.

Il faut arriver jusqu'à la fin de juillet pour trouver dans les lettres de la marquise quelque chose qui nous touche. Voici cependant un petit passage dont nous devons faire notre profit. Je vous aime trop, écrit-elle à son gendre, pour que les petits esprits né se communiquent pas de moi à vous^ et de vous à moi. Madame de Grignan avait de la tendance au cartésianisme, elle acceptait volontiers la théorie des esprits animaux, quelque chose entre l'âme et la matière, un composé des parties les plus subtiles du sang, volatilisées par la chaleur du cœur, résidant dans le cerveau et le transportant avec une extrême rapidité dans tout le corps. Madame de Sévigné, peu favorable aux choses de ce genre, se moquait souvent de sa fille ; elle empruntait un langage alamblqué aux rêveries spéculatives du grand philosophe^ payant son tribut aux erreurs de son temps. Il avait assez d'autres mérites pour qu'on lui pardonnât cette faiblesse.

Ainsi, à propos d'une saignée que l'on a dû faire à madame de Grignan, la marquise se plaint de ce que, par respect, on n'a pas fait Vouverture assex grande; votre sang est venu goutte à goutte, et, par conséquent, il n'en est ni rafraîchi ni purifié, et vous n^en êtes point soulagée. On voit par là que la dame, si hostile aux subtilités, ne se fait pas faute d'y recourir pour expliquer ses idées sur les avantages de la saignée. Nous la verrons s'amuser à établir une sorte de théorie bizarre sur {les sympathies du sang entre gens de la même famille, prétendre que le sang tiré à sa fille, à sa nièce, à son cousin, peut l'être au bénéfice d'une personne de la même famille, au sien, par exemple^ ce qui l'accommoderait beaucoup, vu l'absence de veines à son bras. 11 7 a là un jeu d'imagination qui prouve la fertilité de son esprit en ces matières délicates.

Madame de Sévigné est vraiment bonne^ bien qu'elle ait dit le contraire. Elle s'intéresse à tout ce qui l'entoure. Un certain M. de Monlouet, premier écuyer de la grande écurie du roi, fit une chute de cheval et resta mort sur la place. Voici ce que la marquise écrit à propos de cet événement : On me mande que la pauvre madame de Montlouet est sur le point de perdre V esprit; elle a extravagué jusqu^à présent sans jeter une larme; elle a une grosse fièvre^ et commence à pleurer; elle dit qu'elle veut être damnée, puisque son mari doit Vétre assurément. Elle la plaint de tout son cœur, elle plaint aussi l'abbé La Mousse qui a une petite fluxion sur les dents> et son oncle de Goulanges qui a une petite fluxion sur le genou, et l'on s'étonne qu'elle ne conseille à aucun d'eux quelque remède contre ces incommodités.

Sa bonté ne va pas cependant jusqu'à se priver d'une petite épigramme> par exemple» envers le coadjuteur, celui que madame de Grignan» tout en-

fant, avait si plaisamment appelé seigneur Corbeau, Le susdit personnage était goutteux, et la marquise, tout en le plaignant un peu, lui disait : Si vous n*ame% demandé pour toute nécessité qu*un poco di pane, un poco di tn'no, vous n'en serieg point où vous en êtes; il faut souffrir la goutte quand on Va méri' tée : mon pauvre seigneur, j'en suis fâchée, mais c'est bien employé.

Veut-on voir encore une malice de la dame, et celle-ci nous intéresse encore, car il y a là de la maladie et du médecin. On trouve à la date du 22 juillet le passage suivant : Cette madame Quintin, que nov^ disions qui vous ressemblait pour vous faire enrager, est comme paralytique, demandeg-lui pourquoi? elle a vingt ans» Elle est passée ce matin devant ma porte^ et a demandé à boire un petit coup de vin; on lui en a porté, elle a bu sa chopine, et puis s'en est allée au Tertre consulter une espèce de médecin qu'on estime en ce pays. La marquise fait observer qu'elle sortait de Vitré et ne pouvait pas avoir soif. Nous n'avons à noter que cette sorte de paralysie chez une jeune femme, et le soin qu'elle prend d'aller consulter un guérisseur de village. Il ne serait pas difficile de constater de nos jours des coutumes pareilles.

Un certain abbé Têtu, que Ton retrouve assez souvent dans la correspondance de la marquise, avait peur de la petite vérole à Richelieu où il était, et s'en alla à Fontevrault chez Tabbesse de ce monastère. On fuyait le fléau contre lequel on ne connaissait pas d'autre remède, et cet abbé galant qui tenait à conserver son visage, choisissait assez bien le lieu de sa retraite. Il fut de l'Académie française, et le marquis de Saint- Aulaire qui lui succéda dit de lui plaisamment quUl abusait de la facilité qu'il avait à parler aux dépens des droits naturels de la conversation. Ce défaut lui valut le sobriquet de Tet-ïk-tais-toù

Peut-on mourir subitement de la fièvre tierce? Tout le monde aujourd'hui dirait non, à moins qu'il ne s'agisse d'une fièvre intermittente pernicieuse. Il faut croire que Tévêque du Mans en avait une. Madame de Sévigné dit : La mort de M. du Mans m* a assommée; je n*y avais jamais pensé, non plus que lui, et de la manière dont je le voyais vivre, il ne me tombait pas dans Vima^ gination qu'il pût mourir : cependant le voilà mort d^une petite fièvre sans avoir eu le temps de songer ni au ciel ni à la terre; il a passé ce temps-là à s'étonner^ il est mort subitement de la fièvre tierce. Cet évoque, qui était de Beaumanoir, vivait à Paris bien plus que dans son diocèse. Il ne pouvait prêcher, et comme il s'était fait peindre, la marquise de Sablé s'écria en voyant son portrait : Jf on Dieu, quHl lui ressemble; on dirait qu'il prêche!

Vous savex comme je crains les reproches qu^on peut se faire à soi-même, dit la marquise à sa fille (le 5 août 1671). Mademoiselle de Guise n'a rien à se' reprocher que la mort de son neveu; elle n'a jamais voulu qu'il ait été saigné; la quantité du sang a causé le transport au cerveau. Voilà une petite dreonstance bien agréable, La dame montre bien ici le tort grave des personnes qui cèdent aveuglément à certains préjugés médicaux, qui veulent faire

prévaloir lenr opinion snr une chose où il est si juste de reconnaître son Incompétence, et, il faut le dire, madame de Sévigné ne sera pas toujours ô l'abri d'un tel reproche. Mais enfin, ce pauvre enfant si fatalement victime de rentétement de sa tante, avait la petite vérole, et la maladie a bien assez de gravité pour entraîner la mort, môme quand on saigne le malade. La marquise ajoute : Je trowoe que dès qu*on tombe maHade à PariSf on tombe mort; je rC ai jamais vu une telle mortalité. Je vous conjure, ma chère bonne, de vous bien conserver; et sHlyavait quelques enfants à Grignan qui eussent la petite vérole, envoye}(-les à Montélimart» Votre santé est le but de tous mes désirs» Pauvre femme 1 avait-elle un pressentiment du sort fatal qui lui était réservé et qui devait causer tant de deuil dans sa famille et dans celle du comte de Grignan?

Si mademoiselle de Guise a été inconsolable de la perte de son neveu, la marquise de Goëtquen avait une autre manière de prendre les choses, car bien qu'elle se fût évanouie en apprenant la mort de sa petite-fille, elle se prit à dire, au milieu de ses sanglots, qu'elle n'en aurait jamais une si jolie. Madame de Sévigné excelle à raconter ces mots échappés, ces explosions d'un naturel singulier. Elle-même en a beaucoup de semblables, non pas assurément sur ses tendresses maternelles ou autres, mais à propos d'un certain monde qui la fatigue. Après les Etats de Bretagne où elle avait été si dignement appréciée par la noblesse du pays, elle aspirait à revenir aux Rochers, afin de se reposer de tous ses tromphes. Elle dit à sa fille qu'elle mourait de faim à ces festins splendides ; j'ai besoin de me rafraîchir, fat besoin de me taire ; tout le vMnde m'attaquait et mon poumon était usé. Et sur ce, la voilà revenue dans sa chère solitude, elle retrouve ses intimes, ses livres, ses grandes allées où elle se promène au clair de la lune, en pensant à ses petites entrailles, c'est ainsi qu'elle désigne sa petite-fille qui était restée à Paris avec sa nourrice.

Elle recevait souvent des nouvelles de cette enfant, et plus particulièrement par madame de la Fayette, son amie à qui elle l'avait confiée. Cette dame devait écrire à madame de Grignan, mais la migraine Ven empêche, dit la marquise. Elle est fort à plaindre fl^étre si sujette à ce vmI; je ne sais sHl ne vaudrait pas mieux n^avoir pas autant d'esprit que Pascal, que d'en avoir les incommodités. Nous savions bien que l'illustre auteur des Provinciales était en proie à de violentes douleurs de tète (il mourut en août 1662), mais madame de Sévigné est la seule de ses contemporains qui les ait désignées sous le nom de migraines.

Madame de Grignan avait failli brûler dans son château; l'annonce de cet événement causa un grand émoi à sa mère qui lui dit : J*ai une extrême envie de sa/voir comment vous vous portex de cette frayeur; c'est mon aversion que les frayeurs; car, quoique je ne sois point grosse, elles me le font devenir; c'est-à-dire qu'elles me mettent Ô4ms un état qui renverse entièrement ma

santé. Bien qu'elle aflOrme que son inquiétude présente ne va pas jusque-là, cependant elle engage sa chère fille à redoubler de précautions pour éTiter les accidents. Au nom de Dieu, mon enfant, conservex-vous, évitex les oeea' sions d'être effrayée. Je n'approuve guère d'avoir voyagé dans votre septième, £t à ce sujet, elle dit : Quelle est cette douleur dans la hanche? Votre garçon se serait-il changé en fille? Prenex garde, les garçons ne sont pas aussi faciles à conduire que les filles, ils veiUent quelquefois s'échapper par le septième. Et autres propos de matrones qui n'ont pas grande importance, mais que noua recueillons parce qu'ils rentrent dans notre sujet.

Nous trouvons dans une lettre du 23 septembre quelques particularités intéressantes sur l'abbé de Montigny» évoque de Léon. Ce personnage avait 35 ans, il était doué de merveilleuses dispositions pour les sciences, il avait un esprit lumineux en philosophie. Comme Pascal, dit la marquise, il s*est épuisé, c'est ce qui Va tué. Il avait, paralt-il, des opinions peu orthodoxes sur certaines questions délicates, sur les propriétés de la matière^ sur l'espèce d'intelligence accordée aux bêtes ; mais tout cela s'est arrangé au dernier moment, et la dame espère qu'il a pu aller au ciel où il a dti éclaircir ses doutes. Après avoir été ballotté cinq ou six fois de la mort à la vie, les redoublements de la fièvre ont décidé en faveur de la mort, mais le prélat ne s*en soucie guère, dit la dame, car son cerveau est embarrassé.

Ces fièvres d'accès sur lesquelles nous ne trouvons aucun détail satifaisant, avaient de ^importance en Bretagne, elles arrivaient subitement, et M. le duc de Chaulnes, gouverneur de la province, paya son tribut à cette maladie. Voici ce qu'en dit la marquise : Comme nous montions en carrosse pour aller dîner, voilà une faiblesse qui prend à M, de Chaulnes, avec le frisson, en un mot, la fièvre. C'était le 26 août, mais quatre jours après le duc se portait bien, et il ne fut plus question de cette maladie. Il faut dire qu'à cette époque de fêtes on mangeait terriblement, que l'on buvait de même, et que tant d'écarts de régime pouvaient donner lieu à des accidents sur la nature desquels il était facile de se tromper. On se bâtait de porter un jugement que le jour suivant venait démentir.

Nous avons vu madame de Sévigné approuver, puis rejeter l'emploi du chocolat. Sa fille ne se piquait pas d'obéir aussi aveuglément à la mode, elle continuait d'user de cet aliment, et la marquise, tenant à son opinion de circonstance, voulait de nouveau examiner la chose afin d'en avoir le cœurnet. Je vous demande de bonne foi si vos entrailles n'en sontpoint offensées, et si eUes ne vous font point de bonnes coliques pour vous apprendre à leur donner de tels antipéristases. Les annotateurs de madame deSévigné disent que ce dernier mot est un terme de philosophie, et signifie l'activité de deux forces contraires. Il en devrait, ce semble, résulter zéro, ou plutôt un parfait équilibre, comme chez un certain animal célèbre dans l'ancienne scolastique. En médecine, on se sert du mot péristaltique, et cette expression s'emploie pour dépeindre le

mouvement alternatif de contraction et de relâchement que présentent les intestins. Antipéristaltique veut dire un mouvement en sens contraire, c'està-dire capable d'intervertir la propulsion régulière du tube digestif, comme cela arrive dans l'étranglement herniaire ou dans tout autre obstacle au cours des aliments digérés. Ainsi, madame de Sévigné attribue au chocolat des effets qui n'appartiendraient guère qu'aux substances puissamment émétiques. On voit à quelles singulières conclusions conduisent les idées théo« riques, les opinions préconçues.

Cependant la dame n'était pas aussi ferme qu'elle le croyait dans ses convictions, elle avait un besoin d'imiter qui la poussa de nouveau à essayer si ce pauvre chocolat était aussi nuisible qu'on le lui avait dit. J'en pris avanthier, dit-elle> pour me nourrir afin de jeûner jusqu*au soir, et une autre fois j'en pris pour digérer mon dîner, afin de bien souper; il m* a fait tous les effets que je voulais t voilà de quoi je lo trouve plaisant, c'est qu'il agit selon Vintention. On voit que, moquerie à part, madame de Sévigné ne se montrait pas trop rebelle à la méthode expérimentale, que son esprit se rendait à l'évidence, et qu'en cela, au moins, elle était aussi bonne cartésienne que l'abbé la Mousse et madame de Grignan, son élève.

La question du café.

Pourquoi, je le demande, n'aurait-elle pas été d'aussi bonne composition à l'égard du café? Voltaire, et après lui bien d'autres personnes, lui ont prêté une impertinente comparaison entre cette boisson aromatique et les vers de Racine, devant passer de mode tous deux, aussi bien l'un que l'autre. Mais évidemment ce Jugement qu'on lui a tant reproché et qu'elle n'a jamais porté, n'aurait été de sa part qu'une boutade, un trait plaisant échappé à sa verve railleuse, car on trouve dans plusieurs de ses lettres qu'elle fait comme tout le monde, qu'elle prend quelquefois du café et qu'elle n'en dit jamais de mal.

Madame de Grignan devait accoucher à Lambesc» petite ville où se tenaient les Etats de Provence. La marquise n'était pas de cet avis; elle préférait Âix, parce que là du moins se trouvaient des médecins instruits, des secours de tout genre. Sa mère disait : Rappelex-vous votre premier accomhementf prenex garde d'être prise au dépourvu. Gomme la plupart des femmes, elle abuse de la prudence^ elle veut tout prévoir : Avex-vous votre chirurgien? La petite Deville me mande que vous le connaissex; c'est beaucoup. Je crains qu'il ne soit jeune puisqu'il vous saigne^ et les jeunes gens n'ont guère d'ex' périence. On voit par là que le préjugé des sages-femmes n'était pas aussi dominant en Provence qu'à Paris, et cependant madame de Simiane, proche parente de la jeune comtesse» avait été assistée dans sa couche par une sage-fenune. On voit encore que la coutume de saigner les dames enceintes était considérée comme une innovation, et par conséquent blâmée. En pareil

cas, ce n'est pas la mode qu'il faut consulter^ mais bien Findication qu'il faut saisir^ et là est la difficulté.

L'accouchement fut heureux, madame de Grignan eut un fils et sa mère laissa éclater toute sa joie à l'occasion de ce grand événement. Mais alors, par compensation, la petite lille fut atteinte de la variole, et madame de Sévigné, fort alarmée, envoya quérir Pecquet pour discourir sur cette maladie. Il en est épouvantéy dit la dame ; mais comme l'enfant se tira d'aflfaire, l'homme de l'art ajoute quHl admire sa force d* avoir pu chasser ce venin et croit qWelle vivra cent ans après avoir si bien commencé.

On retrouve en ceci les théories humorales de l'époque. Comment s'étonner d'entendre dire aujourd'hui que la vaccine, en supprimant la variole, s'oppose à l'expulsion d'un venin qui se porte sur le tube digestif et détermine la fièvre typhoïde, laquelle n'est autre chose que la transformation de la maladie contrariée, dérangée de sa voie normale, une répercussion sur un autre organe, une dette payée avec de gros intérêts? Et, à l'appui de cette thèse absurde, on a entassé des chiffres innombrables, on a invoqué des statistiques complaisantes, et l'on a prouvé, une fois de plus, qu'il ne sert de rien d'argumenter quand on part d'un faux principe.

La lettre dans laquelle madame de Sévigné parle de cette maladie est du 25 décembre de cette même année 1671 ; il y avait alors une sorte d'épidémie de petite vérole à Aix, à Arles et dans d'autres villes de la Provence. Un peu plus tard, un des frères du comte de Grignan payait son tribut à ce fléau redoutable. La petite vérole sort et sèche en même temps, dit la marquise ; il me semble que c^est comme celle de madame de Saint-Simon, Or cette dame en était morte.

Nous n'avons pas terminé la grande affaire des grossesses, des couches, toutes choses qui préocéupent considérablement la marquise. Elle dit à sa fille : Que votre ventre me pèse» Songea que vous n'êtes pas seule à étouffer/ Et puis, craignant qu'on ne se lasse de ces redites, de ces recommandations perpétuelles, allant au-devant des reproches qu'on pourrait lai refaire à ce sujet, elle ajoute : Les avis que je donne à la Deville feraient croire à madame Moreau (la garde) que f aurais eu des enfants : en vérité j fen ai beaucoxip appris depuis trois ans. X avoue d'abord que Vhonnéteté et la préciosité d'un long veuvage m'avaient laissée dans une profonda ignorance, mais je deviens matrone à tme d'adL Et cela est au point de prétendre que le chocolat peut ébranler le sang d'une femme enceinte, et la preuve, c'est que la marquise de Coethgon prit tant de chocolat, étant grosse Vannée passée^ qu'elle accoucha d'un petit garçon noir comme un diable, qui en mourut. On voit quelle ténacité se trouve en cette tôle et combien les préjugés ont d'empire sur un pareil esprit.

Avex-vous votre sage-femme auprès de vous, afin de vous accoutumer à son visage ? Et votre garde? et vos femmes se souviennent-eUes de tout ce que fat'

sait madame Moréaiu?ÀurêX-wu8au moins la prudence de nepasparUr çtiand vous aure^i la fièvre? Que vous dirai-je, enfin? J*ai la tête pleine de ces choses; je vous en parle, (fest naturel; je vous ennuie, cela est naturel aussi^ etc. Nous n*en finirions pas de relever tous les passages qui se rapportent à cette grande affaire, et que couronne si bien l'exclamation : la jolie chose ^accou* cher (fun garçon! (Lettre du 29 novembre.) Et cependant elle n*est pas encore entièrement rassurée : Il arrive tant â^accidents aux femmes en couches^ et vous avex la langue si bien pendue, à ce que me dit M, de Grignan, qu'il me faut pour le moins neuf jours de honne santé pour me faire partir joyeuse^ ment. (Elle devait revenir à Paris.) On retrouve ici le nombre sacramentel, neuf jours, si fort en renommée parmi les dames. J'aime mieux cette phrase charmante : Je suis tout étonnée de ne pïiw retrouver sur mon c<mr ni le jour, ni la nuit, ce caillou que vous m'y aviex mis par Vinquiétude de votre accouchement.

Une petite nouvelle de cour : On dit que la nouvelle Madame est tout étonnée de sa grandeur; on vous mandera comme elle est faite. Quand on lui présenta son médecin^ elle dit qu*elle n'en avait que faire, qu'elle n'avait jamais été ni saignée ni purgée^ et que, qtuind elle se trouvait mah elle faisait deux lieues à pied, et qu'elle était guérie.

Après cette petite histoire, la marquise revient bien vite à son thème. Dans sa lettre du 6 décembre, elle écrit : Vous aveu eu la colique, vous ave% eu la fièvre de votre lait, mais vous voilà quitte de tout. Le coadjuteur, beaufrère de M. de Grignan, envoie à madame des détails très-circonstanciés sur les mystères de l'alcôve ; la marquise en est charmée et, chemin faisant, elle nous donne le nom d'un accoucheur en vogue à Paris. Les bulletins du futur prélat sont dignes de Jf. Chais ou de madame Robinet, dit la dame ; rien ne lui est plus agréable que de connaître ces particularités, et, par exemple, elle est enchantée de savoir que le jeune accoucheur, dont elle craignait l'inexpérience et la lancette, est un docteur de 64 ans. Enfin, le travail a été long, il a fallu recourir à la saignée, et tout s'est bien passé.

Voici une jolie chose; Tenfant est faible, la mère a des craintes, et la marquise lui écrit î Donnex-le bien à Dieu, afin qu'il vous le conserve. Gela part comme un trait, du fond du cœur, et l'on aime ces explosions d'un sentiment 8i matemeh Voilà qui est moins sage, ou plutôt moins sensé : D'où vient quHl est si faible? ITest'Ce pointée qui Vempéchait de si'aider pendant votre travail? car fai ouï dire aux femmes qui ont eu des enfants que (fest Cette faiblesse qui fait qu'on est bien malade^ Nous ne lui ferons pas un crime de celte ignorance de l'état absolument passif d'un enfant qui va naître, mais nous remarquerons que la dame se base sur des ouï-dire, et qu'elle aurait pu trouver des lumières moins suspectes chez son ami Pecquet, chez Bouéhet ou chez M. Chais,

B«tQiir dft madamt dt Sârignâ à Paris.

Enfin madame de Sévigné est de retour à Paris (le 18 décembre 1671), et dès son arrivée de nouveaux tourments lui viennent à l'occasion de la petite vérole ; il faut songer à isoler lajeune Pauline, le premier enfant de madame de Grignan. Et puis recommencent les exhortations à son gendre de mena* ger sa femme, de lui laisser le temps de se remettre après trois grossesses coup sur coup; il faut qu'elle puisse engraisser, se refaire, redevenir ellemême, car à force d'accouchements elle finira par être maigre comme madame de Sainte-fférem. Il parait que c'était un type. Et voyez jusqu'où va la prévoyance de la marquise : Je votts prie, ma bonne, ne vous fiex point aux deux lits ; c'est un sujet de tentation. Faites coucher quelqu'un dans votre chambre.

Si l'on veut saroîr le régime des accouchées au temps de madame de Sé^ vigne, il faut lire le passage suivant d*une charmante lettre du 30 décembre. Je ne suis point contente de voils; il faut que je vous gronde : vous ave% traité votre accouchement comme celuide la femme (fun colonel suisse. Vous ne pre* ne% point asse% de bouillons; vous aveu caqueté dès le troisième jour, vous vous êtes levée dès le dixième et vous vous étonnef après cela si vous êtes maigre. Mais passons à autre chose; car, avec la meilleure envie du monde de tout admirer, on peut se fatiguer de ces redites qui n'étaient motivées par rien de bien réel.

Dans la nuit du 2 au 3 février 1672, madame la comtesse de Gonti fut frappée d'apoplexie. Voici ce qu'en dit la marquise : Elle n'est pas encore morte, mais elle n*a aucune connaissance; elle est sans pouls et sans parole / on la martyrise pour la faire revenir. Elle mourut le lendemain sans être revenue à elle-même. Madame de Sévigné alla la voir sur son lit de mort, et voici ses impressions et expressions : Elle était défigurée par le martyre qu'on lui avait fait à la bouche ; on lui avait rompu deux dents et brûlé la tête, c^està-dire que si les pauvres patients ne mouraient pas de V apoplexie, ils seraient à plaindre de Vétat où on les met. On n'est pas aussi cruel à l'égard des apoplectiques de nos jours, surtout quand la lésion matérielle du cerveau est bien avérée. De pareilles violences s'appliqueraient tout au plus à une congestion sanguine très-considérable. On peut user du cautère actuel sur les parois du crâne, mais ne savons à propos de quoi l'on a brisé deux dents ; la contracture des mâchoires ne se rencontrant jamais en pareil casi

A la même époque mourut le chancelier Seguier, que nous avons vu si acharné contre le pauvre Fouquet. Madame de Sévigné ne parait pas lui en avoir gardé rancune; elle parle de sa mort en fort bons termes et le loue de son mérite et de sa vertu. Il avait rempli les fonctions de chancelier pendant quarante ans; Si l'on s'étonnait des élog^ que madame de Sévigné donne à ce personnage après l'avoir asses maltraité dans les premières let'

très à M. de Pompoime« on reconnaîtrait que la charmante femme n'a guère que des opinions de circonstance, et nous aurons souvent l'occasion de confirmer ce Jugement.

Un des frères de M. de Grignan mourut à cette époque de la petite vérole^ Il a été rudement saigné, dit la marquise. Il voulut résister à la dernière, qui fut la onzième, mais les médecins V emportèrent; il leur dit qu*il s'abandonnait donc, et qu'ils le voulaient tuer par les formes. On retrouve en tout ceci les antipathies de la dame pour la saignée. Elle dit que bien des personnes ont été tuées par suite de la mort de M, de Guise> que l'on attribua à ce qu'on ne lui avait pas fait cette opération. Quant au pauvre chevalier de Grignan, voici comment sa maladie s'est déclarée. Il avait un grand dérangement de corps pendant qu'il faisait son service à Saint-Germain ; il crut devoir prendre du lait pour le faire cesser. Le dévoiement cessa, en effet ; mais au bout de huit jours la fièvre le prit en venant à Paris, et la petite vérole, avec une telle corruption qu'on ne pouvait durer dans sa chambre, et il rendait des vers en quantité, qui venaient de son lait corrompu. Il n*est pas nécessaire d'admettre l'opinion de la marquise sur ce dernier point de la maladie ; elle représente les idées qu'on se formait alors sur la putridité des humeurs, sur leur fermentation et sur le développement des vers produits par la corruption de certaines substances. Ces théories surannées si naïvement aflQrmatives, n'ont guère été remplacées que par des doutes, au moins en ce qui concerne la génération des vers intestinaux.

Les morts subites.

Notons toujours les morts subites dont la marquise parsème ses lettres. Le comte de Boufflers, frère aîné du maréchal de ce nom, est mort en passant d^une chambre à Vautre, sans autre forme de procès. J*ai vu tantôt sa petite veuve (ils étaient mariés depuis un an) qui, je crois, se consolera. Monsieur Isam, un bel esprit, est mort de la même sorte.

Mais ce qui donne un intérêt particulier à Taffaire de M. de Boufflers, c'est, dit la marquise, qu'il a tué un homme après sa mort. Il était dans sa bière et en carrosse, on le menait à une lieue de Boufflers pour l'enterrer; son curé était avec le corps. On verse et la bière coupe le cou à ce pauvre curé. La Fontaine n'a pas eu de peine à dire :

Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gîte.

Un curé s'en allait gaîment Enterrer ce mort an plus Tite.

Récapitulons : M* de Boufflers est mort le 14 février 1672, le curé fut lue quelques jours après; la marquise raconte cet événement le 26, et la fable parut le 9 mars suivant. Le fabuliste avait trouvé ce sujet à son gré, il l'avait raconté à sa manière, et Ton voit qu'il n'avait pas p^du de temps.

Madame de Grignan était un bel esprit, s'il faut en croire sa mère qui la loue sans cesse des choses spirituelles qui remplissent ses lettres. A propos de réflexions sur VEspérance que madame de Sévigné qualifie de divines, elle ajoute : Si Bourdelot les avait faites, tout Vunivers le saurait. Vous ne faites pas tant de bruit pour faire des merveilles. Or ce Bourdelot, ou plutôt Vahbé Bourdelot, ainsi qu'on l'appelait, avait nom Pierre Michon, et cela suffit, avec ce qui suit, pour que nous lui donnions place en ce lieu. Il avait été médecin du prince de Condé, le père du grand Condé. 11 le fut ensuite de la reine Christine, et mérita de passer pour un des précieux de ce temps-là. Il avait composé avec madame de la Baume une petite pièce contre VEspérance. La princesse palatine y fit une réponse qui n'est pas un chef-d'œuvre, tant s'en faut, et c'est à propos de ces écrits que madame de Grignan a exercé sa plume et son esprit. Ces sortes de productions de l'intelligence faisaient grand bruit alors, et madame de Sévigné a une tendance marquée à leur accorder un peu plus d'attention qu'elles n'en méritent.

La marquise avait une tante, Henriette de Coulanges, marquise de la Trousse, dont la santé s'altérait de jour en jour. Après des bouffées de fièvre qui lui survenaient tout à coup, la pauvre femme se mit à dépérir, et une sorle d'hydropisie se déclara qui fut suivie de douleurs aiguës supportées avec une patience admirable. La malade éprouvait des étoufltements horribles; elle acheva de mourir le 30 juin 1672, plus de trois mois après l'annonce des premiers accidents. Voici quelques détails sur la terminaison de cette longue et cruelle maladie. Son visage est plus changé que si elle était morte depuis huit jours; les os lui percent la peau; elle est entièrement étique et desséchée. M. Veson (sans doute le médecin de la dame] lui a signifié son arrêt. Pourquoi ne serait-ce pas son curé? Enfin elle ne prend plus de re^ mèdes, la nature ne retient plu^ rien; elle n*est quasi plus enflée, parce que Vhydropisie a causé le dessèchement ; elle n'a plus de à/ouleurs parce quHl n'y a plus rien à consumer. Il n'y a rien en tout ceci qui soit assez médical pour que nous puissions en inférer quelque chose sur la nature de la maladie, seulement nous devons dire que Vhydropisie qui cause un dessèchement nous a paru un phénomène diflacile à comprendre, mais il ne faut pas attacher trop d'importance à des mots de cette espèce.

Cependant voici encore quelques détails sur ce sujet : Vous me demandent le mal de ma tante^ c'est une hydropisie de vent et d'eau; elle est très-enflée, elle n'a plus de place pour se nourrir, le lait qui est Vunique remède, ne peut pas réparer tant de sécheresse; elle est usée; son foie est gâté; elle a soixante^ six ans, voilà son mal. On voit bien qu'il s'agit d'une lésion organique du ventre, mais sans qu'il soit possible de rien préciser. Le lait a été employé comme moyen de traitement, et en effet, on voit que dans la nuit même où elle expira, on lui en fit boire encore. Mais que dirons-nous des idées théoriques qui régnent en tout ceci, du lait destiné à reparer la sccLoresse, de

la uutritioa empêchée mécauiquemeut par reojlurea de celte altéralioa du foie, etc.? Laissons tout cela dans le domaine de l'imagîDatioD, et cherclious quelque chose de plus précis, si cela est possible.

Madame de Grigqau ne pouvait manquer 4'imiter un peu sa mèrç;àforcede lire des histoires de malades et de mourants, elle youlait avoir son toufi et nous savons qu'elle envoya à la marquise la relation d'un fait bizarre et hieu capable d'attirer son attention. Un peintre provençal, nommé Fauchier, dan» le temps qu'il faisait le portrait de la comtessse en Madeleine, fut pris de coliques telles qu'il en mourut. Celte anecdote lugubre ne valut pas à ce pauvre diable le moindre mot de pitié, pas la plus petite oraison funèbre; disons même que Ton se permit quelques plaisanteries sur son comptCi mais nous n'insisterons pas sur ce chapitre*

La charmante marquise, doublement grand'-mère, aurait bien voulu que sa fille s'en tint là. Etait-ce dans le seul intérêt de sa santé, par coquetterie féminine, pour conserver la beauté de la jeune dame ou pouptout autre motif? Ce qu'il y a de certain, c'est que beaucoup de petits traits lancés contre le comte de Grignan font allusion à ces maternités fréquentes; elle donne à $a fille de véritables consultations sur celte affaire délicate, et nous ne voyons pas trop comment ces idées peuvent s'accommoder avec la religiosité de la marquise. Elle dit naïvement à sa fille ; Vous m^abéissez pour rCétre po^nt, crosse, je vous en remercie de tout mon coeur. Àyei le même soin de me plaire pour éviter la petite vérole. Ces derniers mots semblent confirmer l'idée que toutes ces recommandations se rapportent à la beauté du visage, et que la marquise tient par dessus tout à ce que sa fille soit jolie, fit puis elle ajoute : Votre soleil me fait peur. Comment? les têtes tournent t On a des apoplexies comme on a des vapeurs ici, et votre tête tourne comme les autres!

La marquise de Sévigoé aimait la vie, bien qu'elle y trouvât des chagrins cuisants, mais, dit-elle, je suis encore plus dégoûtée de la mort; je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par elle que, si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux. Embarquée dans la vie sans son consentement, comment en sortira-t-elle ? Souffrirai^je mille et mille douleurs qui me feront mourir désespérée? Aurai- je un transport au cerveau? Mourraije d'un accident ? Je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie parce qu'elle m'y conduit que par Us épines dont elle est semée*

On trouve souvent dans ses lettres des passages analogues à celui-ci au milieu des entraînements du monde son esprit se replie sur lui-même; elle va au couvent de Livry ou à Port-Royal, elle voit son oncle Renaud de Sévigné, et quelques-uns des plus célèbres personnages de cette sainte maison; elle puise dans ses entretiens avec Arnauld d'Andilly de salutaires pensée» sur le néant de la vie, et puis, comme son cœur aimant reprend bien vite sa pente naturelle, elle dit à sa fille de se hâter de l'aimer, parce que là seulement se trouve Tembellissement de l'eiistence. Et à propos d'un de ses pa^

rents qui éorit des tendresses à sa tante moribomle, elle dit quHl ne faut pas attendre les amitiés de Vagonie» Ten quitte ceux qui ne cfm/meneefaient q^e là à m' aimer.

Madame de la Fayette et M. de la Rochefoucauld étaient de ses plus chera amis, elle les Toyait l'une et l'autre presque tous les Jours. La dame, d'une santé très-délicate, se réftigiait quelquefois à Fleury-sous-Meudon afin de se reposer, de ne plus parler, d'éloigner de la fièyre quotidienne la moindre émotion. Le duc, de son e6té, souffirait extrêmement de la goutte, il passait de longues et tristes journées dans cette chaise que \>ous connaisses, dit la marquise à sa fille, et elle se faisait un dcToir de les visiter souvent, de les consoler, de leur porter des nouvelles capables d'adoucir leur chagrin. On a la preuve, dans une multitude de lettres, que madame de Sévigné remplissait admirablement les devoirs de l'amitié la plus généreuse.

Dans une lettre du 22 avril 1672, on trouve un passage ainsi conçu : Le petit Daquin est premier médecin, La faveur Va pu faire autant que le mérite* On se rappelle quelques mots d'une autre lettre du 25 février 1671 dans laquelle la marquise annonçait un peu trop promptement la mort de Yallot, médecin de Louis XIV. Ce personnage mourut en effet le 9 août 1671, et l'on volt que Daquin ne fut nommé que bien longtemps après, plus de huit mois» ce qui prouve que cette charge importante n'avait pas été accordée facilement. Madame de Sévigné en appliquant au nouvel élu un vers du Cid, montre assez que cette nomination n'était pas de son goût. Quant au docteur Vallot, il est un de ceux à qui l'on attribue l'usage de l'émétique, du quinquina et du laudanum. Â l'aide du premier de ces remèdes, il sauva Louis XIY de la maladie dangereuse qu'il eut à Calais en 1658. On peut consulter sur ce personnage les lettres de Guy Patin qui sont une satire. Il y avait entre eux une rivalité complète, et ce dernier ne se gêne pas pour attribuer la mort de la princesse d'Angleterre aux médicaments nouveaux employés par Vallot.

Madame de la Fayette, après avoir passé un mois à la campagne à se r^poser, à se purger , à se raff^aîchir, revient comme un qardon. Remarquons cette comparaison qui est encore en usage dans l'ouest de la France, là où le petit poisson appelé ainsi est commun. Mais la pauvre femme est prise de fièvre tierce avec des accès qui la font rêver, qui la dévorent et qui ne peuvent faire autre chose que la consumer, car elle est extrêmement maigre et n'a rien dans le corps. Le mieux se déclara, et un peu plus tard la marquise dit de son amie : Sa santé n^est jamais bonne, et cependant elle vous mande (à madame de Grignan) qu'elle n*en aime pas mieux la mort, au contraire. Cette passion de vivre était commune aux deux amies, mais madame de Grignan ne la partageait pas, elle avait des humeurs noires. Dans une lettre charmante de la marquise à sa fille (20 mai 1672), on trouve ces mots : Il nHmporte guère d'avoir du repos pour soi-même quand on entre véritablement dans les

intérêts des personnes qui nous sont chères, et qu^on sent tous leurs chagrins peut'être plus qu'elles-mêmes; c'est le moyen de n'avoir guère de plaisirs dans la vie, et il faut être bien enragée pour Vaimer autant qu*on fait. C'est précisément le lot de madame de Sévigoé; elle nous peint bien son cœur dans ce passage si naïf et si généreux. Mais ce n'est pas tout; Yoicice qu'elle ajoute : Je dis la même chose de la santé, j'en ai beaucoup, mais à quoi me sert-elle P A garder ceux qui n'en ont point. La fièvre a repris traitreusement à madame de la Fayette; ma tante est bien plus mal que jamais^ elle s'en va tous les jours. Que fais-je? Je sors de che% ma tante et je vais che» cette pauvre la Fayette; et puis je sors de che% la Fayette pour revenir che% ma tante.

On voit que l'illuste auteur de la Princesse de Clèves, de Zaide et de Jfadame de Montpensier, se portait fort mal. Ses romans avaient un immense succès, et Barbin, ce chien de Barbin^ comme l'appelle madame de Sévigné dans une lettre du 16 mars 1672, voulait que la marquise se livrât à ce genre de composition qui était alors en grande vogue. Les éditeurs aiment les livres qui réussissent. Au temps de Pascal on demandait des Lettres provin-^ ciales; plus tard, quand Montesquieu publia ses premiers écrits, tous les libraires demandaient des Lettres persanes, aujourd'hui,... ma foi! je ne sais pas ce que Ton désire, et les libraires ne recherchent pas beaucoup les ouvrages où l'on ne trouve que de l'esprit. Le dix-neuvième siècle tourne a l'utile de telle façon que l'agréable est complètement négligé.

Madame de Sévigné a des opinions sur beaucoup de choses qui paraitiaient devoir lui être étrangères ; elle donne des conseils à sa iliie sur certains chapitres d'hygiène, et l'on se demande où elle a puisé les connaissances qui servent de base à ses affirmations. Madame de Grignan avait été malade, elle attribuait son mal à une cause occulte, et la lettre de sa mère ne rend pas la chose plus claire. Que doit-on inférer de ce passage? La dame avait fait une excursion charmante à Monaco; elle se plaignait vraisemblablement d'une incommodité causée par la forte senteur des plantes aromatiques de ce pays, et sa mère lui dit : Si ce pays pouvait parler, il vous dirait V étonnement où il doit être de votre dégoût pour ces divines odeurs; jamais il n'a vu personne s'en restaurer sur un panier de fumier. Bien n'est plus extraordinaire que l'état où vous aveu été, et cependantt ma fille, je le comprends, la chose du monde la plus malsaine c'est de dormir parmi les odeurs, Nous ne disons pas le contraire, mais il est probable que cette excessive susceptibilité chez une dame vivant en Provence depuis plusieurs années avait une autre cause. C'était un début de grossesse, et la suite éclaircira ce point.

Cette pauvre comtesse n'était pas bien vaillante; à la date du 6 juin nous voyons qu'elle a les jambes enilées, qu'elle a la fièvre, et tout cela inquiète sa mère, mais ces soucis presque habituels firent place vers le même temps à des tourments bien plus graves. La guerre avait été déclarée, l'armée française franchit le Rhin et les plus illustres familles furent frappées dans

leurs plus chères affections. Madame de Séyigné craignait pour son fils, mais le jeune marquis s'en tira sain et sauf. Il n^en fut pas de même de M. de Longueville qui fut tué, du chevalier de Marsillac qui succomba au même endroit, et d'un autre personnage du même nom qui fut grièvement blessé de deux coups de feu, l'un à l'épaule, l'autre à la mâchoire, mais sans fracture de l'os. Le duc de la Rochefoucauld se trouvait ainsi frappé au cœur, et sa mauvaise santé faisait craindre les suites de ces poignantes émotions. Madame la duchesse de Longueville accablée de douleur, appelait la mort de tous ses vœux. La marquise écrit à ce sujet t Elle voit certaines gens y elle prend des bouillons, parce que Dieu le veut; elle n'a aucun repos ; sa santé, déjà trèS'tnauvaisej est visiblement altérée; pour moi, je lui souhaite la mort, ne comprenant pas qu'elle puisse vivre après une telle perte.

On peut méditer à loisir sur le passage suivant, il donne beaucoup à penser, et ceux qui ont lu les premiers écrits de M.Yictor Cousin sur les femmes célèbres du dix-septième siècle, comprendront la terrible allusion contenue dans ces paroles : Il y a un homme dans le monde qui n'est pas moins touché. J'ai dans la tête que s'ils s'étaient rencontrés tous deux dans ces premiers mO" ments, et qu'il n'y eût eu personne avec eus, tous les autres sentiments auraient fait place à des cris et à des larmes que Von aurait redoublé de bon coeur. M. de la Rochefoucauld et madame de Longueville, deux grands coupables qu'une funeste mort frappait en même temps, et dont la douleur inspirait presque du respect.

Et voyez comme la fatalité poursuit ces grands noms I M. de Longueville tué dans cette circonstance avait lui-même un fils naturel qui parut plus tard sous le nom du chevalier de Longueville. Au siège de Pliilipsbourg, en 1688, un soldat qui chassait, tua ce jeune homme, et l'on vit s'éteindre encore une fois cette grande fortune, mais alors personne ne restait plus parmi ceux qui auraient eu le droit de le pleurer, comme on pleure une dernière espérance évanouie, comme on pleure un malheur irréparable.

Et toujours, au milieu de ces graves préoccupations, la marquise cédant à son humeur enjouée, trouve le moyen d'égayer ses bulletins funèbres. Elle envoie à sa fille la description d'une caricature que nous ne pouvons passer sous silence. La Hollande est représentée sous la forme d'une vieille comtesse, elle est bien malade, elle a autour d'elle quatre médecins, ce sont les rois d'Angleterre, d'Espagne, de France et de Suède. Le roi d'Angleterre lui ditj montrex la langue; ah! la mauvaise langue! Le roi de France tient le pouls et dit : il faut une grande saignée. Je ne sais ce que disent les autres, car je suis abîmée dans la mort, mais enfin cela est assen juste et assez plaisant.

Madame de Sévigné, sa tante morte, se préparait à faire le voyage de Provence, elle allait vivre enfin près de sa chère enfant, et au milieu des agitations que lui causait cette heureuse perspective, elle n'oubliait pas ses prévoyances infinies. En voici un échantillon : Je vous prie, quoi qu'on dise, d9

fotre faire de rhMik de fcorpion^ afin que nous irouviom en même temps les mam et les médecines, fit puis eUe dit aveo une gr&co cbarmaote : Ne parlons plug de mon prochain voyage, les long%ies espérances usent la joie comme les longues maladies usent la doulewr» k l'approche de cette entrevue si ardemment désirée, si impatiemment attendue, la marquise donne des nouvelles de tout ce qui se passe à Paris, la petite fille a eu une très^-jolie petite vérole volante, dont eUe n'a point du tout été malade, et deux visites du petit Pec» quet ont suffi pour le traitement de cette indisposition. Cette enfant devra être sevrée au mois d'août suivant par les soins de madame du Puy, de Fou et de Pecquet. Yoiià de quoi tranquilliser la jeune mère qui parait s'arranger assez bien de l'absence de sa petite fille. Elle est tout entière à son garçon, qu'elle appelle son dauphin.

Voyage en Provence.

Partie vers le 15 Juillet 1672, madame de Sévigné n'interrompit pas sa correspondance ; à chaque station elle écrivait à sa fille, à ses amis, et ses lettres qui nous ont été conservées ont un grand charme. Ses meilleures amies lui écrivaient aussi : madame de Goulanges, madame de La Fayette la tenaient au courant de ce qui se passait à Paris ; son absence dura plus d'une année.

N'oublions pas de consigner ici le nom d'un médecin, Louis de La Forge, un fervent cartésien, à qui l'on doit un ouvrage intitulé : Traité de l'esprit de Vhomme» Il a paru d'abord en français, vers 1666, puis en latin; mais il est complètement oublié, bien que Gorbinelli> qui était un lettré, l'ait trouvé admirable. Mais c'est que Gorbinelli partageait ses idées en philosophie, et l'on sait que les philosophes se passionnent facilement en faveur de leurs confrères en doctrine.

Madame de Sévigné quitta la Provence en octobre 1673; elle voyagea doucement au retour, s'arrêta à fiourbilly, vieux château de ses parents où elle est née, et là encore, nous la voyons se médicamenter par principes, user d'un certain bouillon de chicorée sauvage destiné à produire des effets merveilleux et qui paraissait non moins favorable à sa chère fille. Ge chapitre de tisane amère est traité fort en détail dans leurs lettres et nous ne nous y arrêterons pas davantage, pas même pour comprendre la plaisanterie du consommé, du pot'ou-fsu, de YoiUe (oUa podrida) qui se trouve reproduite assez souvent, et que les commentateurs ont oublié d'expliquer, eux qui expliquent tout. Il n'est pas nécessaire non plus de s'étendre fort au long sur le hoho de M. de Grignan; il faut prendre gairde, dit la marquise, au pli de sa chaussette, car en Provence rien n'est insignifiant

Deux amoureux de madame de Ludres se voyaient de mauvais œil, et l'on d'eux, M. le chevalier de Yendômei proposa un duel à M. de Yivonne> son rival*

Celui-ci avait reçu au passage du Rhia uue balle de mousquet qui lui avait fracassé l'épaule. Le pauvre blessé disait plaisamment : Moi, me battre; il peut fort bien me battre ^il veut, mais je le défie de faire que je veuiUe me battre. Qu'il se fasse casser Vépaule, qu'on lui fasse dix-huit incisions et puis nous nous accommoderons, etc.

Le cheyalier de Vendôme, dit madame de Sévigné» demanda qua/rtier de plaisanterie à M. de Vivonne, et il n'en fut plus question.

filadame de Grignan à Paris.

M. et madame de Grignan arrivèrent à Paris vers la fin de février 1674 ; la mère et la flUe furent réunies jusqu'au mois de mai de l'année suivante, ce qui causa une grande lacune dans leur correspondance.

Parmi les lettres qui furent adressées à ces dames, il en est une du comte de Bussy (16 août 1674) qui indique une assez grave indisposition de la marquise. Elle aurait éprouvé une congestion cérébrale attribuée à diverses causes qu'indique un habile médecin de Chasen (terre du comte). Suivant ce praticien, les femmes d'un bon tempérament, comme madame de Sévigné, et qui s'étaient un peu contraintes, étaient sujettes à des vapeurs. Il est aisé de voir que le comte plaisante, cependant il donne un bon conseil : Faites» vous tirer du sting plus souvent que vous ne faites, de quelque manière que ce soit, il nHmporte, pourvu que vous viviez,

La dame répondit fort bien aux propos gaillards de son cousin, mais on peut dire qu'à partir de cette époque (elle avait alors 48 ans) il se manifesta dans sa santé des 'troubles qui prirent quelquefois un caractère assez sérieux. Nous entrons ainsi dans la période vraiment médicale de la dame.

Cela n'ôte rien à sa gaieté. Voici une historiette assez plaisante que je trouve dans une lettre du 31 mai 1675. Elle dit à sa ûlle : Jamais vous n'avea vu une mariée si drue; elle va droit à son ménage et dit déjà mon mari. H avait la fièvre, ce mari, et la devait avoir le lendemain; il ne Veut point. Fieubet (conseiller au parlement de Toulouse) dit : Voilà donc un remède powr la fièvre; mais dites-nous la dose. Et chemin faisant, la marquise raconta la mort des jeunes princes de la famille royale, la maladie de celui-ci, la flèvre de celui^à, vraie gazette médicale qui montre le goût de la dame pour cette partie de son rôle.

Voici une consultation en règle pour le fils de madame de Grignan : Gar^ dex'vous bien de faire raser le petit marquis; j*ai consulté les habiles^ c'est le moyen d'ébranler son petit cerveau, de lui faire avoir des fluxions, des maux d*yeux, des petites dents noires; enfin, ii n*est pas assegfort ; faites couper ses cheveux fort court aux ciseaux, voilà tout ce que vous pouvex faire présentement» fist^on bien certain de tous les inconvénients de cette opération regardée comme si dangereuse? Mais ^t-on bien certain aussi que ces sortes de

préjugés n'existent plus anjourd'hui ? Les médecins qui s'occupent des maladies de l'enfance savent quelle importance on attache aux cheyeux coupés dans telle condition, et ce n'est pas nous qui reprocherons à la marquise de tenir un tel langage.

Les saignées sont toujours sur le tapis. La marquise se félicite de celle qu'on lui a faite au pied, sans doute d'après les conseils de son cousin Bussy ; mais elle se récrie contre la saignée qu'on a pratiquée à son petit-fils. L'enfant était malade, il avait fallu en venir là, et voici ce qu'elle dit à ce propos : Je ne comprends pas qu'elle puisse faire du bien à un enfant de 3 ans, avec Vagitation qu'elle lui donne. De mon temps, on ne savait ce que c'était que de saigner un enfant. Et puis elle ajoute certains détails bons à noter. Madame de Sau%et s'est opiniâlrée à ne point faire saigner son fils; elle lui a donné tout simplement de la poudre à vers; il est guéri. Mais voici le complément de ces histoires : Je crains que Von ne fasse de notre enfant, à force de Vhonorer^ comme on fait des enfants du roi et de ceux de M. le duc. On sait, en effet, que la famille royale avait à déplorer des pertes nombreuses successives d'enfants au berceau, et ces morts si fréquentes étaient attribuées bien moins à l'inhabileté des médecins qu'à d'autres causes d'une nature plus grave.

Madame de Grignan, sous la direction d'une mère amateur de purgatifs, avait dû avaler bien des médecines, et comme tous les enfants, elle avait un grand éloignement pour ce remède si désagréable. Son fils avait besoin d'être purgé et toute l'autorité de la mère suffisait à peine pour vaincre la répugnance du pauvre petit malade. Que vous êtes heureuse, ^dit la marquise à sa fille, que votre enfant ne vous ait jamais vue avaler une médecine ; votre exemple détruirait vos raisonnements!

Dans cette même lettre, qui est du 3 juillet, madame de Sévigné prétend qu'elle s'est fait saigner pour l'amour de sa fille, qu'un médecin l'a priée de ne point se faire purger de sitôt, il lui donnera des pilules admirables ; c'est le premier médecin de Madame, qui vaut mieux que tous les autres premiers médecins. C'était sans sans doute celui à qui Madame avait dit, lorsqu'on le lui présenta, qu'elle n'en avait que faire? Mais de quel droit la marquise déclare-t-elle que ce personnage est préférable à tous ses confrères ? Pourquoi ses pilules sont-elles admirables, même avant d'en avoir fait usage ?

Madame de Grignan, inquiète de la santé de sa mère, à l'occasion de cette saignée, reçut une lettre où se trouve le passage suivant : Je ne suis point malade^ je n'ai point eu de vapeurs ; je plaçai ma saignée brusquement^ selon le besoin de mes affaires plutôt que sur celui de ma santé. Je me sentais un peu oppressée ; je jugeai bien quHl fallait me saigner avant que de partir, afin de mettre cette saignée par provision dans mes ballots. Elle conjure sa fille de ne pas se tourmenter ainsi ; elle est ingénieuse à la rassurer. On veut encore que je me purge, eh bien i je le ferai dès que f aurai du temps.

Plus tard, elle lui dit : J'attends un peu de frais pour me purger. Elle écrit à madame de La Fayette : Vous savea^ ma belle, qu'on ne se baigne pas tous les jours; de sorte que^ pendant les trois jours que je n*ai pas pu me mettre dans la rivière, j*ai été à Livry. Donc la dame se soignait de pied en cap; elle était en pleine médecine : saignées, purgatifs, bains froids, sans compter les pilules, le régime, etc. Elle dit toujours : Ne soyez point en peine de ma santé; je me purgerai après la pleine lune et quand on aura des nouvelles d'Allemagne. C'était pendant la funeste campagne où fut tué Turenne, et il est au moins plaisant de voir le rapprochement fait par madame de Sévigné entre la pleine lune et la guerre des bords du Rhin. Elle avoue que la couperose envahit son visage, qu'elle est traitée par Bourdelot qui la purge avec des melons et de la glace, en dépit des fâcheux pronostics de son entourage qui prétend que ces remèdes la tueront. Et voyez quelle étrange bizarrerie d'un si bel esprit! Elle avoue qu'encore qu'elle se trouve bien de ce qu'il ordonne, elle ne le fait pourtant qu'en tremblant. Il faut convenir qu'une telle disposition morale était peu favorable au succès du traitement.

Après Bourdelot vient M. de Lorme, que la dame a rencontré chez une de ses amies, et cet autre docteur est en train de ressusciter la malade : nouvel enthousiasme, nouvelle consultation demandée aussitôt, et ce brave médecin a fort approuvé la saignée de pied, mais il ne veut pas que la marquise se purge, il assure que les vapeurs ne reviendront pas ; c'étaient les adieux de ce qu'il croyait parti ; elle prendra de sa poudre avant le voyage de Bretagne, mais ce sera plus par civilité pour lui que par besoin. Et cependant, elle confie à son cousin Bussy le grand secret que voilà. Tai bien eu des vapeurs, et cette belle santé que vous avez vu si triomphante, a reçu quelques attaques dont je me suis trouvée humiliée comme si j'avais reçu un affront. Voilà le grand mot lâché; il faut à la fin avouer ses misères sans préjudice du combat acharné qu'on leur livre, des médicaments qu'on prend de toutes mains ; elle a beau dire : Je me porte très-bien de ma petite médecine ; toutes mes amies m'ont gardée, on voit que la chose est plus importante et que ses mensonges oflicieux à sa fille ont surtout pour but de la tranquilliser.

Le 21 août, elle annonce qu'elle va à Livry pour prendre sa troisième médecine, ce qui prouve qu'elle ne suivait pas les prescriptions de M. de Lorme, mais bien celles de Bourdelot. Et cependant la poudre de de Lorme est toujours en honneur auprès de la marquise, elle se propose d'en user pendant l'hiver prochain et, en attendant, elle devra boire d'une certaine tisane qui est, dit-elle, un remède de canicule. Grand bien lui fasse, mais que veut-elle dire en parlant ainsi ?

Tous ces incidents se rencontrent au temps où la France perdit si malheureusement Turenne et où la guerre d'Allemagne menaçait de prendre une tournure désastreuse. On trouve au milieu des lettres les plus touchantes des détails plaisants sur toutes les petites misères de la dame et de ses amies.

6nr la retraite du cardinal de Rets, sur biea d'autres affaires publiques ou privées.

Enfin, après mille retards, elle part pour la Bretagne, bien munie de drogues capables de guérir toutes les maladies possibles. Je yorte une infinUé de remèdes bons ou mauvais ; je les aime tous, mais suttout il n'y en a pas un qui n'ait son patron et qui ne soit la médecine de mes voisins; f espère que cette boutique me sera fort inutile, car je me porte extrêmement bien,

Nouyean séjour en Bretagne.

On voit par là que les recettes particulières étaient alors en grande TOgue. La marquise arrivée à un âge où les dames éprouvent souvent beaucoup d'indispositions, cberchait à se gouverner de son mieux ; elle faisait comme tout le monde : elle consultait les médecins, mais elle recourait encore plus souvent aux lumières de ses compagnes de misère ; elle acceptait les conseils de ce que Ton nomme si improprement Texpérience, et Ton a la preuve que seâ amies lui prodiguaient une foule de drogues plus ou moins eflQcaces. Elle n'en avait pas besoin, car en arrivant aux Rochers elle écrit à sa fille (le 29 septembre) : Ma santé est comme il y a six ans ; je ne sais d'otl me tevient cette fontaine de Jouvence ; mon tempérament fait précisément ce qui m'est nécessaire. Et puis la voilà prévoyant la maladie, cherchant de nouveaux remèdes.

La princesse de Tarente, sa voisine, est entichée de médecine, et bientôt la marquise se range sous sa loi. Voici ce qu'elle en dit : C'est elle qui serait mon médecin si j^étais malade: elle est habile , et m'a promis d^une essence entièrement miraculeuse, qui Va guérie de ses horribles vapewrs; on en met trois gouttes dans tout ce que Von veut et on est guéri comme par miracle. Nous aurons Toccasion de connaître ce remède souverain.

A défaut de médecine, madame de Sévigné fait de l'hygiène, et voici ce qu'elle écrit à son parent le comte de Bussy : Je ne suis pas au lit plus de sept heures; je mange peu, je marche beaucoup, mais ce que je fais de mal^ e^est que je ne puis m* empêcher de rêver tristement dans les grandes allées sombres que j'ai. C'est qu'en effet ces bois sombres et humides, le serein qui y abondait furent les causes principales des accidents qui survinrent bientôt et attristèrent la vie de la marquise.

Dans une lettre du 13 novembre, elle dit î Cest pour conserver ma vue que je vais à ce que vous appelea le serein. Elle se servait, pour contre-balancer les effets pernicieux de l'humidité, d'eau de la reine de Hongrie : Je m^en enivre tous les jours, j'en ai dans ma poche ; c'est une folie comme du tabac. Je la trouve excellente contre la tristesse, etc. (Lettre du 16 octobre 1675.) Elle traite un peu plus sérieusement la fameuiifc essence de la princesse de Tarente : on la doit prendre quinze jours durant, deux gouttes dans le pre-

m(er hfewûogê quê Von hoii à tablé, et cêla guérit entièrement. Mais <iu'est-ce que cela guérit? La marquise, si crédule qu'elle soit, se permet cependant de raisonner un peu ; elle fait bien pis encore, elle critique la princesse : Car, dit-elle, elle en conte des expériences qui ont assex Vair de celles de la comédie du médecin forcé; et puis, par bienséance, elle ajoute : Mais je les crois toutes, et je prendrai ces médecines dès que je me sentirai malade.

Encore une mention d*un acconc^heur en TOgue auprès des grandes dames. Madame de Guitaud doit être lien contente de Jouhert d*étre accouchée si heureusement. Le pauvre homme eut bien de la peine; ce sont de ces travatUB-là qu'il lui faut. Il parait que ce Joubert avait assisté madame de Grignan en pareille circonstance, et que cet accoucheur, qui demeurait à Âix, se rendit auprès de madame de Guitaud, aux lies Sainte-Marguerite, dont son mari était gouverneur.

Voici un petit incident médical à propos des troubles qui avaient agité la Bretagne et dont les principaux acteurs étaient punis de la manière la plus rigoureuse ; on fit des pendaisons par centaines. La marquise écrit à sa tille : Il fut roué vif un homme à Rennes {c'est le dixième) qui confessa d'avoir eu le dessein de tuer M, le duc de Chaulnes (c'était le gouverneur de la province). Pour eelui'lày il le méritait bien, dit la dame ; puis elle ajoute : on ne sait trop à propos de quoi : Les médecins de ce pays ne seront pas si complaisants que ceux de Provence qui accordent par respect à Jf. de Grignan qu'il a la fUvre; ceux-ci compteraient pour rien la fièvre pourprée de M. de Chaulnes, et nulle considération ne pourrait leur faire avouer que son mal fût dange^ reux.

Nous ne savons pas à quelle affaire ceci fait allusion, mats on peut toujours inférer de ce passage que le caractère breton se montre là dans toute sa fer« meté, et nous n'en demandons pas davantage pour le moment.

Gonnaissez-Tous un bon remède contre l'asthme? Montesquieu conseille de lire l'Histoire des croisades du père Maimbourg, jésuite, en ayant soin de ne respirer qu'à la fin de chaque période. Madame de Sévigné, qui parle de ce livre, dit que le style de l'auteur l'impatiente ; elle invite sa fiUe à le lire avec courage^ ce que la dame ne faisait guère quand l'ouvrage était de lon^ gue haleine; aussi l'invite t- elle à terminer miraculeusement celui-ci.

Un des meilleurs amis de madame de Sévigné, M. d'Hacqueville, a un gros rhume avec de la fièvre : Ten suis en peine , dit-elle, car je n'aime la fièvre en rien; on dit qu'elle consume, mais c*est la vie. On ne peut mieux dire assurément, en moins de mots et avec plus de sens. Mais cet ami cher revint bientôt à la santé. Il était jeune et avait bien le droit de vivre. On n'en saurait dire autant d'une dame de Puisieux qui, à l'âge de 80 ans, se releva d'une maladie grave. La marquise dit : VlUest ressuscitée; mais n'est-ce pas mowrir deux fois f Elle écrivait ceci en décembre 1675, et la vieille dame vé*

cnt encore deux ans. Qae de gens plus jeunes ont payé le fatal tribut dans cet intervalle l Et ne tient-on pas à la yie d'autant plus qu'on est plus prêt à la perdre ?

Le rhumatisme.

Mais voici enfin la maladie qui se déclare. La marquise» en dépit de sa brillante santé, de sa robuste constitution, est enfin atteinte; ses privilèges cessent en présence d'un mal qui ne les respecte pas, et nous allons la voir en proie à des souffrances que toute sa philosophie ne parvient pas à dissimuler. Le serein, le plus ancien de ses amis, avec lequel elle fut enfin obligée de rompre, lui occasionne très-probablement la maladie dont elle eut tant à se plaindre. On sait avec quel enthousiasme elle parle de ses promenades nocturnes, au clair de la lune, à Livry et aux Rochers, de ses longues méditations solitaires dans les allées de ses grands bois, dans ces résidences si chères à son cœur. C'est là qu'elle trouva le germe d'une affection rhumatismale qui lui valut tant de souffrances et qui tient une si grande place dans ses lettres. Mais comme tout était pour elle un sujet de plaisanteries^ comme elle avait toujours le désir de tranquilliser sa fille sur ses indispositions^ voici en quels termes elle parle de cette affaire :

Devinex ce que c'est, mon enfant, que la chose du monde qui vient le plus vite et qui s'en va le plus lentement; qui vous fait approcher le plus près de la convalescence t et qui vous en retire le plus loin, etc. Ne sauriex-vous le deviner ? Jetex-vous votre langue aux chiens ? Cest un rhumatisme l

Nous laisserons là pour un moment cette grande affaire, car une fois entamée elle nous laissera peu de loisir. Un de nos illustres confrères dont il a été déjà question, le célèbre docteur Bourdelot, ne se piquait pas de poésie, mais il faisait des vers, mauvais sans doute, et qui pis est» il les montrait aux gens. Madame de Sévigné en avait reçu un échantillon, et sa malice s'exerce aux dépens de ce rimeur en dépit d'Apollon. Bourdelot aimait la vie errante, il se rendit à Stockholm près de la reine Christine, et prit assez d'empire sur son esprit pour éloigner de la cour les savants dont il était jaloux. Quand il revint en France, Christine obtint pour lui l'abbaye de Massai. Le pape Urjjain Vin accorda à ce médecin le privilège singulier de pouvoir posséder des bénéfices en exerçant la médecine, pourvu que ce fût à titre gratuit. On assure qu'il observa très-religieusement cette condition.

Les billets du marquis de Sévigné adressés à sa sœur sont toujours pleins de gaieté et de malice. Il se moque tout à son aise de mademoiselle du Piessis, provinciale ridicule qui obsède madame de Sévigné de ses tendresses jalouses; elle a une lèpre qui lui couvre la bouche, et une manière de peste sur le bras qui Va retenue longtemps che% elle* Et puis il plaisante sur sa fièvre quarte, sur sa fièvre double tierce. Il critique un certain de Yillebrune, excapucin qui exerce la médecine, et que nous retrouverons auprès de la marquise en diverses circonstances où un homme de l'art eût été nécessaire.

Voici un chapitre de thérapeutique. La bonne princesse de Tarente a été un peu malade, elle se fait suer dans une vraie machine, pour tous ses maux. Quelle est cette machine? S'agit-il d'une boîte fumigatoire, d'un bain de vapeurs? Rien ne nous l'indique. La marquise aime à s'appuyer sur l'autorité des gens âgés. Le feu comte de Lude disait qu'il n*avait jamais eu de mal, mais quHl s* était toujours fort bien trouvé de suer. Elle ajoute : Sérieusement, c^est un des remèdes de du Chêne pour toutes les douleurs du corps. (Lettre du 5 janvier 1776.)

Enfin, voici le rhumatisme qui débute sous la forme d'un torticolis, occupant tout le côté droit. Madame de Sévigné plaisante, elle veut tranquilliser sa fille, mais le jeune marquis, moins occupé de ces soins, dit la vérité, et toutes les lettres suivantes ne laissent aucun doute sur la nature du mal. Il fallut faire une saignée de pied, couvrir les articulations de cataplasmes. Le mal apparut le 12 janvier ; pendant plus de quinze jours la fièvre fut continue, et après vingt-trois jours de souffrances aiguës, la malade ne pouvait se servir d'aucun de ses membres. Je me trouve enflée de tous côtés; les pieds, les jambes, les mains, les bras, et cette enflure qui s'appelle ma guérison^ et qui Vest effectivement, fait tout le sujet de mon impatience^ et ferait celui de mon mérite si j'étais bonne. Elle avoue, la charmante femme, qu'elle n'est pas bonne du tout, qu'elle manque de patience, de résignation, défaut assez commun chez les personnes qui, bien portantes habituellement, n'ont jamais fait l'apprentissage de la douleur.

Ce qui est touchant dans l'histoire de cette maladie cruelle, c'est la tendre sollicitude du fils pour la mère, c'est une attention de tous les moments à lui plaire, à la distraire, à écrire sous sa dictée, et l'on éprouve un vif sentiment de plaisir à lire les témoignages de la piété filiale. Il y a à Vitré un trèS'-bonmédecint dit-il, elle a été saignée du pied en perfection, enfin elle est aussi bien qu'à Paris, Viennent ensuite les idées médicales du jeune homme. Il y avait beaucoup de malades en Bretagne à cette époque; tout le monde payait son tribut. Il vaut incomparablement mieux qu'elle ait eu ce rhumatisme, quelque cruel et douloureux qu'il ait été, qu'un de ces rhumes sur Va poitrine qui ont tant couru, surtout dans un pays oUt la saignée du aras aurait été presque impossible. Gela s'appelle prendre les choses du bon côté. Nous ne savons pas le nom du praticien de Vitré qui a soigné la malade, mais il parait que Larmechin, valet de chambre du jeune ma^rquis, se rendit très-utile dans cette circonstance. Son maître et madame de Sévigné ne tarissent pas sur ce sujet, et vantent hautement son dévouement et son adresse.

Les sueurs abondantes survenues pendant l'état aigu de la maladie et à l'époque de la convalescence, excitent vivement l'attention de la malade et de ceux qui Tentourent. La fièvre est tombée, mais, dit la marquise, cette fièvre était nécessaire pour consumer l'humeur du rhumatisme. Et plus tard, dans une lettre du 2 février, elle dit ; Je vow assure qu'un rhumatisme est

une des plm h$Uei pièces qWoh puttf « f^voir ; fai un grand r^p^et pour (u^, «2 a son commencement, eon accroistement, son période et sa fin. Seureusemen^ c*e8t à ce dernier terme que nous en sommes,

Nous ne sayoos rien du traitement qui a été suivi, si ce n'est que la poudre de M. de Lorme a été employée à plusieurs reprises. Je me suis pur^^ gée une fois avec cette poudre qui m'a fait merveilles, je m'en vais encore en reprendre; c'est le véritable remède pour toutes ces sortes de maux. On me pro^ met après cela une santé éternelle. Dieu le veuille! On trouverait peut-être dans quelques vieux recueils de recettes^ la composition de ce médicament qui contenait de Tantimoine; comme tant d'autres, il a eu sa TOgue, son moment de faveur, puis il est tombé dans l'oubli, détrôné par quelque nouvel arcane tout aussi précieux» et il en sera de même longtemps encore, il en sera toujours ainsi, en dépit des progrès de la médecine rationueUe. Les malades ne se lasseront jamais de courir après la guérison, pas plus que les fabricants de recettes ne se lasseront d'en créer de nouvelles.

Disons en passant que le vieux de Lorme, le bonliomme de Lorme, cornai madame de Sévigné l'appelle le plus souvent, était un bomme fort singulier» Il était ûls de Jean de Lorme, premier médecin de la reine Marie de Médicis, et quand 11 mourut à Paris, le 24 juin 1678, il avait près de cent ans* Il avait été médecin du cardinal de Richelieu et du cbancelier Séguier qui l'honorait d'une affection particulière. Et, chose remarquable, il fut chargé plusieurs fois de négociations importantes. Il a composé des thèses assez bizarres. Par exemple, il examine si la danse est salutaire aussitôt après le repas, et dans un autre ouvrage, il établit que les amants et Us fous peuvent être guéris par le même remède.

Madame de Sévigné demande à sa grosse main si elle veut bien qu'elle écrive deux mots à sa Ûlle, mais la main refuse, et voyez quel soin prend la dame de l'excuser ; elle ajoute aussitôt : Peut-être qu'elle voudra dens deux heures, 11 y a là une délicatesse d'attention tout à fait féminine. Adieu, ma très-helle et très-aimahle. Je vofus conjure tous de respecter, avec tremble^ ment, ce que j'appelle un rhumatisme. Elle avait l'instinct du danger de cette affectioû redoutable* M. le professeur Bouillaud a eu> de notre le temps, le solide honneur de découvrir la vraie cause du danger de cette insidieuse maladie.

Mais ce n'est pas fini. Le jeune marquis peste contre sa sœur qui s'est opposée> à Paris, au remède de M. de Lorme* Si ma mère s'était abandonnée au régime de ce bonhomme, et qu'elle eût pris tous les mois de sa poudre^ comm€ il le voulait, elle ne serait pas tombée dans cette maladie, qui ne vient que d'une réplétion épouvantable d'humeurs.

Yoiià la cause indiquée, la théorie pathogénique telle qu'on la ccmcevait à cette époque, et probablement le marquis la tient du vieux de Lorme lui-i même. Qui eiiit songé en ce temps4à à combattre une explication «i claire^ si

évidente? M. de Sévigné ajoute maUgnemeot : JfoM cVloît inmloir a#KUifner ma mère que de lui conseiller d'en essayer une prise. Cependant ce remède si terrible t qui fait trembler en le nommant, qui est composé avec de Vaniimoine, qui est une espèce d'émétiqwj purge beaucoup plus doucement qu'un verre d'eau de fontaine, ne donne pas la moindre tranchée, p(u la moindre douleur, et ne fait autre chose que de rendre la tête nette et légère, et capable de faire, des ters si Von i)oulait s'y appliquer. Nous a^ODS rapporté cette longue phitise pour montrer ayec quel zèle les gens du monde Yantent les drogues qui leur plaisent* quelle ardeur de propagande ils déploient en pareil ca^ et combien il est difficile qu'ils ne fassent pas de prosélytes.

Ce n'est pas tout. Bailleur impitoyable, il poursuit sa démonstration et accable d'arguments sa sœur moins crédule que lui. 11 rappelle les propres paroles de madame de Grignan : Vous moquex^vous, mon frère, de vouloir faire prendre de V antimoine à ma mère? Il ne faut seulement que du régime et prendre un petit bouillon de séné tow les mois* Voilà ce que vous disie^i. jidisu, ma petite saur; je suis en colère qtumd je songe que nous aurions pu éviter cette maladie avec ce remède qui nous rend si vite la santés

La poudre purgative de M. de Lorme et les petits bouilloos de séné de madame de Grignan nous paraissent de la même famille ; rantimoine et le purgatif résineux n'ont rien à se reprocher, et M, Purgon lui-même eût donné les mains à cette curation secundumartem. Mais que dirons-nous de l'opinion de la marquise exprimée en ces termes? mes enfants, que vous êtes fous de croire qu'une maladie se puisse déranger ! La médecine et les remèdes frappés de nullité du même coup, le fatalisme proclamé au nom de la Providence, cela nous semble bien peu orthodoxe, et fort eu désaccord avec la foi robuste de la dame à l'égard de tant de drogues que nous lui verrons employer. Le jeune marquis ne partage pas ce sentiment si chrétien, mais si peu éclairé, et il termine gaiement sa lettre eu disant : Prenons toujours, à bon compte, de la poudre de Jf. de Lorme,

Après cinq semaines de martyre (lettre du 16 février), la dame commence à marcher un peu, mais le gonflement de la plupart des articulations persiste, et en dépit de la fameuse poudre, la guérison se fit longtemps attendre, car le 22 mars suivant, elle était encore forcée d'avoir recours à un secrétaire* Mon fils se connaît asse% joliment en fièvre et en santé; il ma été d*un grand secours et d^une grande consolation, Larmechin, de son côté, m*a toujours veillée depuis cinq semaines* Elle se sert d'une charmante expression pour peindre les suites de sa maladie : La fin infinie d'un rhumatisme est une chose incroyable, dit-elle, une main se renfle traîtreusement, un torticolis vous trouble* J'ai été malade de bonne foi pour la première fois de ma vie»

Sur ces entrefaites, madame de Grignan s'avisa d'accoucher à huit mois d'un petit garçon qui ne vécut pas longtemps. Nouveau sujet d'inquiétudes pour madame de Sévigné. On attribua cet accident à un bain de pieds trop

prolongé, pendant deux heures^ dit le marquis de Sévlgné. Mais reprenons le cours de notre rhumatisme.

Madame de Sévigné se plaint de la lenteur de la guérlson de l'enflure permanente de ses mains, elle est chagrine de retourner à Paris comme estropiée. Elle ajoute : J*en ai piqué d*honneur mon médecin dHci, et je prie mon filSt qui est à Parist de demander à quelque médecin sHl n'y a rien qui puisse avancer la guérison après deux mois de souffrance. Elle cède tout naturellement à Fennui de cet état si long et si pénible, elle dit à sa fille : Ma main droite va toujours en empirando. Un rhumatisme est une chose sur quoi je veux faire un livre; vous savex quelle héte c'est qu*un rhumatisme. Pareilles boutades reviennent d^ns chacune des lettres de la dame. Je suis maigre et j*en suis bien aise; je me promène sur les pieds de derrière, et si Von me veille encore ^ c'est parce que je ne puis me tourner toute seule dans mon lit, mais je ne laisse pas de dormir.

Pour hâter le dégonflement des mains, madame de Sévigné fit des lavages, suivant Tordonnance du vieux de Lorme que son fils a consulté à Paris. Et puis elle prenait de temps en temps une dose de la fameuse poudre que le vieux médecin nommait du bon pain, car elle fait précisément tout ce que Von peut souhaiter et n'échauffe point du tout. J'espère que cette dernière prise achèvera de me guérir. Il y a neuf semaines que je n'ai point de mains. On ne saigne point en ce pays, aux rhumatismes. Quant à la question que vov^ me faites, je vous dirai le vers de Médée :

C'est ainsi qu'en partant je tous fais mes adieui.

Je suis persuadée qu'ils sont faits, et Von me dit que je vais reprendre le fil de ma belle santé. Nous verrons bientôt que la pauvre femme se trompait et qu'elle ne fut pas quitte si promptement de toutes ses misères.

Et vraiment la marquise est un peu fanfaronne de santé. Ah! si vous m'aviex vue en robe de chambre, écrit-elle à sa fille, coiffée de nuit, dans une grande chaise avec des oreillers, de bonne foi vous ne reconnattriex pas cette personne qui se coiffait en toupet, qui mettait son buse entre sa chair et sa chc^ mise, et qui ne s'asseyait que sur la pointe des sièges pliants. Mais patience, ajoule-t-elle, la bellissima madré reprendra bientôt tous ses droits à un titre aussi charmant.

Voici un chapitre de lunes qui n'a pas cessé d'être en faveur parmi ces dames. Le petit enfant né à huit mois vivra- t-il? L'ex-capucin Villebrune pense que cela n'est pas douteux s'il est né au commencement de la neuvième lune. Madame de Sévigné qui paraît accepter cette opinion, recommande à sa fille de chercher dans ses souvenirs, d'examiner attentivement la chose afin d'en tirer une conclusion. Madame de Grignan ne peut manquer d'éclaircir ce point délicat, et cela nous remet en mémoire que dans une autre circonstance, la marquise parlant de la femme de Beatilieu, son valet

de ehambre, dit très-oalrement : Elle n'accouche pas encore, elle s*esl trompée : ces eréaturet'là ne savent pas compter. Le reproche est vraiment plaisant. Si vous êtes accouchée seulement un jour sur le neuvième, le petit vivra : sinon, n'attende f point un prodige.

Terminons ce chapitre d'astronomie domestique en disant que dans une lettre du t*' avril 1671 , on trouve nn petit passage ainsi conçu : Regarde^ un peu la lune, ma. chère enfant, cette lune que je regarde aussi; nous voyons la même chose, quoique à deux cents Ueues Vune de Vav4re, Bien des fois depuis, et peut-être aussi avant madame de Sévigné, des amis, des amants séparés ont en recours à cette charmante illusion. À ceux qui se promènent la nuit, en proie aux tourments de l'absence ou d'un sentiment contrarié, à ceux qui lèvent les yeux au ciel per arnica silentia lunx, la pensée a dû venir d'établir cette sorte de correspondance aérienne qui a soulagé d'amères tristesses et adouci les rigueurs de l'exil.

Retour à Fans.

Le rhumatisme persévère, la pauvre malade quitte les Rochers pour reve^nlr à Paris ; la bise la tue, il lui faut de la chaleur, les sueurs ne font rien^ et toute bien portante qu'elle est, il faut la faire manger comme un enfant* Le changement d'air lui fut très-propice, dit elle; mais les mains ne veulent pas encore prendre part & cette guérison. Et cependant la malade avait consulté la Faculté; la poudre du bonhomme de Lorme ne l'avait pas guérie; on lui conseillait l'emploi des eaux de Bourbon, et, à celte occasion, elle remarque finement le plaisir qu'on prend à Ven détourner, sans savoir pour^ qtwiy malgré Vavis de tous les médecins. Dans le monde, il en est souvent ainsi; chacun fait l'entendu et donne des conseils à tort et à travers, comme si l'on était obligé d'avoir une opinion sur les choses médicales.

Ces dissidences dans son entourage la laissaient indécise, elle ne sait si elle ira à Vichy ou à Bourbon, mais elle ira à l'un ou à l'autre assurément, car elle a bâte d*étre guérie tout à fait. La main reprend peu à peu son service; on ne doit plus la veiller la nuit, mais il faut encore l'aider à se retourner dans son lit, et elle perd tout à fait la jolie chimère de se croire immortelle. Elle commence présentement (10 avril 1676) à se douter de quelque chose et se trouve humiliée jusqu'au point d'imaginer qu'elle pourrait Hen un jour pas» ser dans la barque comme les autres, et que Caron ne fait point de grdce.

Tout en parlant ainsi^ elle ajoute : Tous voyez que vwn écriture prend sa forme ordinaire : toute la guérison de ma main se renferme dans Vécfifwre* Je ne puis rien porter, une cuiller me parait la machine du monde et je suis enn eore assujettie à toutes les dépendances les plm fdchetues et les plus /lumiliantes que vous puissiez imaginer; mais je ne me plains de rien puisque je vow écris.

Nous ne devons pas omettre de noter ici une petite particularité, en dépit

de ce qu'elle pevi avoir 4e btlesgant pour nous, ei le Yoiei. la martfiiitfl feit observer meUguement è H fiHe qH'$^ê fi?« fu iU HiigaUê^ qu'elle o't qu'à ae orv^rtr dêsonmalêinonpoif dê$ nmèéâi. Nous ue la ohitaoeroBi pas 1«^ sur ce point. Le rhumatisme a toujours été le ebapp 4e bataille dtf guéaiifi seurs quand même, et souvent nous avons vu de pauyres maladea un peu trop exterminés par iea remèdes bérolfques qu'on leur avait tofligéa*

Lç vieux de Lorme insistait poqr les eaux de Bopfben, maialaBiarquiseï ua peu par esprit de contradiction, et aussi pour nepas se Couver avec vmùmm de Montespan, inclinait vers Vichy, sous prétexte que rexpérienee éf»^ fm faveur de ce dernier lieu, Mais arrive à la irav^pae la tiffible affaire de'la marquise de Brinvilliers, oatte célèbre empoisonneuse qui iota un si fvanâ trouble dans k haute soeiété parisienne, et dont l'hiatoire tient uue tranâe )daoe dans la oorrespoi^da&oe de madamAde Sévigné. I^ passerons aeva silence cet épisode qui n'a rien de médicaU ai oe Ureat peul-ftlre labijiarre tentative de suicide de cette horrible femme. On en trouvera la description dans un billet de M. de Gonlang^es faisant partie d'une lettre omnibtu, envoyée le 29 avril à toius les ^ignan du nuwde.

, Hais oa ppétend que pour retirer quelque fruit 4'UJRe «aiaon à Yic&yr tt tant d'abord être saigné, et la marquise a bi^ 4e i^ peineà se résoudie 4 cette obligation. Cependant, dit-elle, /e m^ xaiu si yktiie à» sivmt^ pour 1$$

^ome foie U fm% séf^lm c^m éfmHi$, SHe voit là mf^ Sfivte des viqgt-denx jours 4e ^vre qui l'ont dévorée »k\ Bretagœ, elleyeuttoiriopraaeTafr^bbi la »éimûire> car» dit*ellô, fétm meUê à 4e $i§fan4êfi r^afti««, m'uHifi mh ffm^ient scuptnt lei véri^&.

Les lettres de la marquise, ont, le gra^d «terme 4^ l'^ipRi^v^ j au Râieti; des affaires de famille, de quelque haute queatio» pqlitiq^^e ou dies intri» gués de la cour, on trouve tout à ^up vyp iucid^tAO^ieau, UP PP^U xm^ plein d'intérêt, et, par exemple uue biatoire cqpivie ceUe«ci i Jf^i^gpe éê Que, la 9eli0HUi^f fen «a 4 Ch0Ïksi ^Ue y pçrte m^ gt^f^ p^fmçift pougt. avoir ttmtis sortes de commodités. Jusque-là rieu de QQtable« upe religilepif a la fantaisie de changer de couvent, elle est riche, elle est libre, elie^po^ sa dévotion et sa fortune où bon lui plaît, rien de mieux* Vais la marqua va un peu plus loin. EUe changefa «outrent de eondt^ien, 4 moins qu^^nj^tn^ garçon (àmonio), qui est médecin dp Tabbc^, et que je vis hier à Hmy^ «# Vohlige à s*y tenir. Gomment cela pourra-t-il se faire? Quelle antorité aura le docteur àmonio pour axer cette nonne volage 4wi l»oélèbre abbaye? la dame va nous initier à oe mystère. Ha «J^#, ^est m kQvme de 2S on^, 4oi»| le mage est le phu heau et le plus etnirmmt q^faieiamm «n : Hç^Us yem emMM madame de Moioêti» et les dents pwfaitee ; h fHt$ 4m (pào^a copuii on imagine Rinaldo; de grandes boucles noires qui lui font la plus Piff^eMs

tête du monde. Voilà bien 4ea parfeotiemi et décritea avec une rarecoaspUn-

mp^^ m S^'Hlma ?W ««Wsp exquise; wU cea'çrtJW W^ Ce Mrof 4q ruelles pi Italien; MM. de Neyers et de BrUsac VoQt ^epé de Rome i JPafris, et ce dernier ('a mis, gpt^r ^ reffu^eTt 4^s Ije b^u milieu de rabb«jf de Ghelles^ dont sa sœur est abbesse. Une me parait rien moins qtue Laii^f pfirffihio. (Y, le? Contes de ]a Fpnmpiç,)

JJ)»»S4», »HVûe.4^ §4^i»4i.wte sy^9t «ui^i'w fôJ4$wrf>, on m^ «nr mf V^}^ ^^ms» ^ 1% 4d|nie «e liQitôAe Pji9 fiiiir POttSMr «lu» loin If

plaisanterie, /e crois que pltuieurs bonnes sceurs le trfinifiefgfm i leur gf4 $$ Ij^i ^irqnt U^rs n^^jon», ^^ j« jurcroM fuUil n'm gtKfnra VQs me que sOon ,è« xiu^ (fUippocraJ^. SqH^ yeqroos plq^ tiMKl )a mi^ de cetH» bisti>ife« I» warquisf^ y fait aUt^iou g^^^l^çfoia d^iyi le cwr» de a« «onre8fK>Ddane«, vf^m ^9^9 (Jonner de dét^ i)f pl^s précis $ui Qoweodra du mom iue ceuxci suffisent pour faire honneur à la Faculté

l^e il3 de in^flAR^ )l9,.(|rigMA^ oel^i qu'on ap»eHe le peHt mm^imk, était m P9i^^ 4élM:^t« tUnidc^t et Tqu praigoiât 9^e que sa conformation ne fit e^ a^P^^i^ F^&mJâ^.^ y«4M»Q de l^f Isné qni a de» ofûniona méAtoftlte m tauM ÇbP«e, dit 4 11^ lam ; t^^r fa ^liA, «W iMif «ulrr a#iiîf«; as .WHiâW»^%li«im flW*».<« 4lt «Jwmw Hinr «oirfiiw «l<rira#ff i^an^et; S Ai^ i^«Wr il< ^ ^^ l**l WlUt m «r^ »o»nl d# wmfrîlnra; tl f«ia fu'a

il^ffff^ p <4f j/^- V9Âi^ <i« l'jiN^oii^di^ cQimi^ ip la ci9^pn»MU alors, et enr A4f;9 i(M^<W4'b4 bieo ^. geQ? no fqnt guèr^ mleuï. Mais la œarquia» j^aQde 4e nwyeam rt^naeigQjeta^itfi lur œf te affaire ùoaX il n'est ph» parlé 4an3 le^ Içtirea suiyai^.

Qmie vQU^fiifinSf.ff^ l^lk, tf^^mr fm w^ vikitfM w^dmnephu nakte que jçmai^J Jffq f^^i^ p^fire 4t\uBktimo%np est la pUtfjoHe chose du monde; c'est le bon pain, comme dit le vieux de Lorme, On voit que madame de Sé- Tigné est encore sous le charmai mais cela ne durera pas longtemps. Le£( recèdes pii:9iQ]iflea;(^ ne ^^i en honneur chez elle que Jusqu'au moment où l'ennui dij^mal qui per&isie la ponssç à adopter quelque drogue npuTelle, et alors Q'es^ un enthousia^ime nouyeau jusqu'au jour où rillusion est détruite» Pe ^orit tQi^oyr^ : Mes ipatin %s se (erfi^et point; fai m^l çm§ §efMU9^ sm ^Mift^elie Pie l/N|t ffu^a si pUine dfi séfosit^it 9Uf j> croif qWil faMà saptifiX ^^jHir^caaai f^ qm dam le temps 0^ je suû, il faut e$iif4memenl if P^9êT^ Aeths If tlTi^ est di^ npjai 1676, çt elle ajoute : Je prendrai aus» wsâ Ùgè^e d^^tf^ à toMf fef end(i:oits encore affligés du rhumatisme; après cela il me semble que je pe, po^tfirai fort bien* En attendant, elle écrit à sa fille, $p^ la 9V^)9ie f^tn : fo^ M saignée c^ matin, co«M«f je 9ou^ Vai déjà dit au liqfidel^ çof^^UHafi^^ ^ft. i^rtt^, e!m utie grmde^ affmca; JfOHrel en était <iM fWW<H(^ Qvei était ce Maurel? peutrètre un cbirurgÂen, mais il n'y a 9m $il><l^V6Wi.^Uftr^Çimot;.ejyy& n'en dit pas plus, seuleneol «lia

ajoute : Après la saignée, fat pris de la poudre du hanhommey don$je suis très'contentè. On Toit qoe saignare, purgare régnent tyranniquement sar les elients de nos confrères de cette époque, et que la marquise se soumet à la règle.

Par sympathie peut-être, madame de Orignan aTait été purgée et saignée* Sa mère lui dit : La petite main tremblante de votre chirurgien me fait trem» hier, M. le prince disait une fois à un nouveau chirurgien : Ne tremMtfX-tMHCf point de me saigner? Fardi, monseigneur, c*est à vous de trembler, répon^ )dit^l ; et il disait vrai.

Voilà de ces petites choses qui frappent, qui nous font sourire, qui mon* trent la nature prise sur le fait; on peut seulement regretter de ne pas savoir le nom du médecin qui a fait une réponse si naïve et si Juste à un grand personnage tout plein de sa majesté et croyant que les pautres humains devaient frémir à son aspect.

Le chocolaté, lé café, tour à tour pris et quittés par ces dames, sont Fobjet de réflexions profondes. La marquise écrit à sa fille : Vous voilà donc bien revenue du café : mademoiselle de Mery Va aussi chassé de chef elle assef hon^ ieusement. Je suis persuadée que ce qui échauffe est plus sujet à ces revers que ce qui rafrakhit. Il en faut toujours revenir là; et, afin que vous le sachiez, toutes mes sérosités viennent si droit de la chaleur de mes entrailles, qu^apris que Vichy les aura consumées, on va me rafraîchir plus que jamais par dès eaUx, par des fruits, par tous mes lavages que vous connaisses* Rien ne manque à cette affaire, la théorie éclaire la pratique, on raisonne, mais par mal* heur il ne manque qu'un peu de réalité à ces suppositions dont nos confrères se contentaient alors. Je n'oserais pas affirmer que de nos Jours cer* tains grands médecins ne se contentassent d'explications analogues. Souvent dans" les sciences spéculatives les mots chabgent bien plus que les idées.

Yoyage à "Vichy.

ëdOu la marquise quitte Paris pour se rendre à Vichy, elle va à petites journées, elle couche à Gourance, près de Fontainebleau, puis à Montargis; elle se traite elle-même de poule mouillée, t^est mouillée au pied de la lettre, car je sue tout le jour, Tai encore des peaux de lièvre, parce que le frais du miOtin qui donne la vie à tout le monde, me parait un hiver glacé; de sorte que faime mieux atoir trop chaud dix heures durant, que â^avoir froid une demi" heure. Pour bien prendre les eaux, dit-elle, il faudrait être fpetmerala, indifférente; mais elle ne peut atteindre à cette perfection de détachement, et les affections de famille tiennent trop de place en son cœur.

Arrivée à Vichy le samedi, 16 mai 1676, après six jours de voyage, madame de SéTigné commence dès le lendemain à prendre les eaux ; elle débute par douze verres de ce liquide bouillant, (fun goût de salpêtre fort désa^ gréàble. On Ta à six heures à la fontaine, tout le monde 8*y trouve, on Mt

$t Pon fait UM fort fHUdne ti<n«; c'est encore comme cela aujourd'hui. On tcwmêj onva, on vient, on se promène, on entend la messe, on rend ses eaus^ an parle eonjidemment de la manière dont on les rend : il n*est question que de cela jusqu'à midi. Ce programme a bien subi quelques modifications, mais au fond c'est toujours la même chose. La dame a été un peu purgée de ces dooie verres d'eau, et c'est tout ce que Von désire, dit-elle. La fameuse douche Tiendra plus tard.

Parmi les malades qui étaient à Yichy en même temps que madame d^e Sévigné, il en est une« madame de Brissac, qui y était venue pour remédier à une singulière infirmité. Les indiscrétions des faiseurs de vaudevilles nous ont appris que la pauvre dame était sujette à des accidents qu'on ne rencontre guère que chez les enfants en bas âge, elle ne pouvait pas toujours retenir des évacuations qui causaient un vrai scandale dans la société, et les rieurs en faisaient des gorges chaudes. Quoi qu'il en soit, on avait pensé que Vichy pouvait lui être utile, et voici une petite scène racontée par la marquise.

Madame de Brissac avait aujourd'hui la colique; elle était au lit, belle et coiffée à coiffer tout le mande; je voudrais que vous eiusiex vu Vusage qu'elle faisait de ses douleurs^ et de ses yeux, et des cris, et des hrasy et des mains qui traînaient sur sa couverture, et les situations et la compassion qu'elle voulait qu'on eût : chamarrée de tendresse et d* admiration, je regardais cette pièce, et je la trouvais si belle que mon attention a dû paraître un saisissevMnt dont je crois qu'on me saura bon gré, La noble dame termine cette scène par une convalescence pleine de langueur, dit la marquise, et nous passons outre

Madame de Sévigné dit tout simplement que les médecins de Vichy lui sont antipathiques sans s'expliquer davantage. Elle a commencé la fameuse douche qui doit désenfler les mains, les genoux et le reste. C'est une assex bonne répétition du purgatoire. On est toute ntte dans un petit lieu souterrain oà fou trouve un tuyau de cette eau chaude, qu'une femme vous fait aller où vous vouUx. Cet état où Von conserve à peine une feuille de figuier pour tout vêtement, est une chose assex humiliante. Derrière un rideau se met qtielqu*un qui votu soutient le courage pendant une demi-heure, C* était pour moi un médecin de Gannet (sans doute Gannat, petite ville voisine de Vichy) que madame de Noailles a mené à toutes ses eaux^ qu'elle aime fort, qui est un fort honnête garçon, point charlatan ni préoccupé de rien, qu'elle m'a envoyé par pure et bonne amitié.

Voilà certes une mise en scène complète et qui a de plus le mérite de nous faire connaître un médecin tout à fait digne de ce nom, un homme de bonne compagnie, capable de marcher de pair avec des femmes de la plus haute distinction. On se complaît à voir tout le bien qu'en dit la marquise. Je le retiens, m'en dût'il coûter mon bonnet, car ceux d'ici me sont entière'^ ment insupportables. Quel dommage que l'on ne trouve pas un mot dans toute

eëtte IrAdte ^rfespOfidfttteé c^dl àe f appôtte doi 6($fi0hiif es de* fêiift Ï6 ràrlf €«t M»into m*amuiBi il Hé t«lt«iKMè pbChr d t^ ^HaM f>i^«IH; Il ^¥«1^ l«tiiM§ ^iHf titwirt d eeUi dé Cmikt (ÀiliOt)!^ ; ti ft ()è téHpHh Se tlMt<^ lel<r, a t(MhaU h inonde ; ^fn fen suit tàniHit, Matà tbyt^ii^ (idffitifëAt dh «ilMaiâlre la douche.

RtprétÈHm-voHi HH jet (f èoti tonfre 4i«H^U*)èfié àe iM ^àuf)téè pmiér, toute la plus houiUante que vous puissiex vous imaginer. On iktof it(MH fn^ ïarfhé pariôut ^tir metm èfn mouvement touk Uk éspHts^ et pnik OH i'àttnèhe àUatjoihtuHS «itf ffnt été OffUgéH; iiKàii iiMiMd Oh îiMt û ta nu^tiè du eéu, fc'èd une é&tU ûefiuèiàè turpHsè qui ne se peûi iom^mékëte; àeiï U Wpè^^JSh1i^ U wôsuû de Vttfàire.

N6US ta kvônâ pas Û lès malades actuels de Vichy sôùfiTrènt té imàHyfë &l pittoreé()uèmeht décrit par madame de Sétigné, mais on c6mpl*êrïd biefi l*t)tiiité d*une douche thermale àtissi acilTe, et te ph)cédé de la dotkAétifé e§t fort ratiohfiel. G*est t)enâant cette opèrailon que le Hiédëcih parlait ft la inàlade, puis on la portait au lit, bien enveloppée de couyertures^ et là une scient abbndantè De tisirdàit t)às à se déclarer, toid ekicore oïl inon %éâ;écH ésï (H^; bdr tttt KèU de m*(^hnd<>nner à deta Heures i^un Hnui t^i ne ptui "se sêj^èt de la sutut, je le fais lire, et tek me divertît. On n'est pas plus grande HâMë» assurément, et l'on ne t^eut toujours Se passer de pareilles fàntslt^les. lôè malades qui encombrent Vic&t et àuiquèts une âôu2ailiè de médecihs (lieU^ tent à peine suaire aujourd^bui, ne soht plus â la vérité soumis au même régime^ mais il faut convenir qu*il est difficile dé prendre ses aises âtt pblnt où nous voyons là marquise de Sévignë.

Il est à remarquer que, tieddàDt ies dbUclies, on supprimant la bokson sous prétexte que cela eût fait trop de choses à la fois ; on la remplaçait t)ar les bouillons de poulet; «1 n*y à rien de plus simple et àè plus rafratchissaht, dit la dame^ et nous l'en Croyons Volontiers. Combien le Vichy actuel difrè^ë de Celui de 16761 Alors on se (it^hàit de sobHété, tout était pour rien ; on avèSt deux poulets pour quelques sôu^, on se promenait beaucoup^ on voyait leS paysans danser des hourrées, on se couchait dé bonne heure. Mais les malades de ce temps-là ne ressemblaient giièré à Ceux que l^oh y envoie main* tenant, lés eaux thermales ne jouaient pas un rôle aussi important que cëldi qui leur est attribué de nos jburs, et qui tend â devenir dé pliis en pliiâ important. Â nàesure que l'on étudie mieui cerlàineà formes pathologique^ dont la nature nous est moins connue, on constate que les eaux minérale Ont une eMcactté que ne présente aucun autre iiioyèn de traitement.

Mais parlons de ta charmante douche^ continué la dame, je vous eh ai fàiï ta description, j'en suis â la quatriètàe; firaijusqu*à huit. Mes sueurs soni si extrêmes que je perce jusqu'à mes matelas. Se pense que ^est toute l'eàù çtie j*ai hue depuis que je suis ait monde. It paraît que je n'ai pas assea pleure votre absence, puisqt^il me resté tant d'eau; je crois qu'en huit jours tï en èh

ffMrif d# mon panvft eorpê plut de «n'n^i ptnief . Bile remarque fdrt toien qu'après la eéréifionièi i4 têH et le corpt iont m moiiv^menf^ t&ui Ui ttpHtt en ta}»p9tgné,dei bàiteé^Hts parumt. La Bueûr se déclare aprèâ tiiie hetire de repoë et dure de^x heures et t)las$ le médecin fait la lecture» on crnse, on l^loso($he, et coftime il h*eât pas charlatan, eomi/he ii ttiaiu la midëoine en fatofit homme, le temps passe facilement; il y à là nnë tonadgë délioate, adflurément, mais ntms la TOlKlrions plnâ eitplicite. Quoi quUl en soit, madame ée SéTigoé aJQrffle que les sueuts ({ui affaiblisseat tout lé monde lui don^ nent de la feree^ ce qui prdtkYe$ dit-elle, que «a fitibleeèê t^nedi Het tttperfM^ y$ ^'tltè tkvtUt étant h eorpii Les genotix TOht mieux ^ les mains sont plus lentes fl suitre ce bon exemple t mais cela tlmdf a aVec le témpk.

Je iniik jfrodige A) FU^yi ëotit-elle le 8 Juin, poitr aMit to^eim la éouehe têumge^Mwênti Mes }ût¥eti en ioht guêrU; H /• fênhaii ¥M9 mâim il n'f péfoâtraît pltti. PoUr les eam, fen prendrai itii^M samèM, é'^est m^H ireiMièm» fbWi eUes me pnr§ént H firt» fOHt è»b«eotip (te Nen. Elle se mdqtie trèêagréfièlemeiit d'nûe tieille daitië qui teut absolument suitre le mdtiie régime, espérant Sans dottte y rajeunir. Il y a là une peinture charmante d'Un grand ridicule, inais donceiiient mitigrée par l'éldgë bieh senti de reiârème l»ieiiAisance de la malade (^nU ribhe et généreuse, répandait Tor à pleines toaiuB âurtDutes les misères qu'elle poutéit décontrih Madame de Séflgné', «teo feon grain de malice, a traimebt bne bdte ftme qtte toncbe sen- Hiblamsat la mélhdre bohne a&tiod. Madame de Pequigny eenrt à la fontaine, elle tent être gaërte de tons les ineentédients de son grand âge^ elle e&t d'àiiieûrs soutenue dans cet espoir par les médeeinii de yiehy> mais le docteur de la marquise se inoque de ses confrères^ tonjohrd charitablement, tmxÊ&e cela se pratique encore et eotiiide cela se pratipera toujours.

Iftdame de Sétigné note atec hn soid eitréme les rudëâ leçons que la fc^lune ctonne à cent qui passent pour ses fatoris. Ainsi le Ibarécbâl de Roché-^ f^ meurt tout ft coa[i dans là fledr de Fâ^e, â 10 ans, d'une hiiâéràble fiètre Qdhble tiëtce, et d'atitaut plus mal à t)ropos, dit là dame, que Vambition de èel éinbîtmâ mU misfàeiie.

Nous âériods tenté de lui ^ptd^ér ëe derhiëi' trait. Htt ambitieux n'est-il P(S tohidUlis insatiable r

Mais detJtiië quand la fièv^ double tiëi'ce tue-t-elle <^ëi qtil en sont àijrébtés? Notes qtte là maladie a doté très-peii de templs, tin peu plus cepéUdânt qUë ché» t^e pëlrabhnage qui disait t ràt la t^tre ^f m îêÊpuîé hîer, et dont madame de Sévigné setnoque joyeusement. Il parait (jti'alôrà on ne sayàit

t>ës bien qnéitéâ étàretit les formes ^ei^tiibieiises ^ë forti a décrites àifec

tkMdieioin.

irifnmeur èfitiq^têdé là marquise ne s'en Va fjàs tëht entière par la j^eauj il en reste, et même beaucoup, du sèrribe dés ^éhi ridicules qui Tiennent demander aux eaux de Vichy Që§ iiliràclës, dti (ilUtÔt des impossibilités.

Oatramadame de Pequigny (la sibylle de Gumes) efisayant de se débarrasser des 75 ans qui l'iDCommodent , et une aiitre folle qni hredoviUe d^une apo" plewie, il en est d'autres qui font dire à la dame que Yioliy deyiebt les PeHtês Maisont. Et puis ce bel esprit, cette tête qui juge si bien de tant de chose», se livre à une ewpérienee tendant à établir que la chaleur des eaux thermales diffère essentiellemeot de celle que nous produisons dans nos maisons. /< mis hier moi-même une rose dans la fontaine bouillante; elle y fut longtemps saucée et resatieée, je Ven tirai comme de dessus sa tige, JTen mis une autre dans une poélonnée d*eau chaïude, elle y fut bouillie en un moment.

On sourit en lisant les lignes suivantes : Cette expérience, dont f avais ouï parler^ me fit plaisir; il est certain que ces eauà<i sont miraculeuses. Déjà cependant à cette époque on connaissait le thermomètre, car la marquise en parle à propos des hautes températures de Tété. Que n'a-t-elie eu la pensée de se servir d'un Instrument de ce genre, et de constater le degré de chaleur de la prétendue source bouillante? Elle aurait vu que ce bouillonnement n'indique pas une chaleur très-grande (41« centigr,), et que l'agitation de Feau est causée par des gaz qui s'échappent des entrailles de la terre. Il n'y a qu'apparence d'ébuliition, et la rose saucée et resaïucée n'a pas pu en être notablement altérée. Le même thermomètre placé dans cette poéUmnée d'eaû chaude aurait donné la clef du mystère, car pour peu que l'eau eût bouilli sur le feu, elle avait atteint 100 degrés, et par conséquent la pauvre fleur devait y périr aussitôt. Gela prouve que la prétendue expérience si sentent invoquée par les gens du monde ne prouve rien, et que la sent^ce d'Hippocrate, esvperientia fàllas, s'applique à un grand nombre de faits dont les conditions matérielles ne sont pas mieux interprétées.

Les mains, les pauvres mains sont toujours rebelles. Je ne puis les fermer qu'autant qu*il faut pour tenir une plume; le dedans ne fait aucun semblant de vo^Uoir se désenfler* Que dites-vous des restes agréables d'un rhumedisme ? On conviendra volontiers que madame de Sévigné avait raison de se plaindre d'un tel ennui, mais était-elle bien autorisée à critiquer le diagnostic des médecins qui disaient que le cardinal de Retz avait un mal de tête occasionné par un rhumatisme des membranes? Quel diantre de nomi s'écrie-t-elle aussitôt. Il n'y a là d'étonnant que i'étonnement de la dame, et tous les gens du métier savent parfaitement ce que cela veut dire. Une science est une langue bien faite, a dit Gondillac ; ne faisons pas un crime à madame de SévigUjé de ne pas savoir parler de médecine. Nos contemporains, bien moins excusables qu'elle, n'y sont pas plus habiles.

En dépit de tant de sueurs et de purgations, bien que la dame se vante de son admirable santé, bien qu'elle craigne d'engraisser (lettre du 11 juin), elle va quitter Vichy, pouvant dire comme tant d'autres, mais ne le disant pas:

Ce bain si chtad, tant de fois éproofé.

M'a laiisé comme il m'a trouTé *

Oq m conseille d'aller au mont Dore essayer une cure noutelle, mais elle s*y refuse, et elle revient à Paris à petites Journées, s'arrêtant chez ses amis, se purgeant de temps en temps, ce qu*elle appelle U cérémonial de Yiehy. Son mal a paru exercer sur elle une salutaire influence ; elle se propose d'être plus prudente à TaTenir, et si elle était tentée de Toublier, il suffira de lui crier : rhwnatistMJ pour qu'elle rentre promptement dans le devoir.

Retour à Paris.

De retour à Paris, madame de Sévignô reprend son train de vie; elle voit du monde, elle écoute ces donneurs d'avis, et comme ses mains sont toujours roides et gonflées, les recettes favorables la séduisent de nouveau. L'ex-capucin YUlehrune^ qui lui a donné quelques conseils aux Rochers, a fait un voyage dans le Midi; il est allé à Montpellier, sous prétexte d'y recueillir des formules excellentes^ et, dans une visite qu'il fait au château de Grignan, il expédie à la marquise, par les soins de la comtesse, une poudre admirable qui doit faire disparaître les dernières traces de la maladie.

Dans une lettre du mercredi, l*' juillet 1676, se trouve une lettre à propos de la mort de l'évêque de Saintes (fils du maréchal defiassompierre), et voici ce qu'on en dit :/<a étévingt<inqjot¥rsmaiade,Maigné treixe fois; et hiermatinil était eant fièvre^ et se croyait en^tièrement hors d'affaire j et tout d'un coup il est retombé dans Vagonie. Rien ne nous peut indiquer la maladie à laquelle a succombé ce prélat.

Yillebrune aflirmait que sa poudre ressuscitait les morts; il voulait faire concurrence au bonhomme de Lorme; mais nous ne voyons pas que ses pro* messes aient été réalisées.

Parmi les remèdes qu'on propose à la marquise, il en est un qui lui cause beaucoup de répugnance; le sang de bœuf tout chaud forme un bain dont on a beaucoup vanté les heureux effets pour redonner de la souplesse à des muscles affaiblis. Mais toutes ces choses s'effacent un peu devant les incidents du inrocès de la Brinvilliers, et le 17 juillet la marquise écrit à sa fille : Enfin^ c'en est fait, la BrinviUiers est en Vair; son pauvre petit corps a été jeté^ après l'exécution, dans un fort grand feu, et ses cendres au vent; de sorte que nous la respirons, et que par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante, dont nota serons tout étonnés. On prétend que la question ne lui fut pas donnée dans la crainte qu'elle parlât ; elle aurait pu compromettre bien des personnes haut placées. On ne sait rien sur le poison qu'elle employait, k cette époque, on ne connaissait au* cun moyen de découvrir la nature des substances vénéneuses et la justice était abandonnée â ses propres inspirations.

lia marquise, qui conserve toutes ses petites misères, témoigne une extrême bienveillance à son capucin-docteur. Villebrune dit qu'il m'a guérie ; hélas! je suis bien aise que cela lui soit bon. Il n*est pas en état de négliger

th HM m àïïîH âèi fàfàei et det Ètmkeaû {Ji\^nài j^ntonnagëé du Midi) in û§hi modo. Tardes ràande à Cà^ithèUi i[Ue, itohl tètïè ^in$ée, il te féviit èk^he U ài&u Ûè Ut inr^déeiné.

tlil toit pai- là qti*& i\±, qu*â Marseille, et même à ttôhtpellier (M de Moulh bëftu étiiiit pt'élàtdetitde lïi comr des comptés de cette dernière Tille) tîn hdnime sdiié titré lèi^l était tscnâttllë ^iï deà g^ûs (jaè leQt{)bÉitidti aurait dû éioi^ gner d'un acte aussi peu réfléchie

Continuons l'essai des drogues anti-rbumatismales. JTai d^une manière de ^^mààe 4tl{ Ifie tfuMrà^ à tè qnCoh m'ais^e. Le bbnitomme de LOtilië a i^hAi là mâlkde qol ft'à pas suivi à la lettre àes pi-esërlptions, qdi ëist allée ft Vlbliy plhtôt qu'à Bôbrboh. 11 défend lèS èâlix t^tisés eu Sutotniiè (oh ëbii^ Éeilldlt à ia dàmë tiûë Secondé àiisbti àYlétl^] mhis 11 l'ëcodibàtide sa pdu^ Ah kû mois dé keptèthbré. Et mtûttié màdaine de SéVi^é l'a consulté â pf o^ pas dé tt (^tit ^n^titi né aVatit tetàie, tiont la iêtë est molle, le f ieui mé^ déeitt il dit qu'il ti'y im\ riétl â faire pdur felelà, et que te l«tnj» tuifmtlfà erdne huit tôfnine àuS; diiirtr». BwMem h*à dît M fàiihe th^èè éti^tt^^ fé fohi ki âlérnièri.

Le mêtiie Bôutrdelot ëiillontië à la dame de marcher, de faire beatit^tip tt'èiérèicè, dé |$èW iuè Ua ¥éïé nîè tè iôtij^, \i*oû ^ènnéiii thJèi opprettlbiu,

Tbllâ bien flës ôhdsès; dne iètë d^nfàbt dbni ÏU futures ëtmt eu retàM, dsslàcàtion ibbomplèté ôdbtre laquelle les médeeinis ne propoi^ent ndcbn tbmède. Il est probable que le fameux capucin ne se fût pas abstenu. Mai^, ce 4iii est pluft séi'ieui, c'est cet atêb d'op^resâibd qUë nous enregistrons pour là première foib et qui notiâ inquiète, non pas en raisob du gonflement de rate, mais parce que nous y IrouTons l'indice d'une lésioh plus grave. Notts teffôné bientôt éi c^ï abcident persiste et s'il faut \e rattacher à la cause rhumatismale.

La belle dame se pei'met rarement des excursions kût le domalhè anatdmique ; on comprend à quel titre ils lui répugnent. Mais, dans une Circobtanéè fiatticulière, étle usé plaisammebt de cette ressource. Dans ube lettre dd S août, annonçant la prise de la Ville d'Àl^è, elle dit qtiè leà ennemis ont été tellement épouvantés de nôïle canOb que tés hètft eu àôi qïit s^betit à H tourner eï téUHn qiii fàM Hkuer lei jatAhes pour s'énfair, ^'ont pu itfte Wtf lt</ï jpà'r là tàlonté ^acquérir dé ta gloire, et voilà ce qui faiï qwè Hotil prè^ Hofu des vilUs,

fl parait que vers dette même époque madame de l^éVigné réunit êti consultation trois doctedrs de la Faculté, savbii' : de Lôtmë^ Édtirdelot èlTeâoii. Tous trois décidèrent qiie les ëauï deTichy ne devaient pas être prisés une seconde fois ; en voici les motifs i tU ne itouvèrent pas que cette àôsè db ehàleut, si près VUnè de Vdiitfé,fût uhe boHné et prudente Conduite: Et p\Ai la dame Hjoute : Oh iftt<èfdtt entréptendre ee iioyage contré Tavis des thèmes iUtdeciHs Hûi m^i àvioLièhl it MéH eHboyiè. Si h'dt nulle ûpifiiàlireié, éi je

■M làuu eùnduire avtt uh« iwiUu qwê je n'avait pàé avaM itSxxÀt M tHalade.

Sile se Vante un pea, câ^, iiita une lettre d<l 3é aoAt, elle s'amuse S pfo- YÔI^uer dea déctsioDE médicales aSBez peu coDcordantes, ctttnUe cela dirire Iroj) Souïent, et ^lle pitrt de là pOur iè mqàtt âëâ mé<lËclti«. Klte icAbvinera certaiDcmenl â l^ichy cet éti^ ; Viton Ht à^jcurd'hiit qu'il ixUiitaU gut et /dl tout à Phturè; dé tormi Ht qut je ni'sri gàrit ilth daÀt eitte laiton; Éourdelot àitquej'y mourtiit, et ^« j*a{ MHeovhHé qM je ni iHii que ftu, f I gw mon rKumdlMtiw n'itatt tenu 4ue de cHaleur. touJoui'S Ù iKl^tiriË, fokia la liame ajdule aTËc uaé frSDcbiBé un peu Ëhitâlê : J'at'ne i Ui éotàû^t fouT me moquir ieùx : fi«ul-oii iwtr rûn de ptiu piatiaht que dite diter-

Auf

Elle prend occasion de cette divergence d'opinions pour suivre ^BT^ qui )<]i coDTiendt'a. J'ai prétentement pour me gouverner mon beau mfiécîn de Cheiiet ! je voue atture qu'il èniaitauiant et plu* que Ui buIrU. Husolïèt médire de «((« t^robalion ; mail ti vota nn> âqniji deuà jouTt,

je crovaii awtr pi i

peiitmrslëreo'ee i

tant B'eiiasicr; lit ,

sidsme, mais mai) elle i. ces MotitenieUls passldfl-

nés qu'il faut bien

£n|U, dit-elle, . t Uotn «TÎM taCg^», jt m'en

tient à M gti'ti m'ordoMie et je prendrai tntuite dt la poudr* <U mon tMiwmm».

 merveille, tout cela marché ensemble, un peu de l'un, un pËn de l'ïdlrë, c'est de l'écleclisme, ce qui ne l'empêche pas tie dire â sa Olle, Quelques Jours après : Foild mon )olt médecin qui me trouve en fort bonne santé, tout glorieux de ce que je iui ai obéi âiux outroiijouri.tl puis, ToiL'i le C0Di[itémenl ; U fait un tempt frais, qui pourrait hien nous déterminer à pr«nore de ia|>oudr« de mon bonhomme. Et, et ce grand rtmèdi qui

fait peur à tout le mond<, »t une l il me fait dei mer-

peillei. tl est vrai ^qu'elle avait èupn ut lË gentil AtboûlO,

qui lui conla pendanî l'opéraliou, el millÊ choses difër-

lissantes, toiit eh rêçominandant un' ë faili'aculeuse pouf

ies ipatns en fiées, (^eflé-ci ^t compo! f el d'ead de là reine

de Hongrie.

Le marquis de Srancas, celui qui a servi de type au Dietràit dé La Shifër*^, avait aussi lui sa petite recette pour guérir les htalns Ihiftolenteil. in Heii au saDg d'un bcènr nonvellelnent égorgé, ce personnage voulait qiîé l'on se sérvll dé la vctidàng'^ c'eBl-à-dfcè du raisin nouvellement écrasé, r^uni éù' tnassé el fermenlanl bïchlftU fit conmfc ta josiSâi accepte idài les cohSfcll^!

e|le a^itra celoi-li comme tant d'autres, Jos^u'â ce qne Tinsticcès l'en dégoûte.

£q attendant, elle prend la fameuse poudre, puis une pilule chaque matin, de TaTis de Yeson et de Ghelles (Àmonio), afin à^empécher les sérosités qui $'*ainassèr$Ht rannée passée sur mon pauvre corps : le remède est spécifique, ajoute la dame, et puis je mettrai mes mains en pleine vendange.

Il manque à cette collection un petit médicamen» que le seigneur Amonio préconise beaucoup, la hétoine, et la marquise, docile à ses instructions, prend chaque matin un petit bouillon de cette plante qui purge le cerveau avec une douceur très-salutaire, (Lettre du 16 septembre.) Cest précisément ce qu*il me faut; fen prendrai huit jours et puis la vendange. Enfin, je ne pense qu*à ma santé; c*est ce qui s*appelle présentement mettre du sucre sur du macaron.

Gomment croire madame de Se vigne quand elle dit : Âhl que j'en veux au» médecinsi queUe forfanterie que leur art ! On lui a raconté le UaXade ivnagi' natVe, elle rit de cet élixir dont il faut mettre seize gouttes dans treize cuillerées d'eau, s'il y en eût eu quatorze, tout était perdu. Et la promenade dans la chambre après la pilule prise? Faut-il marcher en long ou en large? Cela me fit fort rire, et Von appliqtie cette folie à tout moment. La charmante femme riait d'elle-même sans s'en douter. De te fabula narratur, G*est le propre d'un génie comme Molière de présenter le miroir aux ridicules qui s'y Toient et ne se reconnaissent pas. Que de fois madame de Sévigné a raisonne comme Argan, agi comme lui, et que les Argans sont communs dans le monde I

Mais voici un peu de médecine réelle, où l'imagination du patient n'est pour rien, où l'art a dû interrenir avec énergie, car le danger était grand.

Une des plus proches parentes de madame de Séyigné, madame de Goulanges, fut affectée tout à coup de grosse fièvre avec des redoublements. Le frisson lui prit à Versailles, c*est demain le quatrième jour* Elle a été saignée, et si cela dure, elle est d'une considération et dans un lieu qui ne permettent pas qu*on lui laisse une goutte de sang. De quoi s'agit-il? Très -probablement d'une fluxion de poitrine. Les éclaircissements sont rares dans les lettres de la marquise, elle a horreur de certains détails, et cependant on trouve le passage suivant : Son mal lui pritàChaville, en revenant de Versailles. Madame Le Tellier fut frappée en même temps qu*elle et revint en diligence à Paris où eUe reçut hier le viatique. Et, chose à noter, Beaujeu, la demoiselle de compagnie de madame de Goulanges, a éprouvé le même accident, et ces trois personnes sont arrivées à toute extrémité; elles ont été saignées, administrées, et la pauvre Beaujeu, comme les autres, se tira d'affaire.

En vérité, c'est une terrible maladie; mais ayant vu de quelle façon les médecins font saigner rudement une pauvre personne, et sachant qw je n'ai point de veines^ je déclarai hier au premier présiuent de la ^mr des aides.

qui me vint vùir, que eijaimaii je suis en danger de wumrirf je le prierai de m*amener M, Sanguin dès le eommeneement. Il y a là un Trai calembour. Ce personnage était un fonctionnaire public, de la compagnie du premier président, et la dame se permet ce léger jeu de mots, qui parait étrange, sinon inconvenant, dans la circonstance fâcheuse où se trouvait une personne qui était à la fois sa parente et son amie.

11 ne tient qu'à nous de compter madame de Sévigné au nombre de nos ennemies ; elle ne perd aucune occasion de nous maltraiter, mais ce sont deft querelles qui ne tirent pas à conséquence : à la première occasion elle nons reviendra. Elle a beau dire : H n'y a qu*à voir ces messieurs pour ne vouloir jamais les mettre en postession de son corpi, nous la retrouverons bientôt toute disposée à subir la loi contre laquelle elle proteste, et se parer d'une aveugle obéissance aux prescriptions de ceux qu'elle maudit.

Cett de Varrière-main qu'ils ont tué Beaujeu, dit-elle encore; j*ai pensé vingt fois à Molière depuis que je vois tout eed, f espère cependant que ma^ dame de Coulanges échappera^ malgré tous leurs mauvais traitements. On ne peut , à vrai dire , nous malmener davantage, et nous en serions grandement scandalisé si nous ne savions qu'il était alors du bel air de se moquer des médecins. Molière formulait la pensée de tout le monde et tout le monde se hâfait de parler comme lui. On conviendra volontiers que la Faculté prétait sufQsamment au ridicule.

n y a dans la narration de la marquise plusieurs mots des plus piquants^ non plus contre les médecins , mais contre des choses â*un ordre plus relevé; nous les passons sous silence tout en faisant remarquer que dans sa correspondance intime la dame ne respecte rien ; elle fait l'esprit fort, elle critique sans réserve, tout cède à sa verve railleuse ; elle flaire les ridicules d'une lieue> elle les signale sans scrupule, et si nous avons le droit de nous plaindre de ses rigueurs, les cardinaux, les prélats et les abbés, ses amis, pouvaient^ à non moins juste titre, blâmer ses épigrammes.

Madame de Coulanges, revenue à la convalescence, ne voulait pas convenir que Beaujeu eût été plus malade qu'elle, et quand on lui disait que cette pauvre demoiselle avait reçu l'extréme-onction, elle répondait d^une voix de Vautre monde : Je la méritais autant qu*elle. C'est le cas de dire avec la ibarquise : Que pensea-votu de cette ambition?

Vers le quatorzième jour de sa maladie, les médecins n'en répondaient pas encore parce que la fièvre persistait, qu'il y avait des rêvasseries annonçant quelque excitation du cerveau ; mais les redoublements diminuaient peu à peu; on lui donna un peu d'émétique qu'elle prit assez mal, et qui ne produisit que peu d'effet.

Madame de Sévigné passait beaucoup de temps auprès de la malade, mais, dit-elle, je suis dans la chambre, dans le jardin, je vais, je viens, je cause avec mHk gens, je me promène, je ne prends point VàHr de la fièvre. Cette idée

rabbesse qui, pour se venger, iQtçjc^it VOP^:^^ 4Q oq^Xf 9t fi tftttS le^ P^^ i^f ^s. .^» ^^ riçjigi|çmw«> Qçlft p »> W<5»W de brait, jpif Q^ \W^m^\\ la

sait M monlref: Oevifflf ^i^ 4« If, ^fjfl^^f . , ,

.s^lYjcç auQjtjflq r^gi^^Rt^nq, naj^lsbiça ^^jf çjjjjr icç, Pn eM forcé defÇf^

. Ji4p^ MfSi^l m^ ^ TWd^ngQ q^W)8 4té pr|9, ? Q^ ^n^ lettre; ^^ri^^^^ son cousin Bussy, la marquise dit qu'elle les pread J d^s^ vm. ^]^^ .V9^ ^.flA^j, pljp Ait iqitt'pff Vep çi ^ia^déi; i ^^ ?»^'f«^l «o^ ^«^r^ (|t*^ ^ «ijn^e

4^f<»ui^. Y^^oi} l^tj^m^,, ïHf ^y^H dWR4 c§ WWU ^ f*Pgé 4'F^, || .^ Wm^-f ej eUe ^Qute : |^i^'|Ç^f y^^ « (^'«^<^9^l14r^,^t(^ V&m^f^ej^\\ y

^ là pîjf. afif^^ir^ d^go^^t i«i^iv^<;tw5' M «oujife .4» pèï;e ^^ Wm ^\ é

même natur.ç.qjje Véoiétiqup^ Çt>»tM?^ pyép^^iw ^tii^onj^l^^ 9P^^^. # laL;pR^jae ^papi^re, et la dftjaa§ en ^yait rçiUé d'isflez hx)n^ efiçt^ pa^ P'fUe îikt tr^j§-z^é€^ à Vepiiroit de cie rw^^ W? Gqy-PaUn f^t taat d*|aitçe9 ont j?oïM:ç,Miyi 4e leurs a?cgunnept§ et 4^ liRWfs iftypc^tiT^.

Mf^m ^ Coiff(mf^$ raient ^<t|ii:^f|^< (je j^ir^^ft»^ Pfl^«#*. flTlf puisse avoir ; il y a encore de la fièyr^» fg^s ^IJLe p^t ^ y wjiter ^'^tre d^q^ ^e bon G^ejpUi.46 lacppyajjescence.

Un ami cojwnuo de ces ùm^, H, de hs^n^}^, a CMUi P^f^u^M^ d*UQP !;9r 4(9^iiD¥p9tJloa a^uÇi de pQitriue^ et noua.ep ^K9% ^ cppolus^op que çe^içf(^|^ de mWi^ p'était pf^ rare dw^ l>utpWe *e i67§.

On trouve ici un renseignement sur la seconde s^i;|pp dç Yicby^ I,iÇi^|)klvM^ çoatlDijieUes opt repdja }^ .ef^a^< t|)$^-«(^^uiç%Uef^ 90 n'$^ J^ pu les pr^^e •,©1}^ WW»8f J^ ^^M^^ d'ftVQiî: ]^$ji§|t,^ à c^jim; siM.rjr. B(?«?8Weipa. m f»

ée vflrtn, et blea ^Ue plittanto ta paitaBi tioal^ ob pMt tniKMi (^^Ht « ^uelcpie tendaBoe i se etiider aoi j^erffctkMM de n iratnre p<aa fàtH^ht m F^pottigor lei (^Mes qi^tei lui oonsBiti^* jl y a 1% un pelil lOittineBlito i»^ nité peesoBneli» cf^il ntert pas raiQ et imiMotr^ ctei tes offlaBlsaÉioQS élégaatès.

. Madama de ftoigiaiik i|si i^oceuiia toii|oDi« de la aaBlé da fa nève, )i|î eamie 4a loqd da la BsôTenq» daa aapfîitotiaBa (fuê iMiame âa Srtyljifté nfaeciietUe pis tiap Mm. Falft fBrf <k<j ti t f>b<|aM|i/b HH^dê êHp M|i >paiif (trari'iitla. Jl ma oiali molodaac^ia «nie giiérîa« /< «ana aianH qm k$ mh «ailf fii'oii ai^ dMindi t0i JOUI oppaaAi oMi iifM.

Le rlronatianena aebanM pas à teonnent^ la Bièfe) UeBitalilt le fitoi et noua appeenoBS» daBa nae leHve du fiS ecftf^e 4b la mêÊm aenée, 4»'4 tiaptsa, qu^il fait des. raoïèdes. U a «neaBtaaeèleiie» pUril, fuie le talon malpâe; il a dft^elHerl^affBéeet raweoirà Bana pour ae f atna! aqigiier. bi Qiàaapat plaise 4'alleDllait peur le pauvie wda^) cHe 8e>raepeUe le d^ ▼Miiie nt defeu flla^uaBd eHe toi ai MniwllileaMBt priae au» Aee^Ta^; 4 m «MMiMiM Jtig»t^l»er'f4f diacet««f, dit.le jewi^lieMBe» alte Mtfi^ffiMÊ fném» f iif awiipM m aati ya wnhtrâêi, a| tua ja e'eta f»# to <iii»a <»el»T «ii#^ e/i» di |MiiM«^ eia lénat^aaa tenfa fo tiadrawa al im09 Ntfwém ^ H

Le Qudad^ ee^le af^imàç paa ftena aei déaiea ambitieBi, H Mul réduite à me voir clopiner oQÊmê «l0|râieif iedîi Jl. dtf le lefàd/NiMliid, teî

«eprdMaitaifal^iiNiiieaiNi ieigiM*

¥elfll en petit BMAauf bb aeoowàeerdealPMiBeyeBad^ wêM^ 0» *f «M 2a e^4i»ii«^ k Ji^arid aai à l'atfmmf 4Êm$ êiimmAfi (fw^ Ireftaii if^ fMm ginàm ^peîBi,aàa^ Hejrtii imN ea» iaNii. Mena n'aiiBa itep d4 Manee à diia aw eeialMipitiPe» qni ae leee pbia ipkie Mble iiFûle deea \% correspoDdance; la fécondité de la fille prenatt dea aaaaBBe^ «t t^t^mii aeiet dea «K^seaaea p^dst paa (m4oi»m siB^ie lapis» le flNposaHane e domkd» eoDiQie qn a pB ^e» apeeeeToir.

ielNHipB é(Hpil^ aaafBw i Feyana mmmffâ pe» 9P«^i«f4 «mMhi eitune «ciol^iBa; atiaaif iMraie«lalaitM«iia;(iiair a#e'«flp4ud#fl^^

Madaqie 4e CMgoaB «^«ra è Parie le 22 d^ocmfare i 6^ et eUe «e fetopana eo ^tmfm» qu'ao meia de Juia de raneée apîTanta* Peod^pt ces jii; leeiiu la aa&té de la fille i^ d^^riora seitf iUeieeet, et au peiet ^œ ^m bwnrar» aigrie par la aeefDrapae» .aoBleve quelque» ei^gea cvitre eUas.

Vera.ia fie 4e lew eoiiiefw^ la learquiee écrit 4 aee qo«»Iii Basay^Mutto t«ke la aaeté eftjt ueen iNmne, mai» ^*elie ae pvepoae 4e reveeli A. Yiebf ev recoQdeiaant aa flllfs ; que la r^te eat tonjeivra gèoa^ ce q«i aenible indiq^^ PB peu de troqble dans la resplratieo ; laaêejie d^ vm4^ |4trU>upirt Toppression au gonflement de c«t orge^e*

W i^topr w Frayiei^ lut («YoraJl^le 4 ]^ oomtesaei et Tea toit ae dissiper

Men Tite le» Boagies qui s'étiient élerés eùtxe ces deux femmes ai bien ftdtes pour 8*timer. La marquise craiBt que les médeetos d'Aix ne teuillent pas renoueer à l'homieur de guérir eux-mtoes madame de Chngnan et Tempeebeirt de rereoir à Paris, lors même que cela serait trèp-nécessaire. Elle recommande à sa chère enfant de prendre de Peau de poulet; foi emcore apprit kiêr que rien n*e$i ti bon; madame du Freenoy e'en est bien trmuûée; maêemoiseUê de Héry eet pbu kabUe par ta propre easpérience qu*un médecin, qui te porte bien, par la sienne. Toujours des arguments de cette sorte, toujours ^tes rapprochements entre la maladif de Tune et la maladie de Taij^e, toujours Vexpérienee invoquée comme règle de conduite, comme si me ex« péfience était chose facile à faire, acceptable du premier tenu et omicluant quand il est question de choses dont Tidentité est loin d'être démontrée.

Qu'avait donc la Jeune comtesse? Voici ce que nous trOnroi» dans une lettre du il Juin 1677* La marquise parle des regrets que lui cause le départ de sa fille : Si ce n'^it que cela, dit-elle ; maie coHe idée de «olre maigreur, de eette faibken de voi», d§ ce vitage fondu, de eeêki beUe gorge mécomais* sable, voilà eeque monemurnepeut soutenir. Elle la supplie de mettre sa petite poitrine dans du coton. Elle supplie M. de Grignan de méntgorsa femme ; eUe dit i celle-ci de ne pas craindre d'engraisser : Après sixonfants, voue n'aioe$ rien à redouter de ee côté. Enfin, ses lettres montrent toute sa tendresse pour une enfant qui, douée d'un cœur moins expansif, ne répondait pas toujours comme elle l'aurait dû aux doux élans de sa mère.

Il y avait bien quelque exagération dans des soins qu'on trouvait avec raison excessifs, et de là des firoissements faciles à comprendre. Ain»! madame de Sévigné dit à sa fille : Je pense que vous êtes ^arrivée à Lyon asse$ fatiguée, ayant peut-être besoin d'une saignée pour vous rafraMiir. C'est pousser loin la prévoyance et professer une singulière opinion à Tégard du choix des ratoilchissements.

Ce n'est pas pour ce motif que madame de la Fayette a eu recours au même moyen, comme nous le voyons dans une lettre du 23 Juin. La dame a été tourmentée par une ttès-scmibie coUque dans les boya^a, la fèvre est augfmtn^ée et, si cHe conHnue^ la maladie ne durera pas longtemps.

Il avait été question du mont Dore pour madame de Sévigné, et sa fille lui donnait là-dessus quelques avis. La mère lui répond : Vos insmtctUms sur ces eaux soniun peu extrêmes; à moins que d^être paralytique, on ne hasarde pas un bain de eette horrible chaleur; et pour guérir des mains qui ne sont de nuUe conséquence, on ne veut point gâter toute une santé^ et une machine fui est dans son meilleur état. Gela est fort sage assurément, au moins quant à la cohclusion, et nous ne pouvons qu'applaudir à ces vues Judicieuses. Je vous enverrai Pavis de ¥• Veson, dit-elle encore $ et croyex que, pour Pamour de vous, je ferai tout ee que Pon m'ordonnera.

Ici se place la mort du petit enfant né à 8 mois, et la marquise, en femme

pieuse, ne peut trop se plaindre, de savoir que celte faible créature <oti déjà où son bonheur VappeUe. Mais ses arguments à l'appui de cette manière de voir paraissent manquer leur effet sur le cœur de la pauvre mère. Je mis étonnée que le petit marquis et sa s(Bur n'aient pas été fâchés du petit frère; cher* ehons un peu où ils auraient pris ce cceur tranquille; ce n* est pas chex vous, assurément.

Le docteur Amonio, qui retournait en Italie, passa par Âix et vit madame de Grignan. Elle annonce à sa mère qu'elle est contente de ses soins : Si vous Vaviex eu, répond la mère, sans doute il aurait sauvé votre fils; il fallait le rafraîchir : Vignoranee me parait grande de Vavoir échauffé. Voilà un de ces Jugements comme on les porte aisément, mais il serait difficile de les motiver avec quelque raison, les rafraîchissants, les échauffants, choses sur lesquelles personne ne se peut entendre, et que les gens du monde traitent suivant leur fantaisie.

Par exemple, nous ne chicanerons pas madame de Sévigné quand elle dit à sa flUe : Préparez-vous à prendre du lait de vache, cela vous rafraîchirait et vous donnerait un sang raisonnable, qui n'irait pas plus vite qu*un autre et qui vow remettrait dans Vétat où je vous ai vue.

Enfin, les médecins de madame de Grignan, pour la mieux rafraîchir encore, lui conseillaient d'aimer moins sa mère. La marquise appelle cela un remède violent^ comme la poudre du bonhomme, avec quoi Von joue à quitte ou double.

Nous laisserons de côté une dissertation sur les dents des enfants, sur le grand inconvénient de les voir pousser toutes à la fois quand leur évolution a été retardée par la faiblesse de Fenfant, toutes choses banales que disent les nourrices et les grand'mères ; mais nous ferons remarquer que la médecine ordinaire et régulière se faisait alors avec assez de rigueur pour en dégoûter certains malades.

Cependant nous voyons la duchesse de Sully donner la préférence aux prescriptions du docteur Yeson, bien qu'elles fussent assez sévères. On lui ordonne d'abord deux saignées« deux petites médecines et vingt jours de bains, tandis que le duc prétend qu'il ne faut pour guérir sa femme, que le repos et l'air de la campagne. Madame la duchesse aimait mieux Paris, même avec les saignées et les purgatifs.

Quand au jeune baron qui a quelque chose au talon, qui ne peut s'appuyer sur cette partie^ qui se porte du reste à merveille, on voudrait recourir aux lumières de M. Félix, pour savoir à quoi s'en tenir sur ce mal si long, si pénible ; mais Jf . Félix n'a pas le loisir, et le malade sera contraint de rejoindre son régiment où l'appelle un devoir impérieux, il y avait là une plaie, car madame de Sévigné parle d'une cicatrice très-tendre; la peau est rose, très-sensible au moindre froissement, et nous ne savons pas davantage quel genre d'altération il y avait en cet endroit.

Le personnage dont parle la marquise était Charles François Félix de Tassy qui, en 1676, succéda à son père dans la charge de premier chirurgien du roi.

Madame de Grignî^n n'était pas encore bien portante ; sa mère lui dit tendrement : Engraisseii; tant que vous serex maigre vous rie serex point guérie^, Puisse-t'On avoir quelque peine à vous lacer. Je hais de voir si visiolement la côte d^Adam en votre personne. Je n*aimep(w que votre gorge soit comme celis d'uf\e personne étique, et soit par le sang échauffé ou subtilisé , soit par U^ poitrine, vous devex toujours craindre le dessèchement. Ce dernier mot est uii épouvantail; il est probablement pour la ^ame l'éçjuivalent de la consomption des Anglais. On lit dans une lettre du 23 juillet : Madame de la'J^auette commence à prendre des J}ouillons sans en être malade; c'est ce qui faisait craindre le dessèchement,

L'émétique continue d'être en fayeur auprès de madame de ^éT^^né. Ifff^da^fi du Ples.§is-Gu^négmdto\nbçf maladç ; un accès de fièvre, ^t puis u^ autre, ^^ ç^«* u^n ay.^rf, etpuis ^ t^i^nfiisport au, cerffe(^u; Vén^étique quHl fallçft donne^, ||0,^*n^

dpnné, pan^c^ g^m p.\^ um^^Âm^ «< ^^B m^ SHt ^i9*< ^m^\lw (ift

août), elle est morte sans connai^si^^ce, Bien ç^i^ç ]a i^a^qi^^ç çjg f^t gpn %^i%

q^i^ par réverbération, çlle ^a PilÇ^^ré^^ çi 4.'?,^^flî ÇÎ^? 5^'9fl PÇ ]^ f^T^i* pas administra l'émé^iqup qu^ siérait fai( en §a faveui^ u^ xijiiçacle d/f. pl\^^. H ftut diçç que^ ^a d^q>yait éjffOMyi to^t réçqjjijiçnt p, Yipjça| ç^f^RÇ, qui râvait assommée. Les médecins ont achevé la chose.

Deuiième yojage à Vichy.

Madame de Sévigné, toujours rhumatisante, retourat à Ytcky en septem-' bre 1677, elle y ât une nouvelle cure pendant seize jours, elle but beaucoup (l*«au, mais ne put supporter cette fameuse douche qui lui avait fait tant dé bien lors de son premier voyage. Nous apprenons d^^De-mème que la douché lui causait des étouffements, des vertiges, et tout en racontant ses petites afiàires médicales, elle cite aussi, comme le phu grand honneur qu'on puiti» faire à Vhahitude, la conduite de madame de Guitaud qnt, retenue à Paris par un pr^M^etprès d'accoucher, fait venir de la campagne sa sage-femme pour Taider dans son travail. Cela démontre aussi combien les accoucheurs étaientpeu dans les habitudes du grand monde.

Nouvel incident. Madame de Grignan a éprouvé une esquinancie, ou du moins elle a craint d*en avoir une, elle a craché du sang, elle a été saignée deux fois, et madame de Sévigné a peur que ce sabg ne vienne pas seulement du gosier.

Cette iérosiié qui est fombée sur vos jambes, oïl en étions*nous si elle fût tombée sur votre poitrine?

Elle a appris par des personnes bien informées que la malade a été sai-

gpée çlei|i^ fois en un jour;, que les jambes et unç cuisse étaifint çnflées, que la fièvre était vive. Àhl ma chère enfant! quand on a le sang de cette furie^ c'est hûntôt fc\it I E\\e reproche à sa fille de ne pas prendre de lait, de petWlait, de ne pas se r^fraichi^r suivant le$ indications de Guisoni, lequel est probablement un nouveau médecin de la comtesse.

Les eaux de Vichy foi^t merveille, surtout à certains gourmands qui vieçinent vider leur saq afin d^e le mieux rem'pUu qui se purgent de leurs trop bons dîners, et la ^larqui^e epgage M. de Grignan à venir faire comme eux. Il seraii lavé, lessivé et guéri de tot^ ses, maux. Pourquoi son ami Gorbinell j n*at-il pas fait le voyage? Resté à P^^ris, t{ a été rt^dement traité par la fièvre tierce t te délire et tout ce qui peut effrayer. Il a pris de Y or potable, et nous en attendons Veffet. Voilà un remède distingué à l'usage des prodigues, aussi la marquise dit-elle que certaine parente à elle, avare à l'excès, aimerait mieux mourir que d'y avoir çecours. Quoi qu'il en §oit, le malade fut sauvé par une sueur très- abondante qui enlevçi la fièvre, tout en lui laissant l'inconvéniept d'être trop dessécha. Il dut se mettre au lait.

Son séjQur à Vichy ne nous apporte aucune nouvelle relative au médecin de Ganat qui lui avait si fort convenu à son preniier voyage. Elle dit en parlapt du chevalier de Grignan t^^s-goutteux : Je lui procure un bon médecin dont il se trouvera fort bien ; un peu plus loin elle dit encore : Je laisse le chevalier entre les mains de mçn médecin, mais rien ne prouve que ce soit celui dont elle a dit tant de bien. Tout cela ne l*empêche pas de tomber dans un fatalisme tout à fait en désaccord avec ses crédulités ordinaires. La nature est invoquée avec un aplonab saisissant : Van passée elle avait besoin de douches^ elle n*en ve^t pas celui'Ci ; j'ai obéi à sa voix. Elle prétend que, quoi qu'on fasse, notre, heure est marquée, ce qui anéantirait l'action medicale a laquelle elle a si souvent recours, mais elle admet comme correctif de cette opinion désolante que les médecins et les remèdes entrent aussi dans les décrets de la Providence. C'est en ce sens qu'elle parle d'un M. Ferrand qui, à Vichy, était de tous ses sentiments, souvent à ses prome^ nades, et qui ne Va jamais dédite de rien. Quel est ce M. Ferrand? Est-ce le médecin de Gannat. Nous n'en savons rien ; seulement nous faisons observer

3ue cette grande fataliste avait soin de s'appuyer sur l'autorité d'un homme é l'art, de le consulter et de suivre ses avis.

Les morts subites font peur à madame de Sévigné. L'abbé Bayard, un de ses ai][|îs les plps dévoués, avait un abcès dans la poitrine, qui s*est crevé tout d'un coup et Va étouffé. Le dimanche, il prend un bouillon et le vomit; il eut soif Vaprèsdînée, il demanda à boire; on le quitte pour un moment, on revient, on le trouve mort sur sa chaise. Il ne se peut guère en finir plus promptement, mais sur quoi se base la dame pour dire qu'un abcès est la cause de ce trépas foudroyant? Nous regrettons ici l'absence de tout signe capable de satisfaire la p{us sjmp^ çi^i^iosiîté. Nous ne voyons pas ^ue madapoe de Sé«

yigné ait cherché à obtenir le moindre éclaircissement sur ce sujet qui Ta Tivement impressionnée.

Elle avait moins de sensibilité, et cela se conçoit, pour de yleilles parentes, revêches et grondeuses, avares et dures, qui abusaient de leur grand âge pour tourmenter la famille.

L'une d'elles, ressuscitée à plus de 80 ans de quelque grave maladie, se reprenait à Texistence avec une âpreté bien naturelle^ et la marquise disait tout simplement : Jf on Dieu, elle mourra deux fois hien près Vune de Vautre* Patrix, poëte médiocre, se trouvant dans la même circonstance, disait à ses amis : Est-ce bien la peine de se rhabiller? Mais on peut se fier au besoin de vivre pour expliquer facilement le prix qu*on met à ces convalescences, et surtout le droit qu'on prétend y avoir.

La fièvre quarte revient souvent dans la correspondance de madame de Sévigné. Madame de Goligny (fille de Bussy-Rabutin) Ta depuis trois semaines, mais elle a la bonne fortune de ne Vavoirque très-légère dans le temps que cette maladie est générale et très-violente (le 16 octobre 1677). Mais voici quelque chose de bien plus intéressant. La jeune mademoiselle (celle qui devint reine d'Espagne en 1679, Marie-Louise d'Orléans) avait aussi la fièvre quarte, ce qui la contrariait beaucoup en dérangeant certaines fêtes de la cour. La jeune princesse étant allée aux Carmélites de la rue du Bouloi, demanda aux religieuses un remède contre sa fièvre ; on lui donna un breuvage qui la fit beaucoup vomir. La malade ne voulut pas dire qui le lui avait donnée mais on le sut. Le roi se tourne gravement vers Monsieur (son frère> le père de la jeune fille) : Ah! ce sont les Carmélites! je savais bien qu'elles étaient des friponnes, des intrigantes, des ravaudeuses, des brodeuses, des bouquetières ; mais je ne croyais pas qu'elles fussent des empoûonneuses î

On aime à voir cette indignation contre une telle manie de médecine. Louis XIV avait-il le bonheur de penser mieux sur ce sujet que ses contemporains ? On aime à le croire, mais nous ne voyons pas que le pouvoir ait pris aucune mesure pour remédier à des abus criants, et si, à cette époque, on ne pouvait accuser de charlatanisme la plupart des preneurs de recettes, il aurait été sage de prémunir le monde contre les calculs des inventeurs, et d'éviter les accidents qui étaient la conséquence d'une crédulité par trop aveugle.

Isolons en passant la surdité de madame deSanzei, que madame de Rochebonne prétendait guérir avec de V or potable; notons l'affection catarrhale du Bien-Bon, que son grand âge rendait dangereuse, pour laquelle on dut le saigner, mais qui ne le tua pas cette fois; notons enfin la fièvre du cardinal de Retz, qui revient toujours et cause de graves inquiétudes à ses amis, et nous arriverons ainsi à la fin du mois d'octobre 1678, époque à laquelle madame de Grignan arriva à Paris. La mère et la fiUe habitèrent ensemble le

bel hôtel de Garoavalet, nie Gultqre-Sainte-Gatberinei et ne se séparèrent gn*en septembre 1679.

Nous allons voir si dans les lettres de la marquise adressées à son gendre> à son cousin ou à d'autres personnes, il se trouye quelque chose qui puisse nous Intéresser.

Tout devient un sujet de plaisanterie sous la plume de ces personnes ; la fièyre quarte n'empêche pas madame de Goligny d'écrire à son père des pasquinades en vieux style ; le comte de Bussy, de son côté, prétend qu'une égratignure avec du chagrin fait plus de mal que la ûèyre quarte avec un esprit content d'ailleurs, et pour corroborer cette thèse, il rappelle que quand il était à la Bastille, il y pensa crever d'impatience, mais que s'étant enfin résigné, il reprit courage et se sauva par là d*une opération à quoi les chirurgiens Vavaient condamné. Il faut donc user de ce remède, et il en en- TOie la recette à madame de Grignan qui n'avait pas, à beaucoup près^ la même dose de philosophie.

Plaçons ici quelques mots sur un illustre personnage qui mourut le 10 décembre 1677. Le président Lamoignon, l'ami de tous les hommes d'élite do ce temps-là, expira presque tout à coup, après quelques jours de maladie. On trouve dans une lettre du Père Rapin, que les médecins attribuèrent sa mort à une pierre arrêtée dans un des uretères, et qui détermina le transport au cerveau. Ce personnage fut universellement regretté.

La santé de madame de Grignan donnait toujours de sérieuses inquiétudes, et nous allons voir que madame de Sévigné eut enfin recours aux lumières d'un homme tenant le premier rang parmi les médecins de cette époque. Le vendredi, 27 mai 1678, elle écrit à M. de Grignan, alors en Provence, une lettre dont nous extrayons quelques passages. Je veux vous rendre compte d'une conférence de deux heures que nous avom eue avec M. Fagon, très-^élèhre médecin. Nous ne V avions jamais vu, il a bien de V esprit et de la science. Il parle avec une connaissance et une capacité qui surprend, et n*est point dans la routine des autres médecins qui accablent de remèdes. Il n*or* donne rien que de bons aliments.

Il s'agit ici de Gui Crescent Fagon, neveu de Gui de la Brosse, fondateur du jardin des plantes. Sa réputation était déjà très-grande à cette époque. Il fut nommé en 1680 premier médecin de madame la Dauphine, et en 1693, il devint premier médecin de Louis XIY.

On sait que madame de Grignan avait la prétention de n'être pas malade, elle s'opiniâtrait à refuser tout moyen de traitement, et les inquiétudes de sa mère, non moins que les instances de celle-ci à lui conseiller toutes sortes de remèdes, la blessaient au point de soulever des orages entre elles. Le comte de Bussy prétendait que la comtesse souffrait de n'être plus belle, ce qu'il attribue à ses trop fréquentes grossesses, etladame prétendait que sa maigreur, ses petites fièvres, sa voix éteinte, n'avaient aucune importance;

mais Èagôn liii ait nètteâleiit qu^eïïe te trompait^ qïie sa Maigreur i)ènati % kl sécheresse de ses poumons qui commençaient à se flétrir, et qWèïté ^é àèmeurefait point comme elle ht.

Nôtre Illustre conflrère tisa, comme on le toit, de toute Sofi âutorltë peut ramener cette jeune femme à des idées plus justes et plus saines ; il prbbrlyit la tranquillité, le repos, le régime doux, des demi-baiiis et des bouillons rafraîchissants, et après lui avoit alïirmé q\ïe son hial était au* pôiiitons, il l*engèigeà à se tranquilliser, à ne point écrirél irai àenUuïàéiS, Pajbh, dit là mairqulse, si Vair sullii lui était contraire, il à dit qu'il Vêtait HèaHcoup; je lui ai dit Venvie que fanais eue de là retenir ici pendant Us chaleurs, et qu^elle ne partît que àei iûtoîMe itout passée fhivet à Àùo dont Vàxr ^t hôn.

Sous cobstdlbnà avec plaisîf ce retouir aux ù^oihs ihèSicdles rêèUlftkà ^ ^raisonnables, qui tiennent sit)éu dé t^lace dans là cortespôbdàncb de madame de Séyigné. La santé de sa fille, sérieusement coiîit)romi8e, a eu enfin le pouvoir de la ramener dabs la bonne voie, elle a renoncé à seà Recettes, à seâ drogue^, et nbùs apprenons, a la date du W juin, qde là èojbtéssé, qui i été fort mal, s'est remise aptèâ une saignée et l^u^age dû i)êtît-lâit. helà idoit là côbdull-e au ïaîi de tkche naturel; il n'y a que ce remède pouf i)ii USlix dèpoîïriné.

Parmi les événements bizarres que notîs rencontrons ebetnlb fatsa'ni 9iU& cette correspondance merveilleuse, en Volet un qui nûuà parait boii à noter tomme étant un peu de notre ressort!

Lé chevalier de VendÔiiàe técHt le cotbté de JBùss^-Rabutin) ayant mi)s Pipée à la main dernièrement àanÉ sa chambré, à Pontainehleau, pour tùei' uni thàuve-souris, se hlessà aii pinnt de iè réduire â être chevalier sHl né Vàvàit pas été (chevalier de Malte).

Celui qui i^conté cette biâtdirë n*épargné pas lés détails, il prétend qiie lé blessé pourrait entier dans là itiitlson du 6rand-§eigiiêur, et autres drftieèiël assez i^en gëiSées; maià éb bê temps-là, Il était dil bel air de saler iôû stylé, et Bussy faisait souvent abus de cet assaisonnement, fl termine ^â bàrhtiôft par ces mots : îl n*à pas fait Id un beau coup iépée. C'est ce même Philippe ' iè Vendôibe qiil devint pliis lard grand prieur dé trance, et qui révient i khaquë instant dadà les poésies de là Fàre et de tlhaulieu.

L*abbaye de Livry où la mère et la falle passaient de si ddiiccs iôurbëé^, n'était pas ëxeihpte de certains inconvénients; on s'y promenait au clait de luné, et l'oh y gagnait déS rhumatismes ; d'âbtres étaient pris de la fl^Vre, et nonobstant, c'était le séjour de prédilectiob de ces dames. Les arbres lëâ connaissaient les oiseaux atissi; elle^ s'abandonnaient aux plus cbarmâbtes rêveriéà dans ces lieux dti s*était écoulée l*enfancé de madafne de Gri^naii ; èlléë tenaient dire adieu aux derniers beaux jours, Jouir du feuillage si rithéiitèiit eoloî^ ^i tëê Jdtèintà d^ t'i^iit^ibtfe, et m^ dès lettres dé Ù

marquise sont datées de ce lieu qui lui rappelait dé si doux souveuirs.

Les courtisans, même les plus dévoués, se permettaient de singulières critiques sur les fantaisies du roi : témoin ce passage d'une lettré du i% oc* tobre 1678 :

La cour est à Saint-Cloud; le roi veut aller le samedi à Versailles; mais il semble que Dieu ne le veuille pas par Vimhossthilité de faire que les hdtiments soient en état de le recevoir, et par la mortalité prodigieuse des ouvriers, dont on emporte toutes les nuits, comme de VHÔtel-Vieu, aes chariots pleins de morts.

^ En parlant ainsi, la marquise qbi avait peu a se louer dii pouvoir, et qui écrivait à un îiomine mécontent, exile, donnait carrière à son liuméur frondeuse; elle ajoute même une sorte de oon mot que Ton faisait courir alors, on appelait Versailles un favori sans miiérite, et eifixi, pour terminer cette narration, elle assure que. l'enlèvement de ces victimes se fait la nuit pour Xie pas effrayer les âtèliërs et ide pas décrier l'âir de cette magnifique résidence.

Mais l'hiver est venu; le froid est nuisible à madame de Grignàn, et là marquise dit à son coiisio, en parlant de sa aile : Sa poitrine, son encre, sa plujne^ ses pensées, tout esï geU, EÏte vous assure que son cœur ne Vést pas. Je vous en ais autant au thtén. Ces gracieusetés sôîit le hiiid ae ison langage, elle les varie à^'infini, leur donne un tour séduisant^ inais adressées à sa fille^ elles pfën'neTit iiii carâcièré qiii cliarme et que l'on iie saurait assez admirer. Ainsi, dàiis une lettré dû mois de mai 1679, madaiiié de Sévigné; qui est à tjîvry, ecril ceci a sa chère enfant. Je voudrais bien que votre jpoumon fàt râfraiclii de Vair que y ai respiré ce soir, ie vous souhaite une santé cbmmê ta mienne; je voudrais avoir ïa vôtre â rétablir,

Daiis uiie lettre du ^4 août 1679^ la marquise fail mention dé la mort du ëàrdinàl dé Retz; elle parle aussi d'un médecin anglais^ le chevalier Talbot (|ui jode iin certain rôle dans les alfaires médicales dû grand monde parisien. Il parait que le cardinal fut pris de fièvre, éi voici ce qu'en dii madame de Sévigné dans une lettre adressée au comte de Giiitaua. On savait que 'abbé de boulanges avait été assez gravement malade, et que le remède du inëdëcin anglais l'avait hssuscitê. Or le cardinal étant tombé dans cette fièvre, ciemânda le inèmë fëmèdé, mais on n'osa pas îê liii accorder ; son eiitdiirllge cfeigriait ia fespônsàbilité encourue, de sorte que îé mal M des progrès, et quanâ enfin 1^ chevalier Talbot fut admis auprès du malade, il dit qu'il ne savait pas ressusciter les morts. ïl est accablé d'humeurs, dii la màrqiiîèé, eiîèi iui causent des faiblesses; il a un hoquet qui marque ta bile dansVèè' iomac. Tout annonce (jiié le iiolal était une de ces fièvres pernicieuses que ie ç[uinqùîiiâ peut artètèr, niais alors on recourait encore aux saignées, et le f eniède dé TAngiais qui. On lé sait, bbnsistâit dans une préparation dé là fameuse écorçe du Pérou, ne put être administré S temps.

Mesdames de Séfigné, de la Fayette et la comtesse de Grlgoan entouraient le cardinal de leurs soins les plus empressés. Effrayées de la gravité des symptômes, elles crient miséricorde, elles présentent leur ahhé ressuscité; singulier argument des gens du monde basé, comme toujours, sur des ressemblances imaginaires 1 Mais Dieu ne veut pas que personne décide^ et cha^ eun en disant : Je ne veux me charger de rien! se charge de tout. Quand ce pauvre cardinal fut à Vagonie, les médecins consentirent à ce que Von envoydt quérir V Anglais, etc. L'heure de sa mort était marquée, dit la marquise, et cela ne se dérange point. A cette époque, madame de Grignan était encore à Paris, d*ofi elle partit dans les premiers jours de septembre 1779 pour retourner en Provence. La correspondance va reprendre une nouvelle activité, et nous y trouverons ample matière ^ des remarques intéressantes.

HadAine de Grigntn retourne en Frovence.

Nous constatons qu'une des sœurs de M. de Grignan, madame de Rochebonne, qui demeurait à Lyon, était très-sourde, et que la marquise craint que sa chère fille ne s*égosille à parler avec cette dame. Elle lui recommande de se ménager. Yotre sang est si subtil, si agité; tdchex d*apaiser et d'adoucir ce sang qui doit être hien en colère de tout ce tourment. Pour moi, f aurai soin de mon régime à la fin de cette lune. Ayons pitié Vune de Vautre en prenant soin de notre vie.

Un célèbre praticien de Paris, le docteur Duchesne, soignait M. de la Rocheguyon, petit-ûls de M. de la Rochefoucauld, et le malade était en proie à une petite vérole de l'espèce la plus dangereuse. La fièvre est redoublée, dit la marquise; et la petite vérole séchée est devenue verte. Aussi Duchesne demande une assemblée de tous les médecins du monde. Ce n'est pas dans des maladies de ce genre que Ton évite la contagion, car celle-ci vous arrive sans que Ton sache d*où elle vient. Cependant il faut bien reconoaltre que le célèbre Pascal est fondé à dire que tous les maux viennent de ne pas sa* voir garder sa chambre. 11 est vrai que ceux qui savent trop bien la garder peuvent y devenir fous.

Le bon abbé, dont le grand âge était une prédisposition à des maladies sérieuses, fut pris d'un gros rhume, l'Anglais vint le voir; il a mis dans son vin et dans son quinquina une certaine chose douce qui est si admirable que le malade sent son rhume tout cuit, et nous ne craignons plus rien, dit madame de Sévigné. Il avait donné le même remède à Hautefeuille qui le guérit en un moment de la fluxion sur la poitrine dont il mourait, et delà fièvre conti' nue. £t puis, toujours pleine d'enthousiasme à l'aspect d'un secret nouveau, la dame s'écrie : En vérité, ce remède est miraculeux I II n'est pas du moins très-prompt à agir, car plusieurs jours après cette lettre, qui est du 29 septembre, le bon abbé continue de prendre la drogue de l'Anglais afin de se guérir encore de son rhume.

Il est surprenant qu*elle ne conseille pas à sa fille d'en prendre pour guérir ses jambes froides et mortes et dérmées d'esprits. Je ne trouve point que cela soit à négliger, et si fêtais à votre place, je suivrais Vavis de Quisoni qui ne traite point ce mal de bagatelle. Je les voudrais ressusciter et réchauffer, je voudrais enfin me soulager des cruelles douleurs qu'elles me font souffrir tous les soirs. Et puis» prêchant la résignation, la soumission aux ordres des médecins, elle termine sa lettre par ces paroles : Quisoni veut que je me fasse saigner, parce que la saignée convient à ma santé; le médecin anglais dit qu'elle est contraire au rhumatisme, et que sifôte mon sang qui consume Us sérosités, je me retrouverai comme il y a quatre ans. Lequel croirai-je? Une personne moins habile fdt restée longtemps perplexe entre ces deux opinions contraires, mais madame de Sévigné se tira d'affaire de la manière sui- Tante : Je me purgerai àlafin de toutes les lunes, ainsi que j'ai fait depuis deux mois; je prendrai de cette eau et de Veau de lin; c'est là tout ce quHl me faut. Quelle est Teau dont parle la dame? Nous n'en savons rien et peut-être n'est-ce pas grand dommage.

Nous ne nous moquerons pas trop des théories médicales qui avaient cours alors, du sang destiné à consumer les sérosités, lesquelles constituent l'humeur rhumatismale; de tout temps il y a eu des phrases de ce genre, toutes faites, à l'usage des malades et des médecins, et les nouvelles éditions qu'on en donne prouvent moins le changement du fond que la variation de la forme.

Laissons cela comme un témoignage de la faiblesse de notre intelligence quand il est besoin d'arriver à la connaissance des causes premières de nos maux, et voyons ce qui se rencontrera dans les lettres suivantes.

Madame de Grignan a mal aux jambes ; elles sont froides, douloureuses. D'où vient cela? Pour nous, c'est un état rheumatique, héréditaire; comme son frère, le baron de Sévigné, elle souffre de douleurs vagues» et les deux enfants de la marquise doivent à leur mère cette prédisposition fâcheuse qui joue un si grand rôle dans leur santé habituelle. Cependant madame de Grignan fait tout ce qu'il faut pour se rendre un peu plus malade. Sa mère lui dit : Si vous ne tenex vos jambes chaiidement, vous ne serex jamais soulagée; quand je pense à ces jambes nues deux ou trois heures le matin pendont que vous écrivex^ mon Dieu, ma chère, que cela est mauvais I Nous sommes parfaitement de son avis. Il n'y a pas de médecin un peu attentif qui n'ait été à même de constater les inconvénients de cette coutume. Beaucoup de femmes ont la mauvaise habitude de rester ainsi pendant les toilettes du matin, et y contractent des indispositions fâcheuses dont on ne reconnaît la cause que quand on est averti de cette manière d'agir.

Dans la même lettre C20 octobre 1679] nous lisons ceci : Je verrai bien si vous avex soin de moi. Je me purgerai lundi pour Vamowr de vous; il est vrai qw le mois passé je ne pris qu'une pilule; fadmire que vous Vayex sentie. Je

ntiMotn ^Vm purger; c'cft i eauttdè celMrou

% hàÛ br«n hiui eii iHivrei 4%u toni àttoùr tt«

nt iin peu fides Bi l'on ne cannàlâsàU bleh U

) ëxphmèiitL h y a t^dt-ëlré un {icii Se rechëf-

i elle lient àii Ibiir d'espWt flé la aociëlé dé cëliè

contre les grbsslèl-elés du régné précédent.

«Jours yâléiiidiiîàtre, chërébait louÉlés UiotëAB

lés C()rcé«; ëii Idl donnait des boutllotis de Vl-

itmh effets, et celte dàttië [lénËbit qii'lls né Éê-

i inadame dé Grlghati. Là Marqùlfie écril ceci S

la ^«etw à eilcè viphé; oii t'ouvre, on ViwnUe,

Ufafé, iem heuréf, on la HKl ïài^ourl réntiuK'

till (i-«tprilf H dt^tcilM à Apaitir, i iè iiid^

iè ii quartier (le Lnïemtioui^). Il jr a tfct tiiiè

le de Hontpenaier, toujodrs éprise de Liluziih. On né

fer jirie idée plus Juste et en fatèlne lemtis filus ttltto*

: 3ë cértàiiiB kèilitmëDlS qui t^raonisebl teâ SmeJ et

; cjiié l'on n'apprend ft tloindrË ô'i â {lardonne^ qùb

iclia i en Àlre de iiareillbs^

, en twtlant â'tine de ses amies, dît : Elle à ta moItUi

à Vtttrimitide la potlnne,- cU« rmeni d nw ifanl ocse du Idit ifdrt«iM li

(oir «i té maiïii ; tiXi ivaii u»i« fiité 91» }ù( dlétt td iw'i. J^ hiï vont dû ^

(i'eii prendre piiii^ti'ii tmà t*% contfiiin, qtt'll coui d/^odtè et tmu d^totl;-

«Mflu d'un Ir^t-grand malheur 9we tout toyet ^Veti j'un

re Yewèie. Ëa Totlâ eocorâ un qui à toujours eu de la té-

ëncore, bien que sa valeur réelle soit â bon droit conlèâ-

Ion tuberculeuse des poumons.

beaucoup de lettres une mention èiprefsë dès tnMIe pe-

ntdemoisellé de liéci, bdusltië gérbiiilnË de ruadame dé

ré niaUdé accaMée d'JDflrmliés diverses qhé médecins el 1 Tainemedi de combattre et de guérir. Madàiné de iJïilitbeaucodp, et coiindissaiit tin Jeune docteur qu'elle délié avait prié sa mèrédé rîntrodutre auprès de mademolit une assez grosse afTairé et madame de Sévigné en parle

— „ iB iine lettre du 1" novembre dé la même année : Je par^

lirai à Ùuebetae de votre petit médecin [Diichesue était le médecin habituel de la malade] à qui noue donneront tiane noire quartier queiquee nviiiidee i tuer, pour noir w> «eu comme il t'yprmd; ce tétait dommage qu'il h'utH floe dvfriiiUgt qu'il a éetùir im^Wmént. Si l'on lîc savait que là niarqôisé pliMsantè touJourS et sur tbdlSii cboiieB, e1 plus partibiilîtnmént Etif U

médécmeetléBmëilecmsiOniMuitaltirouverubpeu étraDge le propos que cous TODOos de releveri tnaiâ noui n'aroos garde de douter des Beajimeiits humaîDS t)e la dame. Nous ne Toulons Toii ici qu'une citalion do la cérémonie da Jrakde imaginaire, une ëpigrommé à l'adresse du corps médical quièsibsbituêàdepareils complimeotB. . - ',

CependBDl nous devons dire que la marquise n'est pas tout à tait eieiljiable dans cetle circonstance, et que sa plaiaaDler'ie prend an caractère ia- Jurieus par le passage suivant ; Ce n'en pa* ^k» la laiion m toit contrer* aux médeânt. Ce remétb de VÀnglaii, qui lera bienfit publié, te* rend fbrt fn^risàblei avec ïevrstaignéei et )«urf mideeiiui. Disons tout de suil^ ^oe ce remède ëlait le quinquina, que Louis Xlf l'aclieta an chevalier Talbot ^t le rendit public. Cela est iiien et bon, mais ce qui nous plalt^ moins, c'est i'inJustiËe de madame de Sévi^Dé à l'égard dé ces pauvres médecins dont elle i iàut besoin, qui lut ont rendu tant de services, qu'ell^ poursuit de ses requêtes incessanlea, qai sont toujoûrB dévoues, empressés et pardonnent 4es inâdélités nombreuses au malade qui chercbe partout un remâdo aiu^ maux qu'il doit à sa propre Tolie.

Aiosi le docteur Ducbesne, ï qui l'on a préféré cent fols les prAneurs lie recetles, revient toujours, et l'on est heureux de le trouver. La marquise écrit à saillie ■.J'aivûi>uchetne,itje neiaii par quel hatard U m'ett lomiU dani i'eipril de parler de votre tante. Il voui aimt et je le tromu plut touth^ êiplui appliqué que Ut aulTtt.

On reconnaît bien là le bon praticien, l'homme déVoné, altentifi heureux de soulage^ la comtesse, de tranquilliser la marquise, en plissant sa vraie mission, qui est de |uérir quand il lé p< loujonrs. Donc Duchesiie ^uté allentivemeat madame d< te résultat d'une consultation improvisée, il «it itotuié d tout votre totpt eet engourdi atfc dei fTémiuementt et d «ont jusqu'au eaùr^ ee ami, (iit-tl, det lérôtitiii et la wài matitme. Nous ne discuterons pas cetle éliologle, mais, ei que l'on se fait de là nature de la maladie, voyons le remède. H wuirait ont voit MU( flsiiesfroUtr queiqi^foit Viptne du dof avec de ^tau-de^tie ^t Vhwile^de noix tirée tant feù, miléei ensemble; H dit que eelaouarinUkt poret dam le lieu ^ où let lérositét parlent, et que voim tn, leriex touloffie. ■

Lé médecin en question trouve que U comtesse a bien fait de cesser l'usage du lait qui lui était contraire; il l'engage à le remplacer par des orgeg, des bouillons de poulet avec des semences froides, adn de corriger le. sang. U insiste sur l'eau de 'Sainlc-Reice et revient toujours sur ce point important. .11 croit qlie le café dont se sert la comtesse précipite son sang, l'écbau^e, et qu'il n'est jamais ordonné aux personnes maigres parce qu'il augmente la maigreur, et que là force qu'il semble donnejesj Active,, parce qu'elle ne vient que du mouvement du sang, lequel aurait' nésoin de calme.

Voilà, machire fiUe, ee quê Duehetne m'a fait promeUre de voui mander: vaut faimex, vous savex qu'il wms porte un vif intérêt : suivex donc ies hone avit.

Les Orignan sont goutteux, rhumatisants, et dans une lettre du lO noTcmbre, madame de Sévigné dit : Je viens de voir ee pauvre chevalier; il a mal au cou et à la euiese, il est au lit. Cette humeur de rhumatisme ne le quitte pas; fat plus de pitié que les autres de cette sorte de mal; il sent courir les sérosités : il lui faudrait présentement une bonne douche si la saison pouvait le permettre, 11 parait, en effet, que la saison est froide et humide, car la dame dit en terminant sa lettre : Tout le reste de Paris est enrhumé.

Après s'être bien moquée de la médecine et des médecins, madame de SéYigné dit à sa fille (24 noyembre) : Quel plaisir de vous entendre discourir sur tous les chapitres que vous traitex! Celui de la médecine me ravit; je suis persuadée qu'avec cette intelligence et cette facilité d^apprendre que Dieu vous a donnée, vous en saurex plus que les médecins; il vous manquera quelque expérience et vous ne tuerex pas impunément comme eux; mais je me fierais hien plus à voui qu'à eux pour hien juger d^une maladie. Yoilà, on en couTiendra, un bien subit enthousiasme, surtout si Ton se rappelle que madame de Grignan a toujours paru mériter le reproche, sans cesse articulé par sa mère, de ne pas saToir se soigner, de se rendre malade, comme à plaisir, de s'opiniâtrer ^suiyre des coutumes fâcheuses pour sa santé. Et puis tout à coup, cette même personne, rebelle aux conseils, dédaignant la science, n'en faisant jamais qu'à sa tête, et l'on peut dire à sa mauTaise tète, parce qu'elle s'est avisée d'argumenter sur quelque point d'hygiène particulière, doTient d'emblée un grand docteur, de par la toutepuissance maternelle qui proclame cette inyestiture. Elle ajoute : Àpprenex, apprenex; faites votre cours; il ne vous faudra point d^ autre licence aue de mettre une robe rouge^comme dans la comédie, (Toujours leMalade imaginaire /)

ÂcheTons ce chapitre où la mère et la fille ne montrent guère plus de bon sens Tune que l'autre. Mais pourquoi votUex-vous nous envoyer votre joli médecin? Sans doute celui dont il a été question tout récemment à l'occasion de mademoiselle de Meri. Ces dames tiennent à la figure, et le lecteur n'a j&s oublié Âmonio. Je vous assure quHls sont fort décriés et fort méprisés ici; hormis les trois ou quatre que vous connaissex, et qui conseillent le remède de ^Anglais, les autres sont en horreur. Cet Anglais vient encore de tirer de Ul mort le maréchal de BeUefonds. Tout cela est un peu dur, et nous ne pou- Tons pas douter que cette manière de traiter les médecins ne soit le résultat des attaques de Molière. Si l'on confient que beaucoup de praticiens méri« talent le blâme par leurs manières bizarres, leur langage pédantesque, la banalité de leurs prescriptions, il est également certain que des hommes Téritablement instruits, bons obserTateurs, cherchant le progrès avec zèle et conscience, se rencontraient parmi les membres de la Faculté et méritaient l'estime de tout le monde.

Le secret du cheïalier Talbot n'était pas encore publié; mtdame de Séti* gué dit qu'elle ne croit pas que le premier médecin (du roi) le possède. Elle déclare à sa fille que son ami Duchesne n*a point de tout-médeetn aux Inraiides, et l'on en doit conclure qu'il était encore seul dans le serrlce de ce yaste établissement terminé en 1674. Ces renseignements nous partissent utiles à recueillir et à noter.

Les précautions étaient fort en honneur parmi ces dames. La marquise écrit le 24 novembre qu'elle se fera saigner en carême, car, dit-elle à sa fille, v(ms m'en expliqtiex fort bien la nécessité.

Pendant les trois mois qui devront s'écouler jusque-là, il peut surrenlr bien des circonstances capables de contre-indiquer cette opération, et nous ne relevons ce passage que pour montrer à quel point l'on portait cette manie médicale.

Madame de Grignan était, en cela comme en beaucoup d'autres choses^ la digne fille de sa mère. Et comme un des enfants de la comtesse était en* rhumé> madame de Sévigné écrit : Le petit ne se gtàérira de la t<mx qu'avec du lait d'dnesse; c'est V ordinaire de la rougeole d^ affaiblir la poitrine; ^est pour cela que je tremblais pour vous*

On dirait aujourd'hui que la rougeole laisse souvent après elle une bron* chite qui prend un caractère grave. La marquise avait raison de craindre que sa fille ne contractât la même éruption auprès de son enfant malade, car dans les circonstances où nous savons qu'elle était, il aurait pu survenir des accidents fort redoutables.

La petite de Monchi n*apaseula petite vérole, c'était le pourpre dont Songuin Va guérie. Qu'est-ce que cela veut dire? On a cru à la petite vérole, donc la maladie s'est présentée sous forme aigué; les symptômes annonçaient une fièvre éruptive, et la peau, au lieu de se couvrir de pustules, a offert des plaques rouges; c'était le pourpre. Mais on connaît sous ce nom une sorte d'hémorrhagie veineuse se faisant sous la peau, ou dans son épaisseur, la colorant en rouge, brun, violet, ce que nous désignons sous le nom de purpura hœmorrhagica.

Notons cependant que cette extravasalion sanguine affecte rarement la forme aiguë, qu'elle ne peut être confondue avec les prodromes de la variole, de sorte que ce passade nous semble d'une interprétation difficile. Âuraiton eu affaire à line scarlatine? cela n'est guère probable, mais enfin Sanguin a guéri cette maladie sur la nature de laquelle on peut avoir des opinions différentes. Le nom de ce personnage revient plusieurs fois dans la correspondance de madame de Sévigné, nous l'avons déjà noté, et rien ne nous portait à le considérer comme un médecin Très-certainement, il y a un ou plusieurs Sanguin tout à fait étrangers à notre art, mais il n'est pas moins certain que ce dernier appartenait à la profession médicale.

Encore une petite consultation attrapée au passage. Madame de Coulanged

'8 ayant rencontré Fagan cbei madame de Usintenop, lui demanda ^el^çs conseils poar madame de Orignan, et le célèbre doRleiir dit à la dame que le réglmé'de son amie deTait être dans les aliments ; qne la nourriture élait ui\ remède, ^é c'était le meilleur, el que par loi on adoucissait le sang, oi^ rSparait'Ies dissipations, on rafraichissait la poitrine, et l'on redonnait des

forces. ' ' '

Nous STODB remarqué une vue importante de Fa|[on, et la voici : Quand oneroit n'avoir pat digéré aprèt huit on wûf heuret, on ae iroinpe; m ton» dut véMi qui prennent la plàee, et ti fon m«C un potage ou qvelque chose de chaud tur et que l'on croil ion dtn^, on ne le leni pliu ;i ton t'en poi^fe «fiéux. i'celaprèsdu râle que joueDl ici les Tenta et que nous attribuons ^ des pz comme on en rencontre si souvent dans les ^oflral^tM, dans les dy^i])st«i, nous approuvons fort l'idée deFagon, et bien des fois dépuis, les [s ont constaté les bons effets d'uq u^reil régii^^e. rebelle qn'on vent bien le, dire, et certaiiies abstint fort souvent à une alimentation plus abondante, i sa fllle : Estayet l'il dit vrai, ce qui ne prouve. is assertions de'monsieur le futur premier médecin de Louis XIT; elle est plus crédulo à l'égard des prûnears de recelés, et n'a de défiance qu'envers les membres de laPacullé. Cependant elle dît iiiiç inadamé'la Fayette ne se soutient qiie par le procédé de Fagon ; H eùis nm tuait oiiui, eUe lerait morte il y a tongiempi, aussi la marquise lui en attribue tout l'honneur, m torte que e'«(t par eei (mim^m que Dieu lui èwme^ qu'elle toulient ta Iritte vie.

"be besoin décrire de nombreuses et longues lettres partit à madame de Sévigné une (les causes les plus 'efficaces de l'épuisement' de aa obère fllle: elle lui reproche sans cessé be se fatiguer à entrelentr cette énorme correspondance avec ^ne foule dé personuesi'et t'en dirait, à voir l'insistance 4^, i^es réproches, que la dame est ii'n peii jalouse de ce travail. El]e voudrait que madame de Grignàn n'écrivit que pour elle,' et il est curieux dé l'entendre disserter sur les dangers de PArilotre. Je vie Vautre jour J)uelu»ne <:h«X Jf . de Coulanfet, qui a gardé plai de quinte jours la chambre jwur ifi dégoûts et de* plénitudes ; il nie parla de votre simté, et me dit encore pis q^ue pendre dà ifitté chienne d'éeritvre. H ett ami de Fagon; il me conta qu'il ne. vivait (Sans doute Fagon) que par VéUngnement des écritoires. ' Vo'ictiwitolenantunpeuOein'édecine qui nous parait bien surannée, bien ridicule, et dans le fond et dans la forme. Le docteur Duchesne dit sérieusement : si vous laisses pas mourir d'inanition quand la digestion est trop

longue, il fata manger, cela consomme un reste qui ne fait que se pourrir cl filmer, H wMs ne le réchau/fet par des aliments. On peut contester ces singulières 'eiplicatloDS, mais madame de Sévigné les trouve excellentes, et elle ajonle ; S»n(-iilbi» en a fait cent ^oic Vetpirienie.

fl^ichespe tcjdf nt ^cqff sur Içs çfyx ^e gçinl^lfjçg, et ei) recommande

remploi,

Quant à ma^a^ie d,f! SéTigné, elle a DtI^ I| ^gîlle une médecine ^'apr^

Vpl^o^ÇincB, <^^ ifl^çij ^o.Çl^llï: Ejta ^'o fatt^ »lU-*"e} «?•»»« «"«J ^»* ^t^'-

^ir^, fait» ^n^i DJfeffltw çhMtfc^r moy

«a mère y méfiait dti ^len, qiie sft inai deç des avis aui^ {^é^^içs. quille ^ d convenait le mi^^, et cela est i\'i\ écrit \ a,?! (lUe If. 2? slécgmbre 1679 ■

i[ui bçtlf , gtndfiftf Ig b^^ttvTe ije ifT. d emtmbl^, <(te fi»)l iiVi d'uns titime Ir piMind çofn matftn coût d^ra qu'il y i^ofSi, aWfUx un ^op poWffej çf tout i

Ejf co^me i^^llie dç drigp^ aimait le c^r^, c( |t k

tïWÇlïf, ? 9e MiTSÏ ftu çi^isiî d'ep prendre, 5^ : ^ §ç

^b^befll vo^; Ç<>^«iii* d'y t>>f|(>'! du wtiel d^ N içr|;

c^io eof^U ^ gottri^ et «'^l ^v^c «(M iwdi/ieatii ijtlf^

pan^ nn^ lel|re ^\tii(>ialc, 1^ mar^^i^^ 4il qae E| jjjjo» 4'i(r«at( «of^; c'jit Mii« oiif^tt'oit, yçiit M| Ml

*të Buçie avec leurs' dispositions moléculaires, 1 ^elqiies subs^i^c^s ^aag4D^res oâ\ des'pro,priét da^,( avec <^3 nyaqçeç, qu^ le goùl tifipr^cie sa a^,iBDff i^ cau^,

i% ïoi^ijise teçminç, ^ leltre Ù' ut parfaite, je vous a^ mai^i. comt etUetoM dt ceritet, Poûi*. m^^mai^i

Va peu de çtiir|fr^if, ne fera ik sëres physiques ei morales sont i nars fqt taillé le viercr^i li^ jant

wir; la ElÇiTf, 'tt Vfiff' eom/me w^ petit ouf; \l efiqif^tf tom^ u^ ffH?^' ch'ie. ^ a pbu ié ifiù ^f il n'aetf, c^ d^Uur. ^ifit^el j^t çiif^ tfiHl^ifv, 4 S| moM. {(pas ne savons pas le jiom du'cbirw^jen qiùpialique ce^^ravea

(^éTa(i(^j8. ,.

Nous ne pouTons omettre dans ce trayail une mention expresse de madame de la Vallière* Madame de Sévigné étant allée aux Carmélites de la rue Saint-Jacques à Toccasion du mariage d*un jeune couple de sang royal, s'entretint ayec plusieurs religieuses de cette célèbre maison. Mais quel wige m' apparut àîafinlCef^tà mes yeux tous les charmes que nous avons vus autrefois; je ne la trouvai ni bouffie ni jaune; elle est moins maigre et plus contente; elle a ses mêmes yeux et ses mêmes regards; Vaustérité^ la maU" vaise nourriture et le peu de sommeil ne les lui ont ni creusés ni battus. On aime à recueillir ce témoignage d*Qne femme qui a tu et bien tu, qui a su se rendre compte des effets d'une Tie austère sur une pénitente que d'unanimes respects accompagnaient dans sa retraite Tolontaire.

Vévêque de Saint Orner a été à V extrémité, il a reçu tous les sacrements; il ne voulait point être saigné avec une grosse fièvret une inflammation; le mé' decin anglais le fit saigner par force; jugex s'il en avait besoin, (Lettre du 17 jauTier 1680.) L'argument est bizarre, on en couTiendra. Le médecin anglais (le chevalier Talbot) ne se contentait pas d'administrer son remède, le quinquina, il pratiquait la médecine dans tous ses détails, il croyait aToir le droit de Tioler la liberté indlTiduelle de son malade, il ne tenait aucun compte des répugnances, et employait la force pour passer outre. Mais Toyons ce qui arriva. Ensuite, avec son remède, il Va ressuscité, et dans trois jours il jouera à la fossette. Nous aTouons ne plus rien y comprendre. S'il y aTait fièTre et inflammation, et que la saignée ffiit aussi urgente, que pou- Tait faire le quinquina? Si la fièTre n'était qu'intermittente, comme on peut le supposer en raison du succès dû au n^édicament antipériodique, à quoi bon la saignée? Tout ceci n'a pas de Taleur médicale réelle. Nous n'y Toyons qu'une cbose à noter, la Tiolence faite au malade^ la saignée pratiquée à un indiTidu qui déclare n'en pas Touloir. Et si le patient eût succombé peu de temps après, on n'eût pas manqué de dire que le prétendu médecin anglais n'aTait rien à se reprocher, et que le malade aTait résisté trop longtemps à son ordonnance. 11 est Trai que si pareil malheur fût arriTé à Fagon ou à Duchesne, le bon public n'eût pas trouTé assez de blâme et de malédictions contre les médecins réguliers qui auraient assassiné monseigneur de Saint- Omer. Un charlatan a toujours de chauds protecteurs parmi les gens du monde, surtout quand il est étranger, quand il Tient de loin, quand il s'affuble de quelque titre ambitieux. On agissait ainsi du temps de Louis XIV, et la coutume ne s'en est pas perdue.

Le régime alimentaire conseillé par Fagon, a réussi à madame de Grignan, ainsi que nous l'apprend une lettre du 24 jauTier. Je suis bien heureuse que le conseil que J'at donné, de la part de Fagon, de manger davantage, ait réussi. Cette sorte de régime pour les personnes délicates s'introduit beaucoup. Madame de SéTigné affirme qu'il n'y a personne qui ne connaisse quelques douleurs d'estomac, mais celle qu'éprouTesacbèrefllle est plus piquantOt plus

pesante, et se passe clans un endroit si intérieur et si intime» que la dame admire la patience de la pauvre malade. Elle croit que tout le mal vient de la poitrine, du sang et du poumon.

Tout cela est savant^ et pour conclusion, la marquise en revient à l'usage du lait pour remédier à ces accidents qui la tourmentent toujours.

On doit rendre justice à madame de Sévigné, elle ne dissimule pas les insuccès, et, par exemple, après avoir dit que M. de Saint-Omer a été guéri par le remède de l'Anglais, elle ajoute que la duchesse de Saint-Àignan en est morte^ avec ce petit correctif qu'on ne lui donna ce remède qu'à l'agonie. Il y a là une sorte d'impartialité dont il faut lui savoir gré, car on pourrait croire qu'elle lui coûte queUfue effort.

Voici une histoire bien tragique, dit la marquise, et en effet, une dame du haut parage devenue amoureuse pour ses péchés passés, de Vinsensible Caderousse, fut tellement frappée d'un acte odieux dont elle était victime, qu'elle devint tout à coup comme upe figure de cire^ le sang et les esprits ne cou' rantplus, elle est aetuellement enflée et gangrenée; de sorte qu*elle est à Vagonie. Des renseignements, plus précis sur cette triste affaire, ont fait connaître que la dame était à portée d'entendre les propos injurieux de l'homme qu'elle aimait si follement, et qui en avait reçu des preuves si éclatantes. Elle était dans un certain temps, dit madame de Sévigné; elle tomba en défaillance, et comme elle fuirevenuef on la portaldans son carrosse et de là dans Son lit, où elle moufuA quatre jours après. On n'a guère d'exemple d'une telle catastrophe, et il est à regretter que l'on ne sache rien de précis sur les symptômes de cette maladie foudroyante. Aucun guérisseur patenté ou non ne fut appelé, du moins la marquise n'en fait pas mention^ et c'est dommage, car il se fût sans doute rencontré là quelque occasion nouvelle de déployer son talent pour la critique.

Elle reconnaît elle-même que ses variations médicales sont infinies, et elle en donne une excellente raison, la meilleure de toutes, assurément son amour pour sa fille. Hélas I dit-elle, je change à toute heure, je ne sais ce que je veux ; c*est que je voudrais que vous puissiez recouvrer la santé; il faut me pardonner si je cours à tout ce que je crois de meilleur, et c'est toujours sow le nom de bien et de mieux que je change d*avis, Noub tui pardonnerons donc et de grand cœiur, car ces faiblesses ont une source respectable; qui dit passion, dit folie, délire, et l'amour maternel porté au point où nous le voyons dans cette admirable correspondance, doit désarmer les censeurs les plus sévères.

Affaire de la Voisin.

Nous arrivons à l'affaire d'une autre célèbre empoisonneuse, la Voisin, qui compromit si gravement un grand nombre de personnes de la plus haute distinction. 11 parait certain que cette femme, dépourvue de tout sens moral

et obéissant à des eotralaeinents terribles, commit un grand nombre de crimes à son propre bénéfice et pour d'autres, fayorisant la cupidité d'héritiers impatients, produisant des veuvages ardemment désirés, en un mot, vrai génie du mal invoqué par des convoitises de tout genre» et ne reculant devant aucun moyen pour arriver à son but.

On a beaucoup écrit sur les crimes de la Voisin, on a dit qtie parmi ses complices il y en avait de si haut placés que la loi ne pouvait atteindre à leur taille, et que la chambre chargée de connaître les coupables et de les punir, avait reculé devant la tâche immense qui lui était imposée. Madame de Sévigné dit, dans une lettre du 9 février 1680 : L'affaire des poisons est tout aplatie; on m dit plus rien de nouveau. Le bruit court qu*il n*y aura pas de sang répandu. Vou^ fere% vos réflexions cotnime n(yuSé Nous ne dirons rien de tous les bruits rapportés par madame de Sévigné. LUnfâme créature expia ses crimes le jeudi 22 février 1680. On lui avait signifié son arrêt dès le lundi. Le mardi on l'avait soumise à la question ordinaire et extraordinaire, après quoi elle avait dîné et dormi pendant huit heures; ce qui se conçoit difficilement ; le lendemain, toute brisée qWeUe était, elle recomr mença à faire la débauche avec ses gardes. On sait que dans ses derniers moments elle accusa un grand nombre de personnes honorables de crimes atroces; par exemple. Racine, d'avoir empoisonné mademoiselle da Parc, excellente actrice de la troupe de Molière. La Voisin et quelques femmes, ses complices, semblaient vouloir se venger aox dépens de tout le mande de ce que la justice mettait enfin un terme à leurs forfaits.

Le soir, à cinq heures, on la lia, et avec une torche à la matn> elle parut dans le tombereau habillée de blanc ; c'est une sotte d'habit pour être hrûUeé Elle fut mise sur le bûcher, assise et liée avec du fer; on la couvrit de paille; elle jura beaucoup, et repoussa la paille cinq ou six fois; mais en^ le feu s*(Mgmenta et on la perdit de vue, et ses c^ndtres simt en Voir présente-^ ment.

Ce terrible drame occupait tout le monde, on s'apitoyait sur le sort de k Voisin ; M. de Sévigné disait à un juge que c'était une étrange chose que de ]a brûler à petit fen^ et ce doux juge lui répondait : Ah I monsieur, il y a certains petits adoucissements à cause de la faiblesse du secfe. —Sh quoif monsieur, on les étrangle? -^ Non, mais on leur jette des bûches sur la téie; les garçons du bourreau leur arrachent la tête avec des crocs de fer. Vous voye^ bien^ ma fille, que cela n'est pas si terrible que Von pense; comment vous porte%'vous de ce petit conte? Il m'a fait grincer les dents.

Ajoutons, pour achever ce tableau lugubre, les petites drôleries suivantes. La Voisin avait quelques complices subalternes. Une de ces misérables, qui fut pendue l'autre jour, dit la marquise, avait promis de faire des révélations si on lui accordait la vie sauve. Elle fut refusée, et voyant cela, ^e protesta qu'aucune douleur ne lui arracherait un mot. On lui donna la qikêê-

tion ordinaire^ extraordinaire et si extraordinairement extraordinaire qu^elle y pensa mourir comme une autre qui expira, le médecin lui tenant le pouls, cela soit dit en passant^

Le rôle du médeciD, dans cette ciftonstance, nous parait uae chose si horrible, si monstrueuse, que nous nous sentons profondément hunUié de yoir ainsi s*étahlir une sorte de complicité entre le juge deyant lequel le supplice est iofligé, entre le bourreau qui tourmente le coupable ou la yictime, si Ton aime mieux cette désignation, et l'homme de Tart qui autorise par sa présence et son intervention une cruauté aussi stupide que barbare, auss odieuse qu'inutile, car le plus souvent les malheureux soumis à la question ne disaient rien.

Passons à un autre genre de torture. La goutte faisait àeé tvra^es à la cour du grand roi. Voici le grand maître, M. le duo de Lude, qui a pensé mourir depuis quinze jours ; sa goutte était remontée, um oppression à croire qu*il allait rendre le dernier soupir, des suewrs froides, une perte de connaissance; il était aussi mal qu'an peut Vêtre, Les médecins m le seeowraient point.

Evidemment, il y avait de leur faute; il convient aux gens du monde d'attribuer aux médecins rimpossibilité d'accomplir de pareils miracles, stirtout quand un nouveau personnage se présente comme un dieu sauveur et a tout rhonneur d'une cure survenue par suite de quelque crise naturelle. Madame de Sévigné ne manque jamais de célébrer ce programme aux dépens de la Faculté officielle. Donc M. de Lude fit venir 1$ frère Ange qui Va guéri et tiré de la mort avec les remèdes les plus doux et Us plus agréables, Voppression cessa, la goutte se rejeta sur Us genou» et sur Us pieds, et U "voilà hors de danger.

Le frère inge a ressuscité le maréo^ de Bdilefonds; il a rétabli sa pot* trine entièreHnent déplorée» (Lettre du 9 février.) Il a donné une consultation pour madame de Orignan, et madame de Sévigné dit qu'elle la fit l'autre jour avec ce personnage. Il recommandait le lail; mais là était la difficulté; la comtesse ne l'aimait pas. Il se peut que vous en soge% trop peu nourrie ou que votre sang soit encore trop échauffé pour pouvoir s*%mir à la fraîcheur du lait ; car s^il vous était bon, voru série» guérie.

Nous ne comprencms rien à ces subtilités qui plaisent tant à la marquise* Il parait que le frère Ange comprenait parfaitement Veffet de cette contror riété qui fait comme Veau sur une pelle trop ekoudd Voilà ce que disait Fa* gon, et ce que noue avons e^érimenté. Madame de Sévigné pense que c'est à sa fille à juger si son »mg est toujours a» même degré de ehaUur, parce qu'a^ lors les remède» du hère knge, qui sont dotts et fortifiants, et rafraîchis^' sants, pourraient la disposer au lait et peut-être la guérir^ comme a été guéri U maréchal de BeUefondSf la reine de Pologne, et miUe autres personnes. Et pour terminer ce grand chapitre, la dame dit } ;M par malheur ces remèdes

ne vous faUaient pas de bien, ils ne peuvent jamais vous faire de mal. Banalité au serrice de tous les prôneurs de formules secrètes, grand argument destiné à préyenir les objections de ceux qui se permettent de douter, bill d'indemnité que s'accordent d'avance les personnes qui ne craignent pas d'encourir une responsabilité sérieuse.

Et puis, toujours des cancans médicaux. Duchesne hait toujours le café ; le frère n'en dit point de mal. Il est vrai que madame de la Sablière prenait du thé avec son lait; elle me le disait Vautre jour; c'était son goût; car elle trouvait le café aussi utile. Le médecin que vous estimex, et qui par là me parait le mériter j vous le conseille, etc. Nouvelle dissertation sur les propriétés du café, il engraisse l'un, il emmaigrit l'autre, autant d'extravagences, dit la marquise; il y a tant d'expériences contraires sur ce point qu'on ne peut asseoir un jugement de quelque valeur. Raisonnez avec votre bon médecin, je lui demande une chose : pourquoi^ si votre poitrine n'est point attaquée, vous aveu toujours ce poids et cette chaleur au même côté? pourquoi êtes'vous si pénétrée du froid? et pourquoi vous êtes si maigre, surtout à la poitrine? Voilà bien des questions à résoudre, et en attendant la solution de ces diiTicultés, madame de Sévigné écrit à sa fille : Je n'ai point passé de décours aans prendre au moira deux pilules avec la petite eau. Je me suis accoutumée à prendre tous Us matins un verre ou deux d'eau de lin: avec ce remède je n' aurai jar^ais de néphrétique, C*est à cette eau merveilleuse que la France doit la conservation de Jf. Colbert. Tout cela est bon à noter, ne fût-ce qu'a titre de simple renseignement historique au sujet de l'illustre ministre du grand roi. Mais on trouve dans une autre lettre que madame de Sévigné avait en quelques atteintes de coliques néphrétiques, et qu'elle espérait n'en [)lus avoir, grâce à ce qu'elle nomme un remède usuel. Elle dit dans sa lettre du 19^vril suivant : Jf. U procureur général me détermina à celte eau de lin; son père est mort de la graneUe; il en a une telle peur quHl s*est dévoué à cette eau; il en boit en tout temps, et croit être en sûreté. Comme le mien n'est pas mort de ce mal, je me contente éten boire les matins. On voit.par là que l'âge et l'expérience ne changent rien à son goût dominant; elle accepte un conseil de quelque part qu'il vienne, elle parle de ses maux à tout Je monde, les compare à ceux des autres, voit partout des ressemblances et se médicamente aussitôt à l'imitation de ceux qui se croient expérimentés.

Revenons à la goutte qui n'a pas tué M. le duc de Lude. Elle ne fut pas aussi clémente envers M. de la Rochefoucauld, et dans une lettre du 13 mars 1680^ nous apprenons que ce personnage a été et est encore considéra^ blement malade. Il est mieux aujourd'hui; mais enfin c'était toute l'apparence de la mort; une grosse fièvre, une oppression, une goutte remontée. Madame de Sévigné était fort liée avec le célèbre moraliste, elle était en tiers^ avec madame de la Fayette, dans une amitié très-doucement intime, et l'on verra quels regrets causa aux deux dames la perte d'un homme aussi considérable

sous tant de rapports. Peut-être la marquise ne le croyait-elle pas si gravement malade, elle en parle assez légèrement comme on peut en juger par le passage suivant :Il est question de V Anglais, des médecins et du frère Ange; il a choisi son parrain ; c'est frère Ange qui le tuera, n Dieu Va ainsi or~ donné, La plaisanterie est d*un goût médiocre et peut paraître étonnante dans la circonstance.

Deux jours après, le 15 mars, la dame écrit à sa fille : Je crains bien pour cette fois que nous ne perdions Jf. de la Rochefoucauld; sa fièvre a continué. Le pauvre malade montre une résignation extrême, c*est la maladie et la mort de son voisin dont il est question; il n*est pas effleuré^ il n*est pat troublé, il entend plaider devant lui la cause des médecins, du frère Ange et de V Anglais f â^une tête libre, sans daigner quasi dire son avis. Les parents étaient loin de garder une telle mesure. 11 y eut des agitations parmi eux, plusieurs cabales, Gourville contre l'Anglais, Langlade pour l'Anglais, etc., enfin M. de Marcillac (son fils) décida pour Talbot, et hier, à cinq heures du soir, M, delà Rochefoucauld prit son remède de V Anglais, et à huit encore. Madame de Sévigné, en mesure d'être bien renseignée, raconte que vers minuit le malade paraissait expirant, mais que par le combat du remède et de Vhumeur de la goutte, il est arrivé une si considérable évacuation, que, quoiqw la fièvre ne soit pas encore diminuée, il y a sujet de tùut espérer, et elle ajoute bravement : Pour moi, je suis persuadée qu'il en échappera» Je suis convaincue avec Langlade, de qui j'ai appris tout ceci, que ce reinède fera le miracle entier.

Nouveau bulletin daté du soir. Le malade est toujours dans la même situation, il a les jambes enflées; cela déplaît à TAnglais, mais il croit que son remède viendra à bout de tout. Si cela est, dit la marquise, f admirerai la bonté des médecins de ne le pas tuer, assassiner, déchirer, massacrer; car enfin les voilà perdiu : ^est leur ôter la vie que de tirer la fièvre de leur domaine. Dwhesne ne s'en soucie pas trop, mais les attires sont enragés,

La lettre du 17 mars annonce que Tillustre malade est mort dans la nuit. Voici rbistoire : Hier samedi, le remède de V Anglais avait fait des merveiUes, toutes les esp^ances de vendredi étaient augmentées; on chantait victoire, la poitrine était dégagée, la tête libre, la fièvre moindre, des évacuations salU' taires; dans cet état, hier à six heures, il tourne à la mort; tout d'un coup les redoublements de fièvre, Voppression, les rêveries; en un mot^ la goutte Vétrangle traîtreusement : et quoiqu'il eût beaucoup de force, et qu'il ne fût point abattu des saignées, il n'a fallu que quatre ou cinq heures pour Vem* porter, et à minuit il a rendu Vdme, Ces détails, qui constituent la peinture exacte de ce que Ton est convenu de nommer une rétrocession goutteuse, n*ont pas à nos yeux un grand mérite, ils accusent hautement l'incapacité de la science dans une occasion où tout le monde s'occupait des effets sans remonter à la cause. On croyait alors et le monde croit encore aujourd'hui à ces migrations d'un principe morbide, quittant le pied pour envahir le cœur

ou les poumons, tandis qu'un examen plus attentif fait reconnaître le développement d*une Inflammation de quelque organe intérieur devenant le ré- Yulslf énergique de l'attaque goutteuse dont on se préoccupe exclusivement. Mais laissons là ce long cliapitre des erreurs de nos devanciers, et constatons seulement en passant la répugnance que madame de Sévigné exprime à propos de la saignée et de l'affaiblissement dangereux qui en est la conséquence. Cela tenait sans nul doute à la difficulté qu'on avait & la saigner, à l'absence de veines, etc.

Puisque nous assistons à la mort des anciens amis de la marquise, notons celle de Fouquet qui arriva à Pignerol le 23 mars 1680. Bussy-Rabutin dit quelque part que le surintendant, après dix-neuf ans de captivité, mourut d'apoplexie, mais madame de Sévigné, liée d'amitié avec Pélisson et mademoiselle de Sçuderi, était mieux instruite, et elle dit en propres termes : Sa maladie a été des convulsions et des maux de cœur sans pouvoir vomir. On ne dit rien de la durée de ces accidents^ ce qui pourrait servir à en apprécier la nature. Mais c'est tout. La dame a raison de dire que l'on oublie bien vite à la cour. Nous avons tant d'affaires, dit-elle en riant, et madame de Fontanges> et madame de Montespan, et madame de Maintenon, et Bourdaloue qui prêche devant le roi, qui frappe comme un sourd, qui condamne l'adultère ; et le confesseur de Louis XIV qui permet ceci et cela; de sorte que, avec le meilleur cœur du monde, on ne pense aux absents que le moins possible, et les morts ne sont pas pleures plus de trois jours.

Il y a au moins une grande franchise dans cet aveu, mais n'y a-t-il pas uu peu trop de vanité dans la petite phrase qui termine la lettre du 6 avril 1680? Mandex moi quand vous aurex reçu cette lettre: elle est un peu comme celles de Cicéron. Qu'est-ce à dire? À quel propos cette comparaison si ambitieuse? Qu'y a-t-il dans cette lettre qui justifie un rapprochement si honorable? La dame raconte à sa chèrer Aile que madame de Fontanges est duchesse avec 20,000 écus de pension, que l'on voit en cela l'influence du confesseur du roi; que madame de Montespan est enragée des infidélités de son royal amant; que la faveur de madame de Maintenon grandit chaque jour; en un mot, cette lettre est remplie de nouvelles de cette importance, gazette de cour, cancans, médisances, toutes choses très-agréablement racontées et charmantes à lire quand on habite la Provence ; mais il n'y a rien là qui motive le moîQSr du monde un rapprochement bizarre qu'il vaut mieux ne prendre que p^ur un jeu d'esprit. Gela prouve encore que madame de Sévigné connaissail les lettres de Gicéron, et il nous est permis de penser que l'étude d'un aussi parfait modèle avait influé sur le style épistolaire de la dame. Gela soit dit à son éloge.

Le prieur de Gabritees.

Yoici un nouveau personnage médical, le prieur de Càbri^es, qui a des re-

cettes pour bien des maladies. Il parait aroir soigné les enfants de madame de Montespan, et celle-ci est disposée à le ramener chex lui et sur les lieux (en Provence), afin de faire traiter ses enfants. Il dit que le chaud de ce payslà est meilleur pour ses remèdes. La marquise ne croit pas que madame de Montespan se décide à quitter la cour, et elle en donne la raison. Elle nous liyre une particularité nouyelle, et en ces termes. Cependant, ce médecin forcé traite madame de Fontanges d^une perte de sang très-opinidtre et très-désobligéante, et dont ses prospérités sont troublées.

En appliquant au prieur de Càbrières le titre de médecin forcé, madame de Sévigné veut dire qu'il n'était pas le moins du monde médecin, quoiqu'il se vantât d'avoir des remèdes pour bien des maladies. C'est une réminiscence de Molière. Le Médecin malgré lui, cette admirable satire des ridicules de son temps, fournissait à tout le monde des citations plaisantes, chacun croyait que le poôte se moquait de son voisin, personne ne prenait la chose pour lui, vraie marque du génie^ et que nul autre écrivain n'a offerte au même degré.

Le prieur de Càbrières, avec tous ses, remèdes, ne guérit pas la belle duchesse. Le 1" mai, madame de Sévigné écrit à sa fille : Vous savex tout ce que la fortune a soufflé sur la duchesse de Fontanges; voici ce qu'elle lui garde, une perte de sang si considérable, qu'elle est encore à Maubuisson; dans son lit, avec la fièvre qui s*y est mêlée; elle commence même à enfler, son beau visage est un peu bouffi. Le prieur de Càbrières ne la quitte pas; s'il fait cette cure, il ne sera pas mal à la cour. Et comme conclusion morale de cette grosse affaire, la marquise termine son récit par ces mots : Voyez si ïétat otl elle se trouve n'est pas précisément contraire au bonheur d*une telle beauté. Il faut convenir qu'il y a là une singulière liberté de pensée^ et que madame de Sévigné n'est pas prude.

Mais encore une fois quel est ce prieur de Càbrières qui se charge du traitement des l\émorrhagies utérines? Nous n'en savons rien. Il ne parait pas que ses soins aient eu bien du succès, car la belle duchesse, quoiqu'elle eût pu reparaître à la cour, n'en mourut pas moins au mois de juin de l'année suivante, empoisonnée suivant les uns, mais bien plutôt des suites d'une maladie de femme. Lorsqu'elle parut guérie, Louis XIY voulut que le prieur s'établit à Paris, sans doute enfin de prodiguer ses soins à toutes les femmes en proie k de pareilles maladies, mais il ne semble pas que la chose ait été faite ainsi. La jeune femme, madame de Grignan qui n'était pas plus indulgente que sa mère, avait dit plaisamment que madame de Fontanges avait été blessée dans le service, ainsi que cela se dit des militaires sur le champ de bataille, et la marquise ajoute qu'elle l'est au point de vue qu'on la croit invalide. On s'égayait ahisi aux dépens d'une favorite, à huis clos, bien entendu, car le roi ne tolérait pas la moindre épigramme sur œ chapitre*

Autre voyiga en Bretagne.

Madame de SéYigné quitta Paris le 7 mai 1680 pour aller en Bretagne où l'appelaient des affaires d'argent, car, il faut bien Tavouer, elle était fort intéressée. Sa présence aux Rocliers était nécessaire pour régler des comptes avec ses fermiers, pour recueillir les sommes qui lui étaient dues et dont elle avait grand besoin. Mais tout en se livrant à ces soins vulgaires, elle n'oubiait pas sa fille, elle la poursuivait de ses conseils, de ses ordonnances, et nous voyons apparaître, dans une lettre écrite de Nantes, le 14 mai, un nouveaTi guérisseur nommé la Rouvière. Suivex ses conseils, dit-elle avec cette imperturbable confiance qu'elle déploie en toute occasion analogue. Je m'en vais bien faire valoir à madame de Tianges qWil a guéri son frère (M. de Yivonne); je voudrais bien quHl voiu guérît aussi. Qu'avait M. de Yivonne? de quel mal Fa-t-on débarrassé? On n'en sait rien, mais enfin il a guéri celui-ci, donc il doit g^uérir celle-là. On ne peut faire un plus mauvais usage de la logique.

On voit par beaucoup d'exemples que les personnes du grand monde s'occupaient de médecine. On trouve dans les anciens formulaires des recettes portant les noms du prince, du duc, du commandeur, de la reine, de Vabbé, du prieur, et ces diverses drogues ont conservé longtemps une faveur dont on pourrait à bon droit s'étonner si l'on ne se rappelait que de nos Jourd des choses analogiies se passent constamment sous nos yeux. 11 n'y a pas un journal, grand ou petit, dont la quatrième page ne soit remplie de ces remèdes héroïques. La réclame est ingénieuse à présenter ces éternelles panacées que le public accepte toujours, elles sont ornées de l'approbation de l'Académie impériale de médecine ; U n'est pas de mensonge que l'on ne débite pour séduire les malades, et ce charlatanisme contre lequel la loi est impuissante, est une plaie honteuse que les gouvernements n'essayent pas même de guérir.

Nous apprenons que madame de Grignan, on ne sait qui le lui avait conseillé, se plongeait deux fois par jour dans Teau du Rhône, et pareil traitement ne peut convenir, dit la marquise, qu*à une personne bien échauffée. Elle dit à sa fille de consulter un auteur fort grave pour établir l'opinion probable que le bain soit bon à la poitrine. Je fus témoin du mal visible que votis firent les demi'bains ; c'était pourtant de Vavis de Fagon. Etait-ce un commencement d'hydrothérapie essayé par la comtesse? Se plongeait-elle dans le fleuve ou dans une baignoire remplie d'eau du Rhône? Rien n'indique lequel des deux, mais nous inclinons pour le premier parti, vu la saison favorable et le doux climat de la Provence.

Quoi qu'il en soit, ce moyen lui fut favorable, ainsi qu'il résulte d'une lettre du 8 septembre suivant, dans laquelle nous voyons que la comtesse n'a plus de coliques, et que sa poitrine n'en a reçu aucun dommage*

Gomment concilier Famonr de la drogue et la bonne santé dont se rantait sans cesse madame de Sévigné? Elle écrit : Ma sanié me fait honte; il y a quelque chose de sot à se porter aussi bien que je le fais; cela est encore au delà de la médiocrité de mon esprit. Nous ne concevons cette nïodestie démesurée que par opposition.

iiamère trouye que sa fille est trop délicate, trop spirituelle; ces deux choses lui paraissent liées Tune à Tautre, aussi Tengage-t-elle à se rendre un peu bête pour se porter mieux, à ne pas lire tant de choses savantes et profondes. Je voudrais , pour votre soulagement et pour mon honneur, a/voir quelques-unes de vos maladies.

On voit bien la pensée de cette mère incomparable, et Ton n*y trouve rien qu'un raffinement de tendresse qui nous la rend encore plus charmante et plus chère.

Madame de Sévlgné avait peur en voiture, elle ne perd guère Tocçasion de raconter les catastrophes survenues par suite de carrosses versés, de chevaux emportés. Ainsi madame de Saint-Pouanges se rendant à Fontainebleau, verse en chemin, une glaee lui coupe son corps de jupe et entre dans son corpvsi avant quelle s* en VMurt, On me mandait de Paris qu'elle était désespérée et des chirurgiens et de mourir si jeune (t2 juin 1680). 11 y a là un jeu de mots bien gai pour une si triste nouvelle, mais la marquise ne résiste jamais au plaisir de faire un de ces rapprochements qui montrent la liberté de son esprit et de sa plume.

On a beaucoup parlé des personnes incombustibles, et depuis les jongleurs du mof en âge qui se soumettaient impunément à répreuve du feu, jusqu'à M. Boutigny (d'Evreux), un vrai savant^ bien des essais ont été tentés, bien des explications ont été données sur la résistance qu'oppose la chair vivante à l'action des hautes températures. Madame de Sévigné raconte qu'elle a vu de ses propres yeux un garçon de Vitré laisser couler dans sa bouche dix ou douxe gouttes de ma dre d^Espagne tout aUumée, et dans sa main, lia le secret de cet homme dont vous avez entendu parler à Paris. La marquise éprouve un extrême étonnement de voir cela familièrement dans sa chambre« et de constater que la langue de cet homme était aussi heUe après cette légère opération qu*avant.

Ces sortes d'aventures inspirent toujours des réflexions sensées à madame de Sévigné. Gomprend-on, dit-elle, qu'il y ait une sorte de liqueur dont on puisse se frotter avec assez de confiance pour faire fondre de la cire d'Espagne ou du plomb sur la langue, avaler de Thuile bouillante et marcher sur des barres de fer toutes rouges? Que deviendront les preuves d'innocence de nos siècles passés? Je crains même que nos miracles n'en souffrent auprès des mauvais esprits. Elle conclut en disant : Mais n'y Ort-il pas eu de tout temps de vrais miracles et des tours de passe-passe?

Que doit-on penser de ce que dit la marquise à propoâ de la princesse de

Tarente : BUe tit %mê etpèce de médeein; Hl$ a fait ton cown tn ÀUimagne, où elle m*<uiure qu*eltè a fait des curês à peu près comme celles du médecin malgré lui. Gela peut se rapporter au prieur de Cahriires dont il est encore question dans une lettre précédente, et nous verrons plus tard que cette princesse fera adopter à son amie un grand nombre de drogues et de recettes propres à guérir tous les maux.

Ce besoin de médicamenter et son prochain et soi-même était un mal de famille; la mère l'avait transmis au baron ainsi qu'à la comtesse, et nous voyons dans une lettre du 14 août que M. de Grignan ayant eu au bras une vive douleur de nature rhumatismale, sa femme s'empressa d'y appliquer de l'eau de la reine de Hongrie. Il en résulta des douleurs excessives. Madame de Sévigné blâme ce traitement. C'était précisément ce quHl ne fallait pas faire; c'est la plue mauvaise chose du mondé aux nerfs attaqués des dou' leurs de ta goutte ou du rhumatisme. Ceci ressemble à un arrêt, seulement il n'est pas motivé. Nous ne devons pas omettre le passage suivant qui a une singulière valeur. La goutte et le rhumatisme sont des frères, et ce dernier a seulement une brisure de cadet, parce qu'il ne revient pas comme cette crueUe goutte; mais pour VhAimeur et les douleurs^ c'est la même chose. (Brisure est un terme de blason^ quelque chose qui, dans les armoiries d'uhe famille, distingue la branche cadette de l'aînée.) N'est*il pas étrange de voir, dans un écrit de ce genre, non pas seulement soulever, mais résoudre une des plus graves questions de la pathologie? Les professeurs Ghomel et Requin ne se doutaient guère qu'ils eussent dans la personne de la célèbre marquise un aussi puissant auxiliaire.

Gela ne l'empêche pas de se moquer des médecins qui appellent arthritis en grec ce que l'on nomme grossièrement la goutte en français. Nous retrouverons la même plaisanterie dans d'autres lettres où elle parle des douleurs qu'éprouve son ûls, bien qu'elles soient probablement d'une tout autre nature. Si la dame n'avait jamais eu d'autres sujets de moquerie à l'égard des médecins de son temps, il faut convenir qu'elle aurait eu mauvaise grâce d'en user comme elle l'a fait.

Nota. Gatherine Descartes, nièce du célèbre philosophe, était une personne de haute valeur, elle écrivait bien, faisait des vers, et l'on a d'elle quelques travaux estimables. On n*a du reste que peu de détails sur sa vie. On sait seulement qu'elle mourut en 1706, des suites d'une affection calculeuse produite par des études continuelles. Nous signalons le fait moins encore à cause de sa rareté qu'en raison du nom de ce personnage*

Madame de Grignan parait toujours souffrante; sa mère, qui l'accable de consultations, prétend que l'humeur qui faisait mal 4 la poitrine pourra revenir bientôt, qu'elle est actuellement dans les jambes où elle occasionne des douleurs, des inquiétudes, de l'enflure; elle avoue sa faiblesse, elle ne peut souffrir les moindres maux ; si fêtais à votre place^ f aurais obéi ponç-

tuellement à la Routière; feisayerais mille petits remèdes inutiles pour en trouver un bon. Enfin elle termine ce petit chapitre de confessions intimes par ces paroles : Mon impatience et mon peu de vertu me feraient une oecupation continuelle de Vespérance d^une guérison. Il est impossible de se rendre une pins complète Justice, de mieux indiquer le trait dominant d'un caractère qui ressort de mille passages que nous avons relevés et que nous relèverons encore dans cette charmante correspondance.

Dans une lettre du 4 septembre 1680, nous trouvons quelques détails sur la santé du baron de Sévigné. Il était galant sans amour, et dans une de ses liaisons si peu sérieuses, il ('prouva un accident des plus désagréables Vraiment, dit la marquise, il aurait mieux valu être fricassé dans de la neige que dans une sauce de si haut goût, La dame à qui Ton doit ce dommage n'en est pas plus émue ni plus embarrassée que si Von se plaignait d*un rhume de cerveau. Cela me parait punissable, et je ne sais comme M. de la Reynie, qui entend si bien la police, n*a point donné ordre à ces sortes de trahisons. Le malade, dans un charmant billet adressé à sa soeur, indique la source de son malheur : Qui croirait qu'une personne qu*on voit assise chex la reine traiterait son homme comme elle m*a traité, et qu'elle offrirait pour toute consolation des remèdes aussi bixarres quê ceux qu*elle me propose? On voit par là que les duchesses n'étaient pas à l'abri d'un mal qu'on n'aurait pas dû craindre en si haute compagnie. Mais poursuivons ce beau sUjet.

Le 8 septembre, la dame écrit à sa fille : Nous avons eu de grandes terreurs; Dieu merci I elles sont devenues paniques, et H en sera quitte pour de petits anodins. Ce n'était rien que ce qu'il avait ; ce n'était qu'un peu de gale, qui était le reste de la chaleur de quelques mééiecines un peu vigoureuses qu'il avait prises à Paris, Ces sortes d'explications que l'on se donne à soi-même, et qui n'ont aucun fondement solide, se trouvent démenties par la suite de cette histoire. Votre frère est toujours fort incommodé, quoiqu'il se croie en sûreté. Je le crois aussi; mais il est malade des remèdes aussi bien qtie vous; tl en a fait dont il n*avait pas besoin, ils ont agi sur son sang, et Vont mis dans un tel mouvement qu*il en est survenu de ces effroyables élevures qui donnent du chagrin à ceux qui les ont et à ceux qui les voient. Que doit-on penser de cette éruption? Est-ce une simple roséole spécifique? Ce qu'il y a de certain, c'est que la maladie principale durait toujours. Dans une lettre du 22 septembre la marquise dit : Si Vétat où il est ne le corrige pas, je ne sais ce qui le pourra faire. Il voulait causer avec vous, ce pauvre garçon, mais il est si abattu aujourd'hui qu*à peine peuUil parler. Un peu plus loin, elle écrit à la comtesse : Jf on fils vous dit mille tendresses; vous êtes tous deux si vieux et si cassés, que je ptuse ma vie à vous garder.

Dans une lettre du 6 octobre nous lisons ceci : Un coquin de chirurgien de Paris, après avoir fait bien des remèdes à votre frère, Vassure qt^il est guéri et ne lui ordonne que du petit-lait pour se rafraîchir. Le malade en prit avec

confiance/ mais il s'aperçut bientôt qu'il s'était trompé, et il dut recourir à la science d'un autre médecin. Celui-ci le traite actuellement selon le mérite de te m^ilf sans néanmoins le séquestrer. Et comme en toute chose la vanité est ingénieuse à se créer des compensations, le baron se console de sa disgrâce en pensant à sa noble origine. Les duchesses avaient droit à un dais^xt dais lui ôie la honte de sa maladie qu'il trouverait insoutenable si ce malheur lui était arrivé sur le rempart. À côté de la réflexion philosophique, il y a un détail de moeurs locales qui trouve naturellement ici sa place. La marquise se moque un peu de cette stérile satisfaction d'amour-propre, car les douleurs n'en sont pas moindres, le mal moins fâcheux. Ce pauvre petit frère vous ferait pitié si vous le voyiez; il est toujours dans la douleur.

Il parait qu'il souffrait surtout de la tête, è ce point que la marquise vou-> lait le ramener à Parie en litière, mais il ne voulut pas quitter les Rochers. Il n'est pas hien, dit la dame, il va beaucoup souffrir, mais comme il a le courage et la force de vouloir être guéri^ et quHl n'y a aucun péril, je vous prie, ma belle, de n*étre point en peine de lui. Le baron ne voulait pas revenir à Paris, afin d'éviter la présence de personnes qu'il lui aurait été pénible de voir.

On ne comprend guère la légèreté de son procédé ; il avait confié sa mésaventure à madame de la Fayette et à dix ou dou%e de ses bonnes amies. Que dites-vous.de ce petit secret entre quinxe personnes^ Il a beaucoup de confiance à l'homme qui le traite, et bientôt il sera comme s'il avait été lavé sept fois dans le Jourdain.

Mon fils (13 octobre) est dans un état digne de pitié, il est tellement maigre^ desséché, abattUf et sa barbe si longue que vous ne le reçonnattriex ptu. La dame, auteur de tout le mal, est cependant guérie^ et madame de Goulanges dit plaisamment que cette guérison est une joie publique. Le pauvre baron n'est pas si heureux, il éprouve toujours d'affreux maux de tète, malgré la quantité de remèdes qu'il a déjà pris. Le médecin dit qu'il n'a jamais vu un mal comme celui-là ; mais, dit la marquise, si le caractère de ce mal est tout nouveau, la source où il a été pris doit être bien ancienne. Vers la fin du même mois, madame de Sévigné se dispose à revenir à Paris. Notre bon et honnête et sincère médecin nous a déclaré que Vhumidité du cerveau de ce pauvre enfant était cause quHl n'osait hasarder les remèdes nécessaires; il nous conjure d^aller chercher des gens plus habiles et plus hardis que lui. Nous ne savons trop ce que cela veut dire, et nous ne trouvons pas un éclaircissement bien grand dans la &uite de cette lettre. Il sait parfaitement bien traiter les maux ordinaires; mais Vincident de cette fluxion sur le cou lui paraît si extraordi' naire, qu*il nous chasse. Soyex tranquille, écrit-elle à la comtesse, il ne lui faut qu'un bon traitement, et ce sera ce Jourdain dont je vous parlais Vautre jour.

Retour à Paris.

De retour à Paris le 29 octobre, madame de Sévigné ne parla plus de cet épisode si gr^ve, et nous devons croire que son fils fut bien guéri. Revenons un peu sur nos pas, car pour conserver de Tunité dans cette affaire, nous avons laissé en arrière diverses choses qui ne manquent pas d'intérêt. Voici un vieil évoque, M. d'Evreux, qui, à 80 ans, s^avise de monter dans un carrosse à quatre chevaux neufs, sans postillon; l'attelage s'emporte, brise la voiture et déchire le vieillard qui reste mort sur la place. Bonne histoire à l'usage des gens, qui ont peur en voiture. Voici un autre événement non moins tragique. Langlade, un des proches parents du duc de la Rochefoucauld, se trouvant dans une de ses terres en Poitou, fut pris tout à coup d'accidents si graves qu'on le crut mort, et si bien, dit la marquise, qu^on le mit sur la paillasse avec toute la contenance dun trépassé. Il passa un médecin par pur hasard^ il voulut le voir^ il observa ce pauvre corps, il y trouva encore quelque chaleur, et lui donna des remèdes dont on se moquait ; enfin il en vint à Cémélique^ et l'on est persuadé qu'il en reviendra. On se trompait, car ce courtisan mourut véritablement quelques jours après. La cause de cette mort est singulière. M. de Louvois passait non loin de la terre de Langlade, celui-ci, pour setparer de la faveur du ministre, alla au-devant de lui, le pria de se reposer un instant dans son château, mais Louvois était pressé de rentrer à Paris, il remercia brusquement Langlade qui fut tellement blessé de ce refus dédaigneux, qu'il tomba malade sur-le-champ et mourut comme on l'a dit plus haut.

Revenons à nos petites médecines, à nos petits remèdes si fort en vogue près de la mère et de la fille. N^étes-vous point effrayée de ces jambes froides et mortes? dit la marquise dans sa lettre du 22 septembre. Est-il possible que dans le pays des bains chauds vous trouviez le moyen de laisser périr ces pauvres jambes que vous ne sentez que par des douleurs? N^y a-t-il point de lavages qui puissent vous ramener les esprits à ces parties comme abandonnées ? Et comme la comtesse, pour ne pas être en reste de conseils, disait à sa mère de se purger, celle-ci lui répliquait : Il n'y a que deux jours que je pris une sotte béte de médecine dont je commence à me remettre^ car elle avait ému ma parfaite santé* C'était le sel polychreste, c'est-à-dire du sulfate de soude ou du tartrate de soude, suivant que ce nom s'applique au sel de Glaser ou à celui de la Rochelle. La dame prend toujours de l'eau de cerises qu'elle considère comme un moyen excellent de se rafraîchir.

Les fièvres intermittentes reparaissent à cette époque de l'année, l'été et l'automne ramènent des accès que l'Anglais combat efficacement avec son remède^ le chevalier de Qrignan s'en est bien trouvé, ainsi

qu'un autre Grignan, évéque d'Êvreux. Son remède a fait merveilles cette année, dit la marquise. M, de Lesdiguières en a été guéri comme par miracle ^ et mille autres. Voici une grande année pour $a réputation^ il a guéri tous ceuœ qui se sont adressés à lui* On n'a pas de peine à le croire si tous ses malades avaient de simples fièvres intermittentes qui, le plus souvent^ se terminent d'elles-mêmes par la guérison*

Un petit événement au profit des gens qui vont en carrosse* Vous connaissez mes chevauss, ma chère enfant, vous savez qtCUs sont fort beaux. L'un de ces chevaux, celui que l'on appelait le favoris, était au travail^ on lui faisait le poil de l'oreille, t^ s'^est mis en furie, s^est jeté comme un furieua par -dessus les barres et s"* est crevé le cœur» En le voyant mort, j'ai dit, comme M« de Montbazon : Voyez ce que c'est que de nous! Nous voudrions savoir quelque chose de précis sur ces prétendues ruptures du cœur qui reviennent de tfmps en temps dans la correspondance de la marquise* Hommes ou botes, peu importe, mais nous ne pensons pas que les vétérinaires de ce temps-là fissent l'autopsie de l'animal mort.

Il paraît, par un petit passage d'une lettre écrite le 9 octobre, que le fameux remède du chevalier Talbot se vendait fort cher. Le marquis d'Hautefort ne voulut jamais le prendre en raison du prix^ On Cassurail pourtant qu'il en serait quitte pour quarante pistoleâ. Gela fait une somme considérable, et l'Anglais qui le vendait a dû réaliser de gro» bénéfices. Peut-être craignait-il la concurrence^ car daifô la môme lettre où nous trouvons ce détail, la marquise dit que monseigneur a été guéri par le remède de Philippe^ Que deviendra la Faculté? demande la marquise» Nous n'avons aucun renseignement sur ce Philippe et sur la maladie dont il a triomphé. Mais en dépit de ces recettes con'» tre la fièvre, nous voyons que M. le dauphin et madame la dauphine l'ont toujours, et que la cour en est affligée. Le chevalier de Grignan^ qui était un des menins du dauphin, ne pouvait le quitter, et la mar*quise apprend par lui que l'Anglais a promis au roi sur sa tête^ H si positivement de guérir monseigneur dans quatre jours, et de la fièvre et du dévoiement, que^ sHl n'y réussit^ je crois qu'on le jettera par Us fenêtres^ Le chevalier Talbot nous semble plein de présomption. Ma-> dame de Sévigné ne pense pas de même, elle dit : Si ces pfopbétiM sont aussi véritables qu'elles l'ont été pour tous les malades qu'il a traités, je dirai qu'il lui faut un temple comme à BscuUipe* Et puis, pour achever cette histoire, la dame ajoute : Ce$i dommage que Mo^ Hère soU mort,^ il ferait une scène merveUleuse de Daqmn qui est enragé de n'avoir pas le bon remède^ et de tous les autres médecins qui sont accablés par les easpériences^ parkssaecès eipmt les pre^

phéeies comme divines de ce petit homme. Louis XIV, dont l'omnipotence ne connaissait pas de bornes, exigea que l'Anglais composât son remède devant lui. Nous voudrions bien savoir quelle garantie pouvait y trouver le grand roi. Il y avait des contrefaçons, puisque Daquin ne possédait pas la bonne recette, mais quel moyen de reconnaître l'erreur ou la fourberie?

Dans une lettre charmante adressée au comte de Bussy-Rabutin (2 janvier 1681), madame de Sévigné parle d une magnifique comète qui a bien la plus belle queue que Con puisse voir. A cette occasion, elle raconte une jolie histoire en ces termes. On dit que le cardinal Mazarin étant désespéré des médecins^ ses courtisans crurent quHl fallait honorer son agonie d'un prodige j et Lui dirent qu'il paraissait une grande comète qui leur faisait peur^ Il eut la force de se moquer d'eux, et il leur dit plaisamment que la comète lut faisait trop d'honneur. A propos de celle que signale la marquise, elle dit que tous les grands personnages en sont alarmés, et croient fermement que le ciel, bien occupé de leur perte, en donne des avertissements par ce phénomène céleste.

En vérité, ajoute-t-elle, on devrait penser là-dessus comme le cardinal Mazarin. L'orgueil humain se fait trop d'honneur de croire qu'il y ait de grandes affaires dans les astres quand on doit mourir. On ne peut qu'admirer la raison si ferme de madame dé Sévigné à une époque où un homme comme Bernouilli, dans son Systema cometarum, écrivait que ces astres errants étaient les précurseurs des vengeances célestes. Le comte de Bussy n'était pas éloigné de ce sentiment, mais Bayle montra plus de fermeté en combattant par des raisons solides cette croyance, reste des superstitions de l'astrologie judiciaire.

Cette femme, qui avait tous les genres de raison comme tous les genres de faiblesse, ne perdait aucune occasion de lancer un trait contre la Faculté. Elle écrit à son cousin le 28 juillet 1682, qu'il y a des fêtes continuelles à Versailles, sauf celles qui devraient célébrer l'accouchement de madame la Dauphine» Les médecins ne pouvant lui faire d'autre maly se sont si bien mécomptes qu'ils Cont saignée dans la fin du troisième mois et dans le huitième^ tant ils sont enragés de vouloir toujours faire quelque chose. Ces sortes d'accusations n*ont aucune valeur; les grandes connaissances de la marquise en ces affaires d'alcôve auraient pu être en défaut, tout comme celles des docteurs dont elle blâme si amèrement la conduite.

Madame de Grignan à Fsris^

Madame de Gtignan, arrivée à Paris vers le 10 noveihbre 1680, y demeura près de sa mère jusqu'au mois de septembre 1684. Pendant

cette longue suspension de leur mutuelle correspondance, la marquise écrivait à son cousin Bussy, à un président de la cour des comptes de Montpellier, M. de Moulceau, et à d'autres personnes de sa famille ou de ses amis. Ces lettres, conservées pour la plupart, contiennent quelques particularités dont nous avons fait notre profit. Elles nous font regretter plus '«'ivement la perte de celles de madame de Grignan. On peut juger de leur mérite par les réponses qu'elles rendent nécessaires. La fille avait une grande vivacité d'esprit, une manière originale de penser et d'écrire, le trait vif et un grand charme de narration. Comme son frère, elle inclinait au plaisant; l'épigramme ne lui faisait pas faute et chacun était charmé de la tournure spirituelle qu'elle donnait aux choses. Comment ces lettres, conservées avec un soin pieux par madame de Sévigné, ont-elles été perdues? Il résulte de quelques renseignements assez peu précis, il est vrai, que ces lettres auraient été détruites en 1734, par madame de Simiane, sa fille, par suite de scrupules religieux. Il faut en gémir et se contenter d'en penser tout le bien possible sur la garantie de madame de Sévigné, garantie très-suffisante, sans doute, mêipe en tenant compte d'une partialité que l'on comprend •et que Ton excuse, tant elle est le résultat d'un sentiment légitime.

On trouve à chaque instant dans les lettres de la mère comme un vif reflet de celles de la fille ; elles échangent des propos gais, piquants, elles se renvoient des épigrammes à l'adresse des personnes qui les occupent, elles raillent sans pitié les ridicules prétentionsL des sots, font une guerre acharnée à la vanité des courtisans, et ne ménagent pas même le pouvoir dans ce qu'il a de plus auguste. Elles vont plus loin encore, et voici un exemple de la critique qu'elles se permettent à l'égard des choses religieuses. Dans une lettre du 29 novembre 1679, il est question d'une visite que madame de Grignan fit à la Trappe. Rien n'est plus curieux que de savoir d*original ce qui se passe dans cette maison. Le diner que vous me dépeignez est horrible; je ne comprends point cette sorte de mortification ; c'est une juiverie^ et la chose du monde la plus malsaine. De quoi s'agit-il? Est-ce simplement la nourriture exclusivement végétale? Les paroles suivantes ne permettent pas de le penser. La marquise écrit : Les capucins que je vis à Pomponne en ordonnent partout. Je ne sais si ces pauvres gens en savent les conséquences^ mxiis ils ne croient rien de si salutaire. Encore une fois, de quoi s'agit-il? Evidemment cela se rapporte à un assaisonnement de la nourriture; on mêle aux aliments des trappistes quelque substance destinée à produire un effet quelconque. Mais poursuivons, et peut-être trouverons-nous le mot de cette énigme. Ils disent qu'un peu é^ esprit de sel dans ce qu'on boit chasserait pour jamais toute sorte de néphrétique.

Il y a un certain mérite à critiquer des institutions de ce genre, surtout à une époque où l'abbé de Rancé passait pour le noble type de la pénitence volontaire. Le travail perpétuel, le silence absolu, une nourriture insuffisante, et d'autres pratiques meurtrières, tout cela était pris pour de l'héroïsme, mais madame de Sévigné, armée d'un bon sens à toute épreuve, en cela du moins, n'admirait pas ces vertus sauvages, inhumaines, et manifestait hautement ses répugnances. On se piquait dans un certain monde d'appeler le corps une guenille^ de le soumettre à des macérations austères; on portait un cilice, on s'administrait la discipline ; pratiques absurdes que réprouvent également la raison et l'hygiène, mais qdHd l'on peut s'étonner de voir blâmer par une femme qui avait tous les préjugés de son temps, de sa race, de son éducation.

U faut en revenir à cet esprit de sel que vantent les capucins. La vertu qu'ils attribuent à ce que l'on connaît aujourd'hui sous le nom diacide chlorhydrique n'a pas été démontrée par l'expérience ; cependant il ne faut pas oublier que les sels alcalins ont toujours été considérés comme fort utiles dans les affections calculeuses des reins. Le fameux Yillebrune, ce capucin et médecin amateur dont nous avons déjà parlé, ax>ait senti le mérite de ce présent du ciel, dit la marquise, et après bien des détails sur lesquels on nous pardonnera d'avoir insisté, la dame conclut en ces termes : En vérité, je ne suis point édifiée d cette sale mortificatian. Peut-être ces derniers mots indiquent-ils une autre substance, quelque chose comme le sel ammoniac, extrait, on le sait, de la fiente du chameau ou de certains urates provenant de liquides non moins dégoûtants, et auxquels on attribuait des propriétés sédatives utiles aux pauvres reclus des couvents. Mais laissons là ces misères, et revenons à quelque chose de plus agréable.

Le comte de Bussy était rhumatisant, ses douleurs excitent les vives sympathies de madame de Sévigné , cependant nous- ne voyons pas qu'elle lui adresse aucune consultation à l'effet de le guérir. Elle ne dit pas un mot de la mort de la reine Marie-Thérèse qui arriva le 30 juillet 1683. Elle a plus de paroles pour nous conter la douloureuse opération que subit son cousin au mois d'août de cette même année. Il avait une fistule, comme le roi, et, de sa part, ce n'était pas un acte de courtisan ; mais beaucoup d'autres seigneurs y mirent moins de franchise et la maladie de Louis XIY devint presque une affaire de mode : témoin le marquis de Dangeau qui poussa le zèle jusqu'à se faire opérer d'un mal qu'il n'avait pas.

Nous avons déjà parlé des idées de la marquise à propos du lien sympathique qui existe entre personnes du même sang. En voici un nouvel exemple : Jurais^je bien élé saignée ce niatin. Il me semble que f ai ressenti quelque légère faiblesse. Il faut que ce soit vous ou

mof (15 mars 1684). Tout en ayant Fair de pldsanttr, de se ncqver d'une certaine philosophie adoptant ces croyanoes, elle s'y laisse aller Tolontiers, autant par sa crédulité naturelle à l'égard des choses my8« térieuses que par un petit sentiment d'orgueil nobiliaire. Les grandes ftimilles aTaient une si haute opinion de leurs vertus et privilèges, qu'il ne leur en coûtait guère d'admettre ces merveilles véritablement absurdes aux yeux de la froide raison.

Le baron de Sévigné s'était marié, il se trouvait aux Boohers avee sa mère à la fin de septembre 1684, il était tourmenté par des cleus, et sa femme par des vapeurs. Madame de €œuvres mourut en ce temps^là des suites d'une saignée mal Ikite, dit la marquise, mais nous ne voyons rien qui conduise à savoir quel genre d'accident est survenu. CetU mort fut étrange, dit la dame, et encore plus ceUe du obevalier d'Humières, mais nous ne savons en quoi. Je me porte parfaitement Itien^ je me fais toujours quelque scrupule d'nttaquer cette perfeetUm par une médecine. Nous attendons tes capucins, €'est l'annonee d'une nouvelle phase dans la vie médicale de madame de Sévigné. Ces bons pères nous fourniront matière à des remarques nombreuses. La santé de la dame tant vantée, va subir de prochains échecs et le» remèdes de tout genre vont tenir une grande place dans ses afifiures.

Séj^Qur aiu Rochers.,

La marquise de Sévigné avait dû quitter Farrs et sa obère ftlle pottf venir surveiller ses intérêts en Bretagne. Il ressort de toutes ses lettres qu'elle apportait le phis grand soin à la direction de ses biens ; qu» son oncle de Coulanges passait sa vie à calculer les reeettes et les dépense», que son cousin Bussy n'était guère moins occupé de ses afbires, et que sa tante de Toulongeon était d'une avance sordide. Bn cMe fomille, tout le monde savait compter, et les élans de tendresse natemell» ^ la marquise durent céder le pias aux nécessités en recouvrement des fermages. Et puis, ainsi séparées, ces dames entretenaient un commeree de lettres qui valait mieux pour elles que le tète-âetète; elles s^aimaient mieux à distance ; elles faisaient de l'esprit à propos de tout, leur repos et leur gloire y gagnaient sensiblement, et le publie n'y pendait rien. Il faut donc se féliciter de ce que les circonstances les ont si Icmgtemps tenues loin Tune de l'autre.

Voici une jeune fille de 17 ans, belle, riebe, de biMHie raaisd», fut meurt en trois jours d'une vapeur de fille. Est-ce une simple by^érie? On ne comprend guère une issue aussi fhneste d'une maladie ordinairement sans gravité, mais il faut se contenter dhine m^ilieii saiis autre détail. Elle aime ces histoires dramatiques. Si vousi aviez be$oki (Cun petit deuil, je vous en fournirais un: M. de M0ntm&rmi mowfui

Uy a quaire jours chez lui (tune violente mpopiexie en six heures^ Bile parle ensuite de ses chagrins, de la princesse de Tarente qui les partage et qui prend tous tes jours douze tasses de tké. Elle le fait infuser comme nous, et remet encore dans la lasse ptus de la moitié d'eau bouillante ; elle pensa me faire vomir. On voit par là que le tbé passait encore peur un médicament.

La princesse prétend que cela la guérit d» tous les maux. Elle m^ûs^ sura que te Icmdgrave (son neveu) en prenait quarante tasses tous les matins, — Mais^ madame, ce nCest peut-être que trente? — i\km, e^est quarante; il était mourant, eeta te ressuscite à vue d'cnl.

Madame de Grignan fut encore priçe d'un violent mal de gorge; e'^eu un mal fort sensible que d'avoir «ne amy§date enflée^ dit la marquise, cela s'appellerait une esquinancie si i\)n voukiit^, 11 est certain que Ton dut saigner la ccmitesse deux jours de suite. ^We «vvait un détestable régime, en dépit des conseils de sa mère; elle se couchait tard, se levait de bonne heure, prenait sans e^sse du thé et du café, ce qui ne valait rien à un sanq aussi brûlant que le sien. Faites-la souvenir de la pervenche, qu'elle ne ^abandonne pas tout à fait^ ne fût-ce que par reconnaissance. Voilà un nouveau remède bon à enregistrer dans cette vaste pharmacie. On prétendait alors qu« la petite pervenche avait la vertu de fortifier les poitrines délicate». Enfin^ ma bonne, quoi qu'il en soit^ consolez-vous et guérissez-vous a/veo votre bonne pervenche y bien verte, bien amère, mais^ bien spécifique à vos mauœ^ et dont vous avez senti tes grands effets; rafraichissez-en cette poitrine enflammée,

€eci est encore un hymne en fiaiveur d'un médicament que l'on croÂt capable de faire de grands miraoles, mais la dame qui est pour les simples s'accommode fort mal des saignées nombreuses qu'on a dû pratiquer pour combattre ce vie^t mal de gorge. Elle se plaint de ce qu# les médecines données à sa fille étaient mat comtposées^ {^ar^ ajoute-t-elle, nos capucins sont ennami» du pqlyehxeste. Vous avez été bien mat menée^ ma pauvre bonne, de toutes tes façons. Je créais que ce fût Aliiot, Notons, en passant, que Piierre Alliot était médecin ordinaire du roi, qu'on lui doit un d^ nombreux spéc^ques ooutre le cancer. 11 appliqua son remède à la reine Ajmad'Autricl^, mais il avait été appelé trop tard et ne put réussir, (^ooi qui! en soit, il parait qu'il Sr avait presse à s'en vanter, car M. Géron disait qu'il avait eu Fhonneur de traiter madame de Grignan.

Après la fameuse tisane de p^rv^ncbe, voici un antr» remède que ma<kmo de Sévvgné veut envoyer à sa ffî^, c'est le fameux baume iranquiHe qu» vantaient le» eapuotn». On pourtait croiro', d^aj^èe le passage où il es^ question db cette prépaf^tion) que c'était chose rare et fHrécieuse, qu'on ne pouvait s'^i procurer que de petites quantités,

et que les personnes assez heureuses pour en avoir, ne s'en dessaisissaient pas facilement. On se le prêtait à charge de retour, et Ton ne remployait pas contre les rhumatismes, parce qu'il en faudrait des quantités inlinies. Pour combattre la douleur de côté de la comtesse, voici comment elle devra faire. On en met huit gouttes sur une assiette chaude, et Ton frotte doucement le côté malade afin que le remède pénètre à loisir. On met un linge chaud par-dessus. Les capucins en ont vu des miracles^ mais il y a un petit supplément que nous ne pouvons passer sous silence. Les bons Pères y souffrent autant de gouttes d'essence d'urine mêlées. L'expression est bizarre, et le mélange ne l'est pas moins ; on reconnaît la passion que l'on avait alors pour ces associations de médicaments à propriétés diverses.

Les capucins sont en vogue, leur baume guérit la néphrétique, ainsi que le mal de gorge le plus violent. Je suis très-fâchée que le rhumatisme du chevalier ouvre de si bonne heure; Vichy ne lui a pas bien réussi cette année. Je souhaite que nos capucins fassent mieux. On voit qu'ils sont bons à tout, ce qui n'empêche pas madame de Luynes de mourir à 44 ans, jeune, belle, reposée (nous ne savons de quoi), madame de Chaulnes d'en faire presque autant, mais on avait fait venir pour elle M. Céron, un grand médecin de Paris qui était accouru en poste jusqu'à Rennes, au grand regret sans doute de la marquise qui aurait préféré les drogues excentriques de ses chers capucins. Sa bellefille, qui partage un peu ses prédilections, a été traitée par les bons Pères, elle a fait tous leurs remèdes chauds el violents, sans en être seulement émue. Le 29 novembre 1684, elle parle en passant de M. le dauphin qui eut pendant quatre jours une ébullition accompagnée de fièvre, mais il se rétablit promptement.

Madame de Grignan plaisante avec grâce sur une beauté toute fraîche qui doit arriver à Versailles, sous la garde d'une armée de 40,000 hommes; il n en faut pas moins, dit-elle, pour faire son lit. Cette beauté, c'est la rivière d'Eure qui devait être amenée par un immense aqueduc jusqu'à Versailles. On sait que cette entreprise gigantesque dut être abandonnée par suite des guerres survenues en 1688, et aussi en raison de l'effrayante mortalité déterminée par des travaux excessifs dans des conditions insalubres.

Nous avons vu déjà un grand nombre de remèdes dont on a célébré les vertus. En voici un qui l'emporte assurément sur tous les autres. La poudre de sympathie devait plaire à madame de Sévigné par ses propriétés occultes. En effet, quoi de plus admirable que ce procédé curatif? Vous avez une plaie, vous répandez sur le sang qui en a coulé une pincée de la poudre mystérieuse, et au même instant le blessé, fûtil loin de l'endroit où se pratique cet enchantement, se trouve soulagé.

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les douleurs se calment et la blessure se ferme. Or cette divine pondre est tout simplement du sulfate de fer (couperose verte) que l'on dessèche au soleil et que Ton mêle avec de la gomme arabique.

Il n'y a pas de rêverie si folle qui n'ait son prôneur ; aussi s'est-il trouvé un chevalier Digby qui a imprimé un petit volume sous ce titre ; Discours touchant la guet ison des plaies par la poudre de sympathie (Paris, 1681). Il est accompagné d'une dissertation traduite du latin, de Nicolas Papin, sur la nature et les effets de cette poudre presque magique. A qui en doit-on l'invention ? Je ne sais. On dit seulement qu'elle fut introduite en France sous le patronage de Théodore Turquet (de Mayerne) qui, après avoir été médecin de Henri IV, passa en Angleterre et devint médecin de Jacques I*', ainsi que de l'infortuné Charles I*'. Le petit livre de Digby contient la relation de la guérison de Jacques Howel, secrétaire du duc de Buckingham, à l'aide de la poudre de sympathie, et cette sorte de miracle se produisit sous les yeux du roi Jacques I*', mais les yeux des rois ne sont pas infaillibles, et les gens doués de raison et de critique ne peuvent ajouter foi à un prodige de ce genre.

Quoi qu'il en soit, Turquet (de Mayerne), qui possédait ce secret, le donna au duc de Mayenne qui fut tué en 1621 au siège de Montauban. Le chirurgien du duc le révéla, et c'est ainsi qu'il tomba dans le domaine public, accepté par les crédules, rejeté par les gens raisonnables, un de ces bons arguments à Tappui de la thèse suivante : dans le monde plus une chose est absurde, plus elle a de chances de succès.

Madame de Sévigné éprouva un accident sur l'origine duquel elle ne nous fournit aucun détail. Dans sa lettre du 28 janvier 1685, elle parle pour la première fois, et d'une manière tout à fait incidente, d'un mal de jambes qui consiste en une plaie. D'où vient-elle? Il est certain que la lettre précédente du 27 décembre ne dit rien de cette blessure; une autre du 31 décembre, adressée à Bussy, n'en fait pas mention; que s'est-il passé pendant le mois de janvier? Nous manque-t-il quelques lettres égarées ou perdues pendant ce laps de temps? cela est fort probable, car jamais la correspondance de la mère et de la fille ne présente de lacunes aussi grandes. Toujours est-il que dans la lettre du 28 janvier, on lit le passage suivant : f avais encore heureusement de la divine sympathie^ mon fils vous dira le bon état où je suis. Il est vrai qu'une petite plaie que nous aboyions fermée a fait mine de se révoltei\ mais ce n'était que pour avoir l'honneur d'être guérie par la poudre de sympathie. De quelle plaie s'agit-il? Où était-elle située? A la jambe, sans doute, mais comment était-elle venue? A propos de quoi? Par quelle cause? On serait tenté de penser qu'il y a eu blessures, mais la dame ne nous en parle que beaucoup plus tard.

Oh Vetta que la chose ti'ètait pas aussi simple qu'elle vôUl bieh le aire. Péftdâttl longtemps elle è*èvertue à ptoùvet qûè le tttal **éh Va, que la cicati^Ioè se foi'ttie, est fôi^héè, et totijôUrs lé mal éifâte, et Vèû à sahê cesse recours à dé hoiiveaux t^médes, admihibléd au début, biisntôt inutiles et délaissés poui* en accepter un autre ausâi peU èdSèàéè. Je thé ^uis btèn goùi)ei^héei i^uandfaî ntâirhé c'était pour étrt miéuift quand il n'y a ni feu ni enjlure, il ne faut pds Be laisser èUfoquer la jambe en fair dans une chaise. Ceci nous ramène à ces étouffetnehts dont s'est déjà plainte la marquise, et l'on voit qu'elle a besoin de ttiouve* ttient et de gtand air; aussi â-l-elle marché poUr être hiléux portante.

Nous ne nous chargeons pas d'èclaircîr tous lés petits mystères qui âè rencontrent dans les lettres de là dame. Par exemple, elle écrit : Je songe à ma santé préférabiement à tout; c'est ce qui vrCa fait étitet tes mauMises nuits et quitter ce qui m'aurait peut-étrè guérie en me faisant malade. Tout cela est peu clair, à ihoins que ce qui suit n'en soit le complément et l'explication. Le baume tranquille ne faisait plus rien, c'est ce qui me fait courir avec transport à votre poudré dé sympathie qui est un remède tout divin. Et pour preuve dé sa nierveilleuse efficacité, elle ajoute : Ma plaie a changé de figuré^ elle est quasi sèche et guérie. Enfin, si avec le secours de eetté poudre que Dieu m* a envoyée par vous, je puis une fois marcher à ma fantaisie, je ne serai plus digne que vous ayez le moindre soin de ma santé.

Cette sorte de médecine cabalistique nous étonnei^it si lions n'avions déjà rencontré divers indices propres à confirmer une opinion bien peu fkvûrable à madame de Sévigné. Ses idées sur la saignée de son cousin Bussy, dont l'utilité se fait sentir à ellé-mémé en vétlù de la consaii> guinité, sont assurément aussi déraisonnables que possible, Mais elle lés âvàlt, elle y l'evenait de temps en temps, et de celles-ci à la poudre dt sympathie, il n^ a qu'un pas. Toutes les crédulités soht gei'tnAinéit, l'une conduit à l'autre, elles se fortifient mutuellement, et la (tlùs ViVe intelligence n'est pas à l'abri de ces folies qui ne résisteraient paà ab ^lus léger examen. Mais examine-t-oh aveé la ferme Volonté de biëh voit? N'est-il pas beaucouj) plus commode de éroire ce que Tort désiiSô, et d^àcéet)tel* toutes les visions qui cairessent Une esj)érance , même vaifiô ?

Cela est si vrai, que la tnafquise continue bravement sa marché dans le champ des impossibilités. Elle dit à sa fille : Madame de la Fayette fne fait entendre Combien vous ^ôus moqueriez des médecins^ ai cette sympathie guérissait tfos côtés. Cependant un petit scrupule semblé se glisséi* dans l'esprit de la dame, elle veut bien douter de ée miracle, et elle dit : Ma fille, sei'ail-ce une chose possible? Qu'en disent Josson et Alliot? Ce serait bien alors qUe je regarderais ce remède comme m présent ^ éitl. Singulier mélangé de crédulité et de rés^r^f A ^èi

bon en pareil câs côhsUlter deux médecins, surtout qûàhd bti serait si heiirèùse âè ëe mo^ër de letir science à laquelle on croit §i peu?

j[l y à vraiment d6 là folie dans toutes ceâ tétés. Madame là duchesse de Choiséul, belle et chatmahte, était l'otnément de la *cour de Ver* sailles. Au mois de janvier elle éprouve les signet précurseurs de la petite vérole, elle se promène toute là nuit à la gelée, aimant mieux mourir qïie d'avoir ce mal. Elle Tavait en effet ; on dut la ramener à Paris, et ses triomphes furent un instant suspendus.

Madame de Matbéuf a une fluxion sur ta poitrine avec une grosse fièvre^ elle s'*opiniâtre à rie voir aucun médecin^ à n'être point sâtignée, a rie boire que de la tisane ; nous verrons comment cela réussira, et iuîvanl téi)énéfnent nous louerons ou nous blâmerons sa conduite. On t*est pas t)lus pfudent, en vérité ; c'est l'argument du fait accompli, ô'est le fatalisme, il n'y a plus ni raison ni devoir; l'expérience acquise eèt perdue, et chacun la recommence à son gré, comme si le monde datait d'hier. Et pour couronner l'œuvre, madame de Sévigné termine ce chapitre par ces mots : Je suis persuadée qu'elle en réchappera*,

Sur quoi se basé cette persuasion? Est-ce J)arcë que la malade s'a* bandbnné aux seules forces de là nature médicatHce? En ce cas^ ce serait faite l'éloge 4'iin6 expectation absolue. Mais d'où vient que la tnar- ^uise, dans tout ce qui la regarde, est si hostile à cette méthode? Comment court-ellô après tous les remèdes qu'on lui vante, de quelque f^aH qu'ils viennent? On peut à bon droit s' étonner de cêS divergenbeà d'opinion, mais nous l'avons dit, c'est surtout en médebirie qiie les piuft belles intelligence^ otlt le singulier privilège de déraisonner, sans doute patce qu'il ne suffit pas dé posséder beaucoup d'esprit pour voir clailr et juste êri des matières qui exigent, plus 4ue toutes autres, une certaine èôtîimè de èonuaissahces positives et techniques que rien ne peut fômplâôè?.

Nous avons dit que le jeune riiarquis de Bévigné s'était marié. Sa femme était de santé délicate, elle ne pouvait tharcher, elle avait toujours ffoid, ne pouvait veiller un peu tard, mangeait peu ; en un mot, elle offrait tous les signes de ce que nous nommons aujourd'hui les p&les couleurs, la chlorose. Dans urié lettre datée du 28 janvier 1684, sa bélle-iïière écrit à la comtesse : Votre bellê-sœur est bien loin de cf'atndrè lès héràorrhagie^ ; elle Voudrait tin remède qui pût lui faire connaître qu'elle a du sang dans les veines.

Après cet incident, nous revenons à la grande affaire de la jambe malade, ou t)lut6t des deut jatnbeâ; car aans la lettre du 31 janvier la tftàrquise dit î Vautre jambe est toute guérie, ceia est fini, tout va bien^ phrases de bulletin, faut sembîatit destiné à calmer les iriquiétUdéS de là fille, et que la mère attentive varie à l'inÛni jusqu'à cô qu'elle àe

trouve contrainte d'avouer que le mal subsiste toujours. La fameuse poudre de sympathie ne fait pas de miracles, madame de Sévigné demande quinze jours au lieu de quatre, et la mère prie madame de Grignan de lui piirdonner cette rébellion envers un remède si merveilleux. De semaine en semaine, l'espoir se soutient à force de subterfuges ; le 4 février suivant, ia cicatrice fait une fart bonne mine de vouloir s^avancer, et pour ta presser encore davantage, nous ôtons Chuile, avec votre permission, car nous avons suivi vos ordres, et nous mettons de f onguent noir que vous avez envoyé, et qui ne nuira pas à la poudre de sympathie pour fermer entièrement la boutique.

Il serait assez difficile de dire au juste auquel de ces médicaments serait due la guéçison, s'il y avait guérison; la poudre, l'huile, l'onguent, tout cela ensemble ou séparément, constitue une médication absurde, fort en harmonie avec les goûts de la malade. Le jeune marquis faisait l'office de chirurgien, il pansait sa mère, il se servait pour cela de je ne sais quel outil qui effraye madame de Grignan ; la fille prescrivait l'emplâtre, le frère l'appliquait, Dieu sait comment, et la mère écrivait sans cesse : Ma jambe n^est ni enflammée ni enflée; je n'ai point Cair ma^ lade, je me suis promenée; ne me regardez pas comme une pauvre femme de C hôpital, je suis belle, etc. Et toujours de la médecine : Je crois les bouillons de chicorée fort bons, j'en prendrai ; ne négligez pas vos amers, c'^est votre vie» Je doute que vous vous serviez de ta poudre de sympathie pour votre côté; vous n'avez point encore voulu essayer du baume tranquille.

Le jeune marquis envoie un bulletin à sa sœur. La poudre de sym-r pathie n'a point fait son miracle, mais elle nous a mis en (état que Conguent noir que vous avez envoyé achèvera bientôt ce qui reste à faire. Madame de Sévigné dit de son côté : Je crois que la poudre de sympathie n'est point faite pour les vieux maux; elle n'a guéri que la moins fâcheuse de mes petites plaies. On est habile à créer des expédients, des excuses, on absout volontiers la drogue de son échec, et l'on serait cent fois moins bienveillant pour un médecin habile et consciencieux qui n'aurait pas réussi dans les mêmes circonstances. N'en est -il pas toujours de même? L'indulgence du public est acquise de droit à tout charlatan, tandis qu'on se défie du savoir modeste et que Ton a un blâme tout prêt pour le médecin qui ne peut lutter contre un mal incurable.

Conservons nos jambes tant que nous pourrons, dit la marquise, elles sont difficiles à apaiser quand une fois elles sont fâchées. Estce pour arriver à ce résultat que la dame se purge avec les bouillons du frère Ange? Elle s'en était bien trouvée; mais cette fois-ci ils n'ont fait que l'émouvoir. Je me suis demandé pardon, dit-elle, et je me

laisse r apaiser ^ résolue de ne jamais attaquer une parfaite santé. Et puis cela se termine par cette sentence aphoristique : Les légères mé^ decines sont cruelles. Voilà pour la postérité! qu'on se le dise, que chacun en fasse son profit! Nous pouvons assurer que madame de Séyigné ne sera pas la dernière à oublier son arrêt.

Nouvelle consultation pour sa bru. Je trouve cette petite femme <tmaladCy si accablée de vapeurs, avec des fièvres et des frissons à tous mamenls, des maux de tête enragés, que je leur ai conseillé de s'^appro* cher des capticins{\e mari et la femme sont allés à Rennes). Pourquoi ce rapprochement? Ce sont eux qui ont mis le feu à la maison par leurs remèdes violents^ dit la marquise ; noussavons en effet que la jeune femme a été traitée par les bons Pères, et sans doute la dame pense qu'ils pourront éteindre l'incendie. Quant au jeune marquis, t7 prend Cessence de Jacob deux ou trois fois le jour; il faut que tout cela fasse un grand effets et suivant la dame, en pareil cas il vaut mieux être dans une ville qu'en pleine campagne.

Jamais femme ne poussa plus loin l'amour de la santé, et comme conséquence, ne fut en proie à une passion plus vive pour la médecine vraie ou fausse, légitime ou de contrebande. Ses lettres en sont remplies, et il faut tout le charme de son esprit, l'admirable variété d'expressions dont elle dispose en parlant sans cesse d'un sujet ordinaire-^ ment banal et fastidieux pour qu'on lise sans dégoût ce rabâchage d'infirmerie et de boutique d'apothicaire. Si l'on pouvait mettre le mot d'aimable avec celui d'emplâtre, dit-elle dans sa lettre du 14 février, je dirais que celui que vous m'avez envoyé mérite cet assemblage. Il attire ce qui reste et guérit en même temps. Ma plaie disparail tous les jours. Diminue serait le mot propre, mais disparaître tous les jours est étrange. Où est la chose disparue? que devient-elle? comment revient-elle? Autre opinion : Il me semble que le dernier emplâtre que vous m^avez envoyé est meilleur. On peut interpréter à sa guise le passage suivant qui renferme bien quelques obscurités : Enfin cela est fait, dit la dame. Si je n'en avais point fait du poison^ par Cavis de sottes gens de ce pays^ il y a longtemps que celui que fai depuis trois mois nC aurait guérie. Qu'est-ce que cela veut dire? On pourrait croire que M. de Pomponne est pour quelque chose en cette affaire, qu'il a eu un mal semblable, et qull a envoyé à la marquise un empl&tre avec lequel on l'a guéri.

Elle dit avec une sorte de naïveté touchante : JusquHci la foi avait couru au-devant de la vérité, et je prenais pour elle mon espérance. Elle semble attribuer à son fils certaines déterminations fâcheuses, bien qu'elles fussent inspirées par les intentions les meilleures. Comment avec des pensées de ce genre, un jugement qui lui permet de voir la

Vérité, fètottibé-t'èllé toujours dans les hiômeô ftiibîesèés? Cbmméhl est-elié totijoii^ pi4lé ù îiecê^ief Une hôUvëlle i»bcett6 feUr W garahttp de pefSôhnes ëhtièl*ëinent încômpélehtes?

La princesse de Tatehië à donné &li vieil abbé de Cbulatiges une thêriaque céleste qui l'a tii^ dû hlal de tétë et d'une faibles&e qui ef« frayti^ât mâdaifne de Bévighé. Làprincesse est le meilleur médecin du rmhd», fet là î^tetive, cM tfûé, tout de bah, les capucins admirent sa imuiP^ïih. Elle gnérit une ittfinilé de péHs; ètle a des èùmpositions tarés \^î préiiieûm dont elle nous a donné h*ois prises ^ui font un effet prùdi^ieHdt. Ces légers pi*opo8, jetés au courant de la pluflie, ne sont aeeoîinpftgnég d'aucun détail, et il nous suflBt de les enregistrer au pH^fil de la thà^qùisé ()ui (kit vraithent collectibh de ces secrets mer* veilleux. Cfe ttô èortt ptts ies derttiet^ qiil êe rencontreront dans ses lettfëi.

11 y ëtlt en ce lëtaps-îà, «8 février 1685, lih abbé (|ui ftit roué pour je ne sais quels crimes odieux. Madame de Sévigné dit à cette occasion : Qikùnd bn à lA la destinée de Ce paUVPe misérable, il faut prendre du Èel de soufré, dont je rn^ trouvé fott bieh. C'est encore une de oei éttigtnes doht hoUs né ))ossédon8 |)ds le mot.

LA jambe est toujours malade. Je fe^s un port bon usage de la pou-* dfie de JéssM, si la cieatHcè de fha plaie avait besoin de ce secours^ ^hûié je iuii guérie^ gtdce à Dieu

Gepehdàtlt^ bn pm plus tard, elle raconte que quand ê dernière plÈiîë â éU fermée, il s'est jeté au^ environs nh feu léger et de» sérosités t}Ui së sont i^l^âbdttës en sit Oii Èe)^i petites cloches qui se sont per^ eées et séchééd éh même temps, h la fùiknr de leûH d'ArquebUsaie, dont je 9fl# sûih sôni^enue, et qui^ M d^Vué jàurè, Wà remise en étai dé matiùhet. ËhCore uh ]}etit réihèdë : Là totlé Gauthier n'y était jktÈ bonnéy elle avait fait ce qu'ail fallait, et votre eau à fuit te reèt&. Voiôl lâaintenatit là science : On dit qut cela est Osiez ordinaite aux lon^ iués plàiês ; il ié jette dès sétositéi mtre cuir et chûir, et domme elles né i*Hi bont i)itt$ pa^ fft plaie, élieà premékî cette toié, et cela paisè dSmmÉé Hhé flamme, surtout ^tMM un a uHë eau de sd ctijète pie qui àé trouve à point nommé pouf tout guéiir.

Pas tout à fait cependant, car dàiis linë lett^ dû il avril 1685 on lit éëj) jbliëS phrases : C'êit te tempi ^ui m'&mpëâhé présentement d'ejcéhcer ma nouvelle jambe; je la traite encore comme une conïpùignie, je né là mets pài à tous léi puH, c'èàt îtne êtf^àh^tf-é que je veUùc qui se raccoutumé tmensiblement ûtèô mbi. Lefe piteî EàculûpeS, c'ëÔt-à-diH les capufeins, devraient bien bpérer cette cure défihitivo, eux qui teÇôi- Tënt les ctnàpliments de toute rBUropè, dit hikdàme dé Sévigtoë. Il t^hift ëëpëttdikttt quë leur télébrité n'était pàS sàûs iheonVétliëntà éi

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\ëm^ triôIrtfiphèB idAi h\iàgei; ta ^l^tèétîôn êelàtéhtë d\i ddti de GhâUU ûéÈ li'avâit pu lés ïàèttfé à TâbH d'ihcUlpattons fâcheuses ; i] y eut ptoces, jugementj ôi*rèt soUVeWiiii, et ils purent côhtitiuei*, sous lé pattij* ttëgd de l'autôfitè, un exercice thédicâl que le bbu seus aurait dû ph)scHre, Èi jamais le bon seiis entrait pour quelque chose dans les affaires de ce geni'ë.

Ityé (lUUtf*ê JoUi^s i^û'U prU Utié fatktdisiè à mù jambe de s'enflêi* et de jètéf* des feux et deà sêrôHtës, Là damé prétend qu'elle en est enchantée, tieH n'étdU capable, séloh elle, de guétif iéi duretés et m raideurs du mollet qu'une telle évacuation. Le marquis de Sévlgné en* ▼6ya pHer leè capucins qui étaient à Rennes de venir voir la malade, ils devaient en même temps reprendre le traitemeht de la jeune marquise ; tnttië les bons tères répotidifëtit qu'ils ne pouvaient quitte** leut* couvent, et qu'ils invitaient madame de SÔvigné à vehif léstt'ouveràfin de lui |)l*6scrirë les cataplasmes néce^sai^ë«. Lèi dame se décide donc à fai^e le voyage, parce que, i^tf*e toujoûi^a ircHiipée sur eetie ^uérison, &est une trâp ridicule ehoèé. li^d toujours d(S loups dans tes bèrjjtfîei. Là petite plaie eH fermée et point ferniéè. Là tttàrqUîêe et àôh fils êe disent las des traMsotts de cette jambe et veulent ehûu obtehlr dii àUccèi^ toujours vainement espéré.

A Henhès, \ei Capucins oUt médicamétité, tout ta bien, Tenflûte a dispàh), la jambe malade ressemble à sa eortipa^né qui, depuis siù: iHois, était sans pareille t ttiâis la couleur n'est pas agréable, la lessive ne lu btéhthit pas ni teau d'Ati^uebusade. Nous apprenons de là malade élle^-mêhie que là gUérison est due à de^ hert^es que l'on applique sur )a jàiubè et qile l'ôh enterre api^s tes àvbir enlevées. A tUésufe qu'elles se pourrissent, la guérison s'opère; il y a là des sympathies oeeUUes défit Ift datue Ué ëefuble pas trèà-pei^uadée; cet éntettëiUent Se fait déut fbis pAt joUt, mais on né ^ hotûe pas à ce moyen, oh fait dés lôtiônâ dé léSsivè, bn friétionne avec un baume, et là malade a le bon sehs de se deihandéi^ auquel de ces moyens elle doit le suceès si longtemps attendu. Que he ptt)Cédàit-ëlle ainsi dans tant de cii^onstanéds où elle déploie un enthousiasme si peu justifié?

Madame de GrignaU était alors I Paf is et à Vei^ailles ; c'était au mdis d'àviil 1696, époque où Louis XIY épousa secrètement iftadame de Maintenon. Les lettres de des daméi, si intimes qu'elles fuà^eht, ibnt à peine àltusiôn à cet événement^ tant on craignait l'indiscrétldn ou ViUâdélité des message)^. Nous ne trouvons dans leui* corteépondàficé que des renseigtiemehts sur la fièvre dû éomte dé Gf iguan que iéë médecifis lignaient à outfahce, àur les douleurs du dhevalief de Grignan, goutteux émérite que deé piluled souveraines Uë sëulagent }ln» ël^in qu'elles fuéfiswiit tout le monde; madaind ë» Mvigiié erolt feimemeiit qu^le

duc de Lude, arrivé au dernier terme d'une maladie chronique, serait guéri par les capuciens qui lui donneraient de bons cordiaux et non pas de la bouillie, comme le font ces médecins de Paris.

Une dame de la Bédoyère était morte^ le grand médecin de ce pays C avait abandonnée^ les capucins la retirèrent de cette agonie^ etc. Cette même lettre, toute remplie de maladies, de médicaments, de guérisons miraculeuses, fait mention d'un remède nouveau, les capucins sont persuadés^ dit-elle, que la poudre d'yeux d'écrevisse^ dans la pre^ mière cuillerée du lait du grand maître (le duc de Lude), ferait des merveilles. Ainsi soit-il !

De retour aux Rochers, madame de Sévigné se sent prise de vapeurs ; elle a recours à la fameuse essence d'urine, elle en prend 8 gouttes qui l'empêchent de dormir. Et puis la jambe est toujours dure, tant il y a de sérosités recognées par des eaux froides^ et Ton continue les applications d'herbes que Ton retire toutes mouillées deux fois par jour, et que l'on enterre avec le cérémonial accoutumé. A mesure que ces herbes pourrissent^ riez-en si vous voulez, l'endroit malade 511^ et s^amollit. On continue aussi la lessive de cendres^ et tout cela conduit insensiblement à la guérison. Cest dommage que vous n'alliez conter cela à des chirurgiens; ils pâmeraient de rire^ mais moi je me mçque deux. Pas tant qu'elle veut bien le dire assurément, et sa réflexion elle-même prouve qu'elle sent le ridicule de ces pratiques. En vain s'agite-t-elle pour la plus grande gloire de ses chers capucins, elle s'inquiète un peu du qu'en dira-t-on, et tout en affirmant qu'ils ont remis sur pied une de ces deux femmes qui étaient mortes^ elle n'est pas éloignée d'accepter tout autre remède empirique, tant sa foi est peu robuste.

Nous voyons à la date du 20 juin que M. de Grignan est toujours tourmenté par sa bile noire. Plût à Dieu que nos capucins fussent à portée de la traiter î ce ne serait pas une affaire. Ils essayent de guérir une pauvre femme affaiblie de douze saignées par les médecins. Elle était phthisique, ainsi que cela résuite d'une autre lettre. Elle mourut parce que l'on n'a pu lui refaire un autre poumon, ayant vidé plus de la moitié du sien quand la cure fut entreprise. Ils ont envoyé à la marquise une essence qu'ils appellent de l'émeraude, qui guérit et console et perfectionne tout, et sent divinement bon. Les vapeurs ne reviennent pas, ce qui prouve qu'elles n'ont rien de commun avec le mal de la jambe, et puis n'a-t*on pas toujours l'agréable essence d'urine si utile en pareil cas? L'eau d'émeraude est si agréable que si je ne la mettais sur ma jambe je la mettrais sur.tnon mouchoir. Et nonobstant, si la dame n'est pas suffisamment guérie par tant de remèdes infaillibles, elle a\ira recours au sang de lièvre. Et notez bien qu'il faut qi^ ce sang vienne

d'un lièvre couru. Les capucins se sont un peu moqués de ce remède, mais cela n'a pas nui à la bonne intelligence qui existait entre la dame et les bons Pères.

On pourrait leur pardonner certaines choses en considérant qu'ils étaient grands observateurs de tous les moments^ dit la marquise, de l* humeur, des chagrins, de la physionomie; cela prouve au moins qu'ils cherchaient dans l'ensemble des phénomènes extérieurs à saisir quelques indications raisonnables. Il est vrai qu'ils portaient le zèle un peu trop loin, comme, par exemple, en se permettant de blâmer le traitement prescrit à M. de Grignan par les médecins de Paris, en disant que rien ne pouvait être plus mauvais que de le saigner.

Toujours des opinions médicales hasardées, des idées préconçues, comme celles-ci : Je serais surprise bien agréablement si les eaux de Vichy faisaient du bien â 100 lieues de la grille. Je crois que le chevalier en doute comme moi. Il paraît que l'on songeait à en faire venir à Paris. La dame souhaite qu'elles soient favorables à M. de Grignan ; sa maigreur^ sa langueur, sa colique, sa bile répandue et celte disposition de fièvre me donnent une véritable inquiétude. Elle ajoute que sans doute il n'a point pris assez de quinquina. On doit supposer que le comte avait une affection hépatique avec ictère, et que les eaux de Vichy étaient parfaitement indiquées. Dans la même lettre du 8 juillet, le marquis de Sévigné écrit à sa sœur qu'elle n'est pas dans les bons principes sur les vipères, que loin d'échauffer, de dessécher, elles rafraîchissent et engraissent. Il dit l'avoir éprouvé par lui-même ; sa femme s'en est également bien trouvée, mais il faut que ce soient de véritables vipères, en chair et en os, et non pas de la poudre qui fait mal, à moins qu'on ne la prenne dans de la bouillie ou dans de la crème cuite.

Voici la manière de s'en servir : On les tirait du Poitou, et, paraît-il, en grande quantité. Le marquis dit à sa sœur : Priez M. de Boissy de vous en envoyer 1 douzaines, dans une caisse séparée en trois ou quatre, avec du son ou de la mousse ; prenez-en deux tous les matins, coupez la tête, faites écorcher et couper par morceaux, et en farcissez le corps d'un poulet. Observez cela un mois, et M. de Grignan s'en trouvera bien ; quittez votre fade bouillie de riz et redonnez des esprit-s et de la vie à un pauvre homme exténué, et dont le défaut est d'être trop sujet à dormir. Les vipères et les poulets constituent sans nul doute un aliment utile; il est probable que les poulets eussent suffi, mais les esprits du reptile avaient aux yeux des gens du monde tine puissance bien supérieure. Ne rions pas de ces illusions qui se conservent toujours un peu, même dans un siècle orgueilleux de ses lumières.

Voici enfin la clôture de cet immense chapitre médical : Le 22 juillet 1685, la marquise, toujours aux Rochers, écrit à sa chère fille qu'elle

en en droit de se mcK^r des p«FQlea de »a nMnre, de ses 9fl9i9^UM^ duae g^ériaoi^ Yiui^meni f^pérée et pl^s v^iu^i^f^ ^oore affirmée, vous pouvez aussi vous nioquar de mon infidéLilé qui fRf fa^aU IQII*-

Hiis. l\ ^}A% q«e toute ^how prew^e ftn, dit^lle^ et se^o^ twt^s les apparences. VtK)Ai\e^ d«t 1» guért9(m 9em riseroé m^ f^emides iUmv de (a pnwf^ês^ éê Tmtnie #< é^ <<( femme purf^^^emenl iM^^ me »ien4 pm»er i^m (^ jp^i'Si^ V(Hlà m nm^myà lam&mmt iuprovisé, suivi avee un B0^vea^ lèle, et l'oi\ ipurrait croire qu'il a r^çu Vas^e* timeiit d'uB bowi^e de l^rt. Eft eget, la çfwrqube éorit ; ^mqu(^ ee petit médecin qui ifmimt^ ^e vkHl e^ ç^mimewi4 ifA remMe^ c^m^mf^ ^h M W^ ^KWÙ rien it^p0iir0»ifMrjqmpou9rmirerfqmp0ur t»('Hre nka jaw^ *fn fim^ UmM l^ «médecin a recoanu la nature de la loaladie et eiQineeil\é un nxede de traiteiReBt rationnel, eomm^iil a'explic^er t'yutef ve^tm dee rongea doic^ de la prinœsae de Ts^rente et le& pai»»eineii|s faita pav la femoMi babile dont on vient déparier? Wok vient ee mélange indigeate de soiei^ice réelle et d'empirisme? eemmeni peuvent 9 entendre le docteur et la prineesee? Nous n'owayeroas pM de ccmoilier cea inoout^tibilitéa; noii^ en avons awe» vu daua la eof retponàanee de la damB pour ne pas nous étoinner de oelle^ci. Ce ne aéra paa la derni^e.

Sur ces entiefoite^> il était arrivé un accitoit. Ne raismmez pmd sur un fwysipè^ fv î i^ni dum cours t^e la naltcre veut premdmt ei ffue vom a^ifp^mivez pmrce qu'Une fait pas rmomm. On regrette en vérité de lire dea cbesea de ce genre, et t<mt en tenant compte du temps où écrivait k mar^ui^e, de Tesfi^t médM^al qui régnait alora, on a peine à comprendre un pareil aveuglement. L'amour maternel infl^ire cea arguSÉents, noua H savona hûen, mai» on conviendra que cette paâsion reml aveugle une femmie douée d'ailleurs d'ime ^ vive clairvc^miiee. £t puia éco^(ma les développements de cette pratique môdéoalesi naïvem/ent abaurd/a : àes$mdamc a0us Le ^wfs^nemeni de eeifte prmeeêse^ n de sck bojmee% mpahie g^a^de^ qui hd fait tous ses^remèén^ ^ ^1 ÇLi^^f^tma^e^ des capudns^ fut çmrit tom le monàe à Ftiré^ H que ûmt H'a v«^vmim ^uej0 commise pkuis tôépe»re q»'U vouk^kf etc. ia princesse a u»e gavd», ceUe-ei ^t cba remèdea, les capuciaia ks ap prouvent^ cetai guérit ^^t le mcmd^? par conséquent la imbe die madame de Sévigi^ ne réaiatera pas à des moyena appuyée aw die^ telles gar«atÂ^> \mi 1^ U-aitem^nt de la g^de ;

1/ m Oflmii^jim^si <^mm icmlm eu emei^pi^ és^pm^die rvseêy trempé^, 4^m dm Ic^i ém^ M*»W» et rafra^ki^^ ^'oêfrà^rf'réeà^m/fih trois fm k imr. 0^ peu^ereive que ^^psûnac^ roses sont eemioifii d(% péMil^ 4ft r(^^ (jg. s^iia^ e^lp^raJbie, ^ûUet im)^ at

Pon uii la propriélé asiriogeiite de celle 0eur ; léiooiQ les Fpset é$ Provins, si souvent employées dans riotention de ressenrep les tiatus. Nous ne voyons pas l'elUilé du lail UauilU; mais quand conaeutira-i-oB à renoncer aus mélangea qui rendent presque impoaaible TappréoMon des effets dus à un médicament quelconque? Quoi qu'il ea aeil, mademe de Sévigné afl&rme que grâce à ce traitement, t<n/U cf qui étmt dans sou imagination el éUins ses esp^winces est dctm^ vi . \ Charlotte, c'est le nom de la garde, prétend que la malade pourra bÂeatdt aller de» Rochers h, Fougères et ^ Dol ii pied, la distance n^est que de 6 lieuea. Nous verrons bien. En amendant, Charlotte, après huit j<Mira de pains de roses, donne une petile pommade légère, qui dessèche^ etc.

Notons en passant que madame de \^ Fiiyette «yait peur médeein un dectôur Valan qui est mort, qu'elle pleure et regrette; ear il n'él«4t pas seulement son médecin, ntaû s4mçakfesse^re:t9a9K am-, U y « 1^ quelque ehose qui nous touche ; nous regrettons de ne pas voir d^W l'i^tMHMté de mada^ de Sévigné ui^ homme de l'art, un familier, u« aïK^i; «lais la daman avait pasasaest de fixité dans ses idées pour a en tenir aux Qoe^eils d'un seul homme, si habile qu'il eût ^lé. ^U|t-étre %u^i ^ evait^^n pe^ assex de confiance daAS les médecins de son temps pe^ leur abajuctonner le sain exeiuaif de sa aanté. Spn i wginatien ceuH sma eesse après de nonveaun meyens de guérison. Il faut dire que le rhumatisme dont elle a souâejrt si lengteni^ est une de ces affections qui résistent souvent à tous lea procédés curatife, que la douleur met à une rude épreuve la patience ^ malades, et qne l'insuccès des eoasultations légitimes peusae à ^lercher des spécifiques. Nous lui accordons vokmtier» le bénéfiee de ces circonstances atténuanles et nous oontinnons notve examen.

Nous trouvons dans une lettre du i" août 168^ mention expreana 4c la eause de ce. mal de jambe qui a duré si longtemps. La dame dit cpie, primitivement, il n'y a eu à sa jambe qu'une simple, écpreèeuxe qui aurait été promptement pt^rie par uae apfdicatkm àkuHe eide visn, ou même par rien; que l'on a couvert la plaie d'un emplâtie doisà ioui Le numde «e loue (avgoment tout^imissant auprès de la mar^nise), queoet emplMpe est de^ionu pom elio tm poùon, parce qu'on ne Va pas voulu lever, et enfin que Charlotte Fa guérie. Mais toute guérie qu'eUe est. Chark)tte fait encore meture des eompi'e&fiçs dfi m Mamts, k force de dure qWii n'y a pl^ ?ien, i> faudra bi««k que cela finisse poa* être vrai. La maladie dwe depuis, hwit m(Ma.

Madame <|e S^TÎ^é revient, à Paris.

La sMdreetla fijyii^, a(MF^¥9i^lowia s^i^tieiu $e |roiavèie«( réunie» à Favis» depuis le mois de s^tembre iQj$5 |ijka«iv'^ «^ de sf pj^e«y^

1687, par conséquent pas de coirespondence entre elles; mais la marquise écrivait à bien d'autres personnes, et comme ses lettres, déjà célèbres à cette époque, étaient conservées avec soin par celles qui avaient l'honneur d'en recevoir, nous y puiserons quelques détails relatifs au sujet qui nous occupe.

Le prince de Gonti mourut le 9 novembre 1685 de la petite vérole qu'il avait gagnée en soignant sa femme. Cette maladie était un épouvantail, et l'on a pu remarquer combien elle était fréquente et grave. Madame de Sévigné n'en parle pas pour son propre compte, elle avait assez d'autres misères, et son âge commençait probablement à lui inspirer la confiance qu'elle ii'avait rien à craindre de ce côté ; mais nous verrons plus tard combien cette sécurité était trompeuse. Dans une lettre du 3 avril 1686, adressée au président de Moulceau, elle dit que, depuis dix jours, sa belle et triomphante santé est attaquée; un peu de colique composée de bile^ de néphrétique, de misères humaines, etc. , tout cela fait penser que Pon est mortelle. Voilà le rhumatisme qui reparaît, la dame en convient elle-même, le bras gauche est pris, et il fallut la saigner au bras droit. Ce ne fut pas sans bien des objections, mais enfin, comme il y avait sur ce bras une véritable fluxion rhumatismale, on ouvrit la veine et la malade s'en trouva bien. Dans cette circonstance, elle renouvelle la plaisanterie d'une saignée faite par procuration au bras d'une de ses parentes, madame de Montataire, sa nièce, s'offrant bénévolement en sa qualité de Rabutin, à fournir la quantité de sang nécessaire au soulagement de la marquise. Elle avait toujours peur d'être estropiée, mais il paraît que, même en l'absence de veines, c'était sa prétention, les chirurgiens savaient en trouver une et l'ouvrir habilement.

On n'a pas oublié la maladie du marquis de Sévigné, sur laquelle il plaisantait si agréablement dans une lettre datée du mois de septembre 1680; eh bien! ce mal si tenace ne paraît enfin guéri qu'au mois d'octobre 1686. Sa mère écrit à ce sujet : Après cinq mois tCune souffrance tei^rible par des remèdes qui le purgeaient jusqu'au fond de se$ os, il se trouve dans une parfaite santé. Il est probable que cette rude épreuve contribua à modifier profondément le caractère du marquis; t7 est retourné chez lui avec un fonds de philosophie chrétienne chamarrée iVun brin d'anachorète.

La mort du prince de Condé, arrivée le 11 décembre 1686, jeta la cour dans la consternation. Madame de Bourbon ayant été atteinte de la petite vérole, le prince accourut avec une extrême diligence de Chantilly à Fontainebleau, afin d'empêcher M. le duc, qui n'avait pas eu cette maladie, de rester auprès de la malade. Nous ne savons rien de précis sur la cause de la mort de ce grand personnage. Madame de Sévigné, écrivant à son cousin Bussy, lui dit : Il fut fort malade, et enfin il a

pdripftr une grande appressUm» Et puis, c'est tout sur ce chapitre, car nous ne nous arrêterons pas à raconter la vi^n de ce fantôme aperçu par Yemillon, un des gentilhommes du prince, à Tune des fenêtres du château de Chantilly; madame de Sévigné a tous les genres de crédulité.

Le roi Louis XTV dut payer son tribut aux misères humaines. La marquise fait allusion à une certaine opération douloureuse qu'il a subie le 18 novembre de cette même année, et qui fit tant d'honneur à Félix, son premier chirurgien. L'allégresse publique éclata à cette occasion, et les courtisans se montrèrent ingénieux à complimenter le héros d'une bataille dans laquelle il avait dû cependant tourner le dos à l'ennemi.

Le chevalier de Grignan, toujours goutteux, voulait aller à Balaruc. La marquise de Sévigné demande à M. de Moulceau, qui habitait Montpellier, des renseignements sur la nature de ces thermes. Ces eaux ne sont^elles pas vos voisines? Four quels maux y va-t-on? Est-ce pour la goutte? Ombelles fait du bien à ceux qui en ont pris? En quel temps les prend'on? En boit^on? S'y baigne-t-on? Ne fait-on que plonger la partie malade? Cette enquête prouve au moins que la dame en comprenait l'importance. Comment, en tant d'autres occasions, se dispenset-elle d'user du même procédé, si louable, si juste? Par quelle étrange inconséquence accepte-t-elle sans le moindre examen, les drogues qu'on lui vante, s'abstenant de toute réflexion, adoptant à l'aveugle le conseil du premier venu et retombant toujours dans la même faute, comme si elle récusait sa propre expérience? Les bigarrures de l'esprit humain sont infinies, toutes les contradictions y trouvent leur place, et ce qu'on nomme la raison devrait bien se montrer plus humble.

Nous avons l'Almanach de Liège et ses prédictions. Il y avait alors rAhnanach de Milan avec ses pronostics, et madame de Sévigné qui vient de raconter la mort du maréchal de Créqui, écrit au comte de Bussy: Je viens de lire de mes yeux dans cet almanuch : le même jour ^ 13 de ce mois de février 1687* un grand gouvernement sera rempli; un frère ne pleurera pas la mort de Cautre, Le maréchal de Créqui était gouverneur de Paris; son frère, leduc de Créqui, mourut presque en même temps que lui ; aussi la marquise ajoute : Vous m^avouerez que celle justesse vsl plaisante. Il y a encore des rapprochements de ce genre , le duc d'Estrées meurt d'apoplexie à Rome, et la duchesse d'Estrées, sa belle-mère, qui habitait Paris, succomba à la même maladie presque en même temps. Il y a là un jeu d'esprit, des coïncidences relevées avec curiosité, quelque chose de cabalistique, car la dame était trop bonne chrétienne pour croire au hasard. Quant aux Créqui, madame de Sévigné ne pense pas que l'astrologue ait songé à eux, ce qui diminue bien son mérite. J^le fait remarquer que Canaples, leur frèrq cadet, leur a

survécn, lui qui, quelques aimées aupanvant, avait été iecîHé^ hachi^ découpé par les opérateurs. Le voilà devenu chef de la famille, et cependant il a 60 ans passés et tCa ni biens^ ni santé^ ni femme.

Les Sévigné, les Bussy se portaient assez mal, on l'a vu à bien des reprises dans cet examen de leurs correspondances. Voici une proche parente, madame de Goligny, qu'une colique de rhumatisme a tenue pendant près d'un mois sur le bord de la tombe. Le comte de Bussy en parle dans une lettre du 9 avril 1687. Il parle également de son beaufrère, M. de Toulongeau qui, goutteux, se mit entre les mains du prieur de CabrièreSy et faillit mourir des remèdes que lui donna cet empirique. Il est vrai qu'il l'était venu trouver avec sa femme, dans le but de mettre un terme à une stérilité désolante, mais le succès fut aussi nul que possible. Le prieur de Cabrières prétendait avoir de merveilleux secrets pour guérir beaucoup de maladies, par exemple, l'apoplexie. Dangeau affirme, dans son journal manuscrit, que le Roi possède une partie des recettes de ce guérisseur, mais que beaucoup sont perdues par sa mort. Le comte de Bussy, qui traite de charlatan ce personnage, dît assez plaisamment que M. et madame de Toulongeau n'eurent pas d'enfants, mais que le mari fut guéri de la goutte aux genoux. A la vérité, il ajoute que la même goutte se mit dans sa tête, lui donna des douleurs insupportables qui l'ont réduit à toute extrémité. It est revenu^ mats fai peur que cela ne lui fasse tôt ou tard un méchant tour.

Ce comte de Bussy ne fait pas tant de médecine que son illustre cousine. Cependant voici un petit mot que nous ne devons pas omettre, car il parle d'un médicament nouveau pour nous. Voici sa phrase : Il faut que faie une conversation avec Sa Majesté : c'est te vbtémétique pour moi. Cette expression singulière veut dire sans doute que c'est le dernier remède à ses maux, une ressource extrême, d'autant plus que le comte de Bussy était dans une situation financière des plus embartassées.

Les années arrivaient, la marquise avait atteint la soixantaine, elle voyait mourir ses vieux amis, par exemple le duc de Saint-Aignan qui, âgé de 80 ans, n'avait jamais senti ni dans l'esprit, ni dans l'humeur, ni dans le corps les tristes incommodités de la vieillesse. Sept ou huit jours de fièvre l'ont emporté. Le Bien-Bon, cet oncle de madame de Sévigné, qui lui a servi de père, et à qui elle doit tant de reconnaissance, l'abbé de Coulanges, qui possédait Livry, succomba vers la fin d'août 1687, après une fièvre continue qui dura huit jours, comme chez un jeune homme. Elle ajoute qu'il avait ime ftuxiçn sur ta poitrine^ ce qui explique bien la fièvre.

Antre voyage i Bonrben*

Voyant au quinzième ou seizième de septembre que je n*ëta{s que

trop libre, fe me ré$olu^ d'aller à Vichy pour guérir tout au moim mon imagination ^ur des manières de convulsions à ta main gauche et des visions de vapeurs qui me faisaient craindre t apoplexie. La malade partit de pompagnie avec la duchesse de Ghaulnes, et, en vertu de son inclination à faire ce qn'on lui conseille, elle se rendit à Bourbon, amplement fournie d'arguments péremptoîres en faveur de cette dernière localité thermale. Le docteur AUiot lui avait prescrit le voyage, mais à Bourbon elle trouva un médecin du nom d'Amiot, raisonnable' ment ennemi de la saignée^ et qui approuve les fameux capucins du Louvre (}ont il a été si souvent question. Amlot a passé six mois k Paris, auprès du duc de Sully mourant; il estime beaucoup notre bonhomme Jacob (le médecin du duc de Sully). Ce nouveau docteur, qui eonnali bien les eaux de Bourbon, assure que tous les petits maux de madame de Sévigné viennent de la rate, et que ces eaux y sont spécifiques. // aime fort Vichy, mais il est persuadé que celles-ci me feront pour le moins autant de bien. Quant à la douche, il n'en veut pas, elle est plutôt capable ^alarmer les nerfs que de les guérir.

Voilà la marquise bien endoctrinée; elle est convaincue que i*on suffira à tout en purgeant les humeurs et recevant les sueurs que les eaux et les bains chauds lui donneront. Amiot parle de bon sens, et me cor^ duira avec une attention extrême; il vous mandera ses raisons et vous rendra compte de tout. Nous voilà bien rassurés; le contrôle de madame de Grignan doit tenir une grande place dans cette affaire, et la mère est parfaitement à Tabri de toute imprudence. La marquise ajoute : Parlez-en à Rodon; c'est un homme qui va s^étabtir à Paris (Àmiot, bien entendu*), et qui n'a pas envie d'y porter les reproches de ee pays-ci.

Madame de Grignan est à Paris , mais plus souvent à Versailles, où tout le monde a la fièvre; sa mère s^en inqulètid; le roi hii-méme en a été atteint; le quinquina l'a guéri. 11 y a à Bourbon de grands malades; madame de Kangis a des coliques d'estomac qui la font tomber en convulsions ; il y a des restes d'apoplexie que l'on voudrait guérir; les bains en remettent quelques-uns et laissent les autres. On fait venir de Vldry des eaux que Ton réchauffe dans les puits bouillants de Bourt)on ; madame de Sévigné prend ces ^eux sources rivales, elle les rend de tous les côtés, elle se purge doucement, se médicamente sous les ordres de son docteur, et prétend en retirer les meilleurs effets. Il n'y a pas de malade plus capable qu'elle de donner de la vogue à un médicament quelconque. Elle est venue à Bourbon, supposant que Fagon n'eût pas manqué de Ty envpyer si elle l'avait consulté. Elle se conduit à Bourbon d'après lés renseignements qu'elle a recueillis sur la manière dont Fagon lui-même traitait sa propre femme, qu'il avait amenée autrefois à

cet établissement thermal. Elle tient la balance entre les opinions contraires d'Alliot et d'Amiot à propos de la douche. Le dernier cependant paraît remporter dans son esprit par la raison qu'elle formule en ces termes : Je crois qu'il est difficile de contester sur son palier un homme qui a tous les jours des expériences. Et ce chapitre de critique médicale se termine ainsi : Je n'ai pas eu la moindre incommodité depuis que je suis partie.

Souscrira-t-on volontiers à une manière de voir un peu singulière à regard de ceux qui prennent les eaux? La marquise dit à sa fille : Nous nous gardons bien Savoir une âme, cela nous importunerait trop pendant nos remèdes; nous retrouverons nos âmes à Paris. Elle exprime assez finement la nécessité de s'abandonner aux soins des médecins, de renoncer pour eux à son libre arbitre, de se constituer à l'état presque passif et de prendre en patience l'ennuyeuse vie que l'on mène dans ces établissements. J'ai donc pris huit jours de Vichy et huit jours de Bourbon; fax pris dans Cintervalle de la poudre de M. de Loime^ qui m'a fait des merveilles; je n^ai point eu la moindre vapeur; j'ai pris en arrivant une médecine ordinaire; j'en prendrai encore une en partant ; tes eaux me purgent tous les jours sans violence, etc. (Lettre du 16 octobre 1687.)

Cependant ces perfections n'étaient pas du goût de madame de Grignan et de madame de la Fayette. Ces dames argumentaient à perte de vue sur les mérites de Vichy; elles blâmaient vivement la marquise de n'avoir pu quitter la duchesse de Chaulnes, et la marquise se défendait avec énergie. On sait par expérience que les bonnes raisons ne lui manquent jamais à l'appui d'une thèse qui lui convient; aussi donnet-elle toutes les preuves imaginables de l'excellence du parti qu'elle a pris. Elle ajoute une considération nouvelle : J'ai pris du crocus, parce que je sais que quand il ne trouve guère d^humeurs^ il ne fait point de mal à son hôte; c'est le bon pain, comme disait de Larme. Il ne s'agit point ici du safran {crocus sativus), mais bien du kermès, préparation d'antimoine de couleur rouge. // ne m'a point fait vomir, mais il m'a purgée doucement. C'est à cause que je ne suis point accablée d'humeurs qiCon ne nCa point donné démétique. Quelle agréable vie ! Parsemée ou plutôt, pour employer un mot qu'elle affectionne, chamarrée de médecines, de vomitifs, de pilules et autres choses analogues, chaque jour a sa tâche, et, pour couronner l'œuvre, la dame prend des bains balsamiques et charmants, et puis elle part après trois semaines de séjour, seize jours de boissons, neuf bains, trois médecines, deux jours de repos; rien ne peut être mieux compassé que tout cela. Enfin, Amiot écrit à madame de Grignan pour lui exposer toutes les phases de cette cure excellente, pour les justifier peut-être, et la

comtesse doit être touchée de cette déférence. Il n'a pas été seul à di^ riger ce traitement. Il y a ici, dit la marquise, un petit apothicaire qui est la capacité^ ta sagesse et Vexpérience même. Et les preuves à l'appui sont longuement énumérées.

En cette belle saison, 15 juin 1688, la fièvre régnait à Versailles, à Marly, à Saint-Germain ; le roi, qui avait pris beaucoup de quinquina, éprouvait de fréquentes rechutes et, par exemple, on trouve dans le journal de Dangeau, que Louis XIV, en dépit des recettes qu'il possédait, avait éprouvé deux accès de vingt-six heures chacun, ce qui avait donné des inquiétudes. Plusieurs membres de la famille royale étaient en proie aux mémos accidents, et la marquise qui donne ces nouvelles ne se gône pas pour dire que si ceux qui font élever ces palais, etc. , ils n'auraient pas avalé tant de couleuvres en ce pays, qui ont été si malsaines, qu'ail a fallu ensuite avaler beaucoup de quinquina. Ces paroles si dures sont adressées à un ami de province, et nous remarquerons que madame de Sévigné prend souvent de semblables libertés à regard de son maître. Et la Fontaine, quand il avait appelé notre ennemi ce maître superbe et redouté, formulait en se jouant une pensée qui était au fond du cœur de tout le monde.

Une petite catastrophe, comme madame de Sévigné les aime, pour rehausser sa narration. Corbinelli, accompagné de sa nièce, passait en voiture dans les rues de Paris; les chevaux s'emportent, le timon va enfiler un carrosse d'où sortent Tépée à la main trois hommes qui veulent tuer le pauvre Corbinelli. On les apaise, mais la nièce est prise d'une telle épouvante à l'aspect des épées nues qu'elle revient chez elle te cceur serré au point que la fièvre lui prend le soir^ et quatre jour^ après elle meurt. Le comte de Bussy, qui est doué d'une raison triomphante à regard des malheurs de son prochain, fait remarquer que la mort de cette demoiselle est un bonheur pour Corbinelli, qu'elle met fin à des procès interminables, etc. Madame de Coligny, qui pense comme son père, fait observer que l'on ne peut plus taxer d'exagération ces mots : Je faillis à mourir de peur. Et puis voilà tout sur ce chapitre.

M. deVardes, ce personnage qui avait enfin pu reparaître à la cour après vingt ans de disgrâce, n'a pas joui longtemps de sa nouvelle fortune: une fièvre lente l'a consumé peu à peu, et rien n'a pu prévenir une terminaison fatale, ni les remèdes ressuscitants de M. Sanguin, ni des cordiaux admirables, ni le quinquina, et le pauvre homme a expiré dans une lente agonie. A cette occasion, nous croyons devoir consigner ici un petit détail de pompes funèbres. Quand, dans un hôtel, un personnage considérable venait à mourir, le suisse prenait une livrée rouge à la place de celle qu'il portait habituellement. Ainsi M. de Rohan, proche parent de

M. de Yardtts, le croyant mort^ fit arborer à son domestique ce signe de deuil^ maift fort inconsidérément, dit la marquise^ car il fallut laisser le rouge pour le vert; mais, quelques heures plus tard, la suisse put légitimement prendre la livrée des funérailles* Le comte de Bussy, qui parle de la mort de son aneien compagnon d'exil, dit que cette an rapide ne fait pas d'honneur au médecin hollandais, car son mal rCétail pats extraordinaire. Ce médecin était Adrien Helvétius, le grand-père de Fauteur du livre de CBspriu On lui altribue l'introduction en France de Yipécacuanha^

Nous avons tu It médecin anglais, puis le médecin hollandais; en Yoioi un autre qui vient de la Calabre et qui n'a pu sauver M. de Vivenne. Il est mort en un moment^ dans un profond sommeil^ la tête embarrassée, €t% entre nous^ aussi pourri de Vame que du corps. Ce bulletin, signé de la marquise, ne surprendra personne; mais on se demande à quel propos le malade avait cru devoir recourir aux lumières d'un docteur calabrais. Le mal napolitain devait-il céder aux remèdes d'un médecin de ce pays, et les praticiens français avaient-ils écheué eoBtre une affection de l'espèce la plus grave?

Madame de Grignan quitte sa mère.

Madame de Grignan, après un long séjour à Paris, venait de partir pour la Provence (octobre 1688); la correspondance entre la mère et la fille va reprendre son activité, et nos remarques seront à la foie plus nombreuses et plus intéressantes. La dame, en prenant des années, eemble tenir davantage à la vie, elle s'occupe beaucoup de sa santé, parle médecine de plus en plus, ne devient pas plus habile, pas moins crédule, et court toujours après les spécifiques. Il meurt autour d'elle bien des personnes de son intimité, elle est fort au courant de cette chronique funèbre^ et fait des réflexions sur la manière dont ohacune se comporte en cette dernière cérémonie* Un vieux personnage ex(Hrant> à qui son confesseur proposait de l'aider à mourir, répondit avec assez de brusquerie : Je me suis toujours bien trouvé de régler tout seul mes propres affaires. Madame de Sévigné blâme cette parole, elle lui paraU dure et ineoaveftante. On en trouve bien d'autres dans un recueil publié vers le milieu du dix-huitième siècle, par Deslandes, souB le titre de c Béflewions sur les grands hommes qui sont morts m plaisantant* A Amsterdam, 1758. Bien que l'on puisse penser quebeaiieeup de ces mots n'aient pas le degré d'authenticité désirable, on ne peut douter que certams esprits n'aient envisagé avec une singulière i^^ergie le moment terrible où la vie va s'éteindre. Nous sommes assuré Que madame de Sévigné n'a jamais euaucunedi^ositionà déi^eyer Un pareil «iwiaget

Soh petit^fils, l6 jeune marquis de Grignan, militaire dès l'âge de 17 andf éb lADQtfti d'tine bravoure éprouvée en plusieurs circonstances, et notamment au siège de Philisbourg (octobre 1688). Nous noterons à o» sujet un Mi qui nous est fourni par Vauban lui-même. Monseigneur, <}tt0 les soldats avaiei»t surnommé Loti» le Hardi, voulait toujours se i&oitrer aux endroits les plus périlleux ; et un jour, aux grandes attaques, un coup de canon donna si près du prince, que M. de Beauvillier, le marquis d'Uxelles et Vauban qui marchaient devant lui, en eurent le tintouin un quart d'heure^ ce qui n'arrive jamais que quand an se trouve éams le vemt du èoulet. En dépit d'une telle autorité, nous nous permettrons de ne pas admettre l'explication donnée par l'illustre marécbaU l^e veat du boulet n'a pu tenir contre des milliers d'expériences CaitdS avec to^ite la précision nécessaire, et en bonne physique, il n'est pas possible de lui attribuer les singuliers effets si souvent racontés par les gens du métier. Le tintouin est occasionné par l'explosion de la poudre et non par l'air ébranlé au passage du projectile.

On meurt à Paris plus qu'à Philisbourg, dit la marquise qui veut tranquilliser sa fille ; M* Filleau de la Chaise est mort à la campagne d'uAe petite fièvre. M. du Bois en est très-affligé* C'était sans doute son médedn, et nous retrouvons son nom en plusieurs circonstances ftoalogues; Madame de Longueval, celle que l'on nommait le chanoine, en marte mi mort d^un étranglement à la gorge. Et pui» elle parle gtiement du corps des veuves dans lequel madame de la Rochefoucauld Tient d'être heaorablemeat reçue^ ainsi que madame de la Fayette. Nous verrons au0ai la société des goutteux, où l'on peut être admis à la faveur d'un rbumatisme, et même avec une simple néphrétique, mais par proleetion spéotale* Ces particularités sont fort plaisantes, et la dame les met en Usage quand elle a surtout le désir de distraire sa fille qui tremble pour la vi« d'un jeune capitaine exposé aux hasards de la guerre.

On voit souvent ses propres défauts, on les reconnaît, on s'en accuse, mais on est habile à les pallier, à les expliquer, et l'amour-propre ingénieux à tout excuser, trouve moyen de s'en faire des mérites. Madame de Sévigné avoue qu'elle est béto de compagnie^ qu'elle vanté ou dénigre le café suivant les personnes avec qui elle vit, et tout en convenmt de cetto mollesse de son esprit, cédant aux influences étrangères, tUe ne modifie pas ses habitudes, ne préside pas, à sa propre éducation 80«is oe rapport, heureuse d'ob^r, de suivre un guide, comme si elle en voulait faire honneur- au désir d'être agréable aux donneurs de con*eeikk Si nous lui adressons quelques reproches sur ce chapitre^ il en est un sur lequel on ne pourra jamais àsséi la louer. L'amqur maternel, élevé à tMite la hiuilèur d'une passion^ ne perd Heb de4Ni lueidilé ; Jes

plus exquises délicatesses du cœur brillent dans des lettres où Ton croirait qu'elles trouveront à peine unt place au milieu des familiarités les plus vulgaires.

Madame de Grignan craint pour son fils. Madame de Sévigné la ras* sure, elle lui raconte tous les événements fâcheux qui surviennent dans la vie ordinaire, afin de lui démontrer que la vie des camps n'est pas la plus périlleuse.

Un personnage, le comte de Jarzé, a la main emportée par un boulet, voici M. de Meli qui, à la chasse, ne fut pas moins malheureux : son fusil lui creva dans la main, et il fallut lui couper Tavant-bras près du coude.

Elle raconta Thistoire lamentable du jeune bâtard de Longueville, qui reçut par hasard un coup de fusil destiné à tuer une bécasse. Un M. de la Bazinière meurt d'une gangrène à la jambe, ce qui prouve qu'il n'est pas nécessaire de monter à la tranchée pour être tué. Reste à savoir si ces occasions ne sont pas plus fréquentes et plus efficaces là que par* tout ailleurs.

Le jeune marquis reçut, en efiTet, une assez grave contusion causée par un projectile qui aplatit la garde de son épée sur sa cuisse. Il ne survint aucun accident, et il faut voir quel bruit se fit autour de cette blessure. Toutes les lettres, à partir du 17 novembre 1688 en sont pleines, et rarement consent-on à parler d'autre chose. Nous laisserons là cette contusion pour dire deux mots d'un vieux parent de madame de Sévigné, M. Saint-Âubin, qui mourut d'une pneumonie dans un âge avancé. Il habitait les Carmélites de la rue Saint-Jacques, là où madame de Longueville avait accompli sa longue pénitence volontaire; sainte maison où se réfugiaient volontiers les grands coupables et les suprêmes repentirs. Le bonhomme Saint-Aubin n'avait rien à expier, mais il était tout entier aux pratiques d'une haute dévotion. Il avait pour médecin le docteur Duchene, tin homme adndrable^ point de tourm^ts, point de remues : monsieur^ tâchez de vous humecter et prenez patience! Â coup sûr, madame de Sévigné n'eût pas voulu d'un médecin aussi raisonnable, aussi économe de drogues; elle eût, sinon cherché, du moins accepté toutes les pilules, potions ou tisanes de la oharmacie domestique, et TexcellentM. Duchene eût été bien vite abandonné. Donc, M. Saint-Âubin avait une pneumonie, et comme il expectorait facilement, quelques-uns croyaient que Ton pouvait espérer, mais madame de Sévigné, en femme experte, remarque qu*on ne peut avoir d'espérance que quand on ignore que les crachats faciles^ en pareil caSy sont um marque de la corruption entière de toute la masse du sançy laquelle fait une génération perpétuelle^ et fait enfin mmt-' rir. Vers minuit^ il eut une horrible vapeur à ta téte^ la machine se

démontait; il vernit emuite, e^mme si c'eût été encore un soulage^ ment; il eut une grande sueur ^ comme une crise, et rendit le dernier soupir,

La contusion du jeune marquis a beaucoup occupé ces dames, bien des lettres de cette époque en sont pleines. Il n'a fallu qu'un peu d'eau de la reine de Hongrie; on n'a pas eu besoin de saigner le héros ni de le purger. Il se porte à merveille, t7 a tout ce qu^un médecin pour»*ait lui ôter de santé si on le mettait entre ses mains (l'épigramme est assez vive). Enfin, la comtesse doit être heureuse d'une blessure honorable et non dangereuse. Et pour la distraire de ces idées pénibles, madame de Sévigné dit à sa chère fille que madame de Lude a des vomissements, que l'abbé Têtu a des vapeurs qui l'empêchent de dormir et contre lesquelles M. du Bois, dont la capacité sur la santé est infinie, ne peut trouver aucun remède efficace. Le docteur Âlliot a été appelé; il prescrit de l'opium, mais rien n'y fait, et l'insomnie persiste en dépit de tous les calmants.

C'est dans une lettre du mercredi 29 décembre 1688 que se trouve une phrase ainsi conçue : La bise de Grignan, qui vous fait avaler la poudre de tous les bâtiments de vos prélats , me fait mal à votre poitrine. L'expression est charmante autant que juste, et nous n'en contesterons pas l'invention à madame de Sévigné, bien que Cicéron ait dit à peu près la même chose. Le rapprochement entre ces deux esprits est trop honorable pour que nous ne le signalions pas ici. Et dans son aversion pour le terrible mistral, qui souffle en Provence, et surtout au château de Grignan, perché sur une montagne, la marquise dit que ce lieu lui semble tin petit camp de Maintenon, allusion piquante à la mortalité des troupes que le ministre Louvois avait employées aux travaux du fameux aqueduc dont nous avons déjà parlé.

La marquise tenant compagnie au chevalier de Grignan, accablé de goutte, écrit à sa fille le 14 janvier 1689 que le froid est excessif, que la Seine est comme un miroir, que son thermomètre est descendu au dernier degré. Nous ne savons pas trop ce que cela veut dire, mais on comptera cet hiver parmi les plus rigoureux , puisque la Durance ellemême fut arrêtée par les glaces. Madame de Sévigné n'a p&b^ même été enrhumée. Quant à la vieille Sanguin, elle est morte comme une héroïne, promenant sa carcasse par la chambre, se mirant pour voir la ; mort au naturel. Les grands froids sont dangereux aux vieillards et aux goutteux aussi, et cependant nous apprenons que madame de Cou- > langes a donné un souper à tous ceux qui, de près ou de loin, dans son i cercle, étaient affiliés à la goutte. On y a ri. Ton a bu à la santé des - absents, on a célébré tout ce qui mène à cette maladie des honnêtes gens. Aussi M. de Goolanges prétend quHl ne peut écrire, parce tfu' il a

mari tm phd; U wric tioit^mc tm enra§é^ et tma cda fmtr cmtrefmire M. de GrigtiUH qui est, hn^ tm ^mêiteuxirep rM»

Madame de Se vigne a pris un goût très- vif pour la science médÎMle ^e M. éa Boit. II soigne madMoie de la FayeUe, il la soigne eUe^néOQe) «I il prétend éorir^ à madame dt GHgnan pmnr qu'elle se fasse saigner du pied f pouf qu^elle revienne à sa bonne pervenche i^n de restaurer •t de purifier son sang. C'est bien du lèle, mais on reoonnaU là les sol«- Ueiftudes de là marquise en faveur de la oomtease. Et tout en parlant de limne, la datne raconte qu'elle a assisté à une représentaHon de la tragédie û^Eitàêr; que le roi a daigné lui adresser quelque» paroles; puis «lie perles <isAs Sa leltTe du 21 févi^ier 1669, de la Inort presque subite de la jeiine reine d'Espagne, très*probablemdtit empoisonnée, et après deujt jours de vomissements. Il y avait alora de grandes catastrophes dans les maisons royales i le iNû d'Angleterre oherehatt un refuge à la ooiir ée F^noe^ la mort moissonnait largement sur les marches du trône, et les peuples jaloux pouvaient se rassasier des misères de ceux qui régnaient eur eux. Dans li» rangs de la noblesse, on payait un large tribut à la Éaakdie ; nuidame de Durfort se mourait evt^e temp8*là d'un ktHfmtl 4'ifftff /léir» nudigne, madame de la Yieuville succombait au peurftre é» la petit9 tpérolè, La reine d'Angleterre souffre d'une néphrétique qui lait craindre qu'elle n'ait la pierre. Le président de Barentin, siégeant nu grand Censêi], momut subitement, et enfin il fout dire, aveo le due de la Rocheibuettuld : Los peings smU jetées assez égaiement dsms tous éês Cttort ëei hommes.

Bneore un mot sur M. du 9m9t Un homme que l'on menait pendre ne voulut pas se confesser; il résista an bourreau^ il y eut lutte, ba* taille, ^t le patient mourut en blaspbément. Notre hononâile eénfrère blâme fort cette manière d'agir^ et eomme il est trèe^ieux^ t^èe^saront en èhoses de religion, il fallait, suivant lui^ remeitre le cauimbié en prison^ M Uarmer de C&fHumy kt rapeâset^ lui édHnÊr du tèmps^ lui faire parler^ Cette opinion nisérioordieuse nous semble bonne à rale^ ver^ sans oublier l'Usage du narcotique. G'était reconnaîtra la grande influence du physique sur le moral. Uh médecin pouvait soutenir cette «loctrine, oalmer les passions à TOide d'une saignée^ apaiser des fu^ relira par l'opium et ramener à la raison un malheuraui égaré que les violences exaspéraient. Nous sommes heureux de voir une telle mansué^ ludé preposée par un homme de l'art.

Nous avons vu la compagnie des goutteux^ voioi la troupe des vaporeux^ madame de la Fayette en lèle^ qui déekre que les vUpeurs éépuisement sont les plue dangereuses et les plus diffioiles à guérir* Ala* dame de Grignan reçoit cet avertissement «deoletfal, on l'angait à Oe «lénager, à ne pas tant éorlip^ te. lui di*qMa pot l'axées deirafail.

d'application oa B'eat plug bonne à rien^ amdenkm wi€ femme de verre (6 avril 1689)* Madame de Sévigné, qui transmet wt arr^ en bonne forme^ ajoute eeoi de aon obeC s Je veudrais ^ue vpm$ eussiez été <atgnée ; quel inem^niem y tr^uverte^-wus? CWn vauê eût débemké les veines^ cela eûl donné du jeu ei ée Cespuwe à vçtre mng* Il y a là un fragment de médeoine mécanique qui va mal avec lea doctrines humorailes de la dame, mais ces variations ne nous surprennent guère, elles aont une inspiration du moment et ne tirent pas à oonséquenoe. Elle trouve fort bon que mademoisello de Mery, qui a éprouvé dot von^asomenta bilieuK, se fasse vomir tout de bon ^vec un petit ^m d» tartre éméti^fue; ce procédé lui convient, et peu è'm faut qu'elle le conseille à tout le monde^

Madame de Grignan no voulait pas aroif de vapeurs^ elle refusait d'entrer à oc titre dans la oonfrérie des damea de IH»rtS| mais elle avait des vertigesi des étourdissements> et soutent il lui fallait rester imtndbile dans son fauteuil, comptant les solii^Ss mais la douleur de c6ié •vait enfin disparu, et la marquise, qui attribue ce bénéfice à la tisane de pervenche, engage sa fille a continuer cette boisson oûraculeuse. Bt r<miarque« que la dame ne se borne paa à donner des consultations, elle pratique^ elle agit^ par exemple, dans la circonstance suivante. Une de ses meilleures amies^ madame la ducbesse de Chaulnes^ éiMPOUve tout à coup un violent mal d0 gorge ^vee une grosse enfture à VoreUk. Gala se passait à Gbaulnesi en Picardie, loin de tout secours, à ce qu'il paraît* Nçus ne semons que faireé À PwHSi on aurait saigné d'abord^ dit la marquise, mais vu l'imposaibilitéi ces dames prirent un autre parti, (a malade fut frottée à loisir avee du baume tranquiHe^ bien èeueMonnée^ du papier b7HmUlard par^^lessus^ et seeoueha bien càaudément^ avee même un peu de fièvre^ Voilà le traitement institué par les amies de la duchesse ; voyons les résultats.

En fiérité, ma ^Ikf^ il y a du mirmU à ee que n^us avtms en de nos yeum. Ce préeieu» baume la guérit pendant ta nuit si parfaitement et de Cenflure^ et du mal de garge^ et des aimygdales^ tfue le lendemain elle alla jouer à la fossette.

Il est permis de penser que ce mal de gorge^ même avec tous les accessoires si complaisamment étalés, n'avait pas une grande importance, car la malade avait à peine un peu de fièvre» Mais le miracle n'en est pas moins évident aux yeux de ces dames, et la marquiae recommande à sa fille de conserver précieusement ce qu'il lui veste de ce baume; il ne faut jamais^ être sans ee secours, dit -elle, et cela n'est peut-être pas bien difficile) car alors la composition de cette drogue n'était pas un sèçrett

Le c^bevalier de (iiignant colonel d'un régiment de «aanlerloi était

goutteux des pieds à la tète, et son service en souffrait ; il voulait se guérir à toute force ; les eaux de Balaruc lui étaient conseillées par bien des gens, mais il craignait leur activité trop grande. Cependant les capucins ayant été consultés à cet effet, ils approuvèrent Cordonnance, et le brillant officier fit ce voyage. Il parait qu'alors on ne prenait pas plus de trois bains, d'une heure chacun, et que la goutte ne résistait pas à ce remède violent. Mais on ne garantissait pas les rechutes, et le malheureux podagre en fit la triste expérience. Nous ne relevons ces particularités qu'à cause de la confiance que l'on accordait aux capucins, et de la témérité de ces hommes qui ne craignaient pas d'attaquer une goutte invétérée par des agents aussi perturbateurs. La marquise, toujours entichée de ses capucins, regrette de n'en pas trouver à Rennes, d'où elle écrit le 11 mai 1689; elle voudrait les consulter pour madame de Grignan qui a des vertiges, pour Pauline, sa petite-fille qui est malade, etc. La comtesse, en effet, se fit saigner pour ses étourdissements, et aussi pour des inquiétudes dans les jambes^ et comme madame de Ghaulnes en éprouvait de semblables, elle attend que madame de Grignan lui dise le bien qu'elle en a retiré afin d'imiter sa conduite. Cette médecine par imitation était fort en vogue dans une société spirituelle, éclairée, où l'on aurait dû agir autrement, mais ces dames s'y complaisaient, elles y mettaient une sorte d'amour-propre. Ainsi, pour ne pas être en reste avec sa mère, madame de Grignan lui expédie des ordonnances, et dans une lettre du 18 mai on trouve ce passage : Nous avons fort ri de ce que vous me priez de me purger, et justement je me disposais à prendre ma poudre et ma manne des capucins, mais sans aucun besoin. Plus loin, elle dit que cette purgation, où il n'y a point de séné, lui paraît comme un verre de limonade. Ce remède ôte le superflu, ne va point chercher midi à quatorze heures ni réveiller les chats qui dorment.

Le colonel de Grignan était goutteux, mais l'archevêque d'Arles, son frère, était tourmenté de la néphrétique, et en ce temps-là il rendit deux calculs. Madame de Sévigné lui écrit en ces termes : Ce n'est point pour accoucher qu'elle lui prête son appartement, qu'il devrait se contenter des deux enfants douloureux quHl fit Cannée passée, et dont elle fut témoin et marraine; que veut-il faire de cette et uetle fécondité, de cette race maudite qui étranglera peut-être son père, si on ne Cadoueit, si on ne la ménage. On voit que cette famille était tourmentée, et que dans ce bon vieux temps, comme on l'appelle, les maladies n'étaient pas rares. Madame de Sévigné rhumatisante n'avait rien à reprocher à son gendre : des souffrances habituelles portaient ces valétudinaires à chercher partout un remède à leurs maux, et quand la marquise écrit à sa fille : Je n*at plus de vapeurs, je ne prends point

dC essence de Jacob ; je n'ai plus de réveils en sursaut, rien du tout à mes mains, on comprend qu'elle dit tout cela pour rassurer madame de Grignan.

Combien on a de peine à devenir prudent, à se faire une expérience profitable ! Je ne prodigue point ma santé, dit la marquise, je mange sagement, je n'ai plus la fantaisie du serein ni de la lune, je cotnmence à me corriger de ces folies. Il était temps, et les terribles accidents qui frappaient sa famille et ses amis lui donnaient à réfléchir. Le marquis de la Trousse était paraplégique ; sa sœur, mademoiselle de Mery, écrit à madame de Sévigné qu'il va mieux depuis l'arrivée du frère de la Charité, les esprits courent et le sentiment est revenu aux jambes et aux cuisses, mais que, cependant, il faut le transporter sur un brancard.

La vie est douce aux Rochers, la dame se couche de bonne heure, se lève assez tard, se promène, lit beaucoup, et parmi ces lectures nous en trouvons une qui nous intéresse. Un médecin célèbre, Jean Uamon, s'était réfugié à Port-Royal, et, disent ses contemporains, devint un des meilleurs écrivains de ce monastère. Il a composé surtout un Traité de la prière perpétuelle que la marquise trouve admirable. En ce tempslà, les dames lisaient beaucoup d'ouvrages sérieux, on en publiait en grand nombre, des hommes d'un mérite éminent, les successeurs de Malebranche, de Pascal, imprimaient des livres qui leur valaient une gloire solide, et il nous plaît de compter parmi eux un médecin dont le talent, la science et le goût ont mérité une honorable distinction.

On trouve toujours quelque mention des eaux minérales, et nous tenons note de ces renseignements qui nous instruisent des localités adoptées à la fin du dix-septième siècle. Ainsi les sources de Vais, entre Aubenas et Viviers, sont également bonnes pour des maux contraires, suivant madame de Grignan, ce qui excite les moqueries de sa mère. Tout en plaisantant ainsi, elle parle fort sagement de son régime habituel, de la facilité avec laquelle elle sue, de l'importance qu'elle attache à cette sueur, et elle ajoute ceci : Je pense quHl vaut mieux ne point changer de tempérament. Et à propos de ces sueurs, elle dit ; je ne crois pas que cela doive s^ appeler effervescence; il me semble que mon pot rCen bouillait pas plus fort, et quHl n'hélait pas besoin de Cécumer plus qu'à Cordinaire (24 août 1689). Il y a dans ce langage un gros bon sens pratique que l'on voudrait retrouver en d'autres circonstances analogues, mais le raffinement suit de près le laisser-aller, on soulève des questions de doctrines, on court après la théorie, et les erreurs les plus énormes sont la punition de ces écarts. Madame de Sévigné fait en médecine comme cet aveugle de naissance, François Ma-

lavai, faisait en dévotion. A force de spiritualiser, il devenait hérétique sans le savoir, oti inintelligible, et ses ouvrages étaient mis à Vtn^ejci par la cour de Rome. Cprbinplli, un ami de la marquise, avait iipe extrême tendance à sp perdre dans les abstractions quintessenciées d'un ascétisme înaité de Téçole de salpte Thérèse.

La mort du pape et un futur conclave jippelaient M. le duo de Chaulnes à Qome ; msfdame de Sévigné nous apprend que ce personnage emmenajî, avec lui M. de Coulanges comme secrétaire, et en qualité de médecin un des capucins du Louvre, Villebrune, celui que la marquise désigne sous le nom de défroqué. Nous savions déjà que M. de ÇhauJnes avait été le chaud pptecteur de ces Pères lorsque ceux-ci avaient eu à se défendre contre des accusations assez graves ; on voit que l'ambassadeur du ro) de France auprès du saint-siége ne partageait pas Ips préventions du public contre ces moines exerçant la médecine.

La paraplégie de M. de la Trons§e persistait, en dépit des moyens de traitement mjs en usage. Madame de Sévigné déclare qu'elle pe pen^e pas que les eaux de Bourbon puissent le guérir; cur ces eaux ne fçnt qu*oîitrv\ par conséquent elles ne peuvent rajuster et resserrer ce qui est relâché et insensible. C'est le strictum et le laxum de Themison, un reste de théorie solidiste tout étonné de surnager au milieq des doctrines humorales si fort en faveur a\i temps où écrivait madame de Sévigné. On peut retrouver des traces de toutes les anciennes écoje^ qui ont régné tonr à tour dan^ le monde, elles ne disparaissent Jamais complètement, et de nos jours elles tiennent une place dans le langage médical du peuple, Ce sont des témoins que Tamateur d'antiquité copitejnple avec intérêt comme ces débris fossiles qui signalent un monde depuis longtemps disparu.

Le colonel de Grignan était allé à Balaruc, il en était revenu guéri ; il a perdu cçtle tournure (Je goutteux qui le faisait re^embjer à M. de la pophefoucauld ; en un mot, trqis jours passés à Balaruc ont fait un miracle que le mont Dore et Baréges avaient été impuissants à produire. Cependant la marquise a le bon esprit de dirç au convalescent qu'e]Ie le félicite 4u soulagement qu'il a obtenu en attendant qii'elle pujsse se servir du mot guérison. Elle ne nous a pas accoutumés à tant de prudence; aussi nous plalt-il d'en signaler cette preuve. Combien elle avait raison de parler aîi^^l ! ^ peine quelques jours sç sont-ils écoulés (le 12 octobre), que nous voyons le chevalier en proie à de terrible? accidents^ des accès de fièvre, avec des redoublements, des syffocations, des rêveries et, des assoupissements : Quel sang ! 9* écrie Ic^ dame^ quel tempérament! quefle cruelle humeur de goutte s'est jetée sur tout cela!

Nous devons donner placer en ces souvenirs-à un fait grave qui se

trouve consigné dans la lettre du lî octobre H89. Voici en quels tei^ mes : Vabbé Bigorre me mande que M. de Nid tomba Cantine jcmr dans la chambre du roi; il se fil une contusion ; Félix le saigna et lui coupa Cartère. Il fallut lui faire à Cinslant la grande opération. Contrairement à ses habitudes, madame de Sévigné éprouve un bon sentiment et dit : Je ne sais lequel je plains le plus^ ou de celui qui f « soufferte, ou d'un premier chii^rgicn du roi qui pique une artère. En pareil cas, la dame n'a de blâme que pour l'homme de Tari, elle réserve son indulgence pour les charlatans; aussi sommes-nous tout surpris d'une réflexion bienveillante. Un malheur aussi grand, arrivé à un chirurgien de ce mérite, montre bien le danger qui accompagne toute opération si légère, si vulgaire qu'elle soit, et souvent par des circonstances indépendantes de l'habileté de celui qui tient Tinstrument.

Revenons à la grave maladie du colonel. Une rétrocession goutteuse pouvait l'enlever rapidement ; on lui administra du quinquina, et le mal disparut comme par enchantement : Quet bonheur qu'un remède si chaud se ^oit accommodil avec la chaleur de son $ang ! Toujours un peu de théorie, toujours des explications hypothétiques, véritable maladie des esprits où la science ne tient pas de place réelle et fondée sur une observation régulière et solide. Et voyez la difficulté de se rendre compte des effets de ce médicament qui guérit la fièvre du colonel et débarrasse M. de Grignan de la maigreur qui succédait à une affection intestinale, La chaleur du sang est invoquée pour Tun : à quoi servirat-elle chez l'autre? Mieux vaut moins raisonner et mieux observer. EHe s'en acquitta assez bien quelquefois, comn^e par exemple en conseillant au chevalier goutteux de passer l'hiver en Provence, de rester près du soleil, surtout après les eaux de Balaruc, excellent moyen d'éviter les rechutes si faciles en un climat plus froid.

Une lettre du 2 novembre 16$9 contient un passage très-plaisant et très-médical que nous devons consigner ici. Elle dit à sa fille qu'elle pourrait lui envoyer une Gazette détaillée de sa santé. P'ous verriez dans Carticle de la ves^ie^ que tout ce pays est dans un9 parfaite tranquillité; que tes peuples sablonneux qui avaient fait autrefois quelques entreprises font à présent tçur^ efforts en d'autres pays ieintains; qu'on a reçu de$ lettres des extrémités de ce royaume qui por^ tent que les fçimbes ne furent jamais ni mieux faites ni ptus en état de servir; que (es mains , qui $ont sur les frontières^ ne sont plus sU" jettes auço fçmtaisies des nerfs^ ni awç vapeurs qui leur donnent du secours; qu'enfin cet état serait un pays parfait si ton y pouvait trouver la fontaine 4^ Jouvence. Tout ceci est plein d'esprit et de gaieté, d^un tour agréable^ d'une allure piquante; on en rencontre de

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fréquents exemples dans ses lettres, et l'on peut dire que ce langage en fiadt le charme principal. L'âge ne lui ôte pas sa vivacité ; elle affirme que la vieillesse ne s'est fait sentir en rien, qu'elle conserve toutes ses allures, qu'elle se soigne pour prévenir la décadence qui la menace, par respect pour elle-même, afin d'éviter les défiguremenls que les années apportent avec elles.

Nous apprenons encore que la famille de Grignan, en outre de toutes les misères que nous avons signalées, en avait une autre dont il est question dans une lettre du 11 décembre. A propos de sourd^ je vous prie que M. le chevalier craigne autant que moi cette sorte de niai de famille. C'est une allusion à la surdité de madame de Rochebonne, sœur des Grignan. Sous bien des rapports, les Sévigné n'avaient rien à leur reprocher; à Paris, aux Rochers, à Livr}% partout nous avons vu de nombreuses preuves d'une santé médiocre, et il est rare de pouvoir lire en entier une de leurs lettres sans y rencontrer quelque récit des tribulations auxquelles ils sont en proie. Madame de Grignan a la colique, au point de garder le lit^ mais peut-être n'est-ce que cette colique dont on n\i point de peur^ quoiqu'elle soit douloureuse; et comme les eaux de Vais avaient fait du bien à la jeune Pauline, la marquise invite sa ûlle à en essayer, fai ouï dire à Bourdelot que les eaux de Forges et des rafraîchissants qui font couler sont cent fois plus salutaires que les remèdes chauds^ qui épaississent le sang et mettent du chaud sur la chaleur. Et après ces beaux raisonnements elle avoue que sa ûlle se pourra moquer d'elle, mais elle la supplie, elle qui raisonne mieux que les médecins ^ de songer à tout cela et aussi au café, qui doit lui être contraire.

On croirait volontiers, dans ces dernières lettres, que la dame ne conserve pas la fermeté de ses anciennes convictions; elle n'a plus le ton aussi doctoral, aussi affirmatif ; elle ne tranche plus les questions d*une main souveraine, et depuis le moment où elle a consenti à ne pas accabler Félix à propos de cette saignée malheureuse , jusqu'à Tépoque où nous sommes arrivés (fin de décembre 1689), elle montre une modestie d'opinion qu'il faut noter à sa louange. Ainsi, après le chapitre de consultations que nou^ venons de signaler, elle dit humblement : Cest ce que mon amitié et mon ignoj'ance, qui n^a pour elle que Cexpérience^ vous présente. Un pareil aveu nous désarme, nous aurions voulu seulement qu'il fût d'un style plus châtié ; mais nous n'oublions pas que ces écrits familiers brillent par un currente cutamo^ comme elle le dit elle-même, qui ne laisse pas de prise à la critique.

A la date du 28 décembre 1689, madame de Sévigné déclare qu'elle a observé très-positivement que cette année, les jours sont moins courts que d'ordinaire. Elle dit qu'il en a été de même les trois ou quatre ans

(}t]i précèdent, que tout le inonde en a fait la remarque, que Tabbé Têtu en a parlé à rObsenratoire ; mais elle ne dit pas ce que TObserva* toire a répondu. Ainsi voilà un grand phénomène météorologique indiqué en passant, au pied levé ; tirez-en tel parti qu'il vous plaira, mais surtout ne le révoquez pas en doute. C'est un fait, disent les observateurs; j'ai vu, j'ai constaté ; mais qui prouve que vous avez bien vu, que vous savez voir? Quelles précautions avez-vous prises pour éviter l'erreur? Savez-vous même quelles sont les causes d'erreur qui se rencontrent dans les observations de ce genre? Il n'y a que ceux qui passent leur vie à faire des expériences qui connaissent l'immense difficulté que l'on éprouve à produire un résultat à l'abri de toute objec* tion.

Un nouveau cas de mort subite se présente dans la lettre du premier de l'an 1690. Un des membres de la collégiale de Grignan, l'abbé Lausier, en sortant de déjeuner tomba roide mort, et quand le cadavre fut port^ à l'église pour la cérémonie funèbre, le sang coulait de tous côtés de son cercueil. Ah ! mon Dieu ! quelle idée ! le sang coule-t-il tfun corps mort ? Oui^ puisque vous le dites. Autrefois on croyait que ce phénomène se produisait dans le cas de mort violente, quand le meurtrier se trouvait en présence de la victime. Madame de Sévigné fait allusion à cette croyance : elle dit que ce sang ne demande ^aBJustice^ mais miséricorde. Cette scène, racontée avec beaucoup de charme et de sensibilité, montre quelles salutaires réflexions inspirait un événement de ce genre.

Autre scène, mais moins lugubre. M. de la Trousse, avec sa paraplégie, ne va pas mieux; il n'a pas voulu recevoir Beau/thi, le valet de chambre de la marquise, envoyé par elle pour savoir comment se portait ce personnage. Le fidèle serviteur, habitué à être bien reçu partout, lui à qui les plus grandes dames demandent des nouvelles de sa maîtresse, ne peut digérer le refus du pauvre paralytique, et se plaint de ce manque d'égards. Les récriminations sont non moins amères que plaisantes, et madame de Sévigné les raconte à sa fille d'une manière fort agréable (4 janvier 1690).

Il y a bien encore dans la même lettre une plaisanterie fort étrange à propos du soufre nerval prescrit à M. le comte de Grignan par Alliot. Madame de Grignan, qui a voulu se renseigner à ce sujet auprès du docteur, s'est trompée de nom, elle a dit un autre mot, et ce mot, relevé par la marquise, par M. de Sévigné, et même par la jeune femme, constitue un chapitre sur lequel tout le monde s'égaye aux dépens de la comtesse. Nous n'en dirons pas davantage sur ce sujet, laissant aux curieux le plaisir de faire des conjectures. Ajoutons seulement que c'est encore dans cette lettre qu'on trouve la mention de la mort de madame

ÛèMotleVirtè, arrivée le ^9 décembre lé89. On a de cette dftme des Iftèwoïfèà tort întèwsi^iants stit !a ïiôtué, Iftère <le Imh XIV, «ur la »îiroHté de ee monarc^tre et mt led éviéfteimetits qti «ignalèreàt te tMimetïcetttièftt 4ë èott règhe.

tlt) motif ma "petvcmtiél me ^xA^ i ôtmaigner ici ttfi p«%ii doomimit historique d*uftè tiat?eire spéciale* Dàftft sa lôtlfe du 8 janvief , la matqtrîée se moque agré^leiïtefit tiè Èk fiAô q«il, ne rehaut q«re iire^ «n «at rédHiite à è'dCMper des Of trfJémi ihi P^rê CMNi. Orce Père Coton, -célèbre Jésuite, avait été lô con^siew d'Hemi IV. Omteat emf)hatiq«e «t ridicàié, il a laisifé quelques discoart, oiïtre autres une oraison f«nèbre d« tt. de ViDet-ôi, dans là<]ùèlte, g'adressant à la Mort^ H <Ht ; BéifOrer toujours, et toujours être en toi décharnée et sur nous achaiméel Ce ]per^Mage Atait beaucoup d'inIkiOBce sur lès détdrmiiiatioi» 4» roi, et 1^ dhiaft en {Mirtànt dd i^ln et de Tantre : Hatrtroitstè^maiiilttéu càtàh éM$ Ici è>Ntliés I

Modi^e de âévigiié n'eh avlut certes pas quand on lui parlait de sa fi^llè ; ^1^ efitelMiak à deitù-mot, trop bien même) car «Uant au-dayant de ^ qù*oti M «disait, "Olld a«if]i(K)sàit bien des choses dont eUe dav«it plus tatd t^econnaittre riuattité. La maladie, t^e tafttÔOM qm )a poursaivait tôtf)0«iS) tNi^iMait sa vie par deë «larmes continuelles^ «t «of^dant, foî^cée de renoncer à ses craintes leftaginaâraS) ^le arrivait |^ à péà à deè i^isoMmeitrèntS comme cehii*ci : Poêt tes san(é$ déHomes, e(k^ rhérîtëm ifû'em y prerme emifmce^ fevcnê'mvoue^iwèremetu qu^après les états où j'ai vu madame de Méri, je la trois imnUbr%eUe^ H qu^ûymt tmfi&paè à /« $&geuené CttpptkatkmilewèAêUtfnêée la Faigeite poHir ia WttsëtnmUm de sa personne, it me semble ^'tiie mttirà tOHj&m'^ de ses fnêfU». Le mot smjtmrs^nt bien hartli^ im «n convf^ndrft, poM* «ne àè^e si pusi^laniine, si fort en ^arde contre les hadatds de là v^s £â hiAnle à prévoir des oatastrot^w. if^rès les deux beaux ex^mpled qu'elle vient de cfier, elle parle d'^eHnéme en ces termes : Ma samé^ Diéu meiaécm» fusqu^à présent â'wêe ^f^rfectim (jUiine smprènd inoi-mêtne, et qui me ferait peur «t je m'observaisMh tant que vous m^ observez. Elle se promène quand il fsdt beau^ et si'le temps ne tô pët'met pas elle reste dans sa chambre. Veilà swr quoi je ne isuis pltfs lèi méfne, àarmêtrefoit c'était «vi sot wsu dejoriirtous Âes jours,

Elle dit très-^tendi^mèiit à m fille qu'elle se ti^uve heureuse d'am>ir st^r elle tine avance d'années et de p€»»er que les premiers vont devant: Vraisemblablement et naturellement, je garderai mon rang aeecwms. Elle a pu Craindre autrefois qtte cet ordre légitime fût interverti, mais aujourd'hui, il janvier 1690, vous wms portez bieà, toutes okoées otH repris IciH' pote MtUf^te.

M. le chevalier de Grignan se trouve bien du séjour en Provence, les iiivers mitigés lui convieMient miaux que ceux de Paris, U èU comme iêé MrùndHleê) il iiU foui tUi êêléU^ et à ^t égard la marquise aippéeie «vee juMesse linfluenee du ellmat chaud ait les {kerton&es i^Eéctéea 4e goutte et de rhumatâstne< l^le semble tféke ifu'AU vieillit moitis vit« m Provence; et cependant elle reste aux Rochers, oà la retiepnait 4ea laiérète majeurs, fille Isit dee écoiK>tnieS) elie Ofriioiate et dirige sei ijodsêt teniH avec l'aide de Tabbé Charrier, <]ul a ran^é son oncle de €o«langes, et méûie au milieu de oee ^tnnuis, ^Ue irouve que le temps pitte trop >He> ie M puii m'ai€0tHum9r à iu écue d$ cêUe ùmniê{ifiWi, ^-eUe, et éêpendaM eUé sura tkMét panée y WfUi trow^ervu JbkiUét iê f0id di ni0trê èM d9 wMê ftMCM» ^He Comparait Fanaée à ma ut 4e «ille firanos, qui est J^ient^ vide ipiand >ob a «omaenoé d'y puieer» j

Slle se eoignaît bien m Bretagne, elle avait 4e héAeB vadies, de hou lait; elle prefittît la crème bien Sucrée nràlée avee4a oalé, eUe appelMt ^k en iak mfeté ou du café taUé^ et s'en 4rouv«l à jnerveiUe^ Ùm Btk l'approuve fort pour la ptfUHm, pour ie HmM^ 4t le docteur Ailtot partageait cette opinion. Nous faisons ici fort bonne chère; nous n'avons pas votre Sorgue, tnait jim^ ^0»$ ia mer, et le poisson ne nous manque pas. Il nous vient toutes les semaines du beurre de la Prevaimi ée i'ame £i ie mtmçe conme si fétaU Bretonne, I^s longues imtvréei lui fouitnisseï^ ,une jremacque digne 4'in^t i Vati^ frère ^ muirqm4miteê èesd^ts^ei^ièfifui me fiJ^pM^iti^'é^t^^fe/y m^r^fue etneor^ ttmtes ie^ mUemee». Ajoutons une parti^l^té qui subsiste «niwre.datis l'ouest de ta Jnmee. Qn reeouvve-Me^lu'tiiie.deifinâs herbes et de viokfttes, quelquefois oo y tnet dos fleurs de pôi^w*; de soir eu mét^unpùtage on bewfre^ puis *de$ ifJtt^wlemi» ût des épùutrda^ #r mosts,diecns4^)e€àûMfutiÊn t .^]<in a de peine é sefDù* h^^tUtUe ÉgU^il Voilà le chapitre dumrémemdé. ^19 févrisr i6Q0.)

Hadame de Sévif^ «e moque vokmtlenB 4» ^prôdioat^Urd de provinoe; oeux qn'dle a entendus à Pads l'ont rendue difficile^ eelafle ooâOoil. BoiSUet, Fléohier, BourdalOue.et talit d'âni^es ilkiatresoriteaftt n'flvuieni pas derivMix; jusst k xkme préftoôt^leaiux sermons médioofM 1» bonnes ^leotuctes doot ,oqvA avops si eouvent pariéi fille m •pennettait même de pvècherf.et dails u^e lotUtt.âu>fi6 février, •i)e4it ji •affilie 1 ^Point é'^inewHs, ma okèreenfimtf fcdtea^vatu Mt^ mam^ise de^cHte peneée ^edeMûUiti4:kréti&ine <fiÊe potititfuè^' etjslle ajoute.: fUm-êoulemerU pmtu d!emiemii^ mais bmH^cmtp deimiê^ Ces ec^weils exoeilents sont appu}^ 4e n^otifs pévenptoms,,4'eBefnpie8.fifiappaM^, efki |nontr«mt à nu i'tee 4e «ettetCemme, Mmi.pèeiBe 4e «êidlreise.^se 4e fAiion 04 i6tee'4e. oalcvl*

Une princesse de sang royal, madame la dauphine, mourut le 20 avril 1690, à sept heures et demie du soir; on ne dit pas de quoi; mais la pauvre femme, en expirant, laissait entendre à toute la famille royale que sa mort devait être attribuée à l'impéritie de Clément^ son accoucheur. Madame partageait cette opinion, mais il parait certain, dit la marquise, qu^elie n'avait aucun mal dans tous ces lieux-là» Il est assez remarquable que la marquise soit du parti de la médecine, ou plutôt du médecin, contre le public si disposé à lui attribuer la perte des malades, même incurables; nous ne sommes pas habitué à lui faire compliment de tant d'indulgence. Peut-être Tâge lui donnait-il plus de jugement. Il est fâcheux qu'une longue série de lettres ait été perdue, on ne sait comment, car elle resta encore aux Rochers pendant sept mois, jusqu'au commencement de novembre 1690, et Ton ne possède aucune des nombreuses épitres qu'elle a dû adresser à sa fille pendant ce laps de temps. Le comte de Bussy, le président de Moulceau, M. de Lamoignon, madame de Coulanges et madame de la Fayette entretenaient avec la marquise une correspondance assez active, mais dans laquelle nous ne trouvons rien qui nous intéresse spécialement.

Séjour «n ProTence.

En quittant la Bretagne, madame de Sévigné s'en alla en Provence, chez sa fille, trouvant juste, après seize mois passés chez son fils, d'aclorder la même faveur à madame de Grignan. De là elle écrivait à ses parents, à ses amis, elle échangeait des nouvelles, par exemple, elle apprenait au comte de Bussy que M. de Seignelai, ministre et favori de Louis XIY, mourait le 3 novembre 1690, d'une maladie de langueur et d'épuisement, au comble de la fortune, des honneurs, et criblé de dettes. C'est de lui que la Bruyère a dit : Tel avec deux millions de rente, peut être pauvre chaque année de cinq cent mille livres,

M. de Grignan était souvent malade. Dans une lettre du 1*' décembre, madame de Sévigné écrit à madame de Coulanges : Il a été mené quatre ou cinq jours fort rudement de la colique et de la fièvre continue avec deux redoublements par jour. Cette maladie allait beau train, si elle n'avait été arrêtée par les miracles ordinaires du quinquina. Nous ne savons pas trop ce que veut dire l'apostille suivante: Mais n'oubliez pas qu'il a été aussi bon (le quinquina) pour la colique que pour la fièvre. Huit mois après, le 12 juillet 1691, madame de Sévigné disait à un de ses correspondants : Nous avons passé l'hiver ici sans autre chagrin que d'y voir le maître de la maison malade d'une fièvre dont le quinquina a eu toutes les peines du monde à le tirer , tout quinquina qu'il est. Le fils du comte de Grignan, ce jeune colonel de 18 ans

qui était venu visiter sa famille, a eu la fièvre comme son père, mais il a été guéri plus promptement.

M. de Ghaulnes était toujours à Rome, représentant la France et influençant rélection d*un nouveau pape. Cette fois, le conclave dura cinq mois entiers, et il se trouve un passage (dont le sens a besoin d'ex* plication) dans une lettre que madame de Sévigné écrit à son parent^ M. de Coulanges, lequel était le secrétaire de l'ambassadeur. Voici ce que dit la dame : Malgré la Saint-Pierre passée et la prédiction des médecins^ voilà donc un pape fait, et les cardinaux sortiront du conclave sans quHl leur en coûte la vie; au contraire^ ils retrouveront leur santé et leur liberté. Pour bien comprendre ces paroles, il faut savoir que le pape a, dans la ville étemelle, deux résidences, le Vatican et le Quirinal. La grande affaire, à Rome, c'est Yaria cattiva, la cause des fièvres qui régnent dans certains quartiers, et pour éviter ce fléau qui sévit avec une ponctualité singulière, on abandonne certaines demeures pour en prendre d'autres plus saines. Or le Vatican est la résidence d'hiver, le Quirinal n'est habité que pendant l'été, et encore jusqu'à une certaine époque, car le monte Cavallo n'est pas complètement à l'abri du mauvais air.

Le conclave se tient au palais Quirinal ; la Saint-Pierre arrive à la fin du mois de juin ; les médecins pouvaient prédire que les cardinaux enfermés dans ce palais se trouvaient par cela même exposés à l'influence miasmatique qui menace tout le inonde dans cette partie de la ville, et voilà comme on peut interpréter la phrase que nous avons citée plus haut. La prédiction des médecins se rapporte à des circonstances lo« cales qui ont une extrême importance à Rome, et l'on ne doit pas s'étonner de voir la Faculté intervenir dans une affaire de cette nature. Cinq mois de conclave, c'est-à-dire un interrègne de cette longueur, excitent à un haut point la sollicitude des Romains, le choix d'un pape passionne la foule non moins que les familles des cardinaux, il n'y a pas de plus grands intérêts dans la capitale du monde chrétien, et les médecins eux-mêmes, qui avalent hâte de voir une élection si longtemps attendue, pouvaient dire que les prélats enfermés au Quirinal couraient de grands risques en prolongeant leur séjour dans un lieu où la fièvre pouvait faire de nombreuses victimes. :

Le lundi 16 juillet 1691, M. de Louvpis travaillait avec le roi, il paraissait fort souffrant. Louis XIV le voyant prêt à s'évanouir, le renvoya chez lui. On le saigna, et il expira au bout d'une demi-heure dans des soulèvements de cœur continuels. Tout porte à croire qu'il a été empoisonné. Son corps fut ouvert, et les gens de l'art partagèrent unanimement cette opinion. On arrêta un domestique qui fut accusé d'avoir mis du poison dans une aiguière où le ministre buvait habituellemont.

Qidqaes iiiUmv eMilemportins ont nié le poteon $ un édilaur moderne des Lettres de madame de Sévigné a cru à nn snieide, mala rien n'ântorlee eelte inttnière do yeir^ Ou sait (pàe ee œmiitre ai bimUlln^ li dur, était à la veille d'uiie di^rftce ) Louis XIY voyait olalr enfin dans de perfides niahœnvres que l'habilité de Louvois était parvenue à lui déro«* ber, et la mdrt de oe personnage le débarrassa d'un fardeau devenu trop pesant! U n'est pas difficile de penser c}u'en un tel état de ohoaee les bons courtisans aient trouvé floile de hâter la solution d'une affaire qui étitit dans les secrets désirs du prince*

Madame de la Fayette écrivant à madame de Sévigné lui dit i ii$ tous inquiétez poitîema $unté, mM mam ne «oui pas dangtr$U3ft et quand ils le devieHdrtdekti e» ue ierëit qUe par une f/rûnâe languem^ et pat un grand dessëckemeki^ ee qui n'eêt pus tafuite tf im JamT^ Bt dans bette mémo lettre, qui est du 19 aeptenère 1691 9 elle faoonte que sa belle-fille vient de faire uiie fause éeuohe^ huit jours après être ao« couebée \il^a àssét de femmes à qui eeia «rriof , dit-ellOt c'en awabr été bieU près d'avoir deuw eUfakté.

Le due de la Peùillade mdurnt presque subitement le 19 de œ mtaii mois de septembre. On connaît son fétichisme à l'égard de LOUis XIY| cette stupide adoratién d'un bonrtisan qui dépassa toutes les linitesi En expirant, il disait : Que n^^je fe^ pour Dku ée que fui fait pour te roi! Bt le roi disait qMquM jours pins tard e QeHe um^éo*êà ukefUê, heuté^Of fe fus ééfiaiî de trois àummés quefe s» pouvais f^tsmm^ frir t U. de houvois, SeiguoM et la FeuUiuée. l^srrible uiçmi) ilass qui n'a jamais profité à persenne^ htsUtuetires Infrall savent bientMie yM motif dos amitiés qu'on leur elArO) le pouvoir exoite tant de dé« vouements suspects que les rois )ie se croient guère (Àligés à k reoes* naissanoe. €e qui se passe quand its leMiquent }emt «entre olairsmMil la valeur du «Me qu'en déploie aUtenr d^eui* Mus revenons à neè af* fàires.

Biles t o u rne nt nq>idementnu lanMire, le temps lÉarche, il emporte avee loi parents, mnis, et panm ceux-ci, les plus ohers, ïea plus éé* voués, par exeAiplo, madune dé là Fayette, qe mourut en juin 1^93» MadiÉoe ide ëévigné^ c^i anàonœ cette triste nouvelle à madune do Guitaud, en parle en ces termes : Ses infirmâtes depuis deuùs ma ésaêeni devehuès emtrémes; je ta dëfBméais toujours^ cartm disait qu^élle était foHs de ne vouloir point nrtir, BUe avait une tristesse uufrieUo (on la surnoaflcmiait le brouillard), ta pauvre femme n'est présenten^nt qUe trop justifiée. Btte avait 4mm piOypes dans le cceur, et la pointe du eeeur fiétrie^ N'était-ee pas eàseis pour avoir ces désolatiens dam eé^ ne ptaiffnoit? Il parait que la msdade tomba sans connaiesuiee H rena^tihsi pendant quatre jtms '^ dut»a la maladie qui TiWfporia.

Noui tvon9 trouvé jusque^lit de si rares occasion» de signaler une au« topsie faite dans le but de découvrir la cause du décès, que noua notons oelle*-ci moins encore en raison de sa rareté que pour la lésion singulière qui est indiquée en teripes préci^. Les polypes du cœur étaient sans doute des concrétions ôbrineuses dont on ne connaissait pas alors la valeur. Quant à la flétrissure de la pointe de l'organe, nous M savons ce que cela veut dire, et il convient de s'abstenir de toute interprétation. I^e oomte de 6ussy mourut le 9 avril 1693 j madame de Barbêïieux succomba le 4 mai 1694 à une petite vérole qui jeta la consternation dans le palais de Versailles, où elle demeurait. Nous apprenons à cette occasion qu'en pareil cas le malade, quel qu'il fût, était enlevé du obfttea\i, mais que Von se départit de cette règle en fave^r de cette jeone dame. Cependant la ducbesise d'Uzès, sa mère, ayant demandé instamment qu'elle fAt visitée Qt soignée par Ducbesne, médeoin des enflants de France, le roi le défendit absolument, On voit à quel point on redoutait la contagion de cette affreuse malf^ie à laq^çlle mdame de gévigné devait payer bientôt un fatal tribut.

La marquise quitta Paris au commencement de mai 1694 pour aller en Provenoe, Son parent, Mr de Coulanges, qui lui écrivait souvent et la tenait au courant des nouvelles de la cpur, se plaint de sa goutte qni lui tient l'épaule, le bras et la main, et le jette dan^ nn abattement profond, dont les saignées et les nombreuses médecines ne le peuvent tirer, mais enfin il s'estime beureux de ne pas être atteint de fièwe^ 4e

pourpre n * mî«# «Mre^ waw, comme M, de Karlay, la présidante le Coigneux, et madame de San^ei, qui a été emmUQméf par Ço^^r d0ê jmiquUii^. On a prétendu qu'elle avait un rhumatisme de^ entrailles; «» <'a mmé^ Irpûpn quatre foUdupiei en deuip jours; elle est dans des agitations et des convulsions ^i violentes qu'elle n'a plu^ de repos qu'en prenant de l'opium, dont on lui fait faire un trop fréquent usage. Madame de Coulanges, fort liée avec la malade, lui a envoyé un médecin du nom de Saint-Donnat^ qui se trouve à Paris par basard et ne doit y rester que quelques jours, Une autre lettre nous apprend que UMidemoiselle de èan^^ei n'en mourut pas. Elle dit elle-même que cette aventure lui apprendra à ne pas ^'abandonner, m moins dans de certains moments, à tous les parfums dont elle est entourée, bien qu'elle attribue plutôt le mal qui l'a tourm^llt^ à unç promenade sur l'eau qu'aux jonquilles.

M. de Gmilanges, qui se obarge de rédiger la gaa^ette au bénéfice de madame de Sévigné, incline un peu au lugubre, ses lettres sont pleines d'enterrements. Par ei^emple, dans celle du 23 juii^ 1694| il raconte la mort de son petit laquais qui paraît due à une pleuro*pneun^onie très-aiguiyoar elle le tuaen quatre jours, jfaîi pourquoi ne ^erai^il pas mort,

dit-il, M. le due de Sully et M. de Rebenac sont bien morts; le fils unique de la belle madame du Fresnoi est mort aussi. La princesse d'Enrichement a la petite vérole, madame de Beringhen a la rougeole, etc. Madame de Coulanges a pei*du son temps et son argent avec Saint" Donnât, Les coliques sont revenues, le ventre est enflé, aussi s'est* elle mise depuis trois jours^ avec l'approbation de toutes les bonnes tétesi entre les mains de Carette^ qui lui fait prendre des médecines et des eaux de Saint-Miou, dans lesquelles elle fait tomber sept gouttes d'une liqueur qui fait tous les miracles dont tous avez entendu parler.

Ce Carotte, charlatan italien qui était venu débiter ses drogues à Paris, avait grand soin de se faire payer d'avance les guérisons qu'il promettait. La Bruyère Ta peint sous le nom de Carro-Carri dans le chapitre intitulé : De quelques usages; mais ce profond observateur, en s'étonnant du goût que les gens du monde professent pour les charlatans, en se moquant de cette infirmité des intelligences les plus cultivées, n'a pas guéri la maladie qu'il a signalée avec tant de verve et d'esprit. Les Carette sont toujours les bienvenus dans la société, même la plus éclairée, il y a place pour tous les guérisseurs, jamais l'erreur reconnue ne met à l'abri d'une autre erreur, et ceux qui exploitent avec tant d'effronterie l'ardent désir de soulagement des gens qui souffrent sont assurés du succès de leurs manœuvres, si grossières qu'elles soient.

Un certain abbé Têtu, dont nous avons déjà parlé quelquefois, ne pouvait souffrir ni la personne ni la conversation de Carette, à tel point qu'il a déserté la maison de madame de Coulanges pour ne pas rencontrer ce guérisseur. Notons que la dame elle-même n'a pas meilleure opinion de l'empirique; mais, dit son mari, quand il y va de la vie^ elle sait se contraindre, et elle écoute volontiers le personnage qui la vient voir tous les jours et passe avec elle des temps infinis. Cette lettre du 28 juin contient sur ce chapitre de médecine domestique des détails intéressants auxquels nous renvoyons les amateurs.

Nous ne pouvons omettre quelques circonstances relatives à ce charlatan. Madame de Coulanges, dans l'intérêt de sa santé, poussait loin la condescendance à l'égard d'un homme qui n'en était pas digne. Elle lui donna à dîner, le mit en relation avec des personnes du grand monde, et Carette, dont on se moquait en l'appelant le marquis^ se conduisit fort mal dans cette société choisie. Et quand enfin guérie, ou à peu près, elle voulut le récompenser, elle lui envoya une tabatière d'or, pesant deux cents écus et coûtant dix Uniis de façon. Le marquis n'a pas daigné seulement Cen venir remercier et a publié qu'elle lui omit fait un présent où il y avait plus dUnvention que de magnificence. Il prétend

lui avoir dajiné pour deux cent cinquante pistâtes de son éliair. Et voilà comme finit cette histoire, qui ressemble à bien d'autres dont on est témoin tous les jours.

La petite vérole régnait toujours à Paris, madame de Boisfranc en est gravement malade; le fils de M. le premier président l'a aussi; enfin, tout en est rempli, dit madame de Coulanges dans une lettre de la fin de novembre 1694. Le maréchal de Bellefonds mourut le 5 décembre suivant d'un abcès au genou. Si on le lui avait percé, on lui aurait sauvé la vie, disaient les habiles, mais vous n^étes pas dupe de ces sor* tes de repentirs, dit la dame, t7 faut partir quand l'heure est venue* Reste à savoir quand elle est venue.

Voici un petit remède contre la goutte, ou tout au moins contre certaines douleurs rhumatismales. C'est M. de Coulanges qui nous en donne la recette : Il faut^ sans autre cérémonie, faire mettre en plusieurs doubles un linge sur la partie affligée^ et se faire repasser comme du linge avec le fer à repassef\ Je fus dernièrement attaqué à Versailles, je criais C épaule; on mit en même temps les fers au feu^ et les femmes de chambre de madame de Saint-Géran me repassèrent que rien n^y manqua; oncques depuis je n'ai crié Cépaule. — Il est au surplus de la prudence que le fer ne soit pas trop chaud. Ce procédé curatif a été inventé plusieurs fois depuis. Nous nous rappelons un honorable médecin de l'Hôtel-Dieu qui, lors de la première invasion du choléra, en 1832, faisait repasser ainsi la colonne vertébrale de ses malades, et semblait attacher une extrême importance à cette méthode de traitement.

Madame de Coulanges, après avoir usé des remèdes de Saint-Donnat et de Carotte, se mit entre les mains d'Helvétius. Elle avait une dyspepsie fiattulente, son estomac ne pouvait digérer. Son mari dit à madame de Sévigné : Je n^aime point à la voir courir d'empirique en empirique^ elle me parait une personne égarée, qui cherche le bon chemin et ne peut le trouver. Helvétius administrait à la malade de Cextrait d'ab- 52/n£A^, mais rien n'y faisait, et madame de Sévigné, dans une lettre du 19 juin 1695, conseille à sa cousine de revenir à Carotte ou d'aller à Vichy. Celle-ci n'en veut rien faire, elle continue de rester à Paris, de vivre au milieu de la cour, d'expédier une sorte de bulletin vers Grignan, où se trouve la marquise, et de la tenir fort au courant des moindres nouvelles. Le siège de Namur entraine de grandes pertes dans la noblesse (juillet 1695); à cette môme époque. M. le prince de Conti a la petite vérole ; elle est sortie avec abondance, et commence à suppura* sans aucun accident; on espère qu'il s'en tirera bien. M. de Harlay, premier président, a eu une manière d^ apoplexie; on l'a saigné quatre Ibis; la bouche est demeurée un peu tournée; il doit partir incessam-

meut pour Bourbon. Bt comme ce personnage était d'un naturel fort rev4ohe, on a fait sur lui Vépigrammo suivante :

Ne le saijpaez pas tant^ l'émétiqae est meiUenr. Purgêi, pnygei, pufgaz 1 10 ttil ett dam Vhmewr t

Madame de Coulanges est une très-aimable oorrespondante, c'est une des plus brillantes élèves de la marquise, et tout à fait digne de lui donner la réplique. Sa santé était mauvaise, elle s'en occupait beau*coup, mais un peu à la légère, comme nous l'avons vu, toujours consultant, prenant Pavis de tout le monde, accommodant tant bien que mal ses goûts avec les prescriptions de ses médecins ; elle a voulu savoir jt ron pouvait prendre du café deua heures nprèê ta Qermandrée^ et un savant, sans doute Helvétius, a décidé qu^on petu te faire en tente s^^é et que mime Us s'accommodent fort bien ensemble. Nous voilà bien rassurés sur ce chapitre*

Madame de Bévigné écrivait plus rarement à ses amis; son 8éjou^ en Provence lui fournissait moins d'occasions, aussi recevait-elle plus de lettres qu'elle n'en envoyait. Il en est une cependant, celle du 20 septembre 1695, qui rappelle tout le charme de sa tendresse pour ses en- Isnts. Elle est adressée au maiviuis de Sévfgné qui vjt aux Rochers avec sa Jeune femme, dont la Mie constitution donné de sérieuses inquiétudes. Madame de Sévigné parle de sa chère fille toujours en proie à des accidents sérieux. Apr^ des pertes fort abondantes, elle éprouve des phénomènes tout à fiiit différents, et à cette occasion une de ses amies lui dit que les eaux de Forges, très-utiles en pareil cas« ne peuvent lui convenir que par une sorte d'anticipation, son âge ne lui donnant pas le droit de reeourir à un pareil remède. Madame de Sévigné dit que sa fille a mal au foie, que c'est là le point de départ de toutes ses inoommodltés, et que par malheur les remèdes qui conviendraient à la maladie hépatique pourraient amener le retour dea hémori^gies.

Bn pareil cas, les amies ont dea conseils tout prêts, aussi trouvons* nous dans une lettre de madamye de Coulanges (SO s^tembre lôOg) les paroles suivantes adressées k la marquise : Oe mal ePestomac de «nadamâ de Ôrigmm n'est autre chose que le mien. J'ai éprouvé par mon ^patience toutes sortes do remèdes, trop heureuse si ces expériences tui peuvent être utiles. Elle t aoente que Carotte, lui a donné pendant neuf mois de ses gouttes qui Vont grésillée (t tel point sans lui raccommoder l'estomac, qu'elles lui ont fait une seconde maladie. La préparation d'absinthe prescrite par flelvétius a eu plus de succès, et ce médecin a aidé à l'action de ce remède par les eaux de Forges. Bamenesfnous donc madame de Griffnan à Paris; dans deux mois, Helvète e$ mm nous la guértrons*

La duebeMedê Cbaulnee avait bien aussi ia prétention de guérir ma-

dame éê Origtiftn. Ell« éoHt à tnaâttino de SéligAé, I0 10 0eUAm êUi^ vant : Empêchez ^u'eliê ne prenm (es rêmèdeê d$ M» AiUèi i fm mudame de C0lbert s*en eêt fort mal trouvée» Il ne lui fatit qu'un boa régime, et tout en suivant ce bon régime, les accidents augmentent fttt point qtt'il a bllu roôoarip fc la saignée^ Étrange remède, ê\i la marquiM, qui fait répandre du êong quand U n*y en a déjà que trop de répandu ; é*eêt Mder la bougie par léi deuM bouté. Slle dit à son ûonain da Cottlangea da lui anvoyar, par quelq$te iubtii enekantement, tout le sang, touta la force ^ toute la Joie qu'il a da itoppour en faire une îTcmifution doM ia maekîne de ma juie. Mm toutea oeë damas at Hel'vétius lui-tnèma aoni d'aoaord qua Falr de Paria guiHra la aomteaae, et qua celui de Prorettoe est trop aubtiL Madame de Goulangaa, en pat^ lant de oa médecin, affirma qu'il a un remède aâr pour arrêter hiang^ de quelque côté qu^il pienne, et elle ajoute : (feu tm trèt-^ali Iwmme et trèhêoge, plm âoge que ne le promet ia phyêiànomie. La même dame, dans son zèle médical, recommande à la malade défendre des bouitkmê d^éerMsêeê qui paraissent avoir remplacé ceux de yipèrea.

Le célèbre Nioule eut une première attaque d'apoplexie le il no* vembre 1695 et une aeoonde qui l'emporta le 26 du même moia. Dans la lettre qui donne œtte nouvelle, on voit que Raeine aeaourut ée Versaillea à Port Royal pour apporter au moribond dea goutteê d^ Angleterre qui parurent le reeauaeiter, maia le mieux dura pau^ et l'on disait qu'il s'étidt épuiaé à force d'écrire contre la secte des quiétistei. On peut ae demander aujourd'hui à quoi bon tant de travail pour réfuter dea idéaar ai ttfofottâémettl oubliéeat Mais alors on attaehâdt beaucoup d'Imper* tance à œa eontroveraea, l'école ergotait toujours, et l'on ne connalaaali pas encore l'indifférence en ces aortes de matières.

Dana une lettre du t5 janvier 1696, madame de Sévlgné engage viveiieni le président Bteuiceau à conaulier lé docteur Barbeyrae, de Ment^ pellier^ sur les moyens de rétablir la santé de madame ée Qrlgnan. Au mmm «aia est-il réguliers M. de Goulangea proeède autrement. U y avait alors à CStmidray^ hameau I deux Heuea de liantes, un eerti^ payaan, €tir$sldptie Ozatmea, qui avait reçu de aan père, payaan ceame lui, la oennaiaaiAce de simples à Talda éeaquela il epérak dea euraa iMrvattlettaes. On aUait en foule le eensuHer, U ne reeevatt d'argent q/Oê pour le voraar dafta le l^^one des pauvres da sa paretaae. CeH un tumime êdmirablê, 4H If. de Couknges, ieê eamer$y ta gtaeelle, in eduÉêf ie$ uieères, rien ne Hent de^tata M. Le é^o de Orament a été guéri par lui et il e renvoyé les eent plateles qu'on lui avait données femr^ti. Les guéHaaeam démette espèce ont rarement cette manière de procéder, et l'on comprend qu^etle n'en est que p4us séduisante. Vd Mre lelong, danaea MàotkèquenÊetorique (appen^ee du t. lY, p. S44)

donne quelques détails sur cet homme qui florissait en 1696. Madame de Sévigné ne consulta pas Ozannes, mais elle reçut de M. Baii)eyrac le poi^il de donner à sa ûlle de la rhubarbe qui parut produire de bons effets.

Nous arrivons ainsi jusqu'au 29 mars 1696 ; madame de Sévigné née en 1627, avait soixante-neuf ans. On a d'elle, à cette date, une lettre adressée k M. de Coulanges, la dernière très-probablement qu'elle ait écrite , pu du moins la dernière de celles' qui ont été conservées. Elle est pleine de sensibilité à l'occasion de la mort d'un jeune homme, dont la mère et la grand'mère, amies de la marquise, étaient accablées de la douleur causée par une telle perte. On ne peut mettre plus de cœur dans l'expression de ses sympathies, la fibre maternelle vibre aussi énergiquement que de coutume, madame de Sévigné ne tarit pas sur les rigueurs dû sort quand les jeunes gens succombent , et surtout quand ces trépas arrivés subitement ne laissent aucune ressource à la science et au courage.

Pauvre femme, le 17 du mois d'avril suivant , elle expirait, emportée par cette abominable maladie dont elle a si souvent parlé dans ses lettres, qu'elle redoutait, qu'elle fuyait autant que possible. La petite vérole, développée spontanément, tout porte à le croire, envahit madame de Sévigné et se montra dès le début sous les formes les plus graves. Dans toutes les lettres qui font mention de sa mort, on ne trouve pas un mot qui indique la nature de la maladie, sa marche , sa durée , et nous aurions été réduit aux conjectures, si un médecin, le docteur Chambon, ne nous eût fourni sur ce point important tous les renseignements nécessaires. Il était le médecin de la marquise, c'est-à-dire il lui donna des soins pendant sa dernière maladie , et il l'a décrite dans un ouvrage intitulé : Traité des métaux ^ des minéraux et des remèdes qu* an en peut tirer ^ etc. (Un volume in-12, Paris, 1714.) A cette époque les médecins étaient loin d'être d'accord sur le traitement de la variole. L'ouvrage du docteur Chambon contient à cet égard des renseignements précieux, d'où nous pouvons conclure qu'il n'y eut pas auprès de l'illustre malade un seul praticien chargé de diriger le traitement de cette affection si dangereuse chez une femme presque septuagénaire.

Peut-être sommes-nous autorisés à croire que, dans cette circonstance grave, la malade ou son entourage ne surent pas prendre une décision ferme ; il y eut des opinions contraires , on appela d'abord le docteur Raimond, médecin de Cavaillon, petite ville voisine de Grignan; puis le docteur Chambon lui fut adjoint, et ces deux confrères ne purent se mettre d'accord sur les moyens à employer en pareil cas. Il est certain que l'on trouve dans l'ouvrage de ce dernier une sorte de diatribe contre le docteur Raimond qui avait pratiqué plusieurs saignées au début de

la maladie. De son côté le docteur Raimond reprochait à son confrère certaines potions qui auraient suivant lui causé un grave préjudice à la malade. Cette discussion, envenimée par des passions violentes , nous laisse ignorer ce que nous aurions le plus grand intérêt à savoir, c*est-à-dire la relation circonstanciée des derniers moments de la marquise.

Quoi qu'il en soit, il résulte d'un rapport officiel rédigé^ar les autorités administratives de Grignan, sur la demande du ministre de l'intérieur (24 juillet 1816) et transmis par le sous-préfet de Montélimart (Drôme), que madame de Sévigné succomba rapidement , le huitième jour de la maladie, et l'on s'accorde à dire que cette affection était si maligne, que non -seulement la famille n'eut pas le temps de se procurer un cercueil de plomb, mais que l'on dut pratiquer l'inhumation du cadavre avant l'expiration des délais ordinaires. Il fut décidé en outre par le chapitre de la collégiale que la défunte ne serait pas déposée dans le caveau de l'église, dCoii il aurait pu s'exhaler des miasmes dangereux^ mais que pour concilier les honneurs qu'on lui devait avec la salubrité publique, on ouvrirait dans le chœur une fosse qui serait recouverte de maçonnerie.

Nous relatons ces faits, qui prouvent à quel point on craignait la contagion de la variole ; ils montrent aussi combien fut grave la maladie qui emporta madame de Sévigné. On dirait que cette famille était destinée à payer un large tribut à cette éruption si redoutée, et avec tant de raison. En octobre 1704, le jeune marquis de Grignan, marié, mais sans enfants, mourut à Thionville, où il était en garnison, de cette petite vérole, lorsqu'il avait à peine 33 ans. Il était brigadier des armées du roi, et de plus ambassadeur de France près la cour de Lorraine. Sa mère ne put résister à ce coup, sa santé, depuis longtemps affaiblie , déclina rapidement, et elle expira le 13 août 1705, à l'âge de 57 ans.

Le marquis de Sévigné, retiré du monde, acheva sa vie dans une obscurité volontaire non moins qu'édifiante ; il n'eut pas d'enfants et mourut le 27 mars 1713, le dernier de sa race. Quant à madame de Simiane, cette charmante Pauline dont les mérites ont été si bien célébrés par sa grand'mère, elle mourut à Paris le 2 juillet 1737. Son mari, que madame de Maintenon avait fait nommer colonel, l'avait laissée veuve en février 1718, avec trois jeunes filles, dont la seconde, mariée au rilarquis de Yence , a eu des enfants qui sont les derniers représentants de ces illustres familles dont l'histoire vient d'être l'objet de recherches nouvelles (1858) par l'abbé Nadal, chanoine de Valence. Pour achever ce nécrologe , nous dirons que M. de Goulanges termina sa joyeuse vie en 1716, que sa femme, si charmante et si spirituelle, dont on a pu dire que ses péchés n'étaient que des épigrammes, lui survécut jusqu'en

172^, et efiûn que Ow^iAolti^ qui était presque cM^entire «t 4'tftté 9SMté UHahf fDOHnit à Pàm le 19 jiiiii 1716.

GONCILUSIOV.

hem ■• fMPOÉf IMS m «nid raprMte à iniàaiM 4ie tév Ipé 4« ses «n«t» en aécbeise^ elles iip|»ar^DBeBt à son teœpi et à ma éf^o^ie : JkWÊt devaoa^ ptr eoiiséquefii^ l'eA absoudre^ lUÉi iio«e «erafië in^fts Indulgent pour ta ^dnUté) pour sa conitAee «v«i^ en iam de dfOgiKte T»iÉéef par le premier Tentt, noui éteananl; à ban di»oiil /qu^ne Im&tse dottée d'm m raerveillettK esf»^ outrât tes plus sinpies eeiseila 4tt boa aoBs et sie Ût .aamm us^^e de sa ndso» dès 4|u'il s'agissait de etflièdes. Toute prmnesse de guémoa, de qortqtie part 4|ll'eNe iF^tit, dlait accueilUe avec en esipressemeiit i^gidler; jaaMM la daaie tte «'«risi^ de fféiéQyr ave ittpoambiltiés de œs f ttérisons si ^ardinsfvt atmefioées: l'e^pémoee seule déIrtttÉait oee illMisMi^ mtàê ia leçoft 4$^ feieetét perdttei^ti{iâbsi«aiTQoeiiOirttiieaift9e, saM plus de iMMÊm p99c l'avenir.

Il y a Ut^il liut l'aiNiiier) lemiûbkms d'esptit mtode M.qià «ous sttqHwfid autant qti'ette tiens aSige. La mai^ est le fikis ^nd dss l3(ten8)«ans deule; la^oulear est «tt xM absek^ swb iie<ooûite pouree 4éèan;ass6r de eelle^i et neoeuvr^ «elle<là^ «irâ^icoordeMavs^fi^fS à cette passion le (idvilége 4e ééraisoBiier perpétudUenefli^ de itenisr rimpossible, d'abjttrer les plus sitDples «otieas de la Wgûpie? ftsoe ^iie les fane iieryenx «e supporteot pas la douleur, Imt^U ^oléittr à ileor I^Rsêt im4f9ittde eh^^eber du soulagooeiit nidflie «adidà^d tentée ^i >e«(t i«teoiiluÉ40? New s'Ârdns p» jusi(iie*>là, méfloe pour iâêêÊtcmÛB Sevigne, mais nous serons d -autofit plos àê(vè#e à son é^M*d qoe ea ^tà0tKk siipériettve^umt.^ réhugner de ceUe inmo oIù elld^lMlnoeiieet.toâibe jtOHJoittS'ANai les fâé^s les phM#nMslef8. On il'eimitsentitiiéolét si €étaitàsonhiaii^jtmîs ëWfeeoBiiaHsa tote^dUe la vOi| ette«îeli moque la presàièife} elle :S<eii Heettse^ puis «elle y setembe rbiemâi^ .^iftle M ee tto^juer eneote d'ao» £«tttS6se «entre HwpMâb elle «eeiit pas «« ioitr 4tt farde*

Notfs ne boulons fos kii ;appllqu«r4aBs Asute «i ngeouf titte «ègle dontfonooâtesteeatpentHfiÉiS la justesse^ makqni MSistpataltiœ issMs boa moyen d^c^pn&ôier It valeur iatelleolyelle des itidiirlâasv» Les idées médieeke, en debore*A9la eoieftee ^le-aièssat oeasliui^t tdd^iofM^ patrimoine oommiui dont le iptdiUe lait son jpsoftt J^eiieiélét pO M èd e eiii)ireulalioniitiemaase;de ooi»ai88enoes(«ii^faives.doit4dle)iiiieâfi0li #rit mtis letf )iflfdivUto ja'y pw e a»t ^pas^égaisineatt^ ehaeitty isamalte

nature ée «on esprit, prend plus ou moias ée cette ttonoùocoyrMte. Ttms m savent pas choisir, tous ne conservent pas ces richesses avec un &Ha égal ^ la pièce d'or devient dv pk>nd», le métal s'altère, aae notion simple et juste est viciée dans soa principe, mal appliquée* et biottiéi elle se châtiée ea «ne «rreur fAcheuse.

Les gens du monde, ceux que Téducatioa perfecUonaci dont le syatème nervewx pèche par excès de culture, sont pbn aujets que d'«iitr»s À se laieser «btraîner dans cette fausse route, «t l'on ae demande ai l'en n'est pas en droit de douter de la bonté d'une éd^icatioa tipi laissa «ne m large place à dea «rrours de cette espèce. Quand on voit tout les j(Hirs les personnes Ws plus distingiées montrer ai peu de diaceraeBMiit dlins ieè^bosee médicales, et ne pas se borner è dédater leurincoflapéience absi^iM sur des matières qui neaent pas de leur ressort, ««je dmnande que devient lebea sens et pourquoi tout le mondealaprétentiott de cenaïaître œ <i«'il n'a pas étudié* U serût ai sia^e de s'Abstenir; «Hiia non, ohacun veutMîseiiDer, argamenter, poser des principes, tieiiH^euleinent pour lui, mais pour son voisin ;chacaB parle de tempérament, ftiit de la thécniet iexplique les phénomène», en préjuge la cause ^ la valeur, indique le remède a tous les maHa^ ei tombe dans des ab^ifdilés ^fti senaient riaii^es «elles n'-avaient pas de si fâdieuaes cetoséqaeoces*

Madame de Sévigné excelle on ces folies, elle les pouase aussi loin qne possible, et moinre aes droits è devtenir te Cype le plus parlait 4eia pe rson n e la plue hoatile à ce bonheur médical qui devrait êti^e ie partaf^e 4u publie. U «st vrai qu'an t^Btps oà elle vivait, la médecine et ^surtout les médecins &e tenaient danf^ le monde qa'ime misérable plaoe^ ie ridiaile les écrasait, Molière aidant, «t les meilleurs esprits pouvaicint bien partager les sentiments de ce sublime moqueurw Mais madame de ^vi]^, qui «f^éoiait avec tant de ûrnase ie côté £aible de cartaines institutions, qui se permettait de ciitiqner des choses qne tant de motifs l'engageaient à respecter, pourquoi n'^^t^lepasnsé delà même liberté à l'égard dea extravaganoes de tous leaj^uérisseurs dont elle accotait leS|yromesse&?

Il y e à cela une Téponse facile. l.a politique , ia xeligion elle-jnéme et beaucoiip 4'iastit«tion8 qui appartiennent a ces deux ordres d'idéea, nedenfeandent pcMir è^Jugéea (en dehcu^s des choses de caste et de ifoi), •que la dose ordinaire des connaissances générales qui constituent i'éducation des cla6ses éclairées de la société, ill n'en est^as de jnème de la médecine. Rien ne peut remplacer certaines études ^éliminsârea, personne ne peut ae passer d'anatenae , de ^physiologie, et à défaut de ces bases indispensables de la acience réelle, on voit les|)lus hautes intettigenoeaiomber dmis des err^ars grossières. À^qnelqpe d^gné dei^-

chelle sociale qu'on se trouve, dès que Ton manque de cette science primitive qui est comme la porte du domaine médical , on erre dans les ténèbres; le plus simple paysan, comme le plus grand mathématicien, le poëte inspiré comme l'ouvrier qui passe sa vie à exécuter un mouvement presque automatique, sont égaux dès qu^ils ignorent la structure des organes , leurs fonctions, leur mécanisme, et encore donnerions nous la préférence à ce dernier qui obéira plus simplement aux prescriptions instinctives, qui saura s'abstenir au lieu de céder aux suggestions d'une prétendue science qui ne peut le diriger utilement.

Madame de Sévigné ne manque pas d'idées médicales, on a pu s'en convaincre, elle n'en a que trop, et Dieu sait où elles la poussent. Son cerveau si actif donne asile aux choses les plus contradictoires; les convictions les plus exclusives s'y logent tour à tour et régnent tyranniquement jusqu'à ce que d'autres idées viennent y prendre place, sans qu'aucun motif valable préside à ces changements étranges. On pourrait, tout révérence gardée, la considérer comme atteinte d'une monomanie délirante, et quand elle se moque du Malade imaginaire , elle ne voit pas le miroir que tient la main de Molière. Si Ton voulait récapituler les drogues de toute espèce dont elle a fait usage pendant près de vingt années, on arriverait à un prodigieux total pharmaceutique, et Ton verrait que les fleurons de cette époque avaient en cette noble dame une excellente pratique. Tout en maltraitant les médecins, elle les consulte sans cesse; la liste de ceux qui figurent dans ses lettres est longue, elle contient des noms honorables, des célébrités incontestées, et ses épigrammes semblent être une affaire de mode. Le grand comique avait donné le ton, il était du bel air de persiiHer ceux dont on avait si souvent besoin, comme cela se fait encore aujourd'hui, mais seulement avec moins d'esprit.

Ne blâmons pas trop ceux qui souffrent, ceux qui se vengent de leurs douleurs aux dépens des médecins qui sont quelquefois impuissants à les soulager. Nul ne reconnaît volontiers que sa maladie peut à bon droit lui être imputée, chacun cédant à sa folie, travaille activement à tourmenter sa vie, à Tabréger, et quand la maladie prend possession du domaine ravagé qu'on lui livre, on reproche au médecin de ne pas faire un miracle impossible. Madame de Sévigné a cent fois reproduit ce type de l'humaine faiblesse, et pour se venger de notre prétendue ignorance, elle a eu recours à toutes les ressources de l'empirisme. Elle a accepté sans raison, sans critique les promesses que chacun lui faisait, elle est tombée, en fait de crédulité, aussi bas que possible, et si nous étions tenté de nous plaindre de ses duretés à l'égard des médecins, nous éprouverions bien plutôt un sentiment de pitié en voyant l'infirmité d'un esprit aussi lumineux sous tant d'autres rapports. Nous regretterons

donc d'avoir trouvé en elle une preuve si éclatante de l'alliance déplorable de la plus rare intelligence avec une faiblesse de jugement qui semblerait devoir être l'attribut des esprits les moins cultivés, mais nous ajouterons que cette imperfection est le partage nécessaire de tous ceux qui veulent raisonner sur des choses qu'ils ne peuvent connaître parce qu'ils n'ont pas pu les apprendre.

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