ACTE III, SCENE I
cRispiN. Parbleu, je ne veux point aller me faire bistouriser, ou bien recevoir quelques coups de baston ; vous y pouvez aller vousmesme.
GBKALDE. 11 est vray que je le puis ; mais je craios, en y allaot , de ruiner mon amour ; car si Monsieur Mirobolan venoit à me rencontrer, il ne manqueroit pas d'avertir mon père des choses qui se passent. Pour toy, tu ne bazardes rien : il ne te connoist pas. €BispiN. Je bazarde mon dos, mes bras , mes jambes , mon corps ; car, de la manière que j'ay oiiy parler Monsieur Mirobolan de doux, de cordes, de bistouris, un médecin n'a non plus de pitié d'un homme qu'un avocat d'un écu.
oÉBALDB. 11 faut pourtant, mon cher Crispin , y retourner encore une fois ; aussi, tu dois croire que quand je seray en pouvoir, je reconnoistray tous les bons services que tu me rends. CBispiN. Ho, je n'en doute pas ; mais au moins dites-moy la raison
qui vous oblige à m'y renvoyer.
GÉR4LDB. Tiens, écoute la lecture du billet que tu m'as apporté.
fay quant Ué de choses à vous mander, mais je n^aij pas ie . temps de vous les écrire. Pour avoir celuy de vous faire ce mot, il a fallu se servir de plusieurs stratagèmes. Envoyez tantost Crispin : je fer a y mes efforts pour luy donner une lettre, qui vous instruira de tout. Si je puis ménager le moment de vous parler de bouche, croyez que je le feray avec bien de lajoye. Adieu , aimez-moy comme je vous aime y et soyez certain que Je n'auray jamais d'autre mary que vous, Algine.
Eh bien, tu vois, Crispin...
CRISPIN. Ouy, je vois bien qu'il y faut aller ; mais si Monsieur Mirobolan, qui m'a pris pour un pendu sous mon habit, et qui m'a envisagé sous Thabit de médecin, vient à me reconnoistre , comment me tirer de cet embarras sans estre un peu étrillé.' Hem? OÉBALDB. 11 est vray que cela est fort embarrassant ; mais, mon cher Crispin, il faut bazarder quelque chose pour ton maistre. Cherche, invente quelque chose pour ne pas courir de risque. CBISPIN. Écoutez, faites-moy avoir une robbe de médecin , j'aime mieux paroistre devant luy en cet état, que de faire la Ggure d'un pendu. Du reste, je m'en tireray comme je pourray : j'en suis tantost sorti parles pillules, j'en sortiray par quelque autre remède. GBBAL9E. Je vais de ce pas à la fripperie pour avoir ce que tu demandes ; cependant, va-t'en chez mon père pour recevoir l'argent qu'il t'a promis, car possible en aurons-nous grand besoin. CBISPIN. J'y vais. Mais, Monsieur, apprenez-moy seulement en latin : Je suis médecin.
GBRALDE. YoloDtiers : Medicus suh.
CBispiN. Medicus su m , medicus sum.
OÉBA.LDE. Fort bien.
CRISPIN. SufGt, adieu. Allez-vous-en songer à Thabit, et moy je vais cbez le bon bomme. Medicus sum , medicus sum. Cest une belle chose que de sçavoir le latin ! Il faut repasser souvent ces mots, de peur de les oublier : Medicus sum, medicus sum. C'est assez, allons-nous-en chez le bonhomme I.isidor. Mais je le vois qui vient icy.