SCÈNE IV
TIMAM)RK, YA^TE.
Ti M ANDRE. Ou va le beau Damon? va-t-il chez sa voisine?
VANTE. Timandre a deviné, je vais droit chez Séline.
TiM ANDRE. Lc hruit court que Ton doit vous accorder ce soir.
YANTE. Ce n'est que pour cela que je m'en vais la voir.
TIMANDRE. Vous la chérissez fort!
YANTE. Comme un autre moy-mesme.
Si je veux Tépouser, il faut bien que je Taime. TIMANDRE. Vous sçavez bien, Monsieur, que j'y prétends aussi;
Répondez, répondez.
YANTE. J'en ay peu d<^ soucy.
TIMANDRE. Afin quc dans son choix elle ne soit trompée.
Faisons que cette belle, après deux coups d*épée ,
Soit le prix du vainqueur.
YANTE. Ah! j'en suis fort content;
Mais je n'ay point d'épée, et Séline m'attend.
Je puis présentement vous quitter donc pour elle ,
Et demain nous pourrons décider la querelle ! TiMAifDRE. Il me sera facile avec un tel rival. YAXTH. Vous croyez me connoistro, et me connoisscz mal. TIMANDRE. Je VOUS conuois fort bien ; j'ay mesme quelque honte.
Lorsque je vous querelle et que je vous affronte,
D'attaquer un enfant, et n'étoit mon amour,
Vous pourriez en repos cajoler tout le jo ir.
Vous n'avez point d'acquis, j'ay de la renommée. VANTE. Il est vray que jamais je ne fus dans l'armée;
Mais de plus "fiers que vous ne me méprisent pas. TIMANDRE. Jcnontcns point parler de vos autres combats. YANTE. Je scais vaincre d'un mot et d'une seule œillade.
Et j'ose m'en vanter.
TIMANDRE. QuclIc fanfaronnade !
VANTE. J'ay veu les plus vaillans se confesser vaincus ,
Et me demander grâce, à mes pieds abattus.
L'on se repenl toujours lorsque l'on me querelle :-
Lisandre vous en peut dire quelque nouvelle ;
Vous sçavez qu'il est brave. TIMANDRE. Ouv, fou lui feroit tort
Si l'on ne l'avouoit.