SCÈNE X
FELIANTE, CRISPIN, LISIDOR, MIROBOLAN, DORLNE, MARIN, GRAND SIMON, USE.
CRIS PIN, sortant. Mais, Madame...
FELIANTE. Mais, MoDsieuF, encore une fois, je ne veux pas que ma
fille parle aux gens teste à teste. Si vous avez envie de voir mon
mary, vous pouvez prendre le tems qu'il soit au logis. CRispiN. Madame, vous pouvez croire que... FELIANTE. Je sçais ce qu'il faut que je croye; mais, encore un coup ,
vous n'avez que faire chez moy quand mon mari n'y sera pas. LISE, à Simon, Il me semble que ce visage ressemble bien à celuy qui
m'a ordonné des pillules.
(iBAND SIMON. Parblcu, c'est le médecin qui m'a pensé faire crever.
Ah ! trompeur! tu me rendras mon argent LISE. Tu me rendras aussi le mien.
LisiDOB, leprenant au collet. Ah ! coquin ! je te tiens à présent. CBispiN. Non sum coquinus, hedicus siim. MiBOBOLAN. Messicurs, il ne faut pas maltraiter un de mes confrères
de la sorte : on doit luy laisser conter ses raisons. LisiDOR. C'est le valet de mon (ils.
LISE. C'est le médecin qui nous a ordonné des pillules. GBAND SIMON. Et qui m*ont donné bien de la peine. LisiDOB. Coquin, réponds donc à toutes ces choses. CRISPIN, à Lisidor. Monsieur, il ne vous faut plus rien déguiser : vostre
Gis n'a point sorty de Paris, à cause de l'amour qu'il a pour la
fille de Monsieur Mirobolan; elle l'aime passionnément , enfin
ils s'aiment tous deux, et m'ont fait jouer plusieurs personnages
pour les servir dans leurs amours.
PELiAKTB. Ma fille aime ton maistre ?
CBTSPiN. Ouy, Madame, et fortement.
FELIANTE. Eucorc pour le fils ^ c'est quelque chose ; mais pour le
père, il ne doit jamais espérer d'épouser ma fille. (iBAND SIMON. Mais qui fohiigeoità nous faire prendre des pillules?
Cela pouvoit-il servir de quelque chose pour les amours de ton
maistre?
CBISPIN. Ce sont des choses dont je vous éclairciray dans un autre
temps.
MIBOBOLAN. Vous voyez bien que vous me blasmiez sans raison ;
CO.NTEIIP. DF. MOLIÈRB. — 11. 9
130 CRISPIN MEDKCIN.
mais faites-inoy la grâce de revenir une autre fois, je vous promets de vous contenter d'une façon ou d'autre.
LISE. J'y consens, mais n'y manquez donc pas.
GRAND SIMON. J'y couseus aussi; mais au moins, plus de pillules.
MiBOB^CAN. Non. Adieu.
LIS1D0R. Ton maistre, dis-tu, aime passiounénTent hi 6lie de Monsieur Mirobolan.^
CBispiN. Guy, Monsieur, et cent fois plus que je ne vous dis.
LisiDOB. lié bien, si la chose est ainsi, je vois bien que c'est une nécessilé de consentir qu'il réponse, poucveu que le père et la mère y consentent.
MiROBOLAN. Pour uioy, je le veux.de tout mon cœur, pourveu que ma femme le veuille.
FEUANTE. Je ne sçais pas bien si je le dois vouloir.
MiBOBOLAN. Hé, ma femme...
FELiANTE. Puisquc VOUS m'en pr^ez, j'en demeure d*accord.
LISIDOB. Où est-il donc ton maistre.^
CRISPIN. I^ voilà qui vient tout à propos.