‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 12 sur 325 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

YAME, LISANDRE, MAROT.

YANTE. Je voulois chez Lisandre aller changer d'habit , Mais un mauvais démon toujours me contredit : Sans cesse quelque obstacle à mon désir s'oppose.

LiSAriDRË. Yante quelquefois se fasehe aussi snns cause.

YANTE. Mais mon oncle chez vous ne me trouvera pas. Et, pour me quereller, reviendra sur ses pas; Que diray-je.^

MAROT. L'amour ne manque point de ruse.

Et qui cause l'erreur fournit aussi l'excuse. Nous avons abusé Damon depuis un mois, Et nous l'abuserons encor plus de cent fois.

YA^TE. .le crains qu'il ne découvre enfin nostre finesse.

LISANDRE. Quand vous prenez la juppe il vous prend pour sa nièce; Avec le haut-de-chausse il vous croit sou neveu, Et l'un et l'autre habit cache bien vostre jeu.

MAROT. Lorsque l'on est encore en la fleur de .ïouvence, I^s deux sexes divers n'ont nulle différence Que l'on expose aux yeux, et, ma foy, le plus fin, Quand ils sont travestis, y perdroit son latiu. Voslre bonhomme d'oncle, avecque sa lunette, Ira-t-il regfirder comme vous estes faite? Non, mais pour épouser Lisandre, asseurément, Il faut tromper Séline, et feindre d'estre amant.

Pour faire réussir vostre heureuse avanture Suivez donc mes conseils, et la mère nature, Plus digne de respect, plus vénérable encor Ny que le vieux Damon, ny que le vieux Clindor : Elle vous presse fort sur un certain mystère Que je n'ose vous dire et que vous voulez taire.

YANTE. Marot est incommode avec cet entretien.

MABOT. Vous estes si galand , vous cajolez si bien ;

Puis Séline est coquette, et non pas insensible :

Son cœur des traits d'amour est percé comme un crible.

L1SANDBE. Ma cousine est coquette! A quoy le connais- tu?

MAROT. Je le connois, Monsieur, à sa fausse vertu,

A cet air sérieux, sage et froid, qu'elle affecte ; Un sot la croiroit prude, et je la crois coquette : C'est pour duper les gens et pour les embarquer.

L1SANDBE. Par quelles actions Tas-tu pu remarquer?

MABOT. Au bal, durant Thyver, passer la nuict entière ■ ,

* « En ce qui est des longues nuits de celte froide saison, il faadra qu'ils (les vrais galandt et les coquets) s'informent sMI n'y en a point quelques-unes que Ton puisse passer au bal, et d'autant qu'il y a telle nuict que le bal se donne en vingt endroits de la ville, il faut les sçavoir tous pour aller de l'un à l'autre, » etc. (Loizde la galant.^ 1644.) CVst une chose qui peut sembler étrange, mais qui pourtant parait démontrée, que cette habitude des femmes du bel air (Je ne parle point des aventurières, bien entendu ), de courir les bals de nuit. Beaucoup de comédies du temps en rendent témoignage; par exemple, la Dame Médecin, de Mootfleary(l678).

ÉRASTK.

Non, Je ne conoprcndA pa.i le mailieiir qui me suit; J*al couru tous le-i bal» de Parla cette nuit.

Mon aimable inconnue

De peur de m'y trouver n'y sera point venue.

(ll.tc. 1.)

Et plus loin, le valet Crispin réplique à Éraste :

En a-t-ll plus fallu pour la belle Inconnne Que TOUS allez chercher au bai toutes les nuits'

|IV, se. 1.)

Et dans VÉcole des Maris, de Molière, Sganarelle dit à Arlste :

Quoi! si vous l'épousez , elle pourra prétendre I^s mêmes libertés que flUe on lui volt prendre ?

Vos désirs lui seront complaisants

Jusquea i ... lui souffrir, en cervelle troublée. De courir tous les bals et les lieux d'assemblée ?

Et Ariste, qui est l'homme raisonnable, plaidant le respect dfs usages établis, répond : Oui, vraiment. (1. se. 2.) On pourrait sans peine multiplier ces exemples.

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