‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 224 sur 325 · END1MI0N · texte numérisé non relu

END1MI0N

Le DUC DE JOYEUSE, représentant endimion.

Je Tavoue , il est vray que la lune m'adore , Qu'elle descend pour moi dans un nuage obscur ; Et, n'étoit qu'elle m'aime, elle seroit encore De tous les astres le plus pur.

' Dans celte mise en scène mythologique, U y a peut-^tre nn ressouvenir de r^n* dymion de Gombauld (1624), roman qui avait obtenu un long succès. On prétend que, sous les traits d*Endymion amoureux de la Lune, Gombauld avait voulu peindre sa passion pour la reine Marie de Médicis.

Mais cette prude enffn , résolue à commettre Une faute si douce et qui la peut guérir, En quelle main plus seure enst-elle pu se mettre. Pour la foire et pour la couvrir?

Elle vient dans mes bras quand la nuit tend ses voiles, Ce qu'elle n'eust osé quand le jour éclatoit. Et retourne briller au milieu des étoiles, Tout comme si de rien n^étoit.

Encore qu'elle ajoute à son éclat extrême, Et se pare pour moy d*un soin fort obligeant , Je Taime, je vous jure, à cause qu'elle m'aime. Et ce n'est pas pour son argent.

Il n'est rien de fascheux , qu'à dessein de me plaire , Son violent amour ne fist très- volontiers; Et je crois que pour moy, s'il étoit nécessaire. Elle se mettroit en quartiers.

Aussi qu'elle soit rouge, ou bien qu'elle soit pasie. Qu'elle soit en croissant, qu'elle soit en décours, Qu'elle ait la face en rond , qu'elle Tait en ovale , Je l'aime et l'aimeray toujours.

La LV^'B^'amovrevse rTENDiMioN, dtscend du ciel et approche de luy ; une nuée les dérobe à la veue des spectateurs.

Ijp duc davmllv. ,' représentant la u'ne.

O lune , sans faire de bruit ,

Vous avez bien rodé la nuit '.

Vous vous maintenez par le monde ,

Et toujours fraische et toujours blonde ; Mais comment vos attraits ne sont-ils point usés? Ce n'est pas d'aujourd'huy , lune, que vous luisez.

Minpvlllr a rnlRon de croire au duc d'\iivllk. Qui n'a, dr «on ^Ivanl, trompé r(>mm<> ni (ilte.

dUent les Pnrtraitsde ta cour en contre vétUéB, 0659, Recueil Maorepas XX111, m,) V. aassi plus haut, p. S72, note 2.

ENTRÉE ni.

FTOLÉMÉE et ZOBOASTRE^ deux grands astrologues^ observent les mouvemens du ciel avec de longues lunettes , et croyent que la Lune ê^est retirée en terre par quelque enchantement.

Le COMTE DE SAiNT-AiGNAN , représentant pjoléméb astrologue.

Mon sçavoir est profond , et je lis dans les cieux Assez distinctement les biens et les désastres ; Mais j*ay bien plus d'adresse à lire dans les yeux , Et j'entends mieux le cours de cette sorte d'astres.

Ces globes lumineux, sous qui nous succombons , Encore plus errans que les autres planettes. Se montrent peu souvent favorables et bons A qui les considère avecque des lunettes.

Après en avoir fait si curieusement Mille observations et mille expériences ^ Que j'en ay reconnu qui cachent finement^ Sous de malins aspects, de douces influences!

Je sçais près des beautez les saisons employer;

Je S4^ais quand on leur plaist , ou quand on les ennuyé,

Et fais des almanachs qu'on ne sçauroit payer,

Qui marquent de l'Amour le beau temps et la pluye '.

La face de la Lune étant cachée et rairs'étant noircy, quatre paysans viennent témoigner tappréhension qu'ils ont de quelque révolution dans la nature y et consultent les astrologues.

Après que l'horreur de la guerre A presque mis tout au cercueil , Nous venons sçavoir de quel œil Le ciel va regarder la terre.

> Le comte de Saint-AIgnan devait devenir one sorte de ministre oflicietu des plaifin do roi, et l*on dirait que Benserade avait prévu cet honnête emploL

COirrEMP. OE HOUÈBE. — 11. 25

ExNTRÉE V.

Six CORYBAMTES, av€C Icurs bûssins d'airain, timbailes et tambours de Biscaye^ prétendent de rompre le sort, et par leur bruit appeler la Lune au ciel, qui en effet y revient après avoir quitté le berger Endymion*

Quelque enchanteur parmy Tair Tient la Lune sous ses charmes,' Et c'est pour la rappeler Que nous faisons ces vacarmes.

Huit ABDENS ' quiparoissent la nuit.

Le ROY, représentant un ardent.

Astres, vous Toyez bien Qu'il faut céder la place ; Un Ardent vous efface , Et vous n'estes plus rien. Vous autres, marchez doncque Bien droit dorénavant; Et malheur à quiconque S'égare en le suivant.

O qu'il est différent,

Dans son éclat insigne ,

De la vapeur maligne

Qui perd en éclairant!

S'il mène à la rivière ,

C'est qu'on prend, par malheur,

Au lieu de sa lumière

Une fansse lueur.

Hélas ! que d'imprudens Aux dernières ténèbres Qui furent si célèbres ,

1 Feux foiiets. Costume rougi», toul couvert de flamme».

Ont pris de faux Ardens !

Le vray nous en délivre Luisant dessus nos pas , Et mille ont cru le suivre Qui ne le suivoient pas '.

Objets charmans et doux , Beautez toutes parfaites , Pour luy vous estes faites Comme il est fait pour vous.

Mais courez pour lui plaire Viste comme le vent ; On ne l'attrape guère :

Il va toujours devant.

Pendant Tobscurité Vous pourriez sur sa route , Avecque lui , sans doute , Marcher en seureté; Mais, comme le pied glisse , rii'allez pas cependant Si près du [précipice, De crainte d*accident.

Ijb comte de SAiiN'T-AiGNAN, représentant un ardent.

L'on m'a veu bien des soirs dans un luisant extrême , Qui m'a, sans vanité, plus d'une fois servy; Et si l'Amour osoit , il vous diroit lui-mesme Jusques où j'ay mené celles qui m'ont suivy.

Jje MABQUis DE \ILLEQUIEB, représentant un ardent.

A voir quelle est ma force et l'éclat qui me suit, Tout sexe me doit craindre alors que je me montre; Kt pour qui que ce soit , c'est un Ardent qui luit D'assez dangereuse rencontre.

* N*e8t-ce pas une allution aax troubles et aux révoltes de la Fronde ? On peut le croire, surtout en rapprochant ce passage de la dernière strophe delà XI* entrée.

Le COMTE DE GUiCHE, représentant un abdeist.

Je ne suis pas encore , au point qu*on me soupçonne , Capable de perdre personne , Et de moy Ton prend tout en jeu ; Mais de la sorte que mon feu Éclate, reluit et pétille, Ce sera merveille dans peu Si je n'égare quelque fille *.

Le MARQUIS DEGENLis, représentant vn ARDEifT.

Je brille autant ou plus que tous ceux que je voy, Sans estre beau pourtant aux yeux des demoiselles ; ^

Et si je suis ardent pour elles , Je doute qu'elles soient fort ardentes pour moy.

ENTRÉE YII.

fJn GRAND HOMME * inonté sur unbouc^ commande à huit petits DÉMONS ' de su suite d*avertir les sorciers * au sabbat.

Voicy le rendez-vous et Pheure du sabbat : Courez, démons légers , d'une vitesse étrange. Avertir les sorciers de quitter leur grabat. Et que la noire troupe à son devoir se range.

Quatre monstres nains sortent de quatre coquilles de limassons, et sont enlevés en Vair.

Nostre difformité nous fait assez paroistre ; Mais rien de si petit ne se voit sous les cieux :

* On sait qoMI en égara heaacoup.

> Tête de Mt>ou , ailes au dos; babit indescripUble, surchargé de panaches et d*ornemenl8 bizarres.

'Habit fond noir, à bandes, ornemenis, pointes et ailes rouges, à peu près comme celui des démons de nos bals masqués; ceinture de serpents. Deux serpents se dressent en sifflant sur la télé du démon, et enroulent leurs queues autour de se cornes.

< Les sorciers, dont Tun est monté sur un manche a lialai, sont plus amusants qu*efrrayauls, avec leur vêtement grotesque, tout hérissé de plumes et d'ailes de chauves-souris.

Quand on est monstre aussi , le moindre qu*on puisse estre r^'est, ce me semble, que le mieux.

Une MAGICIENNE et quatre vieilles 30bcièbes ailées se graissent en dansant et sont enlevées au sabbat,

Nostre métier est bon de toutes les manières : Qui Tcxerce une fois ne sçauroit s*en tenir. Les dames de la cour sont toutes des sorcières ,

Ou taschent à le devenir.

L'art y peut toutefois bien moins que la nature :

Quand une jeune créature

Qui n*y fait pas tant de façon , Sans tous ces afGquets, sans fard et sans parure, Ne laisse pourtant pas de charmer un garçon ,

Elle est sorcière toute pure;

C'est sa naïveté qui plaist :

Plus on se graisse et moins ou Test.

Six Loups-GABOUX ' qui vont au sabbat.

Demy bergers et demy loups, Nous sommes aux troupeaux effroyables et doux , Qui ne nous sçavent reconnoistre; Et, de Tair que nous nous changeons.

D'un costé nous les menons paistre , Et de l'autre nous les mangeons.

U fond du théâtre s'ouvre et montre le sabbat. Trois cubibux arrivent pour te voir, mais^ avant que d^aborder le lieu, tout disparait^

I Le loup-garoa est homme par devant et loop par derrière. On lai a collé aa dos la tête, le corps, et les paltes du loup.

Le ROY, représentant un cubieux.

Je voudrois tout sçavoir, je voudrois tout connoistre ,

Rien n*échappe à mes yeux; Pour devenir sçavant , c'est le secret que d'estre

Et jeuue et curieux.

Je tasche à prévenir la longue expérience ,

Et ne rien épargner A m'acquérir bientost la sublime science

De vivre et de régner.

Mais certain petit Dieu que force monde adore,

Et que tout reconnoist , La curiosité ne m'a point pris encore

De sçavoir ce que c'est.

Si faut-il qu'à quelqu'un à la Un je m'informe

De ce démon plaisant; Sans m'y trop amuser, ce n'est que pour la forme ,

Et qu'en chemin faisant.

On dit que c'est un mal qui n*est point volontaire ,

Un joug impérieux ; Et qui n'a de l'amour effleuré le mystère,

N'est pas fort curieux.

Et puis les passions serviront à ma gloire ;

J'en veux subir la loy.

Pour leur oster après l'empire et la victoire

Qu'elles auroient sur moy.

Je sçauray triompher de ma personne et d'elles ,

Ainsi que d'ennemis , Et me dompter moy-mesme , entre tous mes rebelles ,

Combattus et soumis.

Je prétens signaler sur la terre et sur Tonde

Ma force et mon bonheur, Et j*iray fureter par tous les coins du monde

Pour trouver de Thonneur.

Mais voir mon peuple en paix, et que la guerre meure Et l'animosité ,

Ce u*est rien qu^à cela que je borae pour Theure Ma curiosité.

ExXTRÉE XII,

Une maison en feu; le tocsin sonne^ et l'on voit sortir uomiies demi-nuds, et femmes échevelées qui emportent leurs enfam après avoir tout jeté par les fenestres.

Dans le péril extrême on doit s'aider un peu. Qui craint l'embrasement , il faut qu'il s'en recule , Et, quelque grand qu'il soit , personne ne se brusle Que ceux qui veulent bien demeurer dans le feu.

ENTRÉE XUI.

Deux Larrons viennent avec seaux et crocs, comme pour éteindre le feu , mais en effet pour voler ^ et sont surpris par les archers du guet, qui les emmènent prisonniers.

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