SUR LA FONTAINE DE JOUVENCE
de Cocagne (Il fahlînu de Coquaignc), dont l'un dos principaux lirsors t-st la Fontaine de Jovent ,
Qui fait rajovenir It gent.
L'auteur dévclo|)|)e ccltr idiV en plusitnn*s vei*s , qui monti*eiit que dès lois la tradition était dôjà fixée ». Le{»rand d'Aussy commente ce passage i>ar une note où, tout en répétant que cette fiction vient des romans orientaux, il fait ressortir cette difféi-ence qu(^ la fontaine de Jouvence rajeunit, tandis que Tauti-e emp<rt!he seulement de vieillir, et immortalise Thominedaus l'état où il se trou>c au moment qu'il hoil.
Du reste, au moyen âge cette légende reparait sous des formes divei*ses et avec des modifications accidentelles, dans les poésies de tous les peuples. L'eau qui rend la vie aux morts, les pliiltivs magiques , les pommes d'immortalité de VEdda, ne sont rien autre chose que des variations sur le même thème '. I^'s recherches des alchimistes purent aussi, tout en trouvant un point d'appui dans cette croyance , lui donner un aliment nouveau, car l'idée de la fontaiiu' de Jouvence est ahsolument la même chose , au fond , que celle de l'or potahle et de l'élixirde longue vie. L'imagination populaire dut être d'autant plus naturellement conduite à cette incarnation '^>articulière d'un mythe pour ainsi dire universel , qu'une idée de fraîcheur, de repos et de rajeunissement a toujours été spécialement attachée aux soui-ces , et que les fontaines merveilleuses sont un des éléments les plus hahituels de toutes les fables romanesques et poétiques. On les retrouve à chaque instant dans les chansons de geste, comme dans les contes et traditions du })euple ^, et l'Arioste n'a eu garde de les négliger dans son Roland furieux, non plus que le Tasse dans la Jérusalem délivrée. Il y aurait tout un livre curieux à faire sur le rôle joué par les fontaines dans les superstitions courantes, dans les légendes, l'histoire et les mœurs d8 chaque contrée, sur les propriétés qu'on leur prêta de tout temps , les pratiques et ft»s croyances merveilleuses dont elles furent l'objet *.
La légende de la Fontaine de Jouvence prit une recnidescence nouvelle à la fin du quinzième siècle et au seizième. A force de la répéter, on avait fini |>ar y croire fermement. Les récils merveilleux rapportés du Nouveau Monde, dans le premier enivrement de la diTOUverte, jiar les navigateui-s partis à
I Fabliaax de Legraad d'Aouy, I, 227 j de Barbazan, édil. M^on, |V, 180.
« Edia 1. VU; jéneiennes poé$les populaires du Danemark (Copenhague, 1812, 1, 316). V. aoMi les Gesta Bomanorum, le frol/dirtrleh, faisant partie du Heldenbueh, et dans les c:omles des paysans et des pâtres slaves, irad. par K. Chodako, Le solvH, ou les trois cheveux d'or du vieillard vsvède (p. 41), ete."
* V. en particulier, la Villemarqué, Myrdhinn ou l'Enchanteur Merlin, in.S», p. 203, et les Romans de la Table Ronde, in-l2, p. 87, 231, pour la fontaine de Crocéliande. V. Grimm. Tradit. allemandes^ trad. par Theil, 2 yoI. In-S».
* On en aura quelque Idée en Jetant un coup d'œil sur Richard, Trodit, populaires dé Vandenne Lorraine; Amélie Bosquet, InJformandie romanesque ei merveilleuse; de Chesnel, Dietionn. des supersLj art. Fontaines.
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la siiilc de Colonih, avaient (irédisposé 1rs esprits à croire à l'existence de tous les j>rodiges sur celle jeune terre et dans cette nature vierge. Tandis que Cortez et Pizarre partaient à la conquête du pays de For, d'autres hardis a\euturiers poursuivaient dans les Indes celle de IVau miraculeuse qui renouvelle la vie. Ponce de Léon passa près de di\ ans, de 1512 à 1521, à chercher ^'iledeBimini, où les Indiens lui avaient appris qu'il existait une source rajeunissante, et ce fut dans cette iTcherche obstinée qu'il trouva la Floride. Un peu après lui, Femand de Solo consuma sa fortune et son existence dans cette même poui*suite chimérique de la Fontaine de Jonxence à travers les iles innombrables et les vastes continents de l'Amérique.
A la même épo(pie , l'art s'enqiare de cette donntV pitlorestpie, et la n»produil dans un grand nombre d'estamjH's ou de tableaux , dont on i)eut citer comme le \\[tc celui de Lucas Kranach (Musée de Berlin), c|ui représente une sorte de grand bassin où l'on voit entrer |>ar un bout une procession d'horribles vieilles, et d'où sortent par l'autre bout de belles et jeunes fennnes. Les mots de Fontaine de Jouvenœ étaient devenus une sorte de dicton populaire. De nombreuses allusions à cette poétique légende se renconti-eut chez nos meilleui-s écrivains du dixseplième siècle. Dans son chapitre ; De quelques usages, La Bruyère en a chanté les vertus en un rondeau charmant, Tar les vers qu'il cite à l'appui de sa thèse sur le vieux langage sont probableukcnt de lui :
Bien à propos s'en vint Ogier en France l'our le pats de metcréans monder :
Jù n'est besoin de conter sa raillinre IMiisque ennemis n'osoient le regarder.
Or quand il eut toat mis en nseurance De voyager il voulut s'eoharder; Ko Paradis trouva l'eau de Jouvence Dont il se sceut de vieillesse eogarder Bien à propos...
Grand dommoge est que cecy soit sornettes : Filles connoy qui ne sont pas jeunettes, A qui cett<;rau de Joaveuce viendroit Bien à propos.
Mais il semble que le nom et la légende de la Fontaine de Jouvence aient élé pbis spécialement remis en vogue par suite de queUiues circonstances, vers la date de 1G43, comme semble l'indiquer le ballet que nous irproduisons. Divers indices viennent à l'appui de cette conjeclui-e : ainsi dans le ballet de /« S)lfille de Pausoust , qui est de 1G45, la Fontaine de Jouvence forme encore le sujet d'une entrée. Elle prend place parmi les enseignes de Paris vers la même époque •. Il faut sans doute en attribuer la cause à la publication récente de quel(|ue ouvrage (pii remit ce m\the en honneur. L'expédition de Soto à la recherche de la Fontaine de Jouvence avait été dé-
I l'n plan de Paris, en 1CÔ2. a été pnlilié par J Boisseau, enlumineur du roi pour les cartes géographiques, sur le Pont- Neuf, à la Fontaine royale de Jovvence,