AUX POETES
Tenez-vous prests, divins esprits,
Qui ne chantez pas à tout prix
Et que la haute gloire pique :
Je médite un hardy projet.
Et vous prépare le sujet
D'un grand et beau poëme héroïque.
Du pas dont on me voit venir, Je ne suis pas pour m'en tenir Aux simples lauriers du Parnasse :
Il faut que de cent vives fleurs, Que je m'en vais cueillir ailleurs, Ma noble guirlande se fasse.
^ '• Une grande planche représente une sorte de Parnasse, avrc ApoUon assis an contre, dans une gloire, et les neuf Muses distribuées autour de lui et siégeant sur des amas de nuages. Dans la planche suivante, on voit un Apollon éblouissant, sous la figure du Soleil, avec sa lyre en main.
' Avocat au conseil, qui dansait souvent dans tes hallrts du roi : « Cest,dit Tallemant des Réaux, une espèce de coquin (cVsl-n-dire nn homme de i>asse naissance), qui tire en volant (au vol\ qui Joue, qui dance et qui boit, et qui est maltôlier parmi tout cela. » ( Historhite de M"* de Con<lran .) Cf. le Recueil de Maurepas, l. IT, p. 502 : on y volt que les seigneurs l'admettaient d^ns leur société «•t leurs parties Je plaisir.
U COHITE DE SAiMT-AGRAN ', représentant une Muse.
Les Filles de Mémoire, autrement les neuf Sceurs,
r<l*ont beautez, grâces, ny douceurs
Que je ne partage avec gloire :
Je retiens tous les vers que je trouve à mon gré, Et je n'en sçache point dans le troupeau sacré
Qui soit plus fille de Mémoire.
•viLLEDAN, représentant une Muse.
Je suis pucelle surannée
Et des neuf Sœurs presque Taisnée ;
Mais je vous laisse à deviner
Ce qui console ma misère :
Grâce à Dieu, je n'ay plus que faire
De vieille pour me gouverner ».
Le COMTE DE M AULEVBiEB ^, représentant une Muse.
J'ay les grâces et les douceurs Du troupe^iu qu'Apollon façonne.
Et qui voudra voir les neuf Sœurs N'a qu'à voir ma seule personne.
On lit à la suite, dans l'édition originale : Entrée supi'BIILEE De deux Coquettes et d'une Matrone. — Le boy, représentant une Coquette (7 strophes). — Villedan, représentant la Matrone (5 stances).
' François de Beauvilliers, d'abord comle de Saiot-Agnan, puis duc et pair à partir de décembre 1G63, conseiller d'État, premier giDUlhomme de la cbambreda roi, favori de Louis XIV, renommé pour son amour des lettres, incomparable pour la politesse et le beau brillant {Muse roy. du I& Janv. 1057 ). Il fut membre de l^Académle française. L*ab))é de Choisy, dans ses Mémoires ( Utrecht, 1727, p. I5U), parie de Pespril et de la galanterie que ce courtisan déployait dans les fêtes. Ce fut lui qui invcHla le l)allet des Plaisirs (Loret, lettre du 6 février 10&5 , celui de la Naissance de yénus (IG6b), etc.
> Il y a ici comme dans les entnVes IX et XV III, une allusion familière et passablement effrontée à certaines infortunes domestiques de ce personnage obscur, et h i*humeur acariâtre de la vieille épouse quMl avait perdue depuis peu.
> Rdouard- François Colberl, comte de Maulevrier (I63i-I693), frère du ministre Colbert. Il devait obtenir une compagnie au régiment de Navarre le 3v mai 1651, quelques Jours après la représentation de ce ballet : ce fut le commencement de sa brillante carrière militaire.
Nous ne croyons pas devoir reproduire cette entrée, rejetée en ap* pendîce par l'éditeur, et qui n'a pas figuré dans la représentation. Elle a été sans doute retranchée à cause du peu de noblesse et même de convenance du rôle qu'elle donnait au roi, contrairement aux habitudes consacrées ( voir le père Menestrier, p. 159), quoiqu'il figurât en ce même ballet parmi les filotu de la 4* entrée.
FIN