‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 221 sur 325 · DE VÉNUS · texte numérisé non relu

DE VÉNUS

Fuyez bien loin , ennemis de la joye ! Tristes objets , Taut-il que l'on vous voye Parmy tout ce qu'amour a d'aimable et de doux ? Il n'est pas juste , ce me semble , Que vous soyez meslés ensemble Mon Gis et vous.

Jeune Louis, le plus grand des monarques, Dans quelque temps vous porterez des marques De ce Dieu dont jamais on n'évite les coups ' ; Il faut céder à sa puissance , Et que vous fassiez connoissance Mon fils et vous.

LES JEUX y LES RIS, L'HYMEN ET LE O/EUCOMUS. Le ROY, représentant un dcb jeux qui sont à ta suite de f'énus,

A VÉKUS.

Vous triomphez , mère d'amour^ Et vostre gloire est sans seconde, Puisque le plus grand Roy du moude

* Dans les images allégoriques de la danse Macabre , si numl)reuses au moyeu Age, la Mort ou la Parque est représentée entraînant successivement vers le lombeau, dans sa danse, toutes les conditions de la vie personuiliée.

'Cette prédiction, d'ailleurs si facile a faire, se réalisa dés Tannée suivante (1654), par l*affection naissante du roi pour Olympe Maucini, dont Tespril rachetait la laideur. A Olympe succédéienl M' * La Moitié d'Argencourt et Marie Haucinl, avant le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Aulriclie. '

Commeoce à vous faire la cour.

Que sa mine est hauUiiue et fière , Et qu'elle laisse loin derrière Les mouarques plus relevés !

Dans quel éclat vous allez vivre, £t le beau traiu que vous avez Pourveu qu*il s'adonne à vous suivre!

Tous vos amours sont déconfits Par la splendeur qui l'environne , Et sa jeune et vive personne Efface jusqu'à vostre fils.

Mais vous ne le garderez guère :

Son ame héroïque et sévère Aime trop les sanglans hazards ; Déjà ses grands projets s'ébauchent , Et je crains que l'Honneur et Miirs A la tin ne vous le débauchent ' . '

Le ciel ne l'a si bien formé , Après tant de vœux et d'offrandes * , Que pour aimer les choses grandes , Et pour estre beaucoup aimé.

Toutes vos amorces sont vaines, Pour le retenir dans vos chaisnes :

Il est d'ailleurs trop combattu ; Et, méprisant vos avantages , A la suite de la vertu , Prétend de plus solides gages.

Mais vostre culte étant si doux , Luy pourriez- vous pas faire croire Que, pour arriver à la gloire, On y peut al!er par chez vous?

La jeunesse a mauvaise grâce Quand trop sérieuse elle passe , Sans voir le palais de l'Amour :

11 faut qu'elle entre ; et pour le sage ,

I CeUe année même, h* roi fil sa première campagne, sons la direction de Tarenne, contre le prince de Condé, qui a^iégeail A,rraA à la télé des Espagnols.

3 On sait qu*Anne d'Autricije ne mil au monde Louis XIV qu'après une stérilité de près de vin^sl- trois ans, et que la naissance de cet enfant, objet de tant de vœux, fut re|$ardée comme une marque miracuieuse.de la protection divine.

Si ce n'est pas son vrai séjour, C'est un giste sur sou passage.

ENTRÉE IIL

Deux PAGES viennent préparer la salle du bal et ajranger les sièges, Roger amène Bbada mante accompagnée d'un écuyer et d'une suivante, et luy veut donner le passe temps de la soirée, il envoyé prier iMédor, Angélique, Mabphisb, RiCHABDExe/ Fleub d'Epine'.

Toute la compagnie étant arrivée , le bal se commence par plusieurs sortes de danses, courantes figurées et branles à la vieille mode.

Pour arriver icy , je ne sçais pas comment, A dessein d'honorer cette Teste publique , Nous avons traversé des pais de romans, Après estre sortis d'une vieille chronique.

Pour le COMTE de loutig.ny, vulgairement dit le Gros Homme*.

Icy se trouvent à souhait Héros et dieux tout pesle-mesle ; Mais rien ne peut estre bien fait , Si le Gros Homme ne s'en mesle.

U 6BAND MAiTBE DE l'abtillebie , représentant Médob.

Ha! vous me flattez, Arioste, El vous fuites a vostre poste La beauté que vous me donnez ; Mais auriez- vous bien le courage D'oser soutenir, à mon nez', Que je sois si beau de visage.^

> Tous ces personnages sont lires du Roland furieux de PArlosle.

'Antoine Charles de GramonI, comle de Lou\igny Jusqu*à la mort du comle de Gulche, son frère, qui W fil hêrilier du duché de GramonI.

s Le maréchal de la Meilleraye élait non-seulement laid et mal fait, mais camus , et c'est surcedernier point que roulent presque toutes les plaisanteries de Benserade.

J'ay la teste fort belle et i>onDe , Je suis bieD fait de ma personne, Doux, accort , sage, et des mieux nés; Quant au reste , sans flatterie , Je u'ay pas tout-à-fait le nez Tourné vers la galanterie.

Pour moy cependant on soupire , Tandis qu'en Tamoureux empire Languissent tant d'infortunés ; Et près de la belle que j*aime.

Mes rivaux ont un pied de nez , Mais moy, je n*en suis pas de niesme.

Jaloux , pleurez à chaudes larmes , Tant d'appas , d'attraits et de charmes , Poui^ vous ne sont point destinés > ; Trop de vanité vous emporte, Et ce n'est pas pour voslrenez.

Mais pour un taillé d'autre sorte.

Non , ma beauté n'est poiut si rare , Angélique a le goust bizarre.

Et ses feux seront condamnés :

Telle est d'amour la loi commune , Et ce n'est pas toujours au nez Que se mesure la fortime.

Le DUC DAM VILLE, représentant Angélique.

Avec tout mon éclat je ne jirétens pas ostre De ces jeunes tendrons qui ne font que de naistre ; Mais jamais ma beauté nVut un plus grand renom. J'ay paru dans les cours , j'ay battu la campagne , Et le bruit que j ay fait du temps de Charlcmagne , Je le fais sous LOUIS quatorzième du nom.

Pourquoy tant s'informer : de quelle année est-elle? Quand on se porte bien, et qu'on est toujours belle?

' Mme de Molloville, dans ses Mémoires (t. lîl, p. 70-, el Tallemant^dans Thistoriette du maréchal de In MtMllera>c, nous apprennent que la marfetiale (sa Mconde romme, de la maison de Cessé) était sa^e, et que, malgré sa Jeunesse, ses agréments et les inlinnilés de son mari , elle Taisait proression de l*aimer d*amour.

La vieillesse est visible , on ne s*y peut tromper. J'ay Tœil beau, le teint vif, et la gorge charmante , Et j'ay depuis deux ans perdu ma gouvernante, Devant qui je u'osois quasi m'émaifciper'.

Si j'ay mis aux cousteaux, par ma galanterie , Toute la fine fleur de la chevalerie, Les Beuauds, les Rolands, ces fameux paladins, Par les mesmes attraits et par les mesmes charmes , Je prétens faire encor tous les mesmes vacarmes, , Semant la jalousie entre tous les blondins.

Après le bal, arrive un ballet pour le divertissement de l'assemblée, LES NOCES DE THÉTIS.

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