COMÉDIE MUETTE D'AMPHITRION
Pour M*" HESSELiN, représentant jopitbb.
Dans le ciel'oii je suis règne une paix profonde ; Là donnant à mes sens ce qu'ils veulent d'abord , Sans trop m'inquiétcr des affaires du monde , J'en laisse la conduite au sort.
Assez commodément , de crainte qu'il m'ennuie , Je prends les passetemps les plus délicieux , /
Et pour mes Danaës j'ay toujours de la pluie, Ce que n'ont pas les autres dieux.
Je gouste le nectar bien mieux qu'ils ne le goustent, Et, plaignant] les mortels qui s'attachent au bien , Quand ce n'est que de l'or que mes plaisirs me coustent , Mes plaisirs ne me coustent rien.
Je sçais vivre à ma mode , et rien ne m'importune ; A tout ce que je veux, on ne dit jamais non , Et sçavez-vous quelle est ma meilleure fortune? C'est que je n'ay point de Junon.
Personne dans mon ciel ne me chante ma gamme. De foudre et de.tonnerre il ne m'en faut-f oint là; Mais si je m'avisois d'épouser une femme. J'aurais bicntost de tout cela.
'J^ Discorde était figurée par le comte de Troye.
' Outre Jupiter, AIcmène'el.Bromia, dont les costumes n*ont rien de particulier, le dessinateur a reproduit ici Amphitryon avec la pliysionomle et I^liabit d*UD Sganarelle , puis Sosie en casaque de valet, semée de plaques rondes de diverses couleurs. On voit aussi le Docteur, calqué sur le type de la comédie italienne.
TROISIÈMR PARTIE,
Depuis mÎDuit jusqu'à trois heures devant le jour.
La LUNE dans son char fait le Récita et est accompagnée des Étoiles^ qui se retirent et la laissent se promenant et admirant les beautez gTendimion.
HliClT
DE LA LUiNE.
Moy dont les froideurs sont connues, Hélas! j'aime à la fin, et je tombe des nues Pour voir ce beau berger qui me donne la loy. Douce et paisible Nuit, de tes plus sombres voiles ,
Cache bien mes desseins et moy, Et dérobe ma honte a toutes les étoiles.
Mais, mon cœur, est-il donc possible Que tu sois à Tamour devenu si sensible , Et que mes chastes vœux se soient évanouis ? Il faut suivre ses loix , on ne les peut enfreindre.
Vous y viendrez, jeune T.ouis :
Où les dieux ont cédé, les rois ont lieu de craindre.
ENTRÉE ï.