S6 NOTICE SUR LE BALLET
Le setil {tassagc qui nous ait arrêté un moment dans cette relation, cVst le suivant :
Certes, de la façon qu'en parle M. de Schomberg, nommé Charle, Le ballet ètoil plus royal Qoe le dernier du carnaTal.
Les Yers étoient de Benserade '.
Cette attribution n'est confirmée par aucun autre témoignage. La Gazette n'en dit rien, quoiqu'elle ait l'habitude de mentionner Benserade, déjà fort connu alors, et le l>aliet des F est es de Bacchas n'a pas été recueilli dans les œu>Tes de ce poëte. L'assertion de Loret est donc suspecte, surtout dans les conditions où elle se produit. II ne faut ^las oublier qu'il n'a pas assisté lui-même au ballet, et qu'il ne le connaît que d'après des bruits plus ou moins erronés. Il est à remarquer même qu'il semble mettre ce ballet audessus de celui du carnaval précédent, parce qu'il est de Benserade, comme s'il ignorait que justement ce dernier ( le Ballet de Casswidre ) avait Benserade pour auteur. Nous ne croyons donc pas devoir accorder à cette phrase de Loret la valeur d'une preuve , bien que le caractère général de l'ouvrage, l'aisance des vers , la fréquence et la malice dt» allusions Ini 'donnent , en effet , une assez grande analogie avec les autres ballets de ce poëte.
Mais il nous reste sur les Fesles de Dacchus un document plus instructif et plus précieux que ne pourraient l'être toutes les relations de la Gazette et de la Muse historitfue : c'est, au Cabinet des estampes, l'exemplaire original du ballet^ (in-^**» P- B. TS"*), à la suite duquel ou a relié la collection des costumes de tous les personnages figurant dans les diverses entrées. Il est à croire que ces dessins coloriés ont été exécutés tout au moins sous la surveillance et la direction de l'ordonnateur de la fête, pour servir de types aux danseurs. Quand même, ce qui est ]>eaucoup moins proliable et parait à peine possible, ils no seraient que des portraits faits après coup, de.*i copies tirées d'un spectacle dont on voulait garder le souvenir et qu'on se proposait peut-être de reproduire par la gravure, on n'en aurait pas moins là le plan matériel et la description du ballet tracés avec précision , entrée ))ar entrée, scène par scène. Cela seul eût suffi pour nous décider à reproduire ce ballet , en confrontant pas à pas le» indications du livret avec celles du dessinateur, et en i*eproduisant les plus curieuses de ces dernières dans nos notes, autant du moins que nous permettaient de le faire le cadre de notre travail, et les difficultés de la description.
Si nous osions hasarder ici une hypothèse assez vraisemblable, nous dirions que nous sommes tenté d'attribuer cette série d'images, tracées d'une main habile et savante en sa légèreté, à Charles ou à Henri de Beaubnm, dont l'un ou l'autre était un des danseurs du ballet (XIX^ entrée), et qui tous deux, au témoignage de Guillet de Saint-Çeorges, consacrèrent plus d'une fois leur talent à dessiner des costumes pittoresques pour ces divertissements de cour. Si elles ne sont de l'un des Beaubnm, elles doivent être du
• Muse historique, lettre dn 7 mal 1651.
moins soit de Hans, soit dv Picrrroii Nicolas Diiiiioiisliory qui Ggiiraient égahMiUMitcoiiimodansoiirs dans i(> bal iiM (!"' entrée). Ci>tto réunion de (rois de> l^eintres les plus célèbres de la cour dans la représentation d'un même ballet mérite d'être remarquée : elle ne dut être ni sans cause ni sans influen<'e. «t Kt^X |Kir elle que sVxpliqueut sans nul doute le rarartèi"e singulièrement pittores^iue et magniGcfue de ce spectacle.
La musique des Festes de Bacchus a clé n*cueillie dans le tome IV d«' la {;rande collection fonnce par Philidor aîné, et qui fait partie de la biblio- «tbèiiup du Conservatoire.
Les exepiplaires du Imllct des Pestes de Bacchus ne sont (las communs. Il a été publié à Paris, chez Uol)ert Ballard, 1G51, in-P.
DES
PREMlLli lŒCIT,
La Sobriété, Corxàro » et TIndigence, chassés de Vlsle dorée et menés en triomphe par un Parasite '.
Si vous voulez vivre longtemps^ Suivez cet avis salutaire :
Fuyez la bonne chère, Elle accourcit nos ans ; Quittez ce faux plaisir, vous ne sçauriez mieux faire, Si vous voulez vivre longtemps.
Il n*est icy rien de si doux Que les festins et l'abondance ;
La divine abstinence
A plus d'attraits pour nous.
Ayons pour sa beauté toujours de la constance, Il n^est enfm rien de si doux.
* Dans les dessins qal accompagnent ce hallet (Cabinet des estampes), le fameax hyglénisle est représenté sous les traits d'une sorte de Gaultier-Gargullle à ligure gro(eM|ue, tenant des balances à la main.
> Le parasite, gras à lard, avec un double menton , est coiffé d'une espèce de boonet de fou, et couvert d'un liabit bleu trop étroit, qui lui laisse le cou et la poltrlDeàdemi nus. — viennent ensuite, dans les dessins suivants, divers personnages burlesques à cheval, qui font sans doute partie du corlége du fourgon.
/^fourgon chargé de toutes les choses nécessaires à la cérémonie des festes de Bacchus.
M. DE SAINCTOT LABDENAY ', IcS SiCUrS QUEBU, DU MOtSTlEH *, LEBÀMBEfiT et ANSSB ', chaSSani le BBCIT.
Allez, maigre Coroare, eimemy des vrais biens, Retournez à Venise, et sortez de nos terres ; Sufflt que de chez vous il nous vienne des verres, Nous n*avons pas besoin d'autres Vénitiens,
ENTRÉE n.
CONCIEBGBS du paiois de Silène , ayant la clef des caves.
Nous sommes gardiens d'un précieux trésor Qui passe les rubis, les.diamans et Tor, Que l*avarice adore et dont elle est esclave : Nous avons les clefs de la cave.
ENTRÉE IIP.
LE nuvs^qui amène la joye et l'abondance, n^cei^air^^ à la
cérémonie.
LE DUC DE JOYEUSE^, représentant le temps,
Merveilleuses beautez, de ceut grâces pourveues» Avec ces doux regards pleins de feux éclatans,
' Nicolas SaiDctot, seigneur de Vemars, maître des cérémonies, puis iotroducleur des ambassadeurs. On le voit figurer pour ainsi dire dans chaque numéro de la Gazette, Tannée même de ce ballet , remplissant ses fonctions sous le sieur de Bhodes, qui était le grand-maftre.
' Ce n*est pas le plus célèbre des peintres de ce nom, Daniel, qui était mort depuis i6iG; mais peut-être est-ce son frère Pierre, ou plus probablement son fils Nicolas (1617- 1660), peintre de portraits au pastel, comme son père. Daniel surtout était fort lancé à la cour, et tous ses enfants avaient eu pour parrains les plus illustres gentilshommes.
3 Sans doute Louis Van der Bruggen, burnommé Hans, et dont le nom se tioove écrit aussi Hanse, Anse et Ansse. C*élail également un peintre de portraits dont les pastels et les miniatures avaient grande vogue à la cour. Il fit parUe de Vkcadémie de peinture à sa fondation.
* Cette indication ne se trouve pas dans Tédition originale; mais rentrée suivante y étant désignée comme la 4«, on voit que c*est un oubli. Il en est de même pour la &*.
^ Vieillard à longue barbe blanche, la tête ceinte de fleurs, un croissant sur le front, des ailes au dos, pourpoint court etcoUant entouré d*une ceinture bleue parsemée d*étoile8, et garni de nuag(*8. Ses bras sont nus : de la main droite il tient une peUte faux ; de la gauche il soulève un serpent qui se mord la queue.
* Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, pair et grand chambellan de Fraoop, né
DES PESTES DE BACCHUS. 30t
Je croîs que vous n'estes venues Icy que pour tuer le Temps.
CVst un méchant dessein que celuy qui vous porte A commettre ce meurtre aux yeux des assistans ;
Ne me traitez pas de la sorte :
Il faut bien ménager le Temps.
Sçachez qu'on doit aimer alors qu'on est aimées. Et quand par vos faveurs mes vœux seroient contens.
Vous ne sçauriez estre blasmées
De vous accommoder au Temps.
Je suis digne, après tout, de vos bontez parfaites, Et si vous m'accordez la grâce que j'attens,
Vous en serez fort satisfaites,
Et vous direz : O le bon Temps!
FiLOux TBAiSNEUBS d'épées, sQrtant du palais de Silène, échaufjés par le vin*.
AUX DAUES.
Beautez, capables de ravir Les dieux aussi bien que les hommes.
Voulez-vous sçavoir qui nous sommes?
Des francs filoux pour vous servir.
Les beaux objets sont trop heureux Que nous devenions leurs esclaves; Ce n'est point pour faire les braves, Mais nous sommes fort dangereux.
Dessus le pavé de Paris Nous causons des troubles horribles, Et nous sommes des gens terribles A la nation des maris.
fe 11 Janvier 1633, mort à Paris le 37 septembre i<54, des suites (Tane blessure qnll avait reçue en charfceant un parti dVnnemis prés d*Arras.
* Le roi figurait dans cette entrée, côte à côte avec de grands seigneurs et avec det daoicori de profession.
Dans le métier qui nous occupe Nos sentimcos sont assez beaux.
Car nous prisons plus une juppe Que nous ne ferions vingt manteaux.
Deux AFFICHEURS COLPORTEURS ', affichant et criant par toute liste les f estes de Dacchus,
Les libelles et les aftiches Nous rendront opuieus et riches :
Ou y gagne en toutes saisons :
Aussi, pour avoir l'abondance Dans le métier que nous faisons, Il suffit que la Providence Ait soin des Petites-lMaisons.
Ijb triomphe de bacchus, monté sur un monstre à trois testes * : de singe, de lion et de pourceau, représentant le vin gay, fu* rieux et endormy. Il sera accompagné de trois démons ^ appelés Coballes, et de trois filles que ces démons ont rendues insensées.
Bacchus, représenté par m. coqvet père ^.
Les Indes ont ployé sous mon effort divin, L*univers est témoin de ma grandeur parfaite, Et je ne fus jamais vaincu que par le vin, Mais je trouve ma gloire en ma propre défaite.
* L*afllcheur, portant un placard blanc collé sur le bord de son chapeau relevé par devant, tient de la main gauche son seau, et a sur le ventre une sorte de sac formant comme une gibecière.
' Dans le dessin, il est sur un tonneau, coirré en aigrelte et tout enguirlandé de pamprefs, avec une couronne de saucisses sur la poilrine, tenanl d*une main une bouteille d*osier, de Tautre son verre.
3 Le costume du démon, avec ses plumet et son aigrette, son pourpoint aux ornements pointus et tailladés, ses cornes, sa queue, et ses ailes de chauve-souris, est un des plus curieux.
< Danseur célèbre qui ligure souvent, ainsi que son fils, dans les ballets de cour.
Us COMTES DE GLiCHE ', vivoKNE* et bonar//^, représentant
trois DÉMONS.
A quoy pouvons-nous estre bons Quand nous aurons Ggure d'hommes, Puisque, tout enrans que nous sommes.
Nous sommes de petits démons?
MONSIEUR^ frère unique du roy^ représentant une fille.
J'étois un fort joly garçon, Et j'avois toute la façon Qu*on Toit aux royales personnes Qui touchent de près les couronnes.
Quand, à force de m'attacher Au beau sexe qui m'est si cher, Kn mMiabillant comme il s'habille, Je suis enGn devenu fille ^.
Un si merveilleux changement Sert de preuve comme Tamant Dont Tame est beaucoup enflammée Se transforme en la chose aimée.
' Armand de Gramont, comte de Gaiclie (1638-1G74), si connu par sa beaaté, son grand air, son amabilité, sa passion pour Madame Henriette, passion qui le fit exiler de la cour, et le rôle qu'il Joua dans le passage du Rhin.
3 L. Victor de Rochechouart, comle, puis duc de Mortemart et de Vivonno, frère de la future M"" de Monlespan, iligé alors de quinze ans au plus.
3 Monsieur, né en 1640, n'avait alors que onze ans. C'était «« la plus Jolie créature de France, m ( Mémoires de Choisy, 1. VU. ) Il resta Jusqu'à douze ou treize ans sous les vêtements féminins. Son air était celui d'une petite lille et sa voix aussi. Loret parle de sa voix de demoiselle {Mire du 15 Janvier I65i). Il garda toute sa vie quelque chose de la physionomie et du caractère d'une femme. Ijb rôle qu'on lui avait donné était une concession i son goût pour les habillemepla féminins, goût qu'il faisait partager à ceux qui l'entouraient, par exemple au Jeune marquis de Vilteroy, que nous verrons représenter une coquette dans le Ballet de la Nuit. L'abbé de Choisy nnconle, dans ses Mémoires (I. IX), qu'il Jouait à la petite femme avec Monsieur, dont le plus grand plaisir, quand il venait le voir, était de se faire mettre une Jupe, un corps, des mouches et des lx)ucles d'oreille. Il nous apprend aussi, comme Saint-Simon et bien d'autres, la funeste influence qu'exerça cette coutume sur les mœurs du prince. (Ws déguisements féminins étalent d'aileurs communs à la cour, où ils amenèrent les plus grands désordres, surtout dans i;i s(x:iété de Monsieur, comme on le voit par de nombreux passages de ynistoire amoureuse des Gaules, par les Mémoires de M"*' de Montpensler (CoUect. Mirliaud vi Poujoulat, p. 3(i8, 330, 3S9, 408), par V Histoire de la comtesse' deê Barres^ de Choisy, elc.
Mais je sens bien que je ne puis Servir ce sexe quand j'en suis, Kt je commence à recognoistre Pour Taimcr qu'il n'en faut pas estre.
C'est pourquoy je serois d'avis De reprendre, avec mes habits, Celuy-1à dont j'étois naguère.
J'ay beaucoup de choses à faire Que j'en feray bien mieux à point.
On peut donner à mon pourpoint Ce qu'on ne seroit pas si duppe D'accorder à mon corps de juppe.
Sans y faire tant de façon Je veux redevenir garçon, Et que plus d'une fille m'aime Avecque ce défaut-là mesme.
Quatre noL'RBIGEs de Bacchus.
Le DUC DE Mbrcoeur, le marquis de Montglas, mm. Sakgcik et LA Cmesnaye ', représentant des nourrices.
AUX demoiselles.
Il n'est pas malaisé d'acquérir nos offices. Et pour y parvenir le chemin en est doux ; Mais vous ne sçauriez mieux vous adresser qu'à nous Si vous voulez apprendre à devenir nourrices.
■ 11 sera question plus loin du duc de Mercceur et du marquis de Moulglai. Il y avait un Sanauln maître dMiôlel ordinaire du roi en I6G6. {Recueil de Maurwpas, H, G43. ) H est plusieurs fois question des Sanguin dans les lettres de M"* d« Sévigné, qui avait des relations de voisinage et d^amitié avec plusieurs membres de cette famille, entre autres avec le po€te Denis Sanguin de St-Pavin. Quant à la Chesnaye, c'est prot>ablement celui qui fut gouverneur de Meuian un peu plus tard. (Loret, 1. X, p. 179. ) Est-ce aussi le même qui était grand arquebusier de France en 1650 ( Gazette du 2! Juin }.
ENTRÉE VIII
DEVINS et POETES'.
Le vin^ qui des héros élève le grand cœur. Inspire à nos esprits leurs divines furies,
Et naissent de cette liqueur
Les beaux vers et les centuries.
Le ROY représentant un devin.
Que de gens sur ce front dont récbt est divin Vont chercher de leur sort un infaillible augure! Et que de courtisans iront à ce devin Pour apprendre leur bonne ou mauvaise avanture !
C'est un noble Génie : il promet aux humains Le retour de la paix et des mœurs anciennes, Et sMl veut observer les lignes de nos mains Tout ce qu'il y verra nous doit venir des siennes.
Nul autre à ces talents ne sçauroit parvenir ; Mais que pour le futur eVst un grand personnage. Et qu'on le juge bien maistre de Tavenir A ne faire que voir ses yeux et son visage !
GENS CHERCHANT L4 C4DENCE que le Vin leur a /ait perdre*.
Pour viLLEDAN, chercheur de cadence.
Attraper la cadence est un pénible ouvrage : Je perds en cette enqueste et ma peine et mes pas ; • Je la cherchay jadis dedans le mariage, Et ne l'y trouvay pas.
' Deux dessins, dont le second, qui est le plus curieux, représente une espèce de derviche tourneur, à haut chapeau pointu, orné d*un plumet colossal, et dont le eottame semble tout héris&é d'ailes qui se soulèvent et s'envolent.
* TTd danseur et un Joueur de violon ivres. Le premier, portant d'énormes besicles, tient une lanterne à la main gauche, et en a une autre suspendue au haut de ion chapeau en'corne recourbée.