LE BALLET DE PSYCHE
Les deux premiers mois de l'année 16&6 furent pour la cour l'époque d'un redoublement de fêtes et de plaisirs. La rentrée du jeune roi à Paris , après une campagne qui n'avait été marquée que par des succès , les victoires de Turenne, la soumission définitive des derniers révoltés de la Fronde et la pacification du royaume , avaient ouvert tous les esprits à la sérénité et à la joie. Les bals, festins , concerts et ballets, qui se succédèrent coup sur coup, donnèrent au carnaval de 1656, conune à celui de Tannée précédente, un caractère particulier d'entrain et de gaieté : « L'entrée dans Paris du comte d'Harcourt, qui ressembla à une pompe triomphale; les fiançailles du fils du duc de Modèneavec une des filles de Martinozzi , nièce du cardinal ; l'arrivée de ce même duc et celle du duc de Mantoue ; du duc François , frère du duc de Lorraine, de la princesse d*Orange ; le mariage d'une des demoiselles de M ortemart avec le marquis de Thianges , celui de la Ferté , celui de Loménie de Brienne, fils du ministre d'État, avec la seconde fille de Chavigny > », etc., furent autant de circonstances qui donnèrent un nouvel essor à ces fêtes. 11 y eut cette année-là , dit le gazetier Loret :
. . . Plai de aiille aMcaibléei En des atalMoi fort lignaléei.
On trouve juscpi'à sept mascarades ou ballets nouveaux dansés par le roi, dans le cours de jan\ier et février 1656 '• Le plus remarquable et le plus magnifique fut le ballet de Psyché , dont les vers sont de Benserade. On y ▼it figurer parmi les personnages la réunion des beautés les plus admirées de la cour, et surtout le chœur entier des filles d'honneur de la reine. C'était la première fois que les femmes de qualité se mêlaient en si grand nombre aux danseurs de ballets, et cette innovation gracieuse , que le choix du sujet semblait demander, ne pouvait manquer d'ajouter un attrait de plus au spectacle et d'en accroître le succès.
La Gatette , dans son numéro du 23 janvier, fait mention de ce divertissement, mais avec sa banalité ordinaire et ces éloges d'étiquette dont la formule ne varie jamais. Elle dit qne « l'invention en a paru toute singulière, Un* chesse et magnificence des habits extraordinaires, et Tadresie et l'agilité des
( Vralrkcaaér, Mém<dni «vr JWém ée Sivigné, t. Il, p. 19. * BMsehanpf , Rtcktrcktê tur hs tkéâtrtÉt III, 140-2.
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danseun si fort au^nleftsus de ce qu'on aToit veu jusque» icy d'excellent pour la danse, qu'au sentiment de tous les spectateurs, ce ballet en peut esire appelé le chef-d'œuvre. » 11 est rire que les descriptions de la Gazette soient beaucoup plus instnictives que celle-là. Dès lors qu'il s'agissait d'une représentation donnée à la cour et surtout d'un ballet où dansait le roi , elle se croyait tenue i témoigner sa fidélité par une admiration toujours égale. Nous apprenons dans les numéros suivants , que ce ballet fut dansé pour la 3' fois, le 33, au Louvre, devant le nonce et plusieurs ambassadeurs; puis de nouveau le 30. Nous savons d'autre part qu'on le représenta encore cette année- U, notamment le 16 février et le 18 mars, et même qu'on le reprit en 1057 ', tant il avait eu de succès.
Le récit de Loret ne l'emporte guère sur celui de Renaodot :
Lamil l« foir dernier pMsé
lA ballet da lioj fut dansé
Dam ane «aile grande et rlalre ,
On ce monarque, i l'ordinaire.
Brillant, mtjeetaeai, adroit,
Braye, bien Teetn, baut et droit.
Fit à Mainte dame et nif nonne
Adaiirer cent foie ta peraoaae...
Il passe ensuite i Monsieur, aux seigneurs et aux dames , auxquels il prodigue les mêmes louanges :
Oraoïottt, l'adorable paeelle, 81 aiifnonne et netoM li belle Qne font le monde es eet tonché, 'Éloit la divine Piycbé. Nenillan • Gonrdon et de La Porte , Ainii qa'nne céleite eecorte Où brilloient d'éclatans appti, Mesloieot leon pne ayec les pas D'une espèee d'bermapbrodite.
Personne de fort grand mérite De naissance et de qualité' , Qui représentoit la Beauté.. ., Ontrt ces objets menreilleuz Bt, peu s'en fint, mlraenlenx , Douae iaeom para blés flllettes.
Moitié blondes, moitié brnnettes, E&eitant la Joye et l'amour, Falsoient les doute Heures dn Jour* Bt leur sarabande nouTelle Parut si mignonne et si belle Qu'on pontoit dire sur ce point Que les Heures n'ennuyoient point'.
Il y revient dans sa lettre suivante , à propos de la représenUtion du même ballet, le 37, devant le nonce, et en recommence la description, entrée par entrée , sans rien nous apprendre de nouveau.
I Loret, litre VIII, lettre du 19 février.
* Le duc Damyllle.
* Afufe AfsloHfM, lettre du sa janvier 16M.