LES HEURES
Tenez donc vos rideaux tirés Sur les crimes que vous souffrez, Et cachez bien vostre désordre extrême
Devant la Vertu raosme :
Son divin lustre efface vos flambeaux ; De tous les yeux ses yeux sont les plus beaux, Et de toutes les mains ses mains sont les premières. Nuit! pouvez- vous durer parmi tant de lumières.?
ENTIIÉE I.
Le ROY, représentant une Heure.
Voicy la plus belle Fleure , et dans tous les cadrans
' La reine mère, Anne d'Autriche.
'Allusion délicate à la l>eauté des mains d^Aniie d*Autriche, dont elle était trèsfière , et que les pofites et les auteurs de Mémoires n'ont pas manqué de célébrer à Tenvl. (Voir les stances de Voilure à la reine Anne ; Mu.* de Motteville, Vrm., ch. IL et le Portrait de la rvine mèrf^ par la comtesse de Brégis).
La première dessus les rangs.
Bien^qu*en un mesme cercle aux douze elle se lie. Pardessus toutefois on la voit rayonner ; Elle est mesme du jour THeure la plus hardie ,
Et qu'on entend le mieux sonner.
MaisTc'est THeure du monde où toutes les Vertus
- Et les Grâces brillent le plus.
Elle avance toujours, et jamais ne recule ; Chacun de ses momens fait qu'on la rcconnoist y Et jette un tel éclat qu'il seroit ridicule
De demander quelle Heure c'est.
Les Heures n'oseroient se dérégler un peu
Depuis que la grande est en jeu.
Nulle'ne fait du bruit, et nulle ne s'échappe; T..es choses ne vont plus de mesme que jadis; L'éguille est sur le point: s'il faut que THeure frappe ,
L'on en verra bien d'étourdis .
Celte Heure est précieuse , et l'on ne doit songer
Qu'au soin de la bien ménager :
Elle est certainement plus utile qu*aucune , Et c'est d'elle en effet qu'on parle chaque jour, Quand on dit si souvent que pour faire fortune ,
11 ne faut qu'une Heure à la cour.
Le MARQUIS DE GENLis', représentant linf heure de la nuit.
Pas une de mes sœurs ne doit estre jalouse De ce que j'ay d'appas ;
' Florimond Brusiart, marquis de Genlis, gouverneur du fort Barant, capitainelieutenant des gendarmes du duc d^AnJou , un des courtisans qui reparaissent le plus souvent dans les ballets du roi , un de ceux contre lesquels Benserade a lancé le plus d*épigramroes , toujours les mêmes et toi^ours variées. Ces épigrammes ont invariablement rapport à la laideur extraordinaire du marquis , et il faut qu'il les ait supportées avec une patience bien bénigne, pour que le poète les ait si souvent reproduites et avec si peu de ménagement. Nous en verrons encore d'autres exemples , et les rivaux de Benserade ne lui cédaient guère sur ce point.
GrlRnan est almabl<>, Oenllii rdonblr,
dit la chanson des Contre- F érités en 1669. ( Recueil Maurepas, III, 253, 283.) Citons encore ces vers du Bnllel du Roy [sans date; :
Pour le MARQUIS DE CfLifLis, représentant un dkxo:!.
Les daines sans frayeur me trouvent sur Irur voye. Ma taille est asAez l)^le, et J'ay l'air as.irz bon;
Quoyque je brille fort, je ne suis pourtant pas La plus belle des douze.
Tay beaucoup d'avantage à paroistre masquée
Et dansTobscurité, Car de tout le cadran, je suis , sans vanité ,
L'Heure la plus marquée ' .
Il faut pour mon visage avoir de l'indulgence ,
Et l'on doute, à ses traits.
Que l'Heure du berger et moy puissions jamais
Estre d'intelligence.
De si peu de beauté Nature m'a pourvue ,
Qu'en mon plus riche atour Je crois, sans me flatter, que je suis pour l'Amour
Une Heure assez indue.
L'on peut bien en plein jour voir une plus belle Heure
Lors que le Soleil luit f Mais quelqu'une diroit qu'en revanche la Nuit
N'en a pas de meilleure.
Anul le maMiue mdI emprsclif qu'on ne voye Par où Je suis le plus di^roon.
(l* entrée."
U MABQUis DE GEifLis représentant un Mkrcube.
Vous trouverez en noy plus d'une qualité. De i'eiiprlt, un peu de bonté, De l'adretue et. par Intervalle, Quelque lueur de probité ; Mali d'y chercher de la beauté, C'e«l la pierre philosopha le.
(-• entrée.)
* Il était fortement marqué de la petite vérol«'.
Prothée' voyant arriver la Nuit^Jait rentrer ses troupeavx marins dans sa grotte , et sortant de la mer, se change en différentes formes.
RoQUELAUBE, représentant Pbothée.
Ma bonne Tortune est sans borae :
Je suis riche eo toute façon , Mes Olets sont pleins de poisson , Et j'ay force besles à corne ; Je leur fais voir tant de pais, Que moy-mesme je m*ébahis Conime j'en puis estre le maistre ; Et je les scais si peu choyer, Que celles que je meine paistre M'y devroieut moy-mesme epvoyer.
Pour attraper ces innocentes , Et pour en mieux venir à bout , Je sçais me déguiser partout Sous mille formes séduisantes; Mais je deviens trop ingénu , Et Ton a bientost reconnu l>e qui ma passion dérive.
Au reste , et c'est là le secret, Quelque changement qui m'arrive Je demeure toujours discret.
Mon éloquence est sans seconde, Je suis de la langue dispos, Et n'ay sceu me taire à propos Depuis que je haute le monde :
Dès que le sexe féminin Se dispose à m'estre beuin , La mèche est soudain éventée. J'ay ce défaut, et cœtera :
En celte peau mourra Prothée , Et jamais il ne changera.
• Costame grotesque: des crabes et animaux marias sur les bras et la poitrine; uo cercle de poissons pendus à la ceinture.
ENTRÉE m.
Cinq NÉRÉIDES » viennent recevoir les ordres de Pbothée, après avoir renfermé ses monstres marins ^ à cause de la fin du fo ur,
j£ COMTE DU Plessis*, re/)rés€ntant Une ^ébéwe,
O beauté de Ogure étrange.
Qui charmez en mille façous ,
Néréide , dont la louange
Est dans la bouche des poissons ,
Vermeille et singulière face Si toute vostre troupe a la mesme beauté, Il n^est point dans la mer de Triton qui ne fasse
De bon cœur vœu de chasteté.
Six CHASSEUBS las et.fatiguésy et que la Nuit appelle au repos^ arrivent sonnant de leurs cors, et font paroistre sur un cheval le cerf qu'ils ont pris, conduit par un valel de limier avec une laisse de chiens,
M** DE Canaples^, représentant un chasseua.
Est-ce Vénus .^ est-ce Adonis?
Si ce n*est Tun des deux il eu a l'encolure. Adonis avoit bien c^ charmes infinis, Mais d'une autre couleur étoit sa chevelure ; Et quelques rayons d'or, au menton survenus ,
Montrent que ce n'est pas Vénus.
Tous deux n'auroient point tant d'éclat. Et près de cet objet tous deux on les méprise :
I Robe bleue, couverte d*orneineotb légers qui ressemblent à de« ailes en mouvement; œlffure de coquillages et de plantes marines; coslume le»te, élégant et léger.
' Alexandre de Choiseul-Pra^lin, comte du Plessis, genlilliomme de la cliambre de Monsieur, tué devant Arnlieim en 1672. Le comie du Plessis n*étail guère moins laid que le marquis de Genlis.
^ Alphonse de Créqui, comte de Canaples, qui devint à la fin de 1703, duc de Lesdiguières , pair de France, par l*exUuctioD des brandies aînées de sa maison ; mort sans postérité en 1711, à l*àge de qualre-\ingi-cinq ans.
lljn'est rien si mignon, ny rien si délicat ; Cest de tous les chasseurs le plus seur de sa prise y Et, pour en bien parier^ nul chasseur aujourd'huy Ne bat plus de pais que luy.
Tout succombe sous son effort :
Une biche se rend dès qu'il est à ses trousses ; Pas un plus hardiment ne donne dans le fort Des alcôves dorés' et des ruelles douces : C'est là qu*au lieu du cerf poursuivi dans les bois^
Il met la pudeur aux abois.
Amour, ce dangereux marmot , I^ fournit de pensers qui ne sont pas vulgaires ; Mais parce qu'il rougit dès qu'il prononce un mot. Cela fait qu'il se tait, ou qu'il ne parle guères * : Par ses yeux, par son geste , et par d'autres moyens
Il se fait entendre à ses chiens.
Qu'il est galant, qu'il est adroit!
Pour le trouver joly suffit qu'on Tentrevoye. Quand ce jeune chasseur a pris ce qu'il couroit, 11 ne sçait bonnement que faire de sa proye , Et ne veut que l'honneur de l'avoir mise à bout
11 en triomphe, et puis c'est tout.
Si quelque Nymphe avec ardeur, Dans l'épaisseur du bois luy conte son martyre , Il a la mesme honte et la mesme pudeur Qu'auroit Amarillis dans les bras du Satyre, Kt reçoit chaque jour cent poulets qui sont pleins
De reproches à ses dédains.
Ce chasseur est assez léger, Et sous de faux cheveux ce n'est pas qu'il soit chauve , Mais c'est qu'en cela mesme il se plaist de changer : Tantost il donne au noir, tantost il donne au fauve. Que ses chiens découplés prennent mille détours ,
A leur queue on le voit toujours.
' « Les arcbitpctpf» le font masculin , mais dans Tusage ordinaire il est féminin, » <]ilFureli4'r(>, au mot Jlcùvt.
• Dans ces vers , comme dans plusieurs de ceux qui suivent , Benserade fait fli»créli*roen( allusion .-lU peu d'esprit du l)euu comte de Canapies, que Saint Simon truite piuK rudement d'Iiomme fort borné et de courtisan imbécile.
Parmy les cerfs quil veut courir, Ny sa voix ny son cor ne font pas grande émeute : Il Défaut qu'uoe ronce , il ne faut qu*un zéphir Pour arrester tout court le chasseur et la meute ; Dès le moindre frimas , dès le moindre bourbier,
Adieu la chasse et le gibier !
Belles, vous courez grand danger, Si pour ce beau chasseur vos âmes s'attendrissent : S'il vous blesse une fois c'est pour en enrager ; Il vaudroit tout autant que ses chiens vous mordissent. Fust-il pour vous guérir encore plus expert,
Vostre plus court est Saint Hubert».
Deux BEBGEBS et deux bebgèbes' reviennent des champs, Jouant de leurs ftustes et de leurs musettes , et conduisant chacun leurs troupeaux au village à cause de la Nuit,
Ces bergers sont fort amoureux, Ces bergères n*ont pas la mine fort modeste ,
Et je m'imagine^ à leur geste.
Qu'elles auront gardé leurs brebis avec eux ,
Et n'auront point gardé le reste.
Le MABQUis DE viLLEQUiEB, capitaine des gardes du corps ^ représentant un bebgeb.
Mon employ seul vaut mieux que tous les vostres. Je vous passe de loin , ô bergers de ces lieux :
Simples troupeaux sont gardés par les autres; Ce que je garde est bien plus précieux.
Plus vigoureux que le plus fort athlète , Je pourrois mettre à bas les plus fermes lutteurs; Jeune pasteur^ avecque ma houlette, J'arreste court les plus hardis pasteurs.
> Saint-Hubert, patron des chasseurs, est invoqué contre la rage, et sa chàsce est depuis longtemps Tobjet d'un pèlerinage assidu de la part de ceux qui sont attaqués de ce terrible mal.
' Le costume du berger est tout à fait de convention , mais celui de la bergère est assez rustique et a quelque couleur locale, bien que bariolé de rouge, de noir, de blanc et de gris.
Quoyque partout et sans cesse je tosche De gouster les plaisirs que jeunes noi:s gousto: s, A mon devoir pleinement je m'ntticlie, Et je reviens tousjours à mes moutons.
DesBKfkDis qui volent vn merc'er sur le chemin.
Le MABQUis D*HUMIÈBES<, représentant un baicdi.
Je ne suis plus celuy qui u'osoit pas Lever les yeux, soupirer, faire un pas Devant l'objet de mon transport extrême ; Et mon orgueil s*est mesme acheminé Jusqu'à luy venir dire en Tace que je l'aime : Est-ce pas cstre un vray déterminé ?
Depuis cela , violement , larcin , Assassinat dessus le grand chemin , Et pis encor me semble légitime :
Quand j*osterois aux pnss* ns vie et bien, Ce que j'ay dit remporte ; et depuis un tel crime , Ce que je fais me paroist comme rien.
Divins regards qui ne m'édairez [ïIus , Pour vous cocher vos soins sont superflus • Rien ne vous peut ostcr vostre conqueste; Enfin je veux finir tant de langueur, Et je suis résolu d'aller porter ma teste
Où vous sçavez que j'ay laissé mon cœur.
Le Théâtre cknnge de face^ et deux boutitjues paraissent de chaque conté avec des marchands et des marchandes. Deux GALANS et denx coquettes arrivent du Cours en carrosse, et
I Louis de Crevanl d*Humièrps, qui fut fait mnréchnl <le France en loss, et se sifsnala a rarmée par son luxe dn gran I seigneur encori* plus que par ses exploits. I/année même de la représentation de ce ballet, en I '.5:ff II épousa Thérèse de la ChAlre,el U est trës-probable que c*esl à ce mariage quirjes vers suivants font allusion.
fîO.TTRNP. DF. MOUKRF. — ï\. 2'l
mettent pied à ferre pour acheter des rubans et des confitures. Cependant le cocher^ tourne^ et après qu'ils ont dansé, les vient adrerfir qu'il est tard. Tandis qu'ils remontent en carrosse , Pon voit danser sur les houtigufs divers animaux.
MONSiEUB, frère unique du lioy, représentant un galaut.
Cadet d'assez bonne famille ,
Entre tous los gnlans je brille, On m*applaudit dès que Ton m'aperçoit ; Mon rang et ma beauté par tout se font connoistre , Et, petit que je suis », je ne laisse pas d*estre
Tout le plus grand Monsieur qui soit.
Je tasche , en servant les pUis belles ,
De faire fortune auprès d*elles , Et c'est par là que je veux m'avancer; Je'n'ay point d'autre soin, ni de plus grande affaire : Quand les aisnez ont tout , que sçauroit-on y faire?
Cest aux cadets à se pousser.
Maintenant je ne représente
Qu'un galant d'humeur complaisante , Dont le destin n'est guère violent ; Mais quand l'âge aux désirs aura lasché la bride , J'ay toute la façon d'aspirer au solide ,
Et d'estre un terrible galant.
I^ COMTE DR GiTTCHE, représentant un galant.
Tous ces blondins à teste écervelée.
Tous ces galans de la haute volée .
En matière d'esprit ne me font point la loy ; Avecque les plus fins je raisonne, je raille. Et, sans qu'au dessous d'eux j'ay la force et la taille'.
Ils n'auroient rien pardessus moy.
* Houppelande zébrée de bariolares en zig-zags. H y a aassl an valet de pied , en costume pimpant et dégagé, qui court en avant des carrosites.
* Monsieur, né en 1640, n*avait alors que treize ans. On peut confronter ces ve»! et eux qui se trouvent dans Pavant-dernière entrée du ballet, avec le Portrait de Montinir à l'âge de dix-liull ans, fait par Mademoiselle. Elfe y appuie surtout sur sa beauté et sur sa galanterie.
*Sauf que ma force et ma taille sont au-dessous des leurs, n n*avalt pas quinze ans.
I>E LA NLMT. .371
Uî M4BQUfs DE viLLEROY', représentant une co^^uette^ et parlant à Monsieur, /r^rc unique du Roy,
^ous autres petites coquettes ,
Nous enteudoDS bien en fleurettes ;
Et je sçais que vostre douceur
Est moins pour moy que pour ma sœur.
ENTRÉE Vni.
Quatre Égyptiens et deux Égyptiennes » prennent toccasion de la nuit pour /aire leur métier, et oontdeboiUque en boutique disant la bonne aoenture, et emportant de chacun quelque chose.
/je DUC DE JOYEUSE, représentant un égyptien*.
Nostre science est assez peu commune , Et nous en cachons plus que nous n'en témoi{];nons. Pour moy, je crois m'entend re à la bonne fortune
Aussi bien que mes compagnons.
Qui la voudra sçavoir qu'il vienne ; Mais je mourrois plustost que de dire la mienne.
Le DUC damville\ représentant un égyptien.
Dès ma grande jeunesse, allant par les maisons , Je faisois des larcins en contant mes raisons ; Et toujours sous ma main j'avois quelque vétille^ , Soit de femme ou de fille.
' Il n*avail alors qiiedU ans, el sa figure élait charmante. C*étalt le fils du gouverneur de Monsieur, et son compagnon d'études el de plaisirs.
'Costumes de fantaisie. L^Agyplien joue d'un lamtx>ur^de basque. L'Égyptienne danse en mbe rouge, sans taille, coi Tfée d'un mouchoir & ;deux queues pendantes, el tenant entre ses doigis des œuTs qu'elle escamote.
'Fran<^is Christophe de I^vis Ventadour. mort en IGGI à cinquante-huit ans, d'abord comte de Brion, puis cré<* duc de Damville en IG32, k la mort de Henri II de Montmorency, son oncle maternel, gouverneur du Limousin, capitaine de Fontainebleau, vice-roi de TAmérique en 1655. Dans Benserade, il est toujours appelé duc Damville; dans I»ret et ia Gazette, on le tfouve souvent écrite de même, et duc d'Amville, ou d'An ville, quelquefois de Damville.
«Quelque bagatelle, quelque petit'morceau.
Encore maintenant n*y fait-il pas trop seur. Et je sçaîs me couler avec tant de douceur Que, quelque effort qu*on fasse aGn de s*en défendre , Je prends ce qu*on peut prendre.
Quand j'épousay ma femme, aussi n*étoit-ce pas Pour son teint , sa jeunesse , ou ses autres appas * ; En voulez vous sçavoir la raison ? ce fut pource Qu'elle avoit une bource.
Je la coupay fort bien, puis j'en demeuray-là^ Et je ne pus jamais lui faire que cela ; Elle ne sçut aussi réparer sur la mienne La perte de la sienne.
Quoyque je sois d'Egypte , à ne vous rien celer, Dans le sombre avenir je ne vois pas trop clair ; Mais pour le temps passé (sans vanité), les belles. J'en sçais quelques nouvelles \
Deux GÀGNE-PETiT, Conduisant leurs brouettes et éguisant des couteaux, se retirent chez eux à cause de la nuit.
Quand sous mille cousteaux la meule s'est tournée ,
Après un long travail où le gain est petit,
EnGn nous éprouvons, au bout de la journée ,
Qu'il n'est rien d'éguisé comme nostre appétit. j
• U avait épousé une veuve (Anne Le Camn> df Jambevllle, veuve de ClauJe Pinart, vicomte de Comblisi) ; elle était morte depuis le 10 février 1651. La laideur de cette femme égalait sa richesse, et le pt^u d'amour que son mari éprouvait pour elle était un sujet inlarissable de plaisanteries et d*allusion8,qu*on 8*étonDe de trouver tout aussi nettement exprimées dans Loret que, dans fienserade ( V . Muz€ historiq., leltres du 29 oclob. ICJO; 8 janv., 19 !é\ rier et 1" avril 1651;.
' Beoserade raille ici avec un mélange de grosi^ières équivoques, le duc sur son grand Age : il n'avait ptmrlanl qu'une cinquantaine d*années {Dictionn. âe Moréri, éd. de 1759, t VI, p. 283, colonne 2), mais c'était lieaucoup pour un danseur de ballets, surtout au milieu de toute la jeuMC-<p de la cour. On verra encore les mêmes plaisanteries reparaître plus loin. Quant aux galanteries du duc, le témoignage de Benserade est confirmé par celui de Ixiret , qui a Jugé convenable de les rappeler sur un ton badin, au moment mC'iue ou il annonce la mort de sa femme.
Le$ boutiques se ferment et les marchands^/ marchandes se te* tirent en dansant.
Mesdames et messieurs, vous plaist-il rien du nostre ? Nous avons ce qu'il faut , et pour Pun et pour l'autre ,
Et vous en devez essayer;
Mais toute nostre marchandise
Ne sçauroit dignement payer
L'honneur de vostre chalandise.
Trois ALLUMEURS UE LANTERNES ' viennent pour les abaisser et pour allumer les chandelles^ suicisde quatre lanternes^ quis^oU" vrent et se ferment.
Dire que vos beaux yeux nous tiennent prisonniers, Qu'ils nous font de leurs traits cent blessures internes , Il n'est rien si commun , et ce sont balivernes ;
Mais qu'est-ce que des lanterniers
Vous couteroient que des lanternes?
ENTKÉES XII ET XIIL
/>e2/j7 ROURGEOiSES reviennent de ta rille en chaise ^ et sont ren» contrées par deux filou x' qui les attaquent. Les porteurs s'enftiyent; deux soldats surviennent qui leur font quitter prise. Les filles s échappent, et Centrée finit par un combat. Le MARQUIS DE MONFGLAS *, représentant une rourgboise.
. Vous mériteriez quelques vœux , Kt seriez d'assez Imn usage ,
I Le laoternier est coiffé iruiie lanterne, et U a Thabit tout couvert de rangées delchandclles pendantes.
' Le filou est tout Harabant d'élégance et de faux luxe dans son costume étriqué. Il a un chapeau à plumes, dans les cordons duquel sont passées quatre pipes ea terre.
> François de Paule de Clermont, marquis de Montglas ou Montglat, cbevalier des ordres du roi, grand maître de la gariie-rolie. On sait qu'il a laissé des Mé» moirea. Célail, comme le dit Bcnserade, un homme d'honneur, et aussi un homme d^esprit : il savait tant de choses qu'on l'avait surnommé Moutylas la bibliothèque.
Si vous aviez le blauc dessus vostre visage Que vous avez dans les cheveux.
Guy, je vous le diray, deussé-je émouvoir noise :
Vous estes un brave seigneur, Un fort bon gentilhomme et d'esprit et d'honneur.
Mais une fort laide bourgeoise.