SCÈNE IH
YANTE seule^ sortant du logis en habit de garçon.
Je viens de me tirer d'un fort grand embarras.
Que le métier de fourbe est un métier pénible î
Il faut estre à la fois invisible et visible ,
Cacher ce que Ton est, montrer ce qu'on n'est pas.
Jen'ay pasjusqu'icy fait pourtant un faux pas,
Et Clindor ny Damon ne me font nuls reproches.
Comme cesdeux vieillardsont leurs yeux dans leurs poches,
Ils u ont pas découvert le bon tour que j'ay fait.
Mais à Séline il faut jouer le mesme trait ;
De ma galanterie elle est fort satisfaite :
Je fais bien le coquet avec cette coquette,
Je sçais gagner son cœur par ipon doux entretien ,
Et je puis tout, pourvu qu'elle ne veuille rien.
Si malgré ses beaux yeux Séline ne voit goutte,
Timandre est un argus qu'il faut que je redoute :
Ce jaloux ne dort point ny la nuict, ny le jour ;
U rôde incessamment auprès de ce carfour.
Il cherche à pointiller sur la moindre vétille ;
Bien que pour tous rivaux il n*ait rien qu*une fille.
Lorsque j'en prens l'habit il me veut cajoler.
Mais quand j*en change... Il vient : il faut dissimuler.