‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 187 sur 325 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

A S\ MAISTfiESSE.

Jeune et fière beauté, que je ne nomme point, Au fond de vostre cœur vous s^avez à quel point Le mien est enflammé pour vos aimables charmes : Je n'ay pu m'en défendre avec toutes ces armes, Et vous avez fausisc par vos divins appas Celles qui sont à moy, celles qui n'y sont pas. C'est à vous seulement que mon feu se révèle ; Mais Tamour m'a si fort embrouillé la cervelle

1 Ce gentilhomme inconDu est sans dout« le même que le M. de Ratière qui figurait, avec MM. de Brion et d*Aluy (sic) dans la XVI* entr^ du BalM de POracle de ta Sibylle (te Pansoust, et que ce La Rallière qu*on voit cette même année dans la Mute historique de Loret ( lettre du 15 Janvier 1S6I ) partager les jeux guerriers de Louis XIV, au Palais Royal.

' Figure grotesque au nez et au menton longs, pointus, hérissés de poils : il est tout couvert de rondaches et houcliers attachés à la partie extérieure et intérieurr de ses bras, et tient une hallebarde. Deux épées se croisent sur son flanc; un étendard est fixé n chacune df ses épaules. Pour cou^re^chef 11 a une ooquille dV)ii sort, au-dessus de son front, une tête dVscargot.

«Charles de Meaux, chevalier, seigneur du Foullioux, capitaine-enseigne dr» gardes du corps de la reine- mère, né ver» 1629, marié, en 1650 à Marguerite Micliel deChassagne. Le Jeune du Foullioux, protégé par Mazarin, élégant, distingué par non esprit et sa tournure, était aimé de Louis XIV, dont il partageait les divertihsementb fa\oris. Il Tul tué l'année suivante, au combat de la porte Saint- Antoine. ( Rainguet, biographie Saintouf/eaise,)

Que dès le premier mot que ma bouche produit Le sens commun esquive et la raison s'enfuit. C*est pis quand je m'abstfens de ma rare éloquence. Et tout le monde rit au nez de mon silence. D'où vient à mon esprit un si dangereux choc? Cette ingénuité n'est point de n)on estoc, Et je ne ferois point ces choses de moy-mesme. Il faut bien que ce soit parce que je vous aime. Ceux qui pensent avoir tout le bon sens pour eux Sont aussi fous que moy quand ils sont amoureux. Et je me ressouviens qu'on m'a dit, ce me semble, Qu'Amour et la Sagesse étoient brouillés ensemble.

Mais je m'emporte icy dans le raisonnement. Il s*agit, s'il vous plaist, de guérir mon tourment, C^r si vostre service est de nul avantage, Je n'ay pas résolu d'y vieillir davantage : Est-il pas juste aussi que chacun ait le sien ? Le mary prendra tout, et l'amant n'aura rien. Souffrez que je vous mène et que je me propose D'estre votre écuyer : c'est toujours quelque chose. Non que je borne là mon vol ambitieux : Ce n'est que pour vous voir et qu'en attendant mieux.

ENTRÉE XXVI

GBNDABMES OU GLADIATEURS animés par le vin '.

La rage dans le cœur et le sang dans les yeux, Nous causons le désordre et Tborreur en tous lieux :

Le carnage est ce qui nous charme ; Mais le plus Ger de nous est bientost surmonté, Quand il trouve une jeune et charmante beauté

Qui luy dit : Baisez- moy, gendarme *.

* Figures de bravaches grotesques, ayant pour cuirasses le cercle d'un tonneau ou Ta caisse d'un tamikour, etc.

> Refrain d'une clianson populaire du temps.

ENTRÉE XXVn.

TITANS qui ont masmcré Bacchus^ et qui viennent à tttfetttt^ touchés de repentir et de dé rot ion pour son culte.

Ije ROY, représentant un des titans.

Ma DaissaDce est si haute et si proche des cieux

Que je ne pense pas estre un ambitieux

Dont la témérité ne se puisse défendre ;

Et fait comme je suis, le Ciel pourroit me prendre

Moins pour un des Titans que pour un de ses dieux.

Tout au-dessous de moy me paroissant si bas, La hauteur du dessein ne m'épouvante pas, Et pour y parvenir j'ay la force et Paudace ; J'y touche, peu s'en faut, de mon illustre place, Et du trosne où je suis il ne reste qu'un pas.

Mais les dieux pour ce coup ne seront point battus : Je m'en tiens aux projets que mes aïeuls ont eus D'estre aimés dans la paix, d'estre craints dans la guerre, Et suffît dans cent ans qu'ayant soumis la terre, J'escalade le ciel à force de vertus.

ENTRÉE XXVin.

9\^kJis& échoués en t'hle dorée^ et qui viennent aux /estes de Bacchus,

Nous avons écume les mers

Et fondé sur les flots amers

Une richesse qui s'augmente ; Mais quelque si grands biens que nous ayons acquis, Nous gagnerions sans doute un trésor plus exquis, Si nous avions perdu TAmour qui nous tourmente.

ENTRÉE XXIX

MBRCuas, envoyé de la part de Jufjiler, pour honorer les /estes de Bacchus,

ROQUELAUBB', représentant HURQVRB.

AUX DAMES

Messager fidèle et discret,

Je tiens le paquet Tort secret

Que les dames m'oseut commettre :

Ame vivante n'y pénètre,

Et ma charge est d'un tel rapport

Que Je n'ay jamais rendu lettre

Qu'on ne m*ait bien payé le port.

Au reste, avez-vous le dessein

De faire un voyage lointain

De galanterie et de joye,

Sans qu'on le sçache ou qu'on vous voye ?

Venez avec moy sans danger :

La plus douce et plus seure voye

C'est d'aller par le messager.

Entre les larrons amoureux Je préside, et toujours comme eux J'ay quelque nocturne besongne ; Mes rivaux en ont grand vergongne.

Suffit d'estre Mercure enfin, Et venir du ciel de Gascoogne, Pour estre le Dieu du larcin.

Comme mon bien dire est vanté.

Je ne fais point difficulté

> Le marquis, poisdac à brevet, Gaston de Roquelaure ( I6I7-83), maUre de la gude-robe,doiit le nom eslresté populaire, {;rAce aux récits du Ménagiana^deSaint- Sinon et h un petit livre encore répandu ai^ourd'tiul dans les campagnes par le oolpoctage. Mercure pouvait s'incarner à merveille sous les traits de Roquelaure^et rantcar da ballet, en feignant de peindre le premier, a trouvé une occasion natorelie de rallier les indiscréUons proverbiales, les bonnes fortunes, les étourderies et Ici pioooDadei de œ peu scrupuleux bouffon. On peut lire Vhistoriette de Tallet des Réaux sur Roquelaurc, en guise de commentaire À cessUopbes.

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