‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 234 sur 325 · ZÉPHYRS · texte numérisé non relu

ZÉPHYRS

Ha ! Flore , c'en est fait , on le voit à sa mine: Luy-mesme a dans le cœur ce qu'il inspire aux cœurs ;

Et dans quelqu'une de tes fleurs

Il a rencontré quelque épine.

FLOBE.

Quel triomphe d'Amour, s'il est dans ses liens! Doux Zéphyr, qui ressens une pareille atteinte , Cesse de murmurer aûn d*ouIr sa plainte , Et retiens tes soupirs pour entendre les siens.

TOUS DEUX ENSEMBLE

O que tout le monde , etc.

Pour SA MAJESTÉ, représentant le pbintems.

Que de ce doux Printems on aime le retour! O la bonne saison pour les biens de la terre !

Elle est toute propre à la Guerre ,

Et toute faite pour FAmour.

Que sa jeune vigueur anime de guerriers !

Et que cette vigueur, que la Gloire accompagne,

Fait pousser dedans la campagne.

Et de palmes «t de lauriers I

De toutes les beautez il est environné,

Et toutes les beautez ne se peuvent défendre

De tascher au moins à lui rendre

Cet amour qu'il leur a donné.

Il ne faut pas laisser sur la tige vieillir

Toutes ces belles fleurs qui sont de son domaine :

Cest le PrÎDtems qui les amène , Cest au Printems à les cueillir.

Pour la DUCHESSE DE MERCOBUR S représentant une nymphe.

Vous reucoDtrant icy (Nymphe toute adorable), Je ne puis vous celer que mon hardy projet Est de vous découvrir tout ce qu'un misérable Ose s'imaginer dessus vostre sujet.

Ce visage en beauté surpasse tous les autres^

Et répand un éclat digne de mille vœux ;

Mes yeux n'ont jamais veu rien de pareil aux vostres ,

Et qui s'en croit sauvé périt dans vos cheveux.

De peur d'en dire trop , nymphe , je me retire ; Si ce mot porte un sens dangereux et caché , Songez que vous étiez dans les mains d'un Satyre, Et que c'est en sortir encore à bon marché.

Pour la DUCHESSE DE CBBQUY ', représentant une nymphe.

Nymphe , on ne peut tenir contre vos doux appas : La raison devant eux doit mettre bas les armes. Ils causent bien des maux que vous ne sçavez pas. Mais, outre ces attraits, ces douceurs et ces charmes , Vous avez tant d'éclat et tant de majesté Que si Ton vous trouvoit dans un bois écarté , Et qu'on eust un dessein téméraire et coupable , Quand pour l'effectuer on y viendroit exprès , Quelque hardi qu'on fust , on ne seroit capable Que de vous regarder, et de mourir après.

I Laure- victoire Mancini , Tainée des nièces du cardinal , née en 1630, mariée en 165 1 au duc de Mercœur, morte le 8 février 1657, on an après la représentation de ce ballet Nous apprenons, par les Mémoire» de M** de MotlevIUe, qu*elle était belle , quoiquMl y eût à redire à sa taille. Il est sans cesse question d*elle et de sa beauté dans les gazettes de cour, spécialement dans la Muse royale. Le roi Taimait beaucoup. (Voir Amédée Rknée, Le» Nièces de Mazarin.)

> Armande de Saint-Gelals , lille puînée et héritière de Gilles, seigneur de Lansac, marquis de Balon, femme de Charles de Créqul, !1I« du nom, créé duc et pair par Louis XIV en 1653. Ce ne peut être une autre, puisque celui-ci est le premier des Créqui qui ait porté le titre de duc, et le seul qui le portât à la date de ce ballet; cependant son mariage o*est indiqué que comme de 1661, ce qui doit être une erreur. Le P. Anselme, Ijk Chesnaye, ni Moréri n'en donnent la date. Il est quesUon de la duchesse de Créqui et de ses doux appas dans la Muse royale du 16 avril 1657. £lle fut déUgurée par la petite vérole en 1666.

Pour MADEMOISELLE MANciNi', représentant une nymphe.

Croyez qu'en agrément nulle ne vous seconde , Que vous estes parfaite et de corps et d'esprit ! Au nnoins ne sçais-je pas de Nymphes dans le monde, Qui n'en crust de bon cœur les gens qui vous Pont dit.

Amour témoigne bien par de visibles marques Qu'il médite pour vous des projets glorieux , Et ce puissant vainqueur des Dieux et des Monarques, Pie (it jamais ailleurs ce qu'il fait dans vos yeux.

Donnez à quelques-uns des regards favorables , £t ne leur fermez pas l'oreille au nom de Dieu : Les plaintes qu'on vous fait sont fort considérables , Jointes à des soupirs qui partent de bon lieu.

Que les Nymphes sans vous fassent mille querelles , Au fait de la beauté qui trouble leurs esprits ; Que sur la préséance elles soient mal entre elles , Laissez-leur la dispute , et gardez-en le prix.

Pour mademoiselle de manneville *, représentant unevYjAVHE.

La plus considérable entre \es immortelles , A six Nymphes jeunes et belles ,

■ Ce»t Olympe Mancini , qui épousa Tannée suivante le duc de Soissons. On connaît l'amour du Jeune roi pour elle , et les allusions qu'y fait Benserade dans les vers suivants sont fort claires et peu dissimulées. Tout en louant sa beauté, le pofite laisse adroitement entendre les contestations dont elle était l'objet.

3 Mile de Manneville ou Mennevllle était une des beautés les plus renommées de la cour. Loret VappeWe jeune merveille dans son compte rendu du ballet, et ailleurs,

L.! précieuse Mennevllle, De la beauté vray domicile, et dont les Rlorleux appas Blessent et ne gaérisnml pas.

» (l^RET, IX, 13 février.)

La !^ute royale surtout ne tarit pas sur les attraits de la merveilleuse Menneville, et y revient sansc(*sse , ainsi qu'a ceux des autres lilles d'bohneur, que nous allons voir plus loin, et quVUe appelle

l..es xi« nymphes, les six pucellea.

Les six miffnardes, les six belles.

1^ SIX anges, les six Cypris, Que suivent les Jeux et 1rs nis.

(S lanvier 1657.)

Racine, dans une lettre à La Fontaine, du 11 novembre I60[, compare la beauté des femmes qu'il rencontre dans le midi de la France, à celle des Fouilloax (une autre lille d'honneur dont 11 sera question plus loin} et des Manoeville.

CONTEMP. DE MOUÈRE. — il. 27

Par qui les feux du ciel pourroieutestre obscurcis ;' Cest uoe suite assez pompeuse ,

Et Tonde où je me mire est tout à fait trompeuse Sî je suis la moindre des six.

Pour nous soumettre aux lois d'une autre destinée , L'Amour avecque l'Hyménée

N'ont qu'à parler tous deux d'un ton clair et distinct. Nous sommes six fllles ensemble ;

Telle chose pourroit arriver, ce me semble ,

Qu'on n'en compteroit plus que cinq < .

ENTRÉE m.

BÀCCHUS et CÉRÈSy POHONfi et VERTUMIIE^ TfilPTOLÈHB^ et

ListÉE, Dryade.

Le marquis de Saucour, Baechus; le sieur Rivière, Cérès; le comte du Lude, Pomone; le marquis de Villequier^ f^ertumne; le marquis de Séguier^ Triptoléme; M. de Rassan, Lislée.

U COMTE DU LUDE , représentant pomone , déesse des fruits.

Les fruits sous mon autorité Sont bientost en maturité ; Et, par une vertu secretle , Quelque ingrat que soit le terroir, U n'est si petite fleurette , Que je ne fasse bien valoir.

Pour le MARQUIS de yillbquier^ représentant yertumne^ dieu des jardins, et qui changeait de for me, à tout moment.

Si vous avez dessein de faire des conquestes , Ne changez pas de forme, ou vous estes perdu ; Et tant que vous serez basti comme vous estes , Tout l'amour pris par vous sera par vous rendu.

• CeUe chose qui pourrait arriver, c'est le mariage de M''* de Menueville avec le duc Damville, qui en était amoureux, et qui est exhorté ici à se déclarer sérieusement, « d'un ton clair et distinct, m

DE PwSYCHÉ. 419

Ije MARQUIS DE 8AUC0UR % représentant ^kGCfivs.

Dans FadmiratioD d'un objet éclatant,

Dont les doux traits me percent , Je m*enyvre d'amour, et j*en prends tout autant

Que de beaux yeux m'en versent.

Le MARQUIS DE SEGUIER', représentant triptolème, inventeur de VAgriculture,

La dernière campagne a veu mes premiers pas

Dans le vaste cbamp de la guerre; Et demandez à Mars si je ne me suis pas Employé comme il faut à cultiver la terre.

ExNTRÉE IV.

La DISCORDE, la TRISTESSE, la crainte et la jalousie essayent en vain d'entrer dans le Palais d^Àmgur.

Monstres , que mal à propos Vous troublez ce doux mystère !

Laissez TAmour en repos , ^ Vous qui ne Ty laissez guère.

cupiDON paroist au milieu des jeux , des ais , de la jeunesse et de la JOYE. Les froides déitez disparaissent à son abords luy voyant non-seulement Cardeur qu'il a d'ordinaire pour brusler les amans, mais encore celle dont il est allumé luy-mesme pour la belle Psyché.

Cupidon, le marquis de Villeroy ; les Jeux, les Ris, la Joye et la Jeunesse, le marquis Daluy, MM. de La Chesoaye, de Joyeux et Coquet.

' Maximilien de Belleforière, marquis de Saucoar, ou plutôt de Soyecour, chevalier des ordres du roi, grand maitre de sa garde-rol>e,

> En compulsant la généalogie de la famille Séguier, on ne trouve pas que ce personnage, improprement désigné sous le nom de marquis de Séguier, palise être un autre que Nicolas Séguier, seigneur de Salnl-Cyr, marquis de Saint-Brlssoo , né le 13 août 1624, mort le 17 mars IG79- En 1656, c*élait le seul de la famUle qui fût^titré marquis, Pierre Séguier, comte de Sorel et marquis d'O , étant mort en 1638, en ne laissant qu*une tille.

Pour le MABQUS DE viLLF.uoY, représentant cupidon '.

Ce Cupidon y si le temps dure , En rangera bien sous ses lois.

. 11 ne va pas à la ceinture Des gens qu*il attaque par fois.

Étant Dieu, je le tiens antique; Cependant je vois qu'il se pique D'estre un enfant parmi les dieux :

II joue, il saute, il danse, il trote, Et le petit n'a rien de vieux , Que son bon sens et sa calote.

Trois exceUens peintres portés dans le Palais par le vouloir de /'ahoub^ pour y satisfaire par leurs ouvrages le sens de la veue.

Pour le COMTE de guiche , représentant un peintbe.

Travaillez, jeune peintre, et songez de bonne heure A vous rendl'e en cet art un ouvrier parfait; On n'est pas mal payé du tableau qu'on a fait , Lorsque l'original ensuite nous demeure.

Il faut faire un soleil quelquefois d'une étoile. Vous avez les couleurs , la toile , le pinceau ; Il ne vous manque plus qu'un dessein qui soit beau , Et digne du pinceau , des couleurs, de la toile.

Peutestre l'avez -vous; si ce doute vous pique, Comme ordinairement les peintres sont quinteux , Je vous en fais excuse, et me sens tout honteux D'avoir cru qu'un moment vous fussiez sans pratique.

Sept MUSICIENS, venus en ce lieu pour y charmer le sens- de Coule >.

lia Musique a tout le pouvoir Que sur l'Amour on peut avoir ;

' Loret appelle iastement le marquis de Villeroy et le comte de Guiche « les deux Cupidons de la cour ». (Lettre du 2A TéTrier 1656.)

> Loret nous apprend , dans sa lettre du 29 Janvier 1656, que ces musiciens ne dansaient pas. CVUlenl les sieurs Pinelle père, tils et frère, Grénerin, lUer, Cou> perin et Gênay.

Et, par une étrange merveille, Son impérieuse douceur Le cherchant jusqu'au fond du cœur.

L'éveille quand il dort, et Tendort quand il veille.

ENTRÉE VUr.

COHUS, Dieu des feslins, accompagné de la pbopreté et de

/'ABONDADiCE, pOlif le SCHS du QOUSt,

Ce n'est pas tout qu'aimer, il faut de la pasture,

Et bien des gens sont morts d'amour,

Qui règlement deux fois par jour.

Ne laissent pas d'avoir besoin de nourriture.

Quatre vkKi\}yiE\}^'& chargés des plus douces odeurs de l'Arabie Heureuse y pour le plaisir de r odorat.

Amour est délicat : il faut qu'on assaisonne De quelque doux parfum ce qu'on lui veut offrir; Et malheureusement parfois on empoisonne Ce pauvre enfant dans un soupir.

Le cinquième et le dernier des sens étant réservé à f Amour, dans la possession légitime de la belle psyché, elle arrive accompagnée de la BEAUTÉ et desonkciss.

Psyché, M"*' de Gramont ; /a Beauté, le duc Damville ; /(P5 trois Grâces y M"" de Niieillan, de Gourdon et de la Porte.

Pour MADEMOISELLE DE GRAMONT ', représentant psyché.

Belle Psyché, pleine d'appas.

Si l'apparence est véritable ,

> Catherioe CbarloUe deGramont, fiUe d'Antoine III' du nom, duc deCramont, maréchal de France, nièce du fameux chevalier dont Hamilton a écrit l'histoire, et soeur du comte de Guiche. Elle avait alors dix-sept ans. Elle épousa le prince de Monam en 1660, et mourut en 1678. Loret fait un grand éloge de sa beauté. (L.X. p. 62.)

Vous et Cupidon n'avez pas Encor commencé vostre Fable.

Vous estes un couple fort beau , Né Fun pour Tautre , ce me semble ; Et vostre lampe et son flambeau , Feront bîeu de brusler ensemble.

Mais tous deux ménagez-vous bien D'une délicate manière :

Il s'envole quasi pour rien , Et je crois que vous estes tière.

Vos yeux sont éveillés et doux, Et vous n'estes point d'une taille A permettre qu'auprès de vous Amour s'endorme, ny qu'il baille.

Pour le DUC dam ville, représentant la beauté.

Puisque la loy d'Amour veut que toute personne, Se transforme en l'objet dont son cœur est tenté.

Il ne faut pas que l'on s*étonue

Si je suis la mesme Beauté.

C'est moy qui suis le but de chaque demoiselle. C'est de moy seulement qu'elles font un grand cas ;

Telle m'a sans le croire ," et telle

Pense m'avoir qui ne m'a pas.

Un renfort de beauté, digne de cent louanges , Est tout prest d'augmenter l'éclat où je me voy ;

Le paradis et tous les anges,

Vont dans peu reluire chez moy.

La suprême Beauté, que tout le monde adore , Relèvera bientost de mon sacré pouvoir;

Et si je ne l'ay pas encore ,

Pour le moins j'aspire à l'avoir \

• Il s'agit ici de Mlle de BfeDoeville , dont le duc Damvitle était amoureux , comme nous rapprend une note de rédition de IG07 : il est fait allusion à cet amour dans plusieurs des écrits du temps. (Vuse héroîcomiq, du 13 décembre I6&5, et Mme royale du 31 Janvier 1660; Extraits de la cour en contre-véritez^ dans le t. XXIII du recueil de Maurepas.)

DE PSÏCHÉ. 423

Pour MADEMOISELLE DE NUEiLLAN >, représentant une des gbaces.

Cette belle a de la fraischeur, De Fembonpoint , de la blaocheur; . Sa modestie est sans seconde , Et soD amant sans doute aura La meilleure grâce du monde Alors qu'il la possédera.

Pour MADEMOISELLE DE GOURDON ', représentant une des grâces.

Parmy vous la beauté règne en diverses places, Et d'un air différent chaque grâce a ses grâces : Vous avez un beau teint, un vif et doux regard; Vous estes très-aimable , et très-spirituelle ^. Mais ce qui m'a percé le cœur à vostrc égards

C'est que je sçais, de bonne part, Que vous avez la jambe admirablement belle.

Quand vous ne seriez pas faite comme vous estes ,

Et que vous n'auriez point ces lumières parfaites

Que les meilleurs esprits ne découvrent qu'en vous ;

Quand pour vaincre un amant vous n'auriez que cette arme 4,

SufQroit-elle pas? est-il rien de plus doux,

' La filte de cette oomlesse de Cueillant, qui recueillit Françoise d'Aubigué à SOD retour d'Amérique, et la sœur cadette de Mme de Navailles. Elle épousa peu de temps après ce twllel, c'est-à-dire au mois d'avril suivaat, le marquis de Froulay {Muse royale du 30 avril 1656). La date de ce mariage a été souvent mal io diquée Elle fut remplacée dans son poste de tille d*iiooneur par MHe de Ciiemeraut.

2 Fille d'iKmneur de la reine, puis dame d'atours de Madame, parente des Stoarts. Loret rappelle la belle Angloue (lettre du 23 janvier 1655), et noble et charmante uéngloUe (33 février 1658), et il ajoute que pour elle :

1^ frère de Sa Mvjetlé

A toojoart en grtndc bonté!

Ailleurs il dit:

/ La noble ÉcosMolse Gourdon

A qui Monsieur fait maint bran don.

(10 tept. ie«l.)

' Gourdon, qui jadhi sur Parnasse,

Auprès d'Apollon tint sa place, El connie une Muse, en tttet, A l'etprlt savant et bien fait,

dit Loret, qui la traite aussi ailleurs de terrible éveillée (lettre du 20 août 1651).

* W^ de Gourdon n'avait en effet que cette arme: elle était pauvre. (Loret, lett. du 30 avril et da 17 sept. i«5i.)

Que de languir à vos genoux, Puisque vous possédez un si précieux charme ?

Pour MADEMOISELLE DE LA POBTE^ représentant une des grâces.

O Grâce dont les yeux sont tels Qu'il u*est rien de pareil au monde , Et qui dans le cœur des mortels , Font une blessure profonde !

Dont la bouche est d'un incarnat Qui fait paslir toutes les roses , Et qui, parfumant Todorat, Montre et dit tant de belles choses !

Dont le poil noir si doucement Vous lie un cœur, et puis ensuite Le serre si terriblement Qu'il ne sçauroit prendre la fuite !

Et dont les bras blancs, gros et ronds , Et la gorge a nous mettre en cendre , Sont veus de Fœil dont les larrons Regardent ce qu'ils n'osent prendre !

O Grâce ! dont les Ris , les Jeux, Et les Amours suivent les traces!

Que c'est un po9te avantageux Que d'estre dans vos bonnes grâces !

MÉbÉE, ciBCB, ALGiNE et ABMiDE, belles et jeunes magiciennes, amènent dans ce Palais leurs amans jason, ulissb, bogeb, et BENAUD, pour y servir r Amour par la force de leurs charme^^ s^ il en faut ajouter aux siens,

> Fille d*boDDeur de la reine, ^

La Porte, vray porte d'Amoar,

rappelle la Muse héroï-comique (13 décemb. 1655),

Qui vers elle alllre et transporte

Les volonlez obsolament,

Ainsi que leur plus cher aimant, dit la Muse royale du 31 Janvier 1656. Le même Journal annonce le mariage de la ravissante de la Porte, dans son numéro du 3 sepl. 1057,

Avec l'aimable chevalier

Qu'A la cour on nomme Garnler.

Pour la DUCHESSE DE BOQUELA.UBE ', représentant mêdée.

Par ses méchaocetez elle est peu décriée , Encore que son nom soit connu de chacun ; Aussi depuis le temps qu'elle s'est mariée, Elle a fait deux enfants, et n'en a tué qu'un.

Cette Médée ayant une beauté divine , Tout à fait au-dessus de la comparaison , C'est estre une sorcière admirablement flnc , Qu'on ne lui puisse pas reprocher un Jason.

Elle en auroit beaucoup, mais elle les néglige; Elle possède l'art de rajeunir les gens , En sorte qu'à la cour ce seroit un prodige De soupirer pour elle, et de passer quinze ans.

Pour MADEMOISELLE DE viLLEBOY », représentant circé.

Que de cette Circé le regard est fatal ,

Et qu'elle causera de mal !

Elle est trop dangereuse : il faudroit, ou je meure, La brusler tout à l'heure.

On tasche à découvrir par quel charme elle plaist ,

Et ce qui la rend comme elle est ; Et toutes voudroient bien rencontrer quelque feuille Des herbes qu'elle cueille.

' Charlotte Marie de Daillon, tille du comte du Lude , mariée depuis peu au duc deRoquelaure.'Elle mourut moins de deux ans après, le 15 décembre I657,âgée8eul«ment de vingt et un ans, suivant les uns» de vingt-trois, suivant d*autres, en particulier suivant /a Muse royale du 17 décembre 1657, — d'une couche difficile, qui devaitétre non pas la deuxième, comme le dit Walckenaer [Mémoire» sur madame de Sévigné, II, 402), mais la troisième, puisque Benserade en mentionne d^à deux dans ce ballet. Tous ses accouchements étaient pénibles. Loret (Lettres du II Juillet I6&4 et du 22 décembre 1657), M">« dt Sévigné (lettre du 22 novembre 1655) et presque tous les Mémoires du temps, entre autres ceux de Mademoiselle, parlent de sa l)eauté avec la même admiration que Benserade; et sa douceur charmante ne la rendait pas moins chère que ses grAces à la cour. Cette sorcière avait son Jason dans la personne du marquis de Vardes , mais elle fut assez Jine pour cacher cet amour, du reste bien mal payé de retour, et qui contribua à la précipiter au tombeau ; ce fut seulement après sa mort qu*on le découvrit.

' Soeur du raarqub de Viileroy, ami de Louis XIY, et lille du duc Nicolas de Yilleroy, maréchal de France. D'un bout à Tautre de cette année 1656, ia Muse royale ne tarit pas sur la beauté et les grAces de la Jeune Filleroy^ comme de la plupart des autres femmes qi^ tigurent dans ce ballet.

42fi I-E BALLET ROYAL

A bien examiner les couleurs de son teint ,

Ne diriez-vous pas qu'il soit peint?

Et ces lèvres qu'on croit n'avoir point de pareilles, Sont-elles pas vermeilles?

Sa gorge a deux boutons nouvellement éclos,

Qui ne paroissent guère gros , Et prouvent quatorze ans, qui composent son âge, Sans qu'elle ait davantage.

Mais dites-luy deux mots, Tenchantement se rompt

Aussitost qu'elle vous répond ; Et vous reconnaissez, comme chose apparente , Qu'elle en a plus de trente.

Pour MADEMOISELLE DE B0NI9EU1L ', représentant alcins.

D'une jeune lueur elle est environnée ,

Et l'on juge, à ce blanc remply dVn tel éclat ,

Que cette petite damnée

Ne sort pas par la cheminée,

Quand il faut qu'elle aille au Sabbat.

On voit à son visage, à son air, à sa grâce , Enfin à cet aimable et dangereux poison

Qui par les yeux dans l'âme passe ,

Que cette sorcière de race

A le charme de sa maison.

Une âme grande et forte en peut estre séduite, Et près d'elle aisément on pourroit s'oublier.

Heureux les Démons de sa suite,

Qui veilleront à sa conduite !

Mais plus heureux le familier !

Pour MADEMOISELLE DU FOUiLLOLX *, représentant armide.

Tout ce que la Magie, aussi blanche que neige , A de force et de privilège ,

' La fille sans doute de cette M"« de Boniieull qui était de Teotoarage de Made* rooiselle, et dont il est parlé dans les Mémoirts de oelle-cl, et de l*introdactear des princes et des ambassadeurs, dont il est assez souvent quesUon dans la Gazette et dans Loret. A cette date, mademoiselle de Bonneull (que Ljoret écrit aussi BoHœil) était une des tilles d*lionneur de la reine.

' Bénigne de Meaui du Foullloux, fille d'honneur de la reine mère Anne d'Autriche, puis de Henriette d'Angleterre, très-remaïquée à la coar par son esprit et

Brille en cette personne avec des traits charmans. Il ne faut point choquer les puissances divines; Et, pour produire au jour de grands enchantemens , Une taille admirable et d'autres agrémens, Sont ses herbes et ses racines.

Pour le DUC de candale, représentant jason.

s ON ^ ET,

Devant ce conquérant tout autre disparoist. Quelle taille ! quel air^ et quelle chevelure;! En a-t-on jamais veu d'équipé comme il est, Pour une glorieuse et galante avanture.'

Il aime le combat, la victoire lui plaist; Il est vray que la peine aussi lui semble dure. Se faut-il embarquer? l'Argonaute est tout prest; Mais le chagrin luy prend quand le voyage dure :

Cest-à-dire, en deux mots, que vous aimeriez fort Qu'au bruit de vostre nom Ton se rendist d'abord. Sans donner à vos soins un pénible exercice :

C'est vostre seul défaut (merveille des Jasons) Et le zèle que j'ay pour vous rendre service , Vous le dit de la part de toutes les Toisons.

/^ COMTE DU LUDE, représentant bogbb.

Brave et fameux Roger, honneur des Paladins^ Etfle plus, chevelu des modernes Blondins, Vos traits sont merveilleux, Anoste les vante : Il vous loue^ et dit vray; mais dans cet auteur-là Il n'est fait mention que d'une Bradamante , Et j'en sçais pour le moins cinq ou six par-delà.

Exemple de Constance et de Fidélité ,

Si l'Amour a permis qu'on vous ait écouté ,

sorloat sa beauté, à laquelle Louis XIV lui-même ne fut pas Insensible. Elle lût courtisée aussi par Lauzun. En IM? elle épousa le marquis d'Alluye, dont \\ est question plus loin. Mademoiselle du Foullloux était une blonde édatanle. Loret annonce comme une grande nouTeile son entrée à la cour en qualité de fille d*hon- Deur« daoa sa Lettre du 28 décembre 1652.

428 LR BALLET ROYAL

Aux diflerens endroits où vous étiez à tascbe , Et si TOUS n*avez point soupiré pour néant , Donnez-Tous du repos, prenez quelque relasche : Vous ne f ustes jamais rien moins qu'un fainéant .

Pour le MARQUIS DE viLLEQiiEB, représentant renaud.

Sans que, par une dure et pénible corvée , Je coure rUuivers de Tuti à Tautre bout ,

Cherchant avanture par tout,

L'avanture est toute trouvée.

Il ne faut point aller si loin ; La peur de la manquer toutefois m'importune,

Et c'est-là que j'ay grand besoin

De l'Amour et de la Fortune.

Pour le MARQUIS DE SAUCOUB, représentant ulisse.

N'en déplaise au pinceau le plus judicieux.

Pour bien représenter Ulisse ,

Il faut lui mettre dans les yeux

Plus d'audace que d'artifice.

Brave en guerre, brave en amour »,

Je hais la ruse et le détour : Aussi n'est-ce, en effet, qu'une pure chimère , Dont la fable a noircy mon honneur et ma foy; De semblables défauts ne sont que dans Homère: Dieu me veuille garder qu'ils se trouvent chez moy !

Six ESPRITS FOLLETS, de la suite de ces belles Marficiennes, qui se réjouissent de pouvoir estre employés au service de C Amour.

Pour le ROY, représentant un esprit follet*.

so^^ET.

Est-ce chose réelle? est-ce sorcellerie ?

Ne sçauriez-vous, mes yeux, éclaircir ce soupçon ?

' II sufttt d*avolr parcouru les pièces satiriques et facéUeuses du temps, particaliérement les cliansons, pour savoir de quelle réputation hors ligne Jouissait ie marquis de Sauoourt, ou de Soyeoourt, dans l*hi&toire de la galanterie.

* On se rappelle qu*il réprésentait déjii un Ardent dans ie Ballet des Fesies de Bacchus,

Adonis étoit beau ; pourtant sans flatterie , L'Esprit qui m'apparoist a meilleure façon.

Cela marche de Pair d'un grand jeune garçon , Où la nature a mis toute son industrie , Kt dont toute la Cour' pour roit prendre leçon, En fait de bonne grâce et de galanterie.

Comme font les amans, cela fait tout ainsi , Cela n'aura vingt ans que dans deux ans d'icy , Cela sçait mieux danser que toute la gent Blonde,

Et n'est femme à choisir dans ce grand nombre-là , A qui cela ne fist la plus grand'peur du monde , Et qui ne se rendist volontiers à cela.

ENTRÉE XIII

Le SILENCE, la discrétion et le secret viennent loger dans le Palais de Cupidon.

Nous aurions beaucoup à dire, Nous ne disons rien pourtant ; Et nous voulons qu'on soupire.

Encore qu'on soit content. •

SECONDE PARTIE

OÙ l'Amour divertit la belle Psyché par la représentation d'une partie des merveilles qu'elle a produites.

La Gloire, qui ne tient point au-dessous d'elle d'estre meslée dans toutes les merveilles de l'Amour, vient faire le Récit et s'adresse au Roy.

RÉCIT

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