AU BOY
yénut. — Je suis la mère de TAmour,
Jeune Roy, qui viens dans ta cour
Amener les délices.
l.àFolvp1é. — Et moy, je suis la Volupté
Qui termine la cruauté
Des amoureux supplices.
Les Grâces. — Que ce prince est aimable et beau !
Aussi, mesme dans le berceau
Il fut accompagné des Grâces.
Toutes ensemble. — Rendons ses plaisirs acconiplis,
Et marchons toujours sur les traces
Du jeune Monarque des Lis.
yinus. — . Il faut qu'Amour en soit vainqueur,
Et déjà sur ce noble cœur
Sa victoire est certaine.
La rolupfé — Faisons qu1l ait ce beau désir,
Et pour on gouster le plaisir
Qu'il en sente la peine.
' Artm Coufller, dotf de Roaanix'r. (qu'on trouve aussi éerU Roaannois,et, plm «0QTent,'Raan<>z ), Pami de Pascal et le premier éditeur de ses Pen$éei. C'était an tiomme d^esprit et de savoir, qui fejfla dans une dévotion très-sévère, surtout lorsqu'il eut vendu son ductié à Ia Fetiillade, en I607.
Les Grâces, — Qui ne se laissera tenter,
Et qui pourra luy résister
S'il est accompagné des Grâces ?
Toutes ensemble. — Rendons ses plaisirs accoipplis,
Et marchons toujours sur les traces
Du jeune Monarque des Lis >.
ENTRÉE XVIll.
OBPHÉB, SILÈNE et BACCHANTES.
ORPHÉE déchiré par les bacchantes^ et représenté
par M. SEGUIEB '.
D*un luth harmonieux le son tendre et plaintir Ne sçauroit désarmer le cœur vindicatif
' Lfl roi n'avait que treize ans : on ne penlait pas de temps pour son édacatioo «moureose. Comme les opéras de Qoinault, les ballHs de eour, parllculièrement ceux de Benserade, saisissent toutes les occasions de présenter les faveurs de Louis XIV comme le bien suprême à Témulation des l)eaulés de la cour : nous en ▼erroot encore de nombreux exemples. L*amour est le plus bel attribut de la royauté, et quand le souverain aime, c'est pour celles qu*ii a choisies un bonheur en même temps qu'un devoir de céder : tel est le résumé de la morale des ballets de cour. Il est curieux de com|)arpr ce récit à un autre, qui était chanté 'devant lui trente ans plus tard« et dont la lin semble une allusion à Mme de Maiotenoo, pour laquelle le roi commençait à afticher publiquement son amour :
On PlaUif. — Béiilsler k l'Amour eit une triste gloire;
En vain d'un Orr orgueil on croit «e faire taunoeur.
Pour un Jeune cœur t^ dehlle vaut mieux cent lo\% que la victoire. yénut. — Gitrdez-voux bien de traiter de foiblesse
I^s amoureiiseft langueora...
A l'Amour 11 faut se rendre; Cédez liijr sans attendre, Pour gou»ter plux longtera(M «es dnucenrs .. Vue Gracê, — Toucher une beauté que sa propre douceur
Conduit aux sentlmcna qu'on veut luy faire prendre, (/est un triomphe aise, qu'on doit tout au bonheur ;
MalK désarmer un cœur Qui des traits de l'Amour s'est toujours sceu défendre. C'est vaincre avec honneur.
yénmt, — Au pouvoir de l'Amour rendez, rendez les armes.
Vn Plaliir. « Rien ne peut, rien ne doit remisier a ses coups...
yénat -^ Vuvtre gloire en cédant dult estre sans alarmes.
l'n Plaisir. ^ Il a soumis des lœurs
Qui n'ont point eu d'autres vainqueurs.
Prologue et iatermèJes en musique, urnes d'entrées de ballet, pour la représentation de r^mpAyfrioR (leSD. Intermède I.
^ Ce ne peut être le chancelier Pic rre Seguier. gnrde des sceaux, qui avait alors
De ces Temmes cruelles.
Pourquoy me déchirer, et qiray-je Tait contre elles ? Paimay toujours le sexe avec tant de chaleur ! Et voyez à-quel point il régnoit dans mon ame - ^ Je fus jusqu'aux enfers redemander ma femme; Peu de maris iroient si loin quérir la leur.
B4CCH.4NTES.
Le ROY, représ.ntanf une EACCHKfiTE,
Jeune Bacchante que je suis, J'employe à tout ce que je puis LMmpétueuse ardeur dont je ne scais que faire ; Je ne cesse de m'agiter.
Et mon exercice ordinaire Est de courir, danser, sauter.
Mais j'espère qu'au premier jour J'iray boire un doigt chez TAmour ; Il m'en va convier, et, si je ne me flatte. Il me recevra de bon cœur, Me fera chère délicate Et me percera du meilleur.
De là, je quitte en peu de temps Tous ces |)€tits vins, et prétens Avaler à longs traits du grand vin de la gloire; Déjà la Nature et les Cieux En naissant m'en ont tant fait boire Qu'on voit qu'il me sort par les yeux.
A WLLEDxy^ représentant </7i^ bacchaiste.
Vous en avez bien pris de la liqueur bachique, Mais ce n'a pas été dans vostre domestique, Ayant trop témoigné comme il ne falloit pas S'enyvrer de son vin alors qu'il est au bas.
soixante-trois ans, et qui serait désigné sans doute ici sous son titre, à supposer que son grand Age et la gravité de ses fonctions, qifon venait précisément de lui rendre, lui eussent permis de danser dans un ballet. C/esl probablement le même •qui est qualifié marquis dans la troisième entrée du ballet de Psyché, ( Voir notre note à cet endroit, plus loin. }
DES FESTliS DE BACCHUS. 313
ENTRÉE XIX, Dieu du sommeil sortant du temple de Bacchus^ suivy des songes
ou FMANTOSMES, VisiO/lS de TBOPHÉES9 (fHOHBfES DE FEU,
cThommes de glace, du fleuve d'oubly, et de fées enfantant des esprits follets *.
1^ sommeil, représenté par le sieur Bëaubrun ». aux dames.
De mes pavots délicieux rentretiens vos beautez, et trouve, ce me semble,
Que vous vous en portez bien mieux Quand nous avons passé toute la nuit ensemble.
- De crainte qu'ils ne soient battus Je tiens clos et couverts vos beaux yeux adorables,
■ Cette série de ligures est une des plus curieuses et des plus pittoresques. Le Dieu du sommeil, couronné de pavots que surmonte une aigrette noire ornée de panaclies, a le liaut de la U;;ure recouvert d'un masque, ou teint en noir, et au dus des ailes de cliauves-souris. il tient d*une main ane corne d'où sortent des vapeurs, et de l'autre une baguette. On voit ensuite un Fantôme, tout couvert de tètes de hilwux et de chouettes, d*ailes de larves, de papillons, d*oiseaux noctaroes; puis deux Trophées de Bacclius, le premier colfré d'une basse de viole, à travers le ventre de laquelle passe sa tête grotesque, flanqué d'autres instruments devant et derrière et Jouant du violon sur son épaule; le deuxième, ayant pour chapeau un pot à bière, dont le couvercle lui sert de visière, la poitrine, les cuisses et les bras entourés d'autres pots. L*Homme de feu est tout rouge, OolCfé et babillé de flammes ; THomme de glace, un vieillard transi, tout hérissé de fourrures; le Fleuve de Toubli, un grand personnage h longue barbe blanche, avec des épaulières et une ceinture de feuilles de pavot, fleurs et plantes soporiliques, la tète amplement couverte d*uue couronne analogue, hérissée d'un plumet (igantes^ue et flamboyant. Nous renonçons à décrire les costumes fantastiques des Esprits follets.
* Charles, ou Henri de Beaubrun, probaiement Henri (1603- 1677:, peintre connu, dont les portraits au pastel, auxquels il est fait allusion un peu plus loin, étaient surtout fort goûtés à la cour. Il y est fait souvent allusion dans la Galerie des portraits de Mll« de Montpensier ( pnrtmlts de M'I'* de Rohan, de la marquise de Kergen, par elles-mêmes ; de MUe de Villennes par LInières, etc.). Henri de Beau* brun Joignait à son talent de peintre les qualités, les manières et Pesprit d^un bommede cour. Gulllet de Saint Georges nous apprend, dans ses Mémoires sur la vie et les ouvrages des membres de r Académie de peinture^ publiés en 1853, cnie « lui et son cousin (Clinrles) imaginèrent plusieurs nouveautés ingénieuses et galantes, tant pour les sujets que pour les liabils des mascarades, ballets etco* médies qui diverllssoient la cour. » Quand le président Tubeuf régala la cour dans son château de Ruel, en 1653, il y lit représenter la pastorale A^ Amaryllis ^ de RoIroQ, avec des décorations de Beaubrun.
Et j*aT de secrettes vertus Pour le soulagement de tous les misérables.
Je fais de merreilleux tableaux, Frafples, délicats, peiots d'ombre et de fumée,
Et qui ne sout jaman si beaoi Qn^en les considérant à paupière fermée.
ll05SlEUBDECBEQUI,/!eGl45D MAISTBE DE l'aBTILLEB^, M. DELA
CHAiS!fAYE' €t iê sieuf VACHBB, représeiUamt des soxges ou
PHA?iT0SME8.
ACX DAMES.
Sous une aimable Ggure Et brillans au dernier point.
Belles, nous ne sommes point Songes de mauvais augure.
Nous avons le goust df*s hommes Qu'Amour se plaist d'attaquer ; Il est aisé d'expliquer Des Songes comme nous sommes.
Nous voulons, en gens habiles, Quelque chose de réel.
Et c'est nostre naturel D'estre légers et fragiles.
Ne croyez pas aux mensonges De ceux qui sur nostre fait Vous diront que c'est mal fait De s'arrester à des songes.
/.e GEAND MAISTBE DE l'abtillebte *, représentant^
un PHANTOSME.
Des phantosmes le plus terrible, Je sçais faire un vacarme horrible ;
' Cest probablement M. de la Cbesnaye ou de la Chesnais, goaveroear de MealAD. (Voir. Lorel« I. X, p. I70.)
* Charles de La Porte, marqulr, puis duc de la Meilleraye ( I60i-1664), déslRoé plus souvent sous le tllre de maréchal de la Meilleraye. Les vers qui suivent font allusion à son caractère autant qu'à ses fonctions. Loret nous apprend (lettre du 8 octobre 1650) qu'il était « souvent en furie, >• ( Voir aussi sa lettre du is novembre 1661).
Car 11 a le sang prompt et chani.
Par moy tout peut cstre détruit :
J*ay des tonnerres et des flammes, Mais je me radoucis la nuict, Et je puis apparoistre aux dames Sans faire d*éclat ny de bruit.
MONSIEUR DB CREQU1 \ représeniatit un phaktosme.
Divine cause de ma flamme, Je n'ay plus ny de corps ny d'ame ; La raison en paroist assez : Pour mon ame, elle est toute vostre, Et je me suis défait de l'autre A cause que je sçais que vous le haïssez.
Mais vous pourriez bien, ce me semble, Les rejoindre tous deux ensemble Et rétablir tous leurs accords ; Loin dVn appréhender du blasme, Puisque vous avez déjà Tame Ce seroit charité de prendre aussi le corps.
Trois TROPHÉES de Facchus.
Nous servons à Bac^hus, nous en faisons trophée :
En récompense, quelque jour, D*une ardeur différente ayant Tame échauffée,
Nous pourrons servir à TAmour.
ENTRÉE XXL
Hommes de feit.
Le DUC DE CÀNDALE *, représentant le feu.
Étinceiant et vif, je crois qu*il en est peu
Qui puissent comparer leurs flammes à mes flammes ;
* Frère da maréchal de Crequi, premier geiiUlliomme de la chambre du roi, -créé due et pair en I6b3, Tannée qui suivit ce ballet.
* Loula-Chtrles- Gaston de NofKaret. de In Valette et de Foix, duc de Candale, iié en I6S7, mort en I66S, avant d'avoir atteint sa trente et anième année, connu
aie BALLET DC ROT
Je D^eD faif poîot le Taio, mais je suis oo mw feu A eoDSominer le coeur des (
De ma poisenion leur sort seroit heureux : Si j*eo Toulois avoir, il m'eu Tieodroit à troupes. O qu^elles Toudroieot bieo que je fusse amoumix Et que le feu prist auY étoupes*.
iio?rsiEUB DE C0HB?iGE % rtprtsemtamt le feu.
Il faut que je m'élève, et moo ambitico Des objets rampans n*a que faire.
Et si j*ay quelque passion.
Elle est au-delà de ma sphère.
ENTRÉE XXII
hommes DEGLACE.
/>e4\0y, reprétentanl irii glace.
J^entre daos un priiitemsqui va rompre la glace Qui me contiaintet m'embarrasse,
par fa bravoure et ses exploits militaires, plus connu encore par son esprit, sa lieaaté, sa grâce et sa galanterie. L,es vers du l>allet sont une allusion fort transparente a son caractère, a sa belle mine et aux passions qu*ii eicitait parmi les dames de la cour, dont t)eaucoup« comme la marquise de Castellane et de la Baume, If •••e de la Meilleraye, MU' de la Cuerctiy, Mme de Saint- Loup, Mae d*0lonne, la marquise de Gange, etc., se disputaient sa conquête. Les mémoira du temps sont pleins df ses aventures amoureuses. Mazarin voulait lai faire épooaer une de ses nièces. M>"e de Mottevllle elle-même en parle avec enthousiasme. Le. duc de Caudale donnait le ton. et mu élégance en faisait l'arbitre des modes. Pendant un temps, tout se porla à la Candale (Saint-Evremond, les Opéra*, ac. IV ; Tallemant, Historiette de Monlauron),
* La y use royule (5 janvier lo:>7 j Tappelle de Candale aux cheveux dorés; VHistuire amoureuse des Gaules parle aussi de ses cheveux blonds dorés en la plus grande quantité du monde ; et quand on sait !usqu*ou les ballets de ooar poussent la manie des allusions, on ne peut guère douter que le poète ne pensât ici à cette particularité physique, qui était fort admirée en lui, aussi bien qa*à son caractère.
' Gaston de Cominges, conseiller du roi en ses conseils, capitaine des gardes du corps de la régente Anne d'Autriche, qui, ayant arrêté dans le Louvre, par ordre de la reln:s les priiice:i de Con'iu et de Conli et le duc de LongueTille, le 18 Janvier IGbo, fui fait gouverneur et lieutenant général pour le rot en la villfe, ctiâteau et pays de Saumur et haut Anjou, le 3 mars suivant, et chevalier des ordres de Sa Majesté le 3i décem!)re loai. Il mou-ut le 13 mars I6S3, à quatre- 1 ngt-deox ans ( Dictioun. de Moréri ).
Et je feray bientost sentir aux plus hardis Que mes doigts seront dégourdis.
Déjà mon froid imprime une craiote profonde ,
Et je ne vois guère de monde Qui ne tremble dans Tame à mon royal aspect
Et ne soit glacé de respect.
Mon cœur, beaucoup plus grand que tous les cœurs ensemble,
N'a que trop d'ardeur, ce me semble, Kt jesoubaiterois qu'il fust plus froid qu'il n'est :
Je me doute de ce que c'est.
ENTRÉE XXIIT.