SUR LA FONTAIXK DE JOUVENCE
ci'itcdans la Ftor'ule, do Garcilaso de Vega, [)id)liiV «mi IGOS. On suit à ((uel point la lithTatiii'e «spagiiole élail alors en honneur chez nous. Tout ouMago {larti de 1 autre côté des Pyrénées était aussitôt lu dans Toriginal à Paris, et presque toujours traduit peu de temps après son apparition. On s'intéressait d*ailleui-s tout particulièrement à ces deseriplion?. de rAméri(|ue, à ces récitsdes exploits et des a> eut mes de ses premiers contpiérants, que le ivsumé de Basauier en 108(5, et la traduction de Baudouin en IG33, avaient déjà popularisés en France.
Joignez-y peut-être la découverte de (pu'l([ues-uues de ces sources d'eau thermale au\(pu'lles on attribuait la faculté de rajeunir le corps, et qui suffiraient à expliquer la naissance de cette légende , dont elles offraient en quehpu' sorte la réalité matérielle, si bien qu'on a donné à plusieurs dVulre elles le nom de Fontaine de Jouvence, cpi'elles portent encore aujourd'hui, même dans les vocabulaires géographiques ou médicaux'. Les eaux de Forges, (pii , après \ingt-trois ans de stérilité, axaient ou passaient pour avoir rendu la reine Anne d'Atit riche féconde et pour axoir donné à la France le jeunr roi qui moulait sur le trône en cette même année l(;i3, n'étaient-ce pas là encore de xérilables eaux de Jouxence? Enfin il serait possible, et c'e>t même là l'inpothès" que suggère naturellement la fin du Ijallet, que cediverlissemenl ait été une OMivn» de circonstance inspiré»' par Papparilion de quelqu'un de ces opérateurs, si nombreux alors, qui se vantaient totijours d'avoir trouvé de merxeilleux secrets contre la >ieill(v<ise et les infirmités, et le faisaient souvent croire. Dans la Maison des Jeux^ de Sorcl, publiée justement l'année précédente, on lit, sous le litre de Secrets merveilleux J'u/t p/tilosop/ie et operateur, un récit comique (pii est prolwiblemcnl une raillerie de cpielque charlatan fameux de cette époque, et dont plusieurs traits se rapportent tout à fait aux paroles que l'auteur du ballet met dans la bouche de son opératrice. (Il' partie, y entrée.)
Je m*a|»crçois, un peu tard , (pic là Fontaine de Jouvence m'a entraîné à un commentaire presque aussi long que le texte, et que j'ai failli imiter le système d'annotations du docteur Mathanasius sur le Chef-d'œuvre d'un inconnu. Et pourtant je me suis borné à une esquisse bien sommaire et bien incomplète d'un sujet qtuî je ne pouvais m'abstcnir d'aborder.
Quel est l'auteur du ballet de la Fontaine de Jouvence? Nous l'ignorons. Nous ignorons même , on l'a vu , le lieu où il a été donné , nous n'avons aucun document sur sa représentation , et l'absence de toutes ces indications n'est pas de nature à nous aider dans la recherche de l'auteur. Mais l'habileté particulière de la versification , surtout si cm la compare à celle de pn^sqne tous les autres ballets (sauf, bien entendu, ceux de Benserade), la tournure alerte et originale des rondeaux qui y sont intercalés, et qui rappellent les meilleurs de Voilure, tout cela indique que l'auteur doit être cherché parmi les poètes célèbres du temps. Nous ne serions i>as étonné que ce fût Voilure lui-même , qui remplissait, comme on sait , la charge d'introducteur
' Par eiemple, la soarce minérale de Gournai 'V. la. Bourdon, Cutde aux eaux minêrales), la fontaine de Gcngoux le Royal, villnge qui est lui-même aoui désigné sous le nom de Jouvence.