ACTE I, SCÈNE III
Estre toujours au cours à la belle portière • , Se faire mugueter% tracer des billets doux, A ses adorateurs donner des rendez- vous , Avoir plus de galands qu'un almanach de festes^ De tous les cœurs plaintifs répondre les requestes, Faire espérer beaucoup, ne donner que du vent-, Sçavoir faire enrager les deux sexes souvent, C'est là d'une coquette une peinture fine, Et c'est, en peu de mots, le portrait de Séline.
LiSANDBE. Marot étrangement peint ma cousine icy.
MABOT. Vous estes trop heureux qu'elle soit faite ainsi : A quoy vous serviroit l'amour seur de Yante, Si Séline étoit prude au lieu d'estre galante ?
LISANDBE. Je ne puis approuver un bonheur qui la perd.
HABOT. Vous devez approuver un défaut qui nous sert. Et fera réussir vostre heureuse entreprise. Elle vient, elle veut que l'on la galantise : Il n'est pas malaisé de vaincre ses dédains.
YANTE. Je m'en vais, pour luy plaire, imiter les blondins^.
(Scène 4, assez scabreuse, entre Séline et Yante déguisée en garçon, avec qui Séline e3t iiancée. Dans la se. n, l'oncle Damon arrive, cherchant partout sa nièce Yante, à qui il a besoin de parler, et Séline se charge de la lui envoyer.)
■ Le cours la Reine, ouvert par Marie de Médicis aux Champs-Elysées, en 1628« depuis la porte de la Conférence )usqu*à Chaîllot, était la promenade ù la mode. Elle se composait de trois allées d*arbre8, où Ton n'apparaissait qu*à cheval ou en voilure. Les belles dames se montraient aux portières de leurs équipages, et les cavaliers, dit Sauvai, avaient sans cesse le chapeau à la main. ( v. Loix de la Galanterie^ édit. Auhry, p. 20. ) La Pourmenade'*du cours (1630), passe en revue tous les habitués du cours, et n'oublie pas les coquettes qui se penchent à la portière.
' Courtiser par les muguets.
3 Les galants, les muguets, les damoiseaux. Molière, dans VÉcoIe des Maris (I, 8C T), a décrit par la bouciie de Sganarelle le type du blondin :
Ne Toudriez-vous point, dlH-J«», «or ces matlrren, De vus JeunM iniigiietA m'inspirer les manières; M'obligcr à porter de ce* petite chapeaux Qui laissent èrcnter leurs débiles cerveaux, El de ces blonds cheveux, de qui l:i va^te enflure Des visages humains offusque ta figure? etc.
Les jeunes muguets portaient des perruques blondes. Sganarelle, en interpellant Valèredl, se. O), l'amant d'Isabelle, l'appelle: Monsieur aux blonds cheveux. Et dans VÉcole des femmes (IV, se. 7) :
SI son cœur nf'est volé par ce blondin funeste,
dit Arnolphe eo parlant d'Horace, qui veut lui enlever Agnès. ( Voy. aussi 111, se. 1,2.) L'expression de blondin revient à chaque instant dans Molière et dans